Y. SI
dM ÉTUDES
une sédition , 6t Mqorien abdiqua. On croit qu'il fut empoisonné ' (7 août 461 ). Le biaeur et le (j^iaeur de rois (à cette époque de révolutions , oda ne supposoit ni talents supérieurs ni grands périls ), remit le diadème à Libius Sévère : il prit garde cette fois que le prince ne fût pas un homme , et il y réussit. On ne connoit guère que le titre impérial de ce Libius Sévère : Texcès de i'obscurité pour tes rois a le même résultat que l'excès de la gloire; il ne laisse vivre qu'un nom.
Deux hommes, fidèles à la mémoire de Majorien , refusèrent de reconnottre la créature de Ricimer : Marcellin , sous le titre de patrice de l'Occident, resta libre dans la Dalmatie; jËgidius, maître général de la Gaule , conserva une puissance indépendante : ce Ait lui que les Bretons implorèrent , et que les Franks nommèrent un moment leur chef, quimd ils chassèrent Ghildéric.
L'Italie continua d'être livrée aux coursesdes Vandales; chaque année, au printemps, le vieux Genseric y rapportoit la flamme. Par un renversement de l'ordre du destin , dit SickMoe , la brûlante Afrique versoit sur Rome les fureurs du Caucase \
Léon 1^ , surnommé le Grand , ou le Boucher, ou plus souvent Léon de Thrace, avoit été élu empereur d'Orient après la mort de Marcien , arrivée vers la fin de janvier, l'an 457. Goostantinople, échappée aux Barbares, obtenôit sur Rome la prééminence, non la supériorité , que donne le bonheur sur l'infortune; L'£m- IKre d'Occident , sur son lit de n)(Mt , ressendiloit à un guerrier ou à un roi dont on pille la tente ou le palais, tandis qu'il expire , ne lui laissant pas un linceul pour l'ensevelir. Léon , qui voyoit donner des maîtres à Rome, lui accorda Antlième(468)en qualité 4'empereur sur la demande du sénat. Ricimer empoisonna Libius Sévère , et épousa la fille d'Ànthème. U y eut de grandes réjouis^ aaaces ; tout parut consolidé dans une ruine.
Vous avez vu qu'Anthème pensoit à rétablir le culte des idoles^. Les deux empires , et surtout celui d'Orient , préparèrent un puiseant armement contre les Vandales. Le commandement en fut donné à Basilisque , qui laissa brûler sa floUe devant Garihage, réduit à la nécessité de passer pour un traître , afin de conserver la Tépotation d'un grand général. Sauvé de ee danger, Genseric reprit ses courses et s'empara de la Sicile.
( Selon une autre venion , Majorien fut déposé par Ricimer , qui lo fit tuer cinq Jours
âpres sa déposition.
* coorerioqiM oriflM taU
Torridt caucsMos InFert mlhl Byria Itirors*. ( SiPON. Apqu.. )
3 Ci-dessus , p. 180.
Tbéoiioric II avoijt rompu ses traités avec Rome à la mort de l'empereur Majorien \ il réunit Narboone à son royaume. Euric , son frère » qui Ta^sassina , acheva la conquête des Espagnes sur les Romains et sur les Suèves : ceux-ci reconnurent son autorité, en restant en possession de la Galice. Dans les Gaules ^ Euric ne fut pas moins heureux; il étendit sa dominatiosi, d'un côté, depuis les Pyrénées jusqu'au Rhône; de Taulre, jusqu'à U Loire. En cg temps , les Bourguignons étoient alliés de Rome , et se décbiroient entre eux ; il en étoit ainsi des Franks et des Saxons.
Cependant Ricimer se brouille avec Anthème, son beau^pèrei et se détermine à changer encore le maître titulaire de roccideqit. Il appelle à la pourpre Olybre, qui avoit épousé Placidie, fille df Yalentinien III. Il en résulte une guerre civile. Rome estsaçc^éç une troisième fois, dit le pape Gélase , et les misérables rester d^ l'Empire sont foulés aux pieds. Antbème est tué ( 11 juillet 472) , Olybre meurt, et Ricimer le précède dans la tombe on il avoit pré^ cipité.cinq empereurs , tous faits de sa main ' .
Gondivar ou Gondibalde , neveu de Ricimer, et élevé à la dignité de patrice par Olybre, pousse Glycérius à s'emparer du pouvoir. Gondibalde est peut-être le célèbre roi des Bourguignons. A Gonstantinople, on proclama Julius Népos empereur d'Occident. Il surprit son compétiteur Glycérius , le Gt raser et ordonner évoque de Salone*. Julius Népos céda l'Auvergne à Euric, roi des Yisif goths, croyant qu'on pouvoit sacrifier ses amis à ses ennemis. Les troupes que Népos tenoit à sa solde se révoltent; il fuit, traînant dans sa retraite en Dalmatie un titre que lui soûl reconnoissoit : il retrouva à Salone son rival impérial qu'il avoit bit évoque ^ Népos ne valoit pas la peine d'un coup de poignard , et fut assassiné pourtant 4. Les Ostrogotlis, pendant l'apparition de Glycérius, s'étoient montrés en Italie.
Les autres Barbares , qui opprimoient plus qu'ils ne défendoient ce malheureux pays, avoient alors pour chef Orest^ , ce secréiaMre d'Attila dont je vous ai déjn parlé. A la mort du roi des Huna , U passa au service des empereurs d'Occident , sous l/Qsquels il deviiHt
* Valois l'appuie de l'auteur aQooyma, conforme, pour ees temps oi)seiirs» à oe que Vam trouve dans les Fastes consulaires d'Onuphre, dans les actes des Gopciles, 4an> Gas9iocK>iQ, dans Victor de Tunne , dans la Chronique d'Alexandrie , etc., etc. (Vales-, Be, Fianc.)
t Phot., cap. Lxxvui, p. 878; Oxcph.; Joui., de Beg, m temp, êmc.^ p. M4.
3 Quo comperte , Ncpos Tugit in Dalniatias, ibique defecit privatus regno, ubi jam Glycérius, dudum imperator, episcopaïuni Saionilanum habebal. (Valbs., Be, Franc. ^ p. 2S7; id. iH mU. Amm. Mambl.)
4 OKUPtt., p, 477 ; Marq., duvn. iti.
palrice et maître général des armées ^ il avoit eu un fils d'une mère inconnue , ou peut-être de la fille de ce comte Romulus que Yalentînien envoya en ambassade auprès d'Attila. Ce fils est Romulus-Auguste , surnommé Augustule : humiliez-vous , et reconnoissez le néant des empires !
Oreste refusa la pourpre que lui offroient ses soldats, et en laissa eouvrir son fils ' . Les Scyres , les Alains , les Rugiens , les Hérules, les Turcilinges , qui composoient ces défenseurs redoutables des misérables Romains , enflammés par l'exemple de leurs compatriotes établis en Afrique, dans les Espagnes et dans les Gaules, sommèrent Oreste de leur abandonner le tiers des propriétés de ritalie : il leur crut pouvoir résister. Odoacre (peut-être fils d'Édécon, ancien collègue d'Oreste dans sa mission à Constantinople), Odoacre, après diverses aventures, se Irouvoit investi d'une charge éminente dans les gardes de Tllalie -, il se met à la tète des séditieux, assiège Oreste dans Pa vie , emporte la place, le prend et le tue >. Le 23 août de l'an 476, Odoacre; arien de religion, est proclamé roi iVlialie, L'Empire romain avoit duré cinq cent sept ans moins quelques jours, depuis la bataille d'Actîum ; on comploit douze cent vingt-neuf ans de la fondation de Rome.
Quand Augustule, dernier successeur d'Auguste, quitta les marques de la puissance , Simplicius, quarante-septième pontife depuis saint Pierre, occupoit la chaire de l'apôtre dont l'empire avoit commencé sous l'héritier immédiat d'Auguste : les successeurs de Simplicius , après treize cent cinquante-quatre ans, régnent encore dans les palais des Césars.
Odoacre établit son siège à Ravenne. Le sénat romain renonça au droit d'élire son mattre ; satisfait d'être esclave à merci , il déclara que le Capilole abdiquoit la domination du monde , et renvoya , par une ambassade solennelle, les enseignes à Zenon , qui gouvernoit l'Orient. Zenon ^ reçut à Constantinople les ambassadeurs avec un front sévère ; il reprocha au sénat le meurtre d' Anthème et le bannissement de Népos : « Népos vit encore , dit-il « aux ambassadeurs \ il sera, jusqu'à sa mort, votre vrai mattre. » Ce brevet de tyran honoraire , délivré par Zenon à Népos , est le dernier titre de la légitimité des Césars.
Augustule, trouvé a Ravenne par Odoacre, fut dégradé de la
* Aiiguftulo a pâtre Oreste in Ravenna impcratorc ordinato. (Ioemâhd., ctp. xlt.) t Emnodu Ticin., ril. Epiph,^ p. 587. — ) M alchmo., Excerp. dt Lêg,, p. 9S.
pourpre ■. L'histoire ne dit rien de lui, sinon qu'il étoit beau *. Le premier roi d'Italie accorda au dernier empereur de Rome une pension de 6,000 pièces d'or : il le fit conduire à l'ancienne villa •de Lucullus ^ située sur le promontoire de Mîsène , et convertie en forteresse depuis les guerres des Vandales -, elle avoit d'abord appartenu à Marius; Lucullus l'acheta ^.
Ainsi la Providence assignoit pour prison au Gis du secrétaire d'Attila , à un prince de race gothique , revMu de la pourpre romaine par les derniers Barbares qui renversoient l'empire d'Occident , la Providence assignoit , dis-je , pour prison à ce prince une maison où fût portée la dépouille des Cimbres, premiers Barbares du Septentrion qui menacèrent le Gapitole. C'est là qu'Augustule passa sa jeunesse et sa vie inconnues, sans se douter de tout ce qui s'attachoit à son nom, indifférent aux leçons que donnoitsa présence, étranger aux souvenirs que rappeloient les lieux de son exil.
Ajoutons ceci, attentifs que nous sommes à l'immutabilité des conseils éternels et à la vicissitude des choses humaines : les reliques de saint Severin succédèrent à la personne d'Augustule dans la demeure que Marins décora de ses proscriptions et de ses trophées, Lucullus de ses fêtes et de ses banquets : elle se changea en une église ^. Odoacre, n'étant encore qu'un obscur soldat, avoit visité saint Severin dans la Norique. Le solitaire, à l'aspect de ce Barbare d'une haute taille qui se courboit pour passer sous la porte de la cellule , lui dit : <« Ya en Italie ; tu es maintenant « couvert de viles peaux de bêtes ^ un temps viendra que tu distrit< hueras des largesses ^. »
Enfin , le Dieu qui d'une main abaissoit l'Empire romain, élevoit de l'autre l'Empire françois. Augustule déposoit le diadème l'an 476 de Jésus-Christ, et l'an 481 Clovis, couronné de sa longue chevelure, régnoit sur ses compagnons.
> Nonmultum post , Odoracer , Turcilingorum rox, habens sccum Scyros, Herulos, diversarumque genliam auxillarios, lullam occupavit» et, Oreste interfccto , Auguatulum fllium ejus de regno pulsuni. (Jori^akd., cap. xlti.)
a Pulcher erat. Anom. Valbs.
3 Deposuit (Odoracer) Augustulum de regno... Tamen donavit ei reditum bcx millia ao- Hdo8. (Ahomth. Val., p. 706.) In LucuUano Campaci» caatello exsUii pœna damnavit.
(JORNAHD., cap. XLYI.)
4 Plut., t« Mario et in Lueuf. — « Edgip., in vit. S. Severin,
^ Vadc ad Italiam , vade Tiliasimus nunc pellibus coopertus , sed multis cito plurimt largiturus. (Anon. Val., p. 717.)
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