‹ Œuvres de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 13 sur 56 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

D'ARCADE ET HONORIUS A THÉODOSE U Et TALEftîflflEir 01.

AicADB,uoNo. Théodose ne survécut que trois mois à sa victoire sur Eugàee ;

'smcT^s^ ^ mourut à Milaa; soa eorps fui transporté à CoostaotiBople. Il

iim^?i*r' '"'^^ ^^^ ^'^ ' Arcade et Honorius. Arcade avoit été déelaré au-

tJiST ' 8*^^ P^r ^^ P^i^f Ia cinquième année du ràgne de ce dernier.

«Mot. Honorit» hit revêtu de la même dignité aprèe la mort de Yalenti-

iiiea II , ot lonque Tbéodose se pré|>aroit à marcher eontre Eu^

gène. Arcade hérita de l'empire d'Orient, Honorina de. eelA

d'Occident^ Arcade s'enseveht dans le palais de Ck)nstantinople ,

Honorius dans les murs de Ravenne. Arcade étoit petit , mal fait,

laid, noir et bote-, il avoit les yeux à demi endormis, comme un

serpent'; Honorius étoit fainéant et léger*. Ru6n se chargea de

tromper et d'avilir les deux empereurs; Stilicon , de les trahir et

de les défendre. Arcade subissoit le joug des eunuques et de sa

femme*, Honorius élevoit une poule appelée Rome, et Alaric pre-

noit la cité de Romulns.

Rufin fut le ministre d'Arcade, comme Stilicon le ministre d'Honorius. Originaire d'Éause , dans les Gaules , Rufin avoit ob-

< Philost. , HUt. ecci. , lib. xi, cap. m ; Pbocop , deBei. Persic,, lib. i , cap. u. > PiiOGOP.« de Bel. bandai , lib., i , cap. u ; Phot., c. lxxx.

tenu souft Théodose , qui le favorisa trop , les charges de grand maître du palais , de consul et de préfet du prétoire. Il est accusé d'ambition , de perfidie , de cruauté et surtout d'avarice, par Glaudien , Suidas, Zosiifie, Orose , saint Jérôme et Symmaque % lequel louant tout le monde ne louoit personne, ainsi qu'on l'a remarqué.

Déclaré préfet d'Orient, aspirant secrètement à l'empire» RuGq avoit une fille qu'il prétendoit donner en mariage à Arcade. Eutrope l'eunuque déjoua ce projet , et Arcade mit dans le lit impérial Eudoxie, fameuse par ses démêlés avec saint Jean Chrysostome; elle étoit fille deBauton, vaillant chef frank, devenu comte et général romain.

Stilicon gouvernoit l'Occident sous Honorius ; c'étoit un grand capitaine de race vandale *. Il avoit épousé Serène, nièce de Théodose. Cette alliance enfloit le cœur du demi-barhare ' ; il prétendoit que son oncle Théodose lui avoit laissé \fL tutelle de ses deux fils, et ne supportoit qu'avec impatience l'autorité dont Rufin jouissoit en Orient.

Celui-ci, trompé dans ses projets par le mariage d'Eudoxie , craignant les entreprises de Stilicon, qui levoit des soldats, déchaîna les Barbares sur l'Empire; il invita ks Huns à se précipiter sur l'Asie, et il livra l'Europe aux Goths 4. Ces derniers étoieat commandés par Alaric.

Alaric étoit né dans l'île de Peucé , à rembouchure du ]>anube» au sein même de la Barbarie. Claudiea appelle poétiquement le Danube le dieu paternel d'Alaric. Cet homme, un des cinq ou six hommes millénaires ou fàstiques., n'étoit pas de la famille des AmaUs , la première de la nation des Goths , malade la seconde, la fomiUe des BaUhe$. Son courage lui avoit Mt donner parmi ses compatriotes le surnom de Balt , qui signifie le hardi ou le vaillant.

Tout jeune encore, Alaric avoit passé le Danube en 376 avec les Visigoths, lorsqu'ils fuyoient devant les Huns. U s'étoit trouvé aux combats qui précédèrent et amenèrent la défaite et la mort de Yalens *. Il fit la paix avec Théodose , et le suivît en qualité d'allié dans l'expédition contre Eugène.

Rufin alla déterrer, pour venger sa querelle domestique, Fbomme

! /n Ali/'. SuiD. , p.iOO; Zmw.» lib. v ; Onot. , p. m; Bwu, episu ui; Sthm., lib. VI , epist. xt.

> Obos. , lib. TU, cap. xxxtu. — ^ Huuu , ep. xxi.

4 HiEA. , ep. ID, xxx« xXy p. 783.

s Glaud., de sexL Bon, cimitU. , p. 117 ; ùi. , de BcU, Gel. , p. 170 ; Symm.» ïib. u; loaiUMD. , cap. xiT , p. S9.

que Dieu avoit destiné pour venger la querelle du monde. Afin que le Goth ne rencontrât aucun obstacle , le favori d'Arcade plaça deux traîtres, Antioque et Géronce, l'un à la garde des Thermopyles , l'autre à celle de l'isthme de Gorinthe ■ : ces deux portiers de la Grèce la dévoient ouvrir aux Barbares.

Alaric, feignant donc quelque mécontentement de la cour d'Arcade , marauda tout le pays, entre la mer Adriatique et le Pont- Euxin. Les Goths promenoient avec eux quelques troupes de Huns qui, l'hiver d'antan, avoient passé le Danube sur la glace. Les Barbares butinèrent jusque sous les murs de Constantinople , d'où RuHn sortit en habit goth pour parlementer avec eux '•

Stilicon , sous prétexte de secourir l'Orient , se mit en marche avec l'armée que Théodose avoit employée contre Eugène.

Alors arrive un ordre d'Arcade, qui redemande à Stilicon l'armée de Théodose , et lui défend de passer outre de sa personne : Stilicon obéit -, vl remet le commandement de l'armée à Gainas , capitaine goth qui servoit sous lui, et le charge secrètement de tuer Rufin ; entreprise dans laquelle il ne manqua pas d'être assisté par l'eunuque Eutrope ^

Rufin se flattoit d'être proclamé empereur par les soldats qui lui apportoient une autre pourpre ; il alla avec Arcade au-devant d'eux: Gainas le lit envelopper, et tout aussitôt massacrer aux pieds d'Arcade. Sa tête, détachée de son corps, fut portée à Constantinople au bout d'une pique , et promenée par les rues ; sa main droite coupée accompagnoit sa tête; on présentoit cette main de porte en portée. Un caillou introduit dans la bouche du mort la tenoit ouverte , et les lèvres entre-bAillées étoient censées demander l'aumdne que la main ^ attendoit ; satire populaire d'une eflrayante énergie contre l'exaction et le pouvoir. On ne gagna

< Z08. , p. 788. — * CLiUD. , in Ruf , p. as.

3 Zo8. , p. 785 ; PHIL08T. , Ub. II , cap. m.

4 Data a Gaine tessera simul ontTersi Roflnum circumdatum gladiis feriunt. Et hio quidem ei dexteram adimebat , ille manum alteram procidebat. Aliui a cervice renUio capito rccedetMt consuetos Yicloris Poanas accinena... et manum cjiu ubique per urbem circumgestarcnt et ab occurrentibus pcterent Insaliabili pecuniam darent. ( Zo8. , Hitt. , lib. v.p. 89.)

Ruflnus quidem etiam iroperatorium nomen ad se ipaum trahere omni arte studebat.. Milites , in loco qui Tribunal dicitur, ad ipsos imperatoris pcdes gladiis contrucidarunt... eo ipso die quo ii qui militum delectum agebant , purpuram ipsi circumdaluri eraot. ( PHIL08T0R6. , HisL eccL , Ub. IX, p. 588. )

s Porro milites cum RuOno caput amputassent, lapidem orl ejus immisenint : hast^que infixum circumferenles quaquaversum discurrere cœpenint. Dextram quoque cjusdem prscisam gestantes, per singulas officinas urbis circumtulerunt , hnc addentes : Date sUpem iiuatiabiU. Vagnamque auri yim bujasmodi potlulalione ooUegerunt. (/cf. , iMd, )

rien au changement du ministre : Eutrope prit la place deKuGn.

Alaric et ses Goths, n'ayant plus rien à piller ni à combattre , passèrent le défilé des Thermopyles, qui n'étoit défendu que par le tombeau de Léonidas. Des pAlres avoient enseigné aux Perses le sentier de la montagne; des Robes noires (ce qui , dans le langage d'Eunape , signifie des moines) le découvrirent aux Goths'. Quel prodigieux changement dans les temps! Quelle révolution parmi les hommes !

Les murailles de Thèbes la protégèrent*; les souvenirs de cette ville venoient d'OEdipe , passoient par Epaminondas et Alexandre. Alaric 'épargna Athènes, qui n'étoit plus qu'une université, moins fameuse par sa philosophie que par son mieP. Il accepta un repas et se baigna dans la cité de Périclès et d'Àspasie pour montrer qu'il n'étoit pas étranger à la civilisation^. Mais l'Attique fût livrée aux flammes. On voit encore aujourd'hui cette Athènes qui ressemble , comme elle ressembloit au temps des Goths , à la peau vide et sanglante d'une victime dont la chair avoit été offerte en sacrifice^. On affirmoit que Minerve avoit remué sa lance; que l'ombre d'Achille avoit efllrayé Alaric^. Des esprits débilités par des fables sont bien petits dans les réalités des empires : la Grèce, conservée et comme embaumée dans ses Actions , opposoit puérilement les mensonges du passé aux terribles vérités du présent.

Alaric continua sa marche vers le Péloponèse : Gérés périt à Eleusis avec ses mystères ; plusieurs philosophes moururent de douleur, ou par l'épée des Barbares, entre autres Protaire, Hilaire et Priscus si chéri de Julien?. Gorinthe, Argos et Sparte virent leur gloire foulée aux pieds. Alors périt aussi peut-être ce Jupiter Olympien qui n'avoit d'immortel que sa statue. Malheureusement il étoit d'or et d'ivoire \ s'il eût été de marbre , quelque espoir resteroit de le retrouver sous les buissons de l'Élide, à moins que la pensée broyée de Phidias ne fût devenue la chaux d'une cahute ou d'un minaret.

Stilicon débarque avec une armée sur les côtes de la Grèce ; il

< EiJNAP. y cap. Ti , p. 93, in vita Philosoph. — > Zo8. , p. 78S.

3 AthQns Tcro quondam civilas fuit , sapientum domicilium , nunc eam ineUttores célébrant: quibus pars illud sapientum plutarcheorum adjice , qui non orationum niarum fama juvenes in thealris congregant , sed mellis ex Hymeto amphoris. ( Stnb9. , epiiU cxxxT, adfrairem^ p. S72. )

4 Zos., p. 784.

s Nihil enim JamÀthene spiendidum habcnt , pra^ter celeberrima locorum nomina. Ac velut ex liostia consumpu sola pellis superosl animalis , quod olira aliquando fueral indicium. ( Stnbs. , ad fratrem , ep. cxxxy , p. 373. )

6 Zos. , p 784. — 7 EtmiF. , cap. TI, p. 93-94.

im ÉTUDES

enferme Alâric dans le mont Pholoë , et le laisse ensuite échapper * . Sorti du Péloponèse, Alarie , par un soudain changement de fortune I est déclaré maître général de riUyrie orientale , au nom de l'empereur Arcade, Ce prince prétendoit qu'Honorius n'avoit pas eu le droit de le secourir , parceque la Grèce étoit du ressort de Teoipire d'Orient * : Arcade ne vouloit rien perdre de la légitimité de sa couardise. Il crut gagner Alarie en l'investissant du commandement d'une province, et ne fit que le rendre plus redour taUe. Une éteriieUe justice punit la lâcheté : Alarie venoit d'égorger les gis ; on hii donna la puissance sur les pères : on ne règne point par 4e pareils moyens.

Les Gotbs déclarent Alarie roi , sous le nom de roi des Yisigoths : ils envahissent Tltalie , la première année même de ce cinquième siècle y fameux par la destruction de l'empire d'Occident et la fondation des royaumes barbares. Stilicon rassemble une armée; Aiaric se retire; Honorius va triompher à Rome. Je ne vous parla de ce ridicule triomphe qu'afin de rappeler le véritable triomphateur; c'étoit un moine qui portoit un nom voué à l'immortalité : T^ànaque, sorti tout exprès de sa solitude de l'Orient, étoit veau i Rome sans antre autorité que celle de son froc, pour accomplir ce que les lois de Constantin n'avoient pu faire. Il se jette dans l'amphithéâtre au milieu des gladiateurs , et s'^force de les séparer avec ses mains pacifiques. Les spectateurs , enivrés de l'esprit du meurtre, le massacrèrent ' ; vrai martyr de l'huma* nité, û racheta de son sang le sang répandu au spectacle de la mort. De ce jour, les combats des gladiateurs furent définitivement abolis.

Stilicon , dont Honorius épousa successivement les deux filles , avoit traité avec les Franks aux bords du Rhin. Marcomir et Sunnon, frères, régnoient sur ces peuples. L'un fut banni en Tosotne, l'autre tué par ses compatriotes. On veut que Marcomir ait été père de Pharamond 4. «

Saint Ambroise étoit mort dès l'année d97. Stilicon regarda sa mort comme la ruine de l'Italie 5.

■ Zo8 , p. 784. — * Claud. , de Bel. Gtt,

3 Telemtchus , inonastics vltaB dedltus. flic ab Ortentis partibus proriMsd» , jusque rel causa Romani ingressuf... Ipse quoque fn arnphitheatrum yenit. Et In arenam descendent, gladia tores qui inler se pugnabant compescerc conabatur. Sed cruent« csdis spcctatorca cum sgre ferentes, et dsmonis qui eo sanguine oblectabatur furorem animis suis concipienles « pacis autorcm lapidibus obruerunt. ( Thbod. eplscop. ; Griti ecet, HUt, , Hb. y, cap. xxTi, p. 334. Parisiis , 167S. )

4 Adrian; Val., rer. Fr., lib. m. — s Ajibr., vit. P. , cap. xjlt.

Guidon se révolta en Afrique , et fut dèfeit par sob frère Marcezel. « L'incertitude des choses de cesiècld est sî grande, écri-^ voit alors saint Augustin , on voit si souvent tomber les princes de la terre, queeeux qui mettent en eux leuts espéyances y trouvent leur ruipe'. » Marcezei fut jeté dans une rivière près de Milan , par ordre de Stilicon jaloux.

Les Scots et les Pietés ravagèrent l'Angleterre. Alaric , sorti d'Italie , y rentua vers la fin de l'an 402. L'bieloire eonfnse de cette époque ne laisse pas voir les causes de ces mouvements divers. Los partis s'accusent mutuellement : tantôt e'eat Akurie représenté comme un chef sans foi , se jouant des serments qu'il prête tour à tour aux deux empereurs An5ade et Honorius ; tantôt c'est Stilicon soupçonné de vouloir faire tomber la couronne sur la tête d'Eucher, son (ils, et suscitant à dessein les Barbares ; mais cette fièvre à redoublements n'étoit que l'eHét de la décomposition du corps social dans sa maladie de mort. L'Italie fut consternée à la seconde irruption d'Alaric. Rome répara les murailles d'Aurélien ^ Honorius , prêt à fliir , trembloit dans les naarats de Ra* venne. Stilicon attaque les Goths à Pollence ^ sur tes confins de la Ligurie, et remporte une victoire chèrement achetée*. Les Goths avoient d'abord refusé le combat, à cause de la célébration des fêtes do Pâques (403). La fenmie et les enfiinls d'Alarie de^ meurèrent prisonniers entre les mains de Stilicon, et, pour les délivrer, Alaric consentit à évacuer ses conquêtes. Dieu avoit, au milieu de TEmpire romain , deux arnoées de Goths investies de ses justices: l'une Conduite par un Goth chrétien, Alaric ^ Fautre par un Goth païen , Radagaise , ou Rhodogaise selon la ferme grecque. L'armée de celui-ci étoit composée de toute la race gotbe trans^anubienne et trans-rhénane. Il menoit aux batailles deux cent mille soldats.

Radagaise monta à son tour en Italie ( 40d ) , comme ime haute marée remplace celle qui est descendue. Stilicon lessembèe des Alains, des Huns, et d'autres Goths commandés par Sanis* Les ennemis pénètrent jusqu'à Florence. Saint Ambroise apparent à un ehrétien dont jadis il avoit été Tbôte dans cette ville , et lui pro^

1 neuf noster refugium ai Tirlus ; uibI qusdan refu^li c|uo <|iilftqii« eun fUgerii bmI» ioflrmitur quam conflrmelur. Cojifugis , verbi gratia , ad aliquem in seculo magnum... Tanta hojas secnli tneerta sunt el Ita potentilm rùtns quotldlan» crebfescunt, ut cum ait U)e reftigiiiBi perTcneris , pins tibl tfantre laeiplas. ( Am. , BnatrëtêùneM In i^iaitiun XL?, T. Il, p. 299, c. IT )

« Ci.AUD., de Belt. Cet., p. 173; Prud., inSym., lib. ii;Oro8., Ilb. tu, c. xxxtii; Iorm., p. 653. PoUcnce est encore un petit village dans le Piémont, sur le Taaaro.

met uDe délivrance subite. Le lendemain Slilicon , par force ou par famine, contraint la multitude barbare à fuir ou à se rendre. Radagaise est pris , chargé de chaînes , et enfin exécuté : ses compagnons , parqués en troupeaux , sont vendus un écu pièce. Ils moururent presque tous à la fois : ce qu'on avoit épargné en les achetant fut dépensé pour creuser leurs fosses.

Un an après la défaite de Radagaise (406), les Alains, les Vandales et lesSuèves envahirent les Gaules , toujours , supposoit-on, excités par Stilicon , qui renversoit les Barbares par ses batailles, et les relevoit par ses intrigues.

Les Bourguignons et les Franks suivirent les Alains, les Vandales et lesSuèves dans les Gaules , en 407, et n'en sortirent |)lus.

Les légions de la Grande-Bretagne élurent cette môme année , pour empereur, Marcus, qu'ils massacrèrent, et ensuite un soldat, nommé Constantin. Celui-ci passa dans le continent, battit ce qu'il rencontra, et s'établit à Arles. Il fut reconnu ou toléré par Honorius, qui faisoit paisiblement des lois assez bonnes pour des sujets qu'il n'avoit plus. Il proscrivit les priscillianistes et les donatistes.

Constant, fils de ce Constantin, empereur d'Arles, d'abord moine , ensuite césar et auguste , se rendit maître de l'Espagne. Il en ouvrit la porte aux Barbares , en retirant la garde des Pyrénées aux fidèles et braves paysans chargés de les défendre '.

Honorius épouse , en 40S , Thermancie , seconde Qlle de Stilicon. Alaric traite avec Stilicon par députés ; il obtient la qualité de général des armées d'Honorius dans Tlllyrie occidentale. iEtius, donné en otage à Alaric, passa trois ans auprès de lui.

Alaric, non encore satisfait, s'avança vers l'Italie, et demanda quatre mille livres pesant d'or que Stilicon lui fit accorder.

Honorius commengoit à se défier de Stilicon, à la fois son oncle et son beau-père, et accusé de songer à la pourpre pour Eucher, son fils, ouvertement attaché au paganisme.

Un camp réuni à Pavie, secrètement travaillé par Olympe, favori d'Honorius , donna le signal de la révolte. Stilicon apprend cette révolte à Bologne , en devine la cause , et se retire à Ravenne. Deux ordres d'Honorius arrivent , l'un pour arrêter, l'autre pour tuer le sauveur de l'Empire , déclaré ennemi public : il eut la tête tranchée le 23 d'août 408 ; c'étoit Rome qui portoit sa tête sur l'échafaud. Héraclien exécuta Stilicon de sa propre main,

* Orosb I p. ass.

fflSTORIOUES. 301

et fût fait comte d'Afrique : par une vertu d'extraction , le sang d'un grand homme anoblissoit son bourreau. Eucher, qui vouloit les temples, et qui chercha à Rome un abri dans une église, fut tué; Thermancie , femme dllonorius , eut le môme sort. Olympe hérita de la faveur dont avoit joui Stilicon.

Durant ces troubles de l'Occident , l'Orient avoit été gouverné par Arcade , successivement gouverné lui-môme par Rufin et par Eutrope ; l'un , mauvais favori , qui se croyoit baï à cause de sa fortune, et ne l'étoit que pour sa personne; l'autre, hideux eunuque, devenu consul, d'esclave d'un palefrenier qu'il avoit été, avide publicain qui prenoit tout , môme des femmes , qui vendoit tout par habitude, se souvenant d'avoir été vendu '. Vous avez vu la mort de RuGn.

Eutrope, pour défendre sa bassesse, inventa des lois qui restent dans le Gode comme un monument de la honte humaine *. Ces lois appliquent le crime de lèse-majesté à ceux qui conspirent contre les personnes dévouées à l'empereur; elles punissent la pensée, et s'appesantissent jusque sur les enfants des coupables de lèsefavoris. Ces lois, qui ne mirent pas môme leur auteur à l'abri, firent trembler des esclaves, et n'arrôtèrent pas des Goths. Tribigilde , chef d'une colonie d'Ostrogoths établie par Théodose dans la Phrygie , se révolta à l'instigation de Gainas , cet autre Goth , meurtrier de RuGn. Tribigilde, opprimé tant qu'il fut ami, fut respecté quand il devint ennemi; on reconnut qu'il avoit été Gdèle lorsqu'il cessa de l'être. L'eunuque régnant , accusé de ces désordres, les paya de sa chute. Il avoit osé insulter l'impératrice Eudoxie. Saint Ghrysostome , qui devoit le siège épiscopal deConstantinople à Eutrope, eut le courage de défendre son bienfaiteur ; s'il ne le put sauver du glaive de la loi, il l'arracha du moins aux fureurs populaires ; il le peignit trop vil pour être égorgé, et réclama en sa faveur l'inviolabilité du mépris. Eutrope, tout tremblant , la tôte couverte de poussière , s'étoit réfugié dans i'église à laquelle il avoit retiré le droit d'asile. «Elle lui ouvrit son « sein, dit Ghrysostome , elle l'admit au pied de l'autel; elle le <« cacha des mômes voiles qui couvroient le lieu sacré ; elle ne peru mit pas qu'on l'arrachât du sanctuaire dont il embrassoit les « colonnes ^ »

Eutrope fut banni dans l'Ile de Chypre , ramené à Pantique et décapité. Cet homme, qui avoit possédé plus de terre qu'on n'en

I CLAUD.,in Etttrop. eun., lib. i, p. 9* cl scq. — « Cod. Theod., loi du k septembre 897. 3 nomelia iv, p. 60.

pouvolt mesurer, 6btidt A peine ie peu qu'il en ftltoit pour eoiivrir ^neadavre '.

âuoft Ghrysottooie Bauva la vie i AuréHen ei à Saturnin , cpw 6af naa mtmstM d'être les auteurs des tmiiMes de l'Orient. GmimÊâ^ trompé dans ses projets de vengeance, eonspira ouyertemenL Les GoUm qu'il cooMnandoit ,. et à l'aide desquels il vouloit surprendre GMisÉanitnople , furent masiaerés, et lui-même, après avoir été déMt par Fravilas , trouva la mort chez les Huns , de l'autre côlé du Danube , dans Taneienne patrie des Goths.

Eudoiie , proelamee auguste , ordonna d'honorer ses ioMigea. Uoe statue d'argent élevée à celte femme ambètienae , aiMz près de l'éiglise de Sainte-Sepbie, excita le zMe de saint aurjwéoàÊm , et devint la principale cause de l'exil de ce grand prélat. S sortit de OoBStantinople le 20 de juin 404. Eudoxie succomba le sixième jour d'octc^Mne : une fau$$e couche lernùma sa vie, emi règÊÊe, m fiaié, ' sm anmèonié et tous ses crimes '. HoHotius, Arcade mourut ie I""' mai de l'année 408 , quelques mois avant

THtooau, ^ ij^ tragique de Stilicon; il laissa un Ois unique, Tbéedose II.

^:£^r* Antbemius, préfet d'Orient, fut son tuteur. Les Huns et les

^^JJÎS'ilr' SqiHàres envahirent la Thrace. iMp«- * Pulcbérie , soeur atnée de Théodose , devint , dài l'âge de quinse

i .«oMij. ans , l'institutrice de son frère. Le palais se changea en monastère. Théodose se levoit de grand matin avec ses sœurs pour chanter à deux chœurs les louanges de Dieu. Jamais ce prince ne vengea une injure; il laissa rarement exécuter un criminel à mort. Il disoit : « Il est aisé de foire mourir un homme, mats Dieu seul lui « peut rendre la vie. » Un jour le peuple demandait un athlète pour combattre tes bétes féroces ; Théodose , quî étoit présent , répondit : « Ne savez*vous pas qu'il n'y a rien de cruel et d'inhu- « main dans les combats où nous avons accoutumé d'assister ^ ? » Ce prince deux avoit inventé une lampe perpétdette, afki qoe ses domestiques ne fussent pas cbligéê de se lever la suit pour te laUumer 4. Instruit ^, aimant les arts jusqu'à peindre et k modeler de sa propre main , il écrivoit si bien , qu'on lui avoit donné le sur^

> Ac lantain telluris possedit quantum nec fticfle n^ymhiire qut mtnc exigua C0n<lftiir buafio, «i4«aiitttHiin ei non neioo MiMrtUoiic moliu tapertia. (Cnvi., lott. fr, p. SM , a,d.)

■ TiLLEMOKT , HisU des Emp , t. V, p 472.

I Popiflut toeiferarl c«piC : Gum fera bestia audax quidam beaCfariut pugnM !

Quibus i)le iia respondit :

Nescitis nos cum humanitate et clementia spectacuiis intéresse solitos 1 (SoCR., p. 8SS.)

4 Soz., ProUgom-, p. S96.

i Sempcr Icctilandis libris occupatus. {conslanUhi Manassis competèdiumi p. 66.)

nom de calligraphe. Du reste , il manqiioit de grandeur d'ame , avoit peu de cœur, n'aimoit point la guerre, achetoit la paix des Barbares, et particulièretnent d'Attila. 11 meitoit son seing au bas de tous les papier» qu'on lai présentoit sans les lire , tant it aToit aversion des aflhires *. Il signa de la sorte Tacte de Tescla- ?age de l'impératrice *. Ce fut Pulchérie qui essaya de le corriger par cette innocente leçon. Saint Augustin remarque que cet empe*» reur auroit été un saint dans la solitude ^

Tbéodoseétoitlirré aux eunuques, qui<iébauchoient la râilité du prince : Ahtioqoe, grand chambellain du palais, coadaiseit tout. Théodose se mêla trop des affaires ecelésîastiques ; il ft?orisa rhérésie d*£atichës et appuya les violences de Diosoore.

Je dois vous faire remarquer sous Théodoae quelques lois caractéristiques du temps : lois contre les hérésiarques de toutes les sor* tes: Manichéens, Pépuzeniens, Phrygiens, Priscillianistes, Ariens, Macédoniens, Tunoniens, Novatiens, Sabastiens^ lois pour les professeurs des lettres à Gonstantinople ; dix professeurs latins pour les humanités, dix grecs, trois latins pour la rhétorique, cinq grecs appelés sophistes ; un pour les secrets de la philosophie ; deux pour le droit. Cétoit le sénat qui choisissoit les professeurs publics; ils subissoient un examen : lois pour défendre d'enseigner (419^ aux Barbares la construction des vaissoacrx , et qui prononceint la peine de nfKn*t contre les délinquants : lois qui accordent à chacun le droit de foriiGer ses terres et ses propriétés^. Ce droit est tout le moyen-âge.

En 491 Théodose épouse Eudocie , fHled'Héraclide , philosophe d'Athènes , oa de Léonce , sophiste ; elle s'appeloit Athénaïde avant d'être baptisée. Athènes, qui n'iavoit pas fourni un tyran à l'Empire romain , lui donnoit pour reine une nnise : Eudocie étoît poëte ; elle mit en vers cinq livres de Moïse , Josué , les Juges , et la touchante églogue de Ru th.

Il ne* faut pas confondre Eûdocie avec Eudoxie , nom de sa bellemère, et nom aussi de la fille qu'elle eut de Théodose , et qui Ait mariée à Valentinien III , Tan 437.

> Si quisei charUm oflèrret, rubris et in ea litteris nomen InperéiflHUtti aulMcribebat, non inspectis prias eis qu» esMnt in ea prcscriptis. {ConHmHini itatieUHs OompenéHum, p. 55)

* Quamobrem divinis exornau dotibua Pulcberia firalrein ab hoe vitlo revoeare atudens, singnlari dlligentia imperatorem monebat... Litleras flngil , in quibufl peracriptum foret, Imperatorem Pulcheri» sorori conjug^em suam reliiti maneiplum donasM. Hanc chartam fratri offert, rogat hanc scripturam litteris impcratoriis raunire ae siilMignare veltt. Imperaior precibua sororis annuit, mox calamum prebendit mana, et exaratis parpurei eolorla litteris, cliarUm confirmât, (/d., ibid.)

3^|>i*^ — 4 cod.Tk,

Revenons aux affaires de ritaiie.

Honori us, s'étan t privé du secoursde SUlicon, auroi t pu donner le commandement des troupes romaines à Sarus le Golh , homme do guerre ; mais il le rejeta parceque Sarusétoit païen. Alaric proposoit la paix à des conditions acceptables ; on les refusa : il vint mettre le siège devant Rome ' . Serène , veuve de StHicon , étoit dans cette ville ; le sénat la crut d'intelligence avec Alaric, et la Rt étouffer par le conseil de Placidie, sœur d'Honorius.

Alaric ferma le Tibre : la famine et la peste désolèrent les assiégés'. Alaric consentit à s'éloigner moyennant une somme immense ^ On dépouilla les statues des richesses dont elles étoient ornées , entre autres celles du Courage et de la Vertu ^.

Honorius , renfermé dans Ravenne , ne ratiiioit point le traité conclu. Le sénat lui députa Attale, intendant des largesses , Cecilien et Maximien : ils n'obtinrent rien de l'empereur, dominé par Olympe.

Alaric se rapprocha de Rome , et battit Yalens, qui la venoit secourir.

Olympe disgracié , puis rétabli , puis disgracié encore > eut les oreilles coupées , et on l'assomma. Jove succéda à Olympe; il avoit connu Alaric en Épire*, il étoit païen et versé dans les lettres grecques et latines. La nécessité des temps avoit amené une tolérance momentanée*, une loi d'Honorius, de 409, accorde la liberté de religion aux païens et aux hérétiques.

Alaric assiège de nouveau la ville éternelle*, l'habile et dédaigneux Barbare, voulant trancher les difficultés qu*il avoit avec l'empereur, change le chef de l'Empire; il oblige les Romains à recevoir pour auguste Attale, devenu préfet de Rome. Attale plaisoit aux Goths parcequ'il avoit été baptisé par leur évéque.

Attale nomme Alaric général de ses armées. Il va coucher une nuit au palais, et prononce un discours pompeux devant le sénat.

Il marche ensuite contre Honorius, son digne rival. Honorius envoie des députés à Attale , et lui offre la moitié de l'empire d'Oc-

< An 408.

* Portas undique concluserat, et occupato Tibori flumine , subministrationem commeaiiu e poru impediebal... Famero peslis comiubalur. (Zosim.. liUt., lib. y, pag. lOS. Bft- «ileo*. )

3 Omiie aurum quod in urbe Toret ot argcntum. (/d., p. 406 )

4 Non ornamenU duntaxat sua siinulachris aderoerunl , verum eliam nonnulla ex aoro «t argento Taola conflanint: quorum cral in numéro FortiUidinis quoque almulachrum 4)uam Romani Virtulem vocanU

Quo sane corrupto quidquid Tortitudinis alque Yirtutisapud Romanes auperabat exllnclumfuii. (/d., p. 107.)

cident. Àltale propose la vie à Honorius et une tie pour lieu d'exil. Jove trahit à la fois Honorius et Attale. Alaric, qui tient Ravenne bloquée, et qui commence à se dégoûter d'Attale, lui soumet néanmoins toutes les villes de l'Italie , Bologne exceptée ' . Ces scènes étranges se passent en 409.

En Espagne , Géronce se soulève contre Constantin , l'usurpateur qui régnoit à Arles , et communique la pourpre àlttaxime.

L'Angleterre, que Rome ne défend plus, se met en liberté. Dans les Gaules, les provinces armoricaines se forment en républiques fédératives *. Les Alains , les Vandales et les Suèves entrent en Espagne ( 409 , 2d septembre). Les Vandales avoient pour roi Gonderic , et les Suèves, Ermeric. Les provinces ibériennes sont tirées au sort : la Galice échoit aux Suèves et aux Vandales de Gonderic ; la Lusitanie et la province de Carthagène sont adjugées aux Alains ; la Bœlique tombe en pig^tage à d'autres Vandales, dont elle prit le nom de Vandalousie. Quelques peuples de la Galice se maintinrent libres dans les montagnes ^

En 410 , sur des négociations entamées avec Honorius , Alaric dégrade Attale*, il le dépouille publiquement des ornements impériaux à la porte de Rimini ^. Attale et son fils Ampèle restent sur les chariots de leur maître. Alaric gardoit aussi dans ses bagages Placidie, sœur d'Honori us, demi-reine, demi-esclave. Il essaie de conclure la paix avec le frère de cette princesse , auquel il envoie le manteau d'Attale. Honorius hésite ; Alaric reprend son empereur parmi ses valets , remet la pourpre sur le dos d'Attale , et marche à Rome. L'heure fatale sonna le vingt-quatrième jour d'août , l'an 410 de Jésus-Christ.

Rome est forcée ou trahie : les Goths , élevant leurs enseignes au haut du Capitole , annoncent à la terre le changement des races ^.

Après six jours de pillage , les Goths sortent de Rome comme effrayés ^ ils s'enfoncent dans Tltalie méridionale ^ Alaric meurt: Ataulphe, son beau-frère , lui succède.

Dans les années 411 et 412 il n'y eut plus de consul, comme il n'y avoit plus de monde romain ; du moins on ne retrouve pas leurs fastes dans ces deux années. Il s'éleva pourtant alors un général de race latine. Constance étoit de Naisse , patrie de Constantin; il s'étoit fait connottre du temps de Théodose; il avoit le titre de comte lorsque Honorius songea à l'employer. Si l'on ne

< Zos., p. 899 et seq. — > id., ibid.

3 AuG., ep. 13S ; Pro8., Ghe., Soi., p. 844 ; Idat., chr., p. 10. — 4 Soz., p. 8S0.

^ Les détails se trouveront à Tart. des Mceun des Barbares,

connoissoit Torgueil humam , on ne comprendroit pas qu'Honorius pardonnât moins à un chétif compétiteur qui lui disputoit le diadème, qu'aux Barbares qui le lui arrachoient : Constance eut ordre d'aller attaquer Constantin , tyran des Gaules.

Géronce, qui avoit proclamé Maxime auguste en Espagne, tenoit Constantin assiégé dans Arles : il fût abandonné de son armée aussitôt que Constance parut. Maxime tomba avec Géronce, et vécut parmi les Barbares dans la misère.

Constantin, délivré de Géronce , se remit lui et son fils Julien entre les mains du général d'Honorius : il s'étoit fait ordonner prêtre avant de se rendre *, par Héros , évéque d'Arles ; précaution qui ne le sauva pas : il fut envoyé avec son fils en Italie-, on les décapita à douze lieues de Ravenne.

Édobic ou Édobinc, chef Arank et général de Constantin , avoit essayé de le secourir. Constance et Ulpbilas , capitaine goth qui commandoit sa cavalerie , défirent Edobic sur les bords du Rhône. Édobic se réfugia chez Ecdice, seigneur gaulois auquel il avoit jadis rendu des services \ Ecdice coupa la tête à son hôte , et la porta à Constance '. «< L'Empire , dit Constance en recevant le pré- « sent , remercie Ulphilas de l'action d'Ecdice ^ ; » et Constance chassa de son camp , comme y pouvant attirer la colère du Ciel , ce traître à l'amitié et au malheur ^.

Jovin prit la pourpre à Mayence dans l'année 412.

Les Gçths, après avoir évacué l'Italie, étoient descendus dans la Provence. Ataulphe s'allie avec Jovin, lequel avoit nommé auguste Sébastien son frère : il se brouille bientôt avec eux , et les extermine ^. Les généraux d'Honorius s'étoient joints aux Goths dans cette expédition.

L'an 413, Héraclien se révolte en Afrique. Il aborde en Italie, est repoussé, s'enfuit à Carthage, et va mourir inconnu dans le temple de Mnémosyne.

' PoslhaDC victoriam... ConsUniinuB, cogniU Edonlci code, purpuram et reliqaa imperii insignia deposull.

CuDiqiM ad ecalevitm feninet , lllic presbyltr ordiBatus eal. (Sot., cap. x?, lib.ix, p. 846, d.)

> Profugil ad Bcdicium, qui multU olim beneficiis ab Edobico affectus , amicuB iUI esse puubatur. {Id., ibid.)

) Verum Ecdieius caput Edobici ampuUtum ad Honoril duces dtUiUt (/d., ibid.)

4 GooBtaDtius vero caput quidem accepi Jussit , dicena rempublicam gratiaf agere UIOUb ob racinus Eedicii. (Id. ibid.)

s Sed cum Ecdieius apud eum manere yellel , abscedorceum Jussit, nec sibiuec exerritui commodam fore ratus consueludlnem bujus Yiri, qui tam maie hofpUetaaoseicIpcrfi, (/d.. <Wd.)

0 Oro8., p. aS4; iDAT., chr.

Ronorins avoit one qualité singuliëm: e'étoH de n'enftndre à aucun arrangement ^ il opposoil son ignominieuse lâcheté à tool, eomme une vertu. Lui offroit-on la paix lorsqu'il n'avoiC auenn moyen de se défendre , il chicanoit sur les conditions , les éiudoit, et flnissoit par s'y reftiser. Sa patience usoit fimpa-* tience des Barbares; ils se fotiguoient de le frapper, sans poif- TOir ramener à se reconnottre vaincu. Mais admirez Tillusion de cette grandeur romaine qui imposoit encore , même après la prise de Rome !

Ataulphe desiroit ardemment épouser Placidie, toujours captive ; if la demandoit toujours en mariage à son frère , qui la refusoit toujours. Pendant ces négociations , cent fois interrompues et re>nouées , le successseur d'Alaric s'empara de Narbonne et peut-être de Toulouse -, il échoua devant Marseille -, il y fût repoussé et blessé par le comte Boniface : Bordeaux lui ouvrit ses portes.

Les Franks , dans l'année 413 , brûlèrent Trêves. Les Burgondes ou Bourguignons ' s'établirent définitivement dans la partie des Gaules à laquelle ils donnèrent leur nom.

Las du refus d'Honorius , Ataulphe résolut de prendre à femme celle dont il eût pu foire sa coneuèine par le droit de victoire. Le mariage avoit peut-être eu lieu à Forli *, en Italie-, il fut soiennisé à Narbonne, au mois de janvier , l'an 414. Ataulphe étoit vêtu de Fhabit romain , et eédoit la première place à la grande épousée : on la voyoit assise sur un lit orné de toute la pompe d'une impératrice. Cinquante beaux jeunes hommes, vêtus de robes de soie , eux-mêmes partie de l'offrande, déposèrent aux pieds dePlacidie cinquante bassins remplis d'or et cinquante remplis de pierreries'. Attale, qui d'empereur étoit devenu on ne sait quelle chose à la suitedes Goths, entonna le premier épithalame '^. Ainsi un roi goth*, venu delà Scythie, épousoit à Narbonne Placidie, son esclave, SHe de Théodose et sœur d'Honorius, et lui donnoit en présent de noces les dépouilles de Rome : à ces noces dansoit et chantoit un autre Homain que les Barbares feisoient histrion , eomme ils Vie* voient fait empereur, comme ils le firent ambassadeur auprès é'im

> 11 y a aussi les Burugondes, qu'il ne Taut pas confondre avec les Burgondes ou Bourguignons.

« lOEKAHD., cap. SLXl.

3 liiier alia nupUarum dona , donatur Adulphus eliam quinquaginta formosis pueris, serica vesle induUs, Terentibus singulis ulraquc manu ingénies discos binos, quorum aller auriplenus, aller lapillls pretiosis , vcl prclii insstimabills, qus ex romans urbisdireptioue Gothi depraMlati fuerant. (Ioat., c/tr., an 414. Voyez aussi Ormp. apnd Pho^ Hum.)

4 iPÀT., Chron,, an 414 ; Oltvp. ap. Phot.

aspirant à Tempire , comme il leur plut de lui jeter de nouveau la pourpre.

Finissons-en avec Attale. Après le mariage de Placidie , ce maîlre du monde, qui n'avoit ni terre, ni argent, ni soldats, nomme intendant de son domaine le poète Paulin , petit-Gls du poète Ausone ■. Abandonné par les Barbares, Attale , qui avoit suivi les Goths en Espagne , s'embarque pour aller on ne sait où : il est pris sur mer, et conduit enchaîné à Ravenne. A la nouvelle de cette capture, Constantinople se répandit en actions de grâces', et s'épuisa en réjouissances publiques. Honorius, dans une espèce de triomphe à Rome, en 417, fît marcher devant son char le formi* dable vaincu, le contraignit ensuite de montersur le second degré de son trône , afin que Rome , déshonorée par Alaric , pût contempler et admirer l'illustre victoire du grand César de Ravenne. Le prisonnier eut la main droite coupée, ou tous les doigts, ou seulement un doigt de cette main ^ : on ne craignoît pas qu'elle portât l'épée , mais qu'elle signât des ordres; apparemment qu'il y avoit encore quelque chose au-dessous d'Attale pour lui obéir. Il acheva ses jours dans l'île de Lipari qu'il avoit jadis proposée à Honorius-, et comme il étoit possédé de la fureur de vivre , il est probable qu'il fut heureux. On avoit vu un autre Attale, chef d'un autre empire : c'étoit ce martyr de Lyon à qui l'on fit faire le tour de l'amphithéâtre, précédé d'un écriteau portant ces mots : Le chrétien Attale.

Honorius avoit conclu la paix avec Ataulphe , son beau-frère ; celui-ci s'engageoit à évacuer les Gaules et à passer en Espagne. Placidie accoucha d'un fils qu'on nomma Théodose, et qui vécut peu. Retiré au delà des Pyrénées, Ataulphe est tué d'un coup de poignard par un de ses domestiques, à Barcelone (415). Les six enfants qu'il avoit eus d'une première femme sont tués après lui.

Les Yisigoths mettent sur le trône Sigéric , frère de Sarus \ Sigéric est massacré le septième jour de son élection . Son successeur fut Yallia : Yallia traite avec Honorius, et lui renvoie Placidie , redeyenue esclave , pour une rançon de six cent mille mesures de blé ^.

Constance, général des armées d'Occident, épousa la veuve

« Pâulw., Pœnit. Euchar.^ pocm., p. 287. — « chron. Alex., p. 708.

3 Oros., p. sa^pPaiLOST., lib. xu, cap. v ; Zos., lib. vi.

4 Pros., chvon.; Phot. ; Zos., lib. ix, cap. ix ; Philost., lib. xn, cap. ir, p. 534 ; Oeo«., p. 9i4.

d'Ataulphe malgré elle : elle lui donna une fille , Justa Grata Honoria, et un fils, Valenlinien III.

L'année qui précéda l'éclipsé de 418 marque le commencement du règne de Pharamond ' .

En 418, Yallia extermina les Silinges et les Alains en Espagne. Les Goths revinrent dans les Gaules , pu Honorius leur céda la seconde Aquitaine, tout le pays depuis Toulouse jusqu'à l'Océan'.

Le royaume des Yisigoths prenoit la forme chrétienne sous les évèquesariens^ Théodoric porta la couronne après Yallia. Yallia laissa une fille mariée à un Suève, dont elle eut ce Kicimer^ qui devoit achever la ruine de l'empire d'Occident. Une constitution d'Honorius et de Théodose, adressée l'an 418 à Agricola, préfet des Gaules , lui enjoint d'assembler les états généraux des trois provinces d'Aquitaine , et de quatre provinces de la Narbonnoise. Les empereurs décident que , selon un usage déjà ancien , les états se tiendront tous les ans dans la ville d'Arles , des ides d'août aux ides de septembre (du 15 août au 13 septembre). Cette constitution est un très grand fait historique qui annonce le passage à une nouvelle espèce de liberté.

Constance , père d'Honoria et de Yalentinien IH , est fait auguste et meurt.

Honorius oblige sa sœur Placidie , qu'il aimoit trop peut-être ^^ à se retirer à Constantinople avec sa fille Honoria et son fils Yalentinien. Au bout d'un règne de vingt-huit ans , qui n'a d'exemple pour le fracas de la terre que les trente dernières années où j'écris, Honorius expire à Ravenne , douze ans et demi après le sac de Rome, attachant son petit nom à la traîne du grand nom d'Alaric.

Cette époque compte quelques historiens ^ elle eut aussi des poètes. Ceux-ci se montrent particulièrement au commencement et à la fin des sociétés : ils viennent avec les images -, il leur faut des tableaux d'innocence ou de malheurs ; ils chantent autour du berceau ou de la tombe, et les villes s'élèvent ou s'écroulent au son de la lyre. Une partie des ouvrages d'Olympiodore, de Frigerid, de Claudien , de Rutilius, de Macrobe, sont restés.

Honorius publia (414) une loi par laquelle il étoit permis a tout individu de tuer des lions en Afrique, chose anciennement prohibée. *« U faut , dit le rescrit d'Honorius, que l'intérêt de nos « peuples soit préféré à notre plaisir. »

* VALltsu , Be Franc,, lib. m, p. 118.— ■ id,,ibid.t p. 115.— ) Su». Ap., carm. ii, p. 300. 4 DoM. BouQ., Be. cal. et Franc, script, j SiD, Ap< s Pbot., cap. Lxxx, p. 197, ffoce Olymp.

SECONDE PARTIE

DE THÉODOSE II ET YALENTIMEN III A MARCIEN, AVITUS, LÉON 1% BIAJO- RIEN, ANTHÉME, OLYBRE, GLYCÉRIU8, NÉPOS, ZENON ET AUGU8TDLB.

TRioDon II, L*empereur d'Occident , Valenlinien III , étoil à Coostantinople

irinfïu ~ avec sa mère Placidie lorsque Honorius décéda. Jean , premier

aVi^/ secrétaire , proGta de la vacance du trône , et se fit déclarer au-

M^i»\ S"^^^ ^ Rome. Pour soutenir son usurpation il sollicita I*alliance

^g^^^* des Huns. Théodose défendit les droits de son cousin. Ardaburiiis

g^c«>i^fl, passa en Italie avec une armée. Jean , abandonné des siens , fût

H augÙstule, pris : on le promena sur un Ane au milieu de la populace d'Aqui-

cÈL^Sii i«s lée^ on lui avoit déjà coupé une main' ; on lui trancha bientôt U

^[^"V iôte. Ce prince d'un moment décréta la liberté perpétuelle des

•ismuavs, esclaves ^ : les grandes idées sociales traversent rapidement la tèLe

An'd?? c ^® quelques hommes, longtemps avant qu'elles puissent devenir

4t3-476. des faits : c'est le soleil qui essaie de se lever dans la nuit.

Yalentinien avoit six ans lorsqu'on le proclama auguste soua la tutelle de sa mère. L'IUyrie occidentale fut abandonnée k l'empire d'Orient. Un édit déclara qu'à l'avenir les lois des deux empires cesseroient d'ôtre communes.

Deux hommes jouissoient k cette époque d'une réputation méritée : iEtius et Boniface ont été surnommés les derniers Romains de l'Empire, comme Brulus est appelé le dernier Romain de la République : malheureusement ils n'étoient point , ainsi que Bru* tus, enflammés de l'amour de la liberté et de la patrie; cette noble passion n'existoit plus. Brutus aspiroitau rétablissement de Tancienne liberté affiranchie de la tyrannie domestique : qu*auroient pu rôver iEtius et Boniface? le rétablissement du vieux despotisme délivré du joug étranger. Ce réauUat ne pouvoit avoir pour eux la force d'une vertu publique : aussi combattoient-ils avec des talents personnels pour des intérêts privés nés d'un autre ordre de choses. Il se mèloit à leurs actions un sentiment d'honneur militaire; mais l'indépendance de leur pays, s'ils l'avoient conquise , n'eût été qu'un accident de leur gloire.

La défaite d'Attila a immortalisé vEtius ; la défense de Marseille contre Ataulphe et la reprise de l'Afrique sur les partisans de l'usurpateur Jean , ont fait la renommée de Boniface : il est devenu

' PiiiLOST.. p. 53M : pRoc, de Bell, k'and.y Ub. i, cap. m. " rùd. Thfod., loin, m, p. 95S.

plus célèbre pour avoir livré TAfrique aux Barbares que pour l'avoir délivrée des Romains. Dans les titres d'illustration de Bonifaoe , on trouve l'amitié de saint Augustin. Placidie devoit tout à ce grand capitaine, il lui avoit été fidèle au temps de ses malheurs; jEtius, au contraire , avoit favorisé la révolte de Jean , et négocié le traité qui laisoit passer soixante mille Huns des bords du Danube aux frontières de l'Italie.

jËtius étoit fils de Gaudence , maître de la cavalerie romaine et comte d'Afrique : élevé dans la garde de l'empereur, on le donna en otageà Alaric vers Tan 403, et ensuite aux Huns, dont il acquit l'amitié. .£tius avoit les qualités d'un homme de tête et de cœur : un trait pariiculier le distinguoit des gens de sa sorte : l'ambition lui manquoit , et pourtant il ne pouvoit souiTrir de rival d'influence et de gloire. Cette jalouse foiblease le rendit faux envers Boniface, quoiqu'il eût de la droiture : il invita Placidie à retirer à Boniface son gouvernement d'Afrique , et il mandoit à Boniface que Placidie le rappeloit dans le dessein de le faire mourir'. Boniface s'arme pour défendre sa vie qu'il croit injustement menacée ; iEtius représente cet armement comme une révolte qu'il avoit prévue. Poussé à bout , Boniface a recours aux Vandales répandus dans les provinces méridionales de l'Espagne.

Gonderic » roi de ces Barbares, venoit de mourir : son frère bâtard Genseric, ou plus correctement Gizerich, avoit pris sa place. Sollicité par Boniface , il ùlU voile avec son armée et aborde en Afrique, au mois de mai 439 : trois siècles après, le ressentiment et la trahison d'un autre capitaine dévoient appeler d'Afrique en Espagne des vengeurs d'une autre querelle domestique : les Maures s'embarquèrent où les Vandales avoient débarqué ; ils traversèrent en sens contraire ce détroit dont les tempêtes ne purent défendre le double rivage contre les passions des hommes.

Les troubles que produisoit en Afrique le schisme des donatistes flicilitèrent la conquête de Genseric : ce prince étoit arien *, tous ceux qu'opprimoit l'Eglise orthodoxe regardèrent l'étranger comme un libérateur *. Les Vandales, assistés des Maures , ftirent bientôt devant Hippone, où mourut saint Augustin.

Boniface et Placidie s*étoient expliqués : la fourberie d'^tius avoit été reconnue. Boniface repentant essaya de repouser l'ennemi : on répare le mal qu'un autre a fait, rarement le mal qu'on fait soi-même. Boni&ce , vaincu dans deux combats , est obligé d'abandonner l'Afrique, quoiqu'il eût été secouru par A^par, gé-

< fmocop., dé Beii. ymnd*, lib. i, c^p m, p. ISS. — • Gibb., rail ofthê Rom, Etnp.

néral de Théodose ■ : Placidie le reçut généreusement, l'élevaau rang de patrice et de maître général des armées d'Occident, ^tius, qui triomphoit dans 1^ Gaules , accourt en Italie avec une multitude de Barbares. Les deux généraux , comme deux empereurs, vident leur différend dans une bataille : Boniface remporta la victoire (432) , mais jEtius le blessa avec une longue pique qu'il s'étoit fait tailler exprès ^ Boniface survécut trois mois à sa blessure : par une magnanimité queréveilloient en lui les malheurs de la patrie , il conjura sa femme , riche Espagnole , veuve bientôt , de donner sa main à jEtius ^ Placidie déclare jEtius rebelle , l'assiège dans les forteresses où il essaie de se défendre, et le force de se réfugier auprès de ces Huns qu'il devoit battre aux champs catalauniques/

Après avoir négocié un traité de paix avec Yalentinien III, pour se donner le temps d'exterminer ses ennemis domestiques , Genseric s'approcha de Garthage , surnommée la Rome africaine; il y entra le 9 octobre 439. Cinq cent quatre-vingt-cinq ans s'étoient écoulés depuis que Scipion le jeune avoit renversé la Garthage d'Annibal.

L'année de la prise de la Garthage romaine par un Vandale fut celle du voyage d'Eudocie , l'Athénienne, femme de Théodose II, à Jérusalem. Assise sur un trône d'or , elle prononça , en présence du peuple et du sénat , un panégyrique des Antiochiens^ , dans la ville dont Julien avoit fait la satire. De Jérusalem, elle envoya à Pulchérie , sa belle-sœur , le portrait de la Vierge , (ait , disoit-on , de la main de saint Luc ^. La tradition de cette image arriva par la succession des peintres jusqu'au pinceau de Raphaël : la religion , la paix et les arts marchent inaperçus à travers les siècles , les révolutions, la guerre et la barbarie. Eudocie, soupçonnée d'un attachement trop vif pour Paulin , retourna à Jérusalem , où elle mourut. Une pomme que Th^dose avoit envoyée à Eudocie , et qu'Eudocie donna à Paulin , découvrit un mystère dont l'ambition de Pulchérie profita ^.

Maintenant que je vous ai retracé l'invasion des Goths et des divers peuples du Nord , il me reste à vous parler de celle des Huns , qui engloutit un moment toutes les autres.

Lorsque les Huns passèrent les Palus-Méotides , ils avoient pour

> Progop., de Bell. Fond,, lib. i, cap. lu.

» Idat., ch-on.; Maecbl., Ckron,; Excerp, ex Biet* Cotik.; Pusc.

3 M AECBL., Ckron,

h Chron, Alex., p. 789 ; Li Sao., de SUt, eeeL, p. 397.

s NicBPBom., lib. sr» cap. n, p. 44, b, c. — « Giron. Paical. $eu Alexënd.» p. 9IM6.

chef Balamir ou Baiamber; on trouve ensuite Uldin et Caraton ■.. Les ancêtres d'Attila avoient régné sur les Huns , ou , si l'on veut , ils les avoient commandés. Munduique ou Mundzucque, son père, avoit pour frères Octar et Rouas , ou Rôas, ou Rugula, ou Rugilas , et il étoit puissant. Les Huns multiplièrent leurs camps entre le Tanaïs et le Danube * : ils possédoient la Pannonie et une partie de la Dacie, lorsque Rouas mourut^; il eut pour successeurs ses deux neveux , Attila et Bléda , qui pénétrèrent dans TIllyrie. Attila tua Bléda , et resta maître de la monarchie des Huns 4. Il attaqua les Perses en Asie , et rendit tributaire le nord de l'Europe : la Scy thie et la Germanie reconnoissoient son autorité ; son empire touchoit au territoire des Franks et s'approchoit de celui des Scandinaves ; les Ostrogoths et les Gépides étoient ses sujets ; une foule de rois et sept cent mille guerriers marchoient sous ses ordres ^.

On veut aujourd'hui , sur l'autorité des Nibelungen, poème allemand de la fin du douzième siècle ou du commencement du treizième , que le nom original d'Attila ait été Etzel : je n'en crois rien du tout. Dans tous les cas il n'est guère probable que le nom d'Etzel fasse oublier celui d'Attila ^.

Vainqueur du monde barbare , Attila tourna ses regards vers le monde civilisé. Genseric , craignant que Théodose II n'aidât Yalentinien III à recouvrer l'Afrique, excita les Huns à envahir de préférence l'empire d'Orient?. Vous remarquerez combien les Barbares étoient rusés, astucieux, amateurs des traités, combien les intérêts des diverses cours leur étoient connus , avec quel art ils négocioient en Europe , en Afrique , en Asie , au milieu des événements les plus divers et les plus compliqués. Une querelle pour une foire, au bord du Danube, fut le prétexte de la guerre entre Attila.» et Théodose (407 ou 408).

Le débordement des Huns couvrit l'Europe dans toute sa largeur, depuis le Pont-Euxin jusqu'au golfe Adriatique. Trois batailles perdues par les Romains amenèrent Attila aux portes de Constantinople. Une paix ignominieuse termina ces premiers ravages. Attila en se retirant emporta un lambeau de l'empire d'Orient : Théodose lui donna six mille livres d'or , et s'engagea à lui payer un tribut annuel du sixième ou des deux sixièmes de cette sonune».

t loEMAHD., cap. xxiT-xLvin ; Vàlb9., Be, Franc, lib. ni ; Phot., cap. lxxx.

3 Am. Maecbl., lib. XXXI. — ) Pbisc, p. 47; Peosp. Its., Cftroii.

4 Pmosp.; Maecbl. — s Pbibc., p. <U; Peosp., chron,; Ioehahi>.

0 Voyex les ÉelaireUsemenU à la On des Études At<f ori^n^i.— 7 Peisc , p. 40.— > Id., p. 53. 9 Eyag., de HUt. eccl., p. 92 ; M aacbl., chron,} Jorn., Rtr, Gath,, cap. xlit ; Prisc, p. 44 ; TmoPH., ckr<mogr,f p. 88.

S14 ETUIHSS

• A la saite de ces événements, le roi des Huns avoit envoyé à Gonstantinople (449) ane députation dont fiiisoit partie Oreste , son secrétaire , qni fut père d'Augustule , dernier empereur romain. Ces goerres prodigieuses , ces changements étranges de destinée, nous étonnoient plus il y a un demi-siècle qu'ils ne nous frappent aujourd'hui : accoutumés au spectacle de petits combats renfermés dans Tespace de quelques lieues et qui ne changeoient point les empires, nous étions encore habitués à la stabilité héréditaire des familles royales. Maintenant que nous avons vu de grandes et subites invasions ; que le Tartare , voisin de la muraille de la Chine , a campé dans la cour du Louvre, et est retourné k sa muraille; que le soldat fi*ançois a bivouaqué sur les remparts du Kremlin ou i l'ombre des Pyramides ; maintenant que nous avons vu des rois, de vieille ou nouvelle race , mettre le soir dans leurs porte-manteaux leurs sceptres vermoulus ou coupés le matin sur l'arbre , ces jeux de la fortune nous sont devenus fomiliers : il n'est monarque si bien apparenté qui ne puisse perdre dans quelques heures le bandeau royal du trésor de Saint-Denis ; il n'est si mincjd clerc ou gardeur de cavales qui ne puisse trouver une couronne dans la poussière de son étude ou dans la paille de sa grange.

L'eunuque Chrysaphe , favori de Théodose , essaya de séduire Édécon , un des négociateurs d'Attila , et crut l'avoir engagé à poignarder son maître. Édécon , de retour au camp des Huns, révéla le complot. Attila renvoya Oreste à Constantinople avec des preuves et des reproches , danandant pour satisfaction la tôte du coupable. Les patrices Anatole et Nomus ftirent chargés d'apaiser Attila avec des présents*; Priscus les accompagnoit ; il nous a laissé le récit de sa mission et de son voyage. Ce même Priscus avoit vu Mérovée, roi des Franks, à Rome *.

Sur ces entrefaites Théodose mourut A Constantinople , l'an 450 , d*une chute de cheval ' ; il étoit Agé de cinquante ans. Le code qui porte son nom a ftiit la seule renommée de ce prince \ nKmument composé des débris de la législation antique , semblable A ces colonnes qu'on élève avec l'airain abandonné sur un champ de bataille; monument de vie pour les Barbares, de mort pour les Romains , et placé sur la limite de deux mondes.

Les historiens ecclésiastiques sont de cette époque ; les rappeler , c'est reconnoître la position de l'esprit humain : Sozomène , Socrate , Théodoret , Philostorge, Théodore , auteur de YHinohe Tripaniie , Philippe de Side , Priscus et Jean l'orateur.

> Prisc, de Lfg.y p. 34 et seq. — > /d., ibid.^ p. 40. — ) TeBooom., p. §5.

Palchérie , depuis longtemps proclamée mtgmta , pla{a ia couroone de son fr^ Théodose sur la tète de Marcien : pour mieux assurer les droits de ce citoyen obscur , moitié homme d'épée , moitié homme de plume, elle Tépousa et demeura vierge (451) '. Cette élection ne fut contestée , ni du sénat , ni de la cour , ni de l'armée : prodigieux changement dans les moeurs. Ici commence un esprit inconnu à l'antiquité , et qui (ait pressentir ce moyen- Age, où tout étoit aventures : des femmes disposent des empires; Piacidie , soeur d'Honorius et captive d'un Goth , passe dans le lit de ce Goth qui aspire à la pourpre ; Pulchérie , sœur de Tbéodosell, porte l'Orient à Marcien ; Honoria,sœurdeYalentinien m, veut donner l'Occident à Attila ; Ëudoxie , fllle de Théodose II et veuve de Yalentinien m, appelle Genseric à Rome; Eudoxie, fllle de Yal^tinien III , épouse Hunneric , Gis de Genseric. C'est par les femmes que le monde ancien s'unit au monde nouveau : dans ce mariage , dont nous sommes nés , les deux sociétés se partagèrent les sexes: la vieille prit la quenouille , et la jeune l'épée.

Marcien étoit digne du choix de Pulchérie ; il possédoit ce mérite qu'on ne retrouve que dans les classes inférieures au temps de la décadence des nations. Il a été loué par saint Léon le Grand ' : on a dit qu'il avoit le cœur au-dessus de l'argent et de la crainte. Il apaisa les troubles de l'Église par le concile de Chalcédoine ; il ré* pondit à Attila qui lui demandoit le tribut : « J'ai de l'or pour mes « amis, du fer pour mes ennemis ^ >• Lorsque Aspar , général de Théodose, attaqua l'Afrique, Marcien l'accompagnoit en qualité de secrétaire ; Aspar fut défait par les Vandales , et Marcien se trouva au nombre des prisonniers de (Genseric : attendant son sort , il se coucha à terre , et s'endormit dans la cour du roi. La chaleur étoit brûlante; un aigle survint, se plaça entre le visage de Marcien et le soleil , et lui fit ombre de ses ailes. Genseric l'aperçut, s'émerveilla , et , s'il en faut croire cette ingénieuse fable , il rendit la liberté au prisonnier dont il préjugea la grandeur^.

La fière réponse de Marcien à Attila blessa l'orgueil de ce conquérant : le Tartare hésitoit entre deux proies ; du fond de sa ville de bois, dans les herbages de la Pannonie , il ne savoit lequel de

» Etag., lib. I, cap. i.— • Léo., ep. lxxxix, p. 616; — 7d., cp. xcir, p. 6Î9.

^ PRISC, p. 39.

4 lUi siib dium coacti circiter meridiem , euro a sole quippe vslivo kinguescerent, fédérant: inter quos Marcianus ncgiigenter stratus duccbat somnum ; quadam intérim, ut perhlbenl , aquila supcrvolanlc, quœ pa&sis alis ita se lîbrabat, eurodemque in aerc locum insislebat , ut umbra blandiretur uni Marciano. Rem Gizericus e superiori conteraplatus sdiufli parte, atque ui orat sagacisfânius vir ingepio, divinum ostentum interpreiatus... Deu» iUl destinassel imperiuni. (Peocop., de Bell, yand.^ 1. 1, p. 165 et 166.)

ses deux bras il devoit étendre pour saisir l'empire d'Orient ou l'empire d'Occident , et s'il arracberoit Rome ou Cionstantinople de la terre.

Il se décida pour l'Occident , et prit son chemin^par les Gaules, ^tius étoit rentré en grâce auprès de Placidie : ona yu qu'il avoit été l'hôte et le suppliant des Huns.

Le royaume des Yisigotbs , dans les provinces méridionales des Gaules , s'étoit fixé sous le sceptre de Théodoric , que quelquesuns ont cru fils d'Alaric. Clodion , le premier de nos rois , avoit étendu ses conquêtes jusqu'à la Somme ; ^tius le surprit et le repoussa * ; mais Clodion finit par garder ses avantages. Clodion mort, ses deux fils se disputèrent son patrimoine; l'un d'eux, peut-être Mérovée , qui tout jeune encore étoit allé en ambassade à Rome * , implora le secours de Yalentinien , et son frère aine rechercha la protection d'Attila ^

Honoria , sœur de Yalentinien , rigoureusement traitée à la cour de son frère, avoit été aimée d'Eugène, jeune Romain attaché à son service ^. Des signes de grossesse se manifestèrent ; l'impératrice Placidie fit partir Honoria pourConstantinople. Au milieu des sœurs de Théodose et de leurs pieuses compagnes , Honoria , qui avoit senti les passions , ne put goûter les vertus : de même que Placidie, sa mère, étoit devenue l'épouse d'un compagnon d'Alaric , elle résolut de se jeter dans les bras d'un Barbare : elle envoya secrètement un de ses eunuques porter son anneau au roi des Huns. Attila étoit horrible, mais il étoit le maître du monde et le fléau de Dieu ^.

Armé de l'anneau d'Honoria , le chef des Huns réclamoit la dot de sa haute fiancée , c'est-à-dire une portion des États ronmins : on lui répondit que les filles n'héritoient pas de l'Empire. Attila se prétendoit encore attiré par des intérêts que mettoit en mouvement une autre femme. Théodoric avoit marié sa fille unique à Hunneric, fils de Genseric : sur un soupçon d'empoisonnement, Genseric la renvoya à son père , après lui avoir fait couper le nez et les oreilles. Les Yisigotbs menaçoient les Yandales de leur vengeance , et Genseric appeloit Attila son allié pour retenir Théodoric son ennemi^.

* Idat., Cft. , p. 10 ; Yàuu., Re, Franc,, lib. ui. — < Prisc, Leg,, p 40.

3 SiD., car. TU ; Grig. Tur., lib. u. — 4 Màrcbl., càroii.

s lornandés place plus tôt l'enYol de cet anneau ; mais il confond les temps.

^ HiiÙu> crgo mentem ad Taslatlonem orbis paralam comperiens Gizericus , rei Vandalorum, quem paulo ante memoraTimus , multb muneribus ad Vesegotharum bella précipitât, metuenf ne Theodoiicuf , YesegoUianini rez , flU» uldacerelur ii^uriini , qua Hvn-

Trois causes ou trois prétextes amenoientdonc Attila en Gaule : la réclamation de |la dot d'Honoria , l'intervention réclamée dans les affaires du royaume des Franks, la guerre contre les Yisigoths, en vertu de l'alliance existante entre les Huns et les Vandales. Arbitre des nations , défenseur d'une princesse opprin\ée , le ravageur du monde, devancier de la chevalerie , se prépara à passer le Rhin au nom de l'amour, de la justice et de l'humanité.

Des forêts entières furent abattues; le fleuve qui sépare les Gaules de la Germanie se couvrit dé barques > chargées d'innombrables soldats , comme ces autres barques qui transportent au-* jourd'hui , le long du Pénée , les abeilles nomades des bergers de la Thessalie \ Saint Agnan , évèque d'Orléans , saint Loup , évoque de Troyes, sainte Geneviève, gardeuse de moutons à Nanterre , s'efforcèrent de conjurer la tempête : vous verrez l'effet et le caractère de leur intervention , quand je vous parlerai des mœurs des chrétiens.

^tius n'avoit rien négligé pour combattre ses anciens amis : les Yisigoths s'étoient , non sans hésitation , joints à ses troupes \ beaucoup de négociations avoient eu lieu entre Théodoric , Attila et Yalentinien ^ ^tius marcha au-devant des Huns , et les rencontra occupés et retardés devant Orléans , dont la destinée étoit de sauver la France; Attila se retira dans les plaines catalauniques, appelées aussi mauritiennes, longue de cent lieues , dit Jornandès , et larges de soixante-dix ^ : il y fut suivi par JEiius et Théodoric.

Les deux armées se mirent en bataille. Une colline qui s'élevoit insensiblement bordoit la plaine; les Huns et leurs alliés en occupoient la droite , les Romains et leurs alliés la gauche. Là se trouvoit rassemblée une partie considérable du genre humain ^, comme si Dieu avoit voulu faire la revue des ministres de ses vengeances, au moment où ils achevoient de remplir leur mission : il leur al-

nericho , Gizerici fllio , Juncta , prius quidcm Unto conjugio lœUretur: sed postea , ut erat illc et in sua pignora truculentus , ob suspicioncm tantummodo yeneni ab ea paraît , eam, amputatis naribus , spoUans décore nalurali , patri suo ad Gallias remiserai, ut turpe fùnus miseranda semper offerret, et crudelitas, qua cliam moverentur exlerni , vindiclani patris efflcacius impetraret. (Iorhamd., de Beb. Cet., c. xxxti.)

t Mcldlt dto Mcta bliMiml

Hercrnta lo Hotrei , et Rhénan lexull alno.

(SiD. APm cam. tii, p. 97.)

I PouQCCviLLB t'royage en Grèce. — ^ Joenamd , cap. xxxvi.

4 C leugas, ut Galli Tocant, in longum tenentes, et lxx in latum. (M, ibid.)

< Fit ergo arca innumerabilium populorum pars iUa terrarum. ( /d., ibid.)

loit partager la conquête, et désigner les fondateurs des nouveaux royaumes. Ces peuples , mandés de tous les coins de la terre , s'étoient rangés sous les deux bannières du monde à venir et du rnond» passé , d' AttHa et d' Jltius. Avec les Romains marcboient les Yisigoths, les Lœti, les Arflooricains, les Gaulois, les Bréonnes, les Saxons , tes Bourguignons , les Sarmates , les Alains , les Atlamans , les Ripuaires et les Franks soumis à Mérovée ; avec les Huns se trouvoient d'autres Franks et d'aiiitres> Bourguignons , les Rugiens , les Érules , les Thuringiens , les Ostrogoths et les Gépides. Attila harangua ses soldats :

u Méprisez ce ramas d'ennemis désunis de memirs et de lan- <( gage, associés par la peur. Précipitez- vous sur les Alains et les (« €k>ths, qui font toute la force des Rosiaina : le corps ne se peut « tenir debout quand les os en sont arracbés. Courage ! que la « fureur accoutumée s'allume 2 Le glaive ne peut rien contre les «< braves avant l'ordre du destin. Celte foule épouvantée ne pourra 4 regarder les Huns en face. Si l'événement ne me trompe , voici « le champ qui nous fut promis par tant de victoires. Je lance le « premier trait à l'ennemi : quiconque oseroit devancer Attila au «( combat, est mort '. »

Cette bataille (453) fut effroyable, sans miséricorde, sans quartier. Celui qui pendant sa vie, dit l'historien des Goths, fut assez heureux pour contempler de pareilles choses et qui manqua de les voir, se priva d'un spectacle miraculeux ^ Les vieillards du temps de l'enfance de Jornandès se souvenoient encore qu'un petit ruisseau , coulant à travers ces champs héroïques , grossit tout à coup non par les pluies, mais par le sang , et devint un torrent. Les blessés se traînoient à ce ruisseau pour y étani^her leur soif, et bu voient le sang dont ils l'avoient formée Centsoixante-deux mille morts couvrirent la plaine; Théodoric fut tué, mais Attila vaincu. Retranché derrière ses chariots pendant la nuit, il chaa-

I Adunatas despicile dissonas gcates. ludicium paToris est , socieute dercndi

Alanos invadile , in Vesegolhas incumbite Nec potest sUre corpus , cul ossa sub-

Btraxerit. Consurgant animi, furor solitus Intumescat VIcluros nulia (ela conve-

nient , morituros et in oclo ftiU prncipilanU .... Non ftdior ereotu, hic campus est quem nobis toi prospéra promiserant. Primus in hostcs tela conjioiam. Si quia potueril Attila pugnante ocium Terre , sepulitis est. (lORif and., ctp. xxzri.)

a Ubi talia gcsla referuatur , ut niliU e«et, quod in vila sua conspiccre poluissel egregius , qui hujus miraculi privaretur aspecUi. {Id., cap. zl.)

3 Nam si scnioribus «rodere fiw est, ri? ulus memorati campi liumili ripa prolabens, peremptorum vulueribus sanguine multo provectus, non auctus imbribus, ul solebat, sed liquore concitatus insolito, torrena tectus est cruoris augmenlo. Bt quos illio coegit in aridam sitim vulnus inflictum , fluénU mixta olade traierunt : ita constrioU sorte miseraMli sordebant, pountea nogutnem quem ftidere Mticiati. (/d.» iàid,)

HISItmiQUES. 319

toit en choquant ses armes ; lion rugissant et menaçant à l'adtrée de la caverne où l'avoient acculé les chasseurs \

L'armée triomphante se divisa , soit par l'impatience ordinaire des Barbares , soit par la politique d'^tius , qui craignit qu'Attila passé ne laissât les Yisigoths trop puissants. Gomme je marque à présent tout ce qui finit y la victoire catalaunienne est la dernière grande victoire obtenue au nom des anciens maîtres du monde. Rome 9 qui s'étoit étendue peu à peu jusqu'aux extrémités de la terre, rentroit peu à peu dans ses premières limites; elle alioit bientât perdre l'empire et la vie dans ces mêmes vallées des Sabins où sa vie et sou empire avoient commencé; il ne devoit •rester de ce géant qu'une tête énorme , séparée d'un corps immense.

Attila s'attendoit à être attaqué; il ne s'aperçut de la retraite des vainqueurs qu'au long silence des campagnes > abandonnées aux cent soixantenleux mille muets de la mort. Echappé contre toute attente à la destruction , et rendu à sa destinée, il repasse le Rhin. Plus puissant que jamais, il entre l'année suivante en Italie , saccage Aquilée , et s'empare de Milan. Yalentinien quitte sa cache de Ra venue pour se recacher dans Rome» avec Tinteniion d'en sortir à l'approche du péril : la peur le faisoit fuir, la lâcheté le retint ; également indigne de l'empire en l'abandonnant ou en le vendant. Deux consuls, Avienus et Trigesius, et le pape saint Léon , viennent traiter avec Attila. Le Tartare consent à se retirer, sur la promesse de ce qu'il appeloit toujours la dot d'Honoria : une raison plus intérieure le toucha ; il fut arrêté par une main qui se montroit partout alors , au défaut de celle des hommes : cela sera dit en son lieu.

Attila se jette une seconde fois sur les Gaules, d'où Thorismond, successeur de Théodoric , le repousse. Le Hun rentre encoi*e dans sa ville de bois , méditant de nouveaux ravages : il y disparoît. Le hérosde la barbarie meurt, comme le héros de la civilisation, dans l'enivrement de la gloire et les débauches d'un festin ; il s'endormit une nuit sur le sein d'une femme , et ne revit plus le soleil ; une hémorragie l'emporta : le conquérant creva du trop de sang qu'il avoit bu et des voluptés dont il se gorgeoit. Le monde romain se crut délivré ; il ne l'étoitpas de ses vices; châtié, il n'étoit pas averti.

* Strepensarmis tubiscanebat, incussioneroque minabatur: yclutleo venabulis pressus , spelunc® aditus obambulans. (/cf., ib.) s Sed ubi hostium abscntia sunt longa silcnlia consçcula , erigitur mcu» ad Yictoriam ,

L'invasion d'Attila en Italie donna naissance à Venise. Les ha» bitants de la Yénétie se renfermèrent dans des Uots voisins du continent. Leurs murailles étoient des claies d'osier : ils vivoient de poisson ; ils n'avoient pour richesses que leurs gondoles , et du sel qu'ils vendoient le long des côtes. Cassiodore les compare à des oiseaux aquatiques qui font leur nid au milieu des eaux ■. Yoilà cette opulente , cette mystérieuse » cette voluptueuse Yenise , de qui les palais rentrent aujourd'hui dans le limon dont ils sont sortis.

La Grande-Bretagne , malgré ses larmes et ses prières , avoit été abandonnée des Romains.

Quand Tépée d'Attila fut brisée , Yalentinien , tirant pour la pre^ mière fois la sienne , l'enfonça dans le cœur du dernier Romain : jaloux d'iEtius , il tua celui qui avoit retardé si longtemps la chute de l'Empire ^ Yalentinien viole la femme de Maxime , riche sénateur de la famille Anicienne^ : Maxime conspire; Yalentinien , dernier prince de la famille de Théodose , est assassiné en plein jour par deux Barbares , Transtila et Optila , attachés à la mémoire d'iEtius^. Maxime est élu à la place de Yalentinien ; son règne fut de peu de jours, et il le trouva trop long. «« Fortuné Damoclès! « s'écrioit-il , regrettant l'obscurité de sa vie, ton règne commença « et finit dans un même repas ^. »

Maxime, devenu veuf, avoit épousé de force Eudoxie, veuve de Yalentinien , et fille de Théodose IL Eudoxie cherche un vengeur, et n'en voit point de plus terrible que Genseric. Les Vandales étoient devenus des pirates habiles et audacieux ; ils avoient dévasté là Sicile, pillé Palerme , ravagé les côtes de la Lucanie et de la Grèce. Genseric, appelé par Eudoxie^, ne refuse point la proie ; ses vaisseaux jettent l'ancre à Ostie. Maxime se veut échapper ; il est arrêté par le peuple , qui le déchire. Saint Léon essaie

gaudia prœsumuntur , atquc potenlis régis anlrous in antiqua fata reverlitur. (Iobkand., eap. xu.)

< Aquatilium avium more domus est. (Vaeiab., lib. xn, cpist. xxiv.)

Vofez aussi Ferona iUtulrata de Maffbi , et V Histoire de Venise , par M. DAKt.

« Pbosp., Idàt., an 454.

3MaxIoiiis quidam erat senalor romanus... Uxorem habebat singularl contincntia et forma , commendatisslm» fam» prcdiUm... Huic nacts concubitu , obscœni libidlne ardens Valcnlinianus... Tim attullt obluctanti. (Procop., de Bell. Fand,^ lib. ii, cap. iv., p. 187.)

4 /d., iMd.; Etag., lib. il, cap. vu.

^ Diccre solebat Yir litteratus atque ob ingenii mérita qua^storius Fulgentius , m ex ore ejus fréquenter audisse , cum perosus pondus imperii vetcrem dcsideraret securiialem: . Felicem te, Damoclès, qui non uno longius prtndlo regni necessitatem tolerarisli ! (S». Ap., ep. XIII, lib. II, p. IM.)

« PtocOP., de BelL Vand.j p. 188,

de sauver une seconde fois son troupeau, et n*o6tient point de Genseric ce qu'il avoit obtenu d'Attila : la Ville éternelle est livrée au pillage pendant quatorze jours et quatorze nuits. Les Barbares se rembarquent ; la flotte de Genseric apporte à Cartilage les richesses de Rome, comme la flotte de Scipion avoit apporté à Rome les richesses de Garlhage. Le chantre de Didon sombloit avoir prédit Genseric dans Annibal. Parmi le butin se trouvèrent les ornements enlevés au temple de Jérusalem : quel mélange de ruines et de souvenirs ! Tous les vaisseaux arrivèrent heureusement , excepté celui qui éloit chargé des statues des dieux ■. Ces nouvelles calamités n'étonnèrent pas : Aiaric avoit tué Rome ; Genseric ne fit que dépouiller le cadavre.

Avitus , d'une famille puissante de l'Auvergne , beau-père de Sidoine Apollinaire, et maître général des forces romaines dans les Gaules , remplaça Maxime. Il reçut la pourpre des mains de Théodoric n , roi des Yisigoths , régnant à Toulouse. Ce Théodoric étoit frère de Thorismond , fils de Théodoric !•', tué aux champs catalauniques. Il soumit le reste des Suèves en Espagne^ mais, tandis qu'il avoit l'air do combattre pour la gloire de l'empereur son ouvrage , Avitus étoit déjà tombé : il fut dégradé par le sénat deRome,qui sembloit puiser ce pouvoir d'avilir dans sa propre dégradation. Ricimer ou Richimer, fils d'un Suève et de la fille du roi Go(h Yallia, comme je vous l'ai déjà dit, fut le principal auteur de cette chute. Ce chef des troupes barbares , à la solde des Romains en Italie , donna une double marque de sa puissance en nommant l'empereur déposé (16 octobre 457) évêque de Plaisance ' : la tonsure alloit devenir la couronne des rois sans cour ronne. On ne sait trop comment finit Avitus : privé de l'empire , il le fut aussi de la vie , dit pourtant un historien ^.

Ricimer passa la pourpre à Majorien, ancien compagnon d'iEtius. Majorien étoit un de ces hommes que le Ciel montre un moment à la terre dans l'abâtardissement des races : étrangers au monde où ils viennent, ils ne s*y arrêtent que le temps nécessaire pour empêcher la prescription contre la vertu 4. Majorien ranima la gloire romaine en attaquant les Franks et les Vandales avec les vieilles bandes sans chef d'Attila et d' Aiaric. On a de lui plusieurs belles lois. Ricimer ne l'avoit placé sur le trône que parcequ'il le croyoit sans génie ^ quand il s'aperçut de sa méprise, il fit naître

» Navibus Giserici iinam qua simulachra vehebaiilur periisso ferunt. (PRocop., de B(U. Vand., lib. ii, p. 489.) a VicT. Tim. — > IDAT., chnm.

■> Sii). Ap., carm. v, p. 543 ; Procop., de lielt. Vand., 1. 1, c. vu. •

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