JEAN IL
De 4S56 i 4S6A.
La France parott perdue ; ses finances sont épaisées^ ses armées se changent en troupes de brigands qui la déchirent; ses peuples se soulèfent \ ses états attaquent le trône laissé vide par la captivité du roi \ un prince du sang , échappé de prison , vient mêler aux violences de l'étranger les disconles domestiques ; il donne du poison à l'héritier de la couronne captive : des traîtres dans l'Église et dans la noblesse , des factieux dans le tiers-état ; au dedans les séditions et les crimes du tribunat, au dehors les horreurs de l'anarchie civile et militaire ; et pour seul remède à tant de maux , un prince à peine âgé de dix-huit ans , que son projet de fuite avec le roi de Navarre et sa conduite à la bataille de Poitiers n'avoient fait estimer ni des François , ni des ennemis. Qui auroit pu croire que cet enfant étoit Charles le Sage , sauveur de son peuple, et Fun'des plus utites rok qui aient gouverné les hommes?
Mais Charles Y n'étoit que la tôte ; il loi (iidloit un braa, et Dieu avoit en même temps formé ce bras. Tandis que le dauphin se retiroit obscurément de Poitiers , méprisé des vainqueurs, un pauvre gentilhomme , aussi inconnu que lui » combattoit pour Charles de Blois dans les bruyères de la Bretagne. Sans beauté , sans grâces, sans fortune, d'un esprit si peu ouvert, qu'on ne lui avoit jamais pu apprendre à lire, ce gentilhomme, demi-paysan, n'avoit rien en apparence de ce qui annonce les héros ; hors la valeur. Nos chroniques , qui en parlent pour la première fois à cette époque , l'appellent un certain jeune bachelier. C'étoit pourtant là Du Guesclin , le premier grand capitaine que l'Europe eût vu depuis les