ANALYSE RAISONNÉE DE L*HIST. DE FRANCE
jours de Rome, et que nos aïeux nommoieBt le bon connitabUi tait ce sol de Franoe est fécond ! tant notre patrie a de ressources dans le malheur I
Charles et Du Guesclin viennent ensemble et l'un pour l'autre^ et tous les deux pour la nation ; d'autant plus illustres que tout «st entraves à leurs victoires. Lorsque Dieu envoie les exécuteurs de sa vengeance , le monde est aplani devant eux , ils ont des succès extraordinaires avec des talaits médiocres ; aucun adversaire . habile ne leur dispute le triomphe , tout s'arrange pour que leurs lautes mêmes servent à augmenter leur puissance. Le Ciel , afin de les seconder , assied sur tous les trônes la folie et la stupidité *, pas un général dans tes camps , pas un ministre dans les conseils. Ces exterminateurs obtiennent la soumission du peuple , au nom des calamités dont ils sont sortis , et de la terreur que ces calamités ont inspirée. Traînant après eux un troupeau d'esclaves armés , déshonorés par cent victoires, la torche à la main, les pieds dans le sang , ils vont au bout de la terre comme des hommes ivres, poussés par Dieu qui fait leur force et qu'ils renient.
Mais lorsque la Providence , au contraire , veut relever un royaume et non l'abattre ; lorsqu'elle emirioie des serviteurs et non des enneims ; lorsqu'elle destine à ses serviteurs une vraie gloire et non une épouvantable renommée , loin de leur rendre la route bcile , elle leur oppose des obstacles dignes de leurs vertus. C'est ainsi que l'on peut toujours distinguer le fléau du sauveur, l'homme envoyé pour détruire et l'homme venu pour réparer. Le premier parolt dans Tabsence des talents et du génie ; le second rencontre à chaque pas d'habiles adversaires capables de balancer ses succès : l'un n'a rien contre lui , est mattre de tout, se sert pour réussir de moyens immenses ; l'autre a tout contre lui , n'est maître de rien , n'a entre les niains que les plus foibles ressources. Le dauphin se mesure avec Edouard , monarque puissant , heureux guerrier , souverain d'un royaume florissant et de la moitié de la France; il lutte contre Charles le Mauvais, prince qui donnoit par ses crimes de Fimportance à ses artifices, contre Marcel , Le Coq et Pecquigny , triumvirat redoutable par la triple alliance du pouvoir populaire , aristocratique et religieux. Du 6ues« din combat le prince de Galles , Chandos , le captai de Buch | rivaux qui le surpassoient en renommée et l'égaloient en mérite. Sans argent; sans crédit , c'est en vendant les joyaux de sa femme qu'il fait vivre ses compagnons d'armes. Tantôt il n'a pour sol- ^ts que des chevaliers braves , mais indociles , et des paysans in-
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disciplinés ; tantôt son armée est composée d'un ramas de brigands qui ne le suivent que par le miracle de sa gloire. Et cependant le prince et le sujet viennent à bout de leur œuvre ; ils battent l'étranger j rétablissent l'ordre , font refleurir les lois , les lettres , le commerce et Tagriculture. Tous deux , après avoir brillé ensemble sur la scène du monde , en sortent tous deux presque en même temps : le bon connétable va dormir à Saint-Denis aux pieds de Charles le Sage. Réveillés de nos jours dans leurs tombeaux, toujours liés par la même destinée , ils se sont revus après une nuit de quatre siècles : les cendres du roi qui avoit arraché aux Anglois notre terre natale ont élé jetées au vent, et des mains françoises ont brisé le cercueil de Du Guesclin*, arche sainte devant qui fomboient les remparts ennemis.
Paris , après la bataille de Poitiers , reçut le jeune Charles avec dQS honneurs et des respects ^ soit que les hommes ne se puissent d'abord empêcher de saluer le malheur comme leur maître , soit qu'ils cherchent à s'acquitter vite envers lui , afln do s'en éloigner ensuite sans remords , et de mettre à Taise leur ingratitude. Le dauphin avoit été nommé par son père lieutenant-général du royaume , quelque temps avant la bataille de Poitiers. Ce fut en cette qualité qu'il gouverna la France jusqu'à sa majorité , époque à laquelle il prit le titre de régent , que personne ne lui contesta. Le premier soin de Charles fut de convoquer les états qui, dans leur dernière session , s'étoient ajournés au mois de novembre. Ils se réunirent dans la chambre du parlement.
Huit cents députés composoient toute l'assemblée de la langue d'Oyl : la noblesse étoit présidée par le duc d'Orléans, frère du roi ; le clergé , par Jean de Craon , archevêque de Reims, et le tiersétat , par Etienne Marcel , prévôt des marchands. Le chancelier prononça le discours d'ouverture : il engagea les députés à s'occuper des besoins de la France et de la délivrance du roi. Les ordres s'assemblèrent séparément , nommèrent une commission composée de cinquante membres pris dans les trois ordres , et choisis parmi les députés les plus opposés au prince. Cette commission devoit travailler à un projet de réforme générale.
Les bases de ce plan arrêtées , on pria le dauphin de se rendre aux Cordeliers , où les états s'étoient transportés. Ils voulurent obliger le jeune prince de tenir secret ce qu'ils avoient à lui dire ; il s'y refusa.
Alors l'évêque de Laon, Robert le Coq, se leva, et prit la parole : il rejeta les malheurs publics sur les flatteurs et les conseillers dont le
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roi Jean s*étoit entouré; il présenta une liste de proscription do vingt-deux personnes , requérant que leur procès leur fût fait ; il proposa la formation d'une commission tirée du sein des états, pour surveiller les différentes branches de l'administration ] enfin , il demanda que Charles ne pût prendre aucune mesure sans l'avis d'un conseil également choisi parmi les députés : l'évéque termina son discours en sollicitant la liberté du roi de Navarre. A ce prix , les états offroient la levée de trente mille hommes d'armes , une imposition d'un dixième et demi , ou de trois vingtièmes , sur les biens de la noblesse et du clergé. Le tiers-état s'engageoit à équiper et à payer par chaque dix feux un homme d'armes. -
On est étonné de voir un corps qui n'avoit encore aucune expérience marcher si directement à son but, et suivre d'un pas ferme les routes que l'on a depuis suivies.
Ces états de 1366 (5 février) et ceux de 1367 (7 octobre) se trouvèrent à peu près dans la même position que l'Assemblée législative en 1792. La France , à ces deux époques , avoit à résister à une guerre étrangère , tandis qu'elle s'occupoit intérieurement de la réforme de ses lois , et qu'une grande révolution politique s'opéroit. La même cause donnée amena quelques-uns des mêmes effets : les états de 1366 , par cet instinct naturel qui pousse les agrégations d'hommes comme les individus à profiter des circon* stances, se constituèrent : déjà ils avoient fait un grand pas depuis les précédentes sessions ; ils en firent un bien plus considérable après la bataille de Poitiers.
Mais la pression des armes étrangères, les résistances locales, les divisions intérieures , corrompirent ces éléments , et produisirent quelque chose des crimes dont nous avons été témoins en 1793. Des tribuns s'élevèrent: Marcel, Robert le Coq et Pecquigny exaltèrent les passions de la multitude. Marcel , devenu le maître, disposoit à son gré de ces rois demi-nus, abrutis par la misère , vrais sauvages au milieu de la civilisation , mais sauvages dégradés de la noblesse, des bois , et n'ayant que l'orgueil des baillons.
Le roi de Navarre , délivré de sa prison d'Arleux en Pailleul par Jean de Pecquigny , gouverneur d'Artois (1367), accourut à Paris et vint augmenter la discorde. Il harangua le peuple convoqué dans le Pré aux Clercs. Il y eut des espèces d'assemblées du Forum aux Halles et à Saint-Jacques de l'Hôpital , où Marcel, Consac, échevin , Jean de Dormans , chancelier du duché de Normandie , et le dauphin lui-même , prononcèrent des discours devant le peu*
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pie , qui passoit d'uae opinion à l'autre en écoutant tour à t09r ]e» (Mrateurs. On n'a pas même vu cela en t793; le peuple, qui prit idcNTS une part si active aux événements, ne délibéra jiMsiais en nasse y et ne contraignit point le$ prindpaux personnages de ¥état à venir plaider leur cause devant lui : It Geoventioii même scyeta l'appel au peuple.
Paris devint un moment , en ia57 , une espèee de démocratie ancienne, au milieu de la féodalité. On inventa des couleurs nationales-, on prit le chaperon mi-parti de drap rouge et pers(bleu ¥«rdàtre), avec des fermaib d'argent émailié, portant cette inscription : «1 bonne fin. Où ouvrit les prisons sur la demande du rei de Navarre , qui donna lui-même la liste de» criminels que l'on defvoit relâcher , à savoir : « Larrons , meuririers , voleurs de grands « chemins , faux monnoyeurs , faussaires , coupables de viol , rtxvist» seurs de femmes , perturbateurs du repos public , assassins, sorciers^ te sorcières, et empoisonneurs. » Tout cela fut suivi de massacres. 16 roi ne périt point dans ces troubles, car il étoit prisonnier des Aaglois ; mais Fhéritier du trône ftit exposé au dângw le plus imnunent.
El qu'on ne dise pas que mettre un r€» en jugement étoit une idée qui ne pou voit venir alors ; tout au contraire , c*étoit une idée mlurelle aux anciens temps. '
Le dix-huitième article du testament de Charlemagne contient cette disposition remarquable : « Si quelques-uns de nos petits-fils (c nés ou à naître sont accusés, ordonnons qu'on ne leur rase pas la •i této, qu'on ne leur crève pas les yeux, qu'on ne leur coupe pas «r vm membre , ou qu'on ne les condamne pas à mort , sans bonne cf discussion et sans examen ^ » C'est Charlemagne qui parle ainsi, et dont les petits-fils nés ou à naître dévoient être des rois !
Sous son fils , Louis le Débonnaire , une assemblée nationale jageaet eondanma Bernard, roi d'Italie; une autre assemblée Kirça ce même empereur , Louis ^ à descendre du trêne, comme une autre assemblée l'y fît remonter. Peu de temps avant Tavénement de la branche des Yalois à la couronne , le parlement d'Angteterre avoit été la couronne à Edouard II , père dlldouard m. l'esprit des deux premiers ordres des états du moyen-ftge tendoit
•■ De nepoUbu» ▼ero nostrU, scilioet aUfai prodiotomm flliomm DoMrorum, qui os eii Tel Jam oati sunt vel adhuc nascltori sunt, plaçait nobis prœcipere ut nullus eonim per quaslibet occasioncs, qucmlibet ex illis apud seaccusalumsinejusudiscussioneaique «auuninaUone aut oooidere, aut membris maocare, aut excœcaref aul inyiiuiii londere faciM. ( caji>Uuit BALU4., tom. i, p. 446. )
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à établir un droit de suprématie sur l'autorité royale : l'Église romaine délioit les sujets du serment de fidélité , et les conciles généraux privoient les papes de la tiare \ les grands vassaux regardoiènt les rois comme leurs pairs ; ce principe d'égalité n'avoit besoin que de la force et du malheur pour produire sa conséquence naturelle. Groit-on , par exemple ^ que Charles le Mauvais, qui avoit empoisonné le dauphin ^ qui avoit formé le dessein d'eulever le roi Jean , de l'enfermer dans une tour et de l'y tuer , se fût fait scrupule de juger ce même monarque? Les diètes d'Allemagne conservoimt le principe de l'élection à l'empire , et ces diètes déposoîœt les eof^^ereurs. Une assemblée de notables . a4)ugea en France la régence d'abord , ensuite la couronne, à Philippe de Valois : Qn est bien près de retirer le sceptre lorsqu'on le donne.
Quant aux communes, ceUes de Flandre tenoient leurs princes en tutelle ; les communes d'Angleterre avoient eu voix dans l'arrêt qui condamna Edouard II ; elles eurent voix encore dans la déposition de Richard II. Les communes de France , en ia55» 1356 et 1357, constituèrent les états sans s'embarrasser des privir léges de la royauté» sans demander la sanction du priAce pour rétablir l'ind^pwdance.
Le droit divin n'étoît point encore p^yssé en principe : les rois disoient bien qu'ils ne tenoient leur pouvoir que de Dieu et ée leur épée; mais c'étoit toujours en repoussant les prétentions de quelque puissance étrangère , non en combattant une autorité aatoeiiale. Jean Petit, sous Charles YI, soutint publique- BMiit , à propos du meurtre du duc d'Orléans, la doctrine du régicide. A la fin du seizième siècle , le parlement de Paris commença le procès criminel de Henri IIL Mariana ressuscita la door trine de Jean Petit avant que Milton l'établit dans la cause de Charles I^MlfoiU donc reconnoitre que le principe abstrait de l'inviolabilité de la personne du souverain , principe si sacré , si salutaire , appartient à cette monarchie constitutionnelle que l'ignorance passionnée se figura être contraire au pouvoir comme à la sûreté des rois^ ik fiuit reeonnottre qne l'aristocratie et la théocra^ lie avoient iugé, dépesé et tuédM souverains avant qiie la d^ nocratie imitât cet exemple.
La trêve qui suivit la bataille de Poitiers, aa lien 4'être fovo^ rabte à la France et aux travaux des états» augmenta k eonAir sion.
Les troupes nationales et étrangères dont on n'avoit fiM besoin; et que Ton ne pouvoit solder > se driwyri^rrnt i. elles élurent des
chefs, et formèrent ces grandes compagnies qui désolèrent la France. Une de ces compagnies, qui se surnomma socUià deiV acquisio , ravagea la Provence , et fit trembler le pape dans Avignon. Après ces premières compagnies parurent les routiers et les tardr^enus^ qui battirent Jacques de Bourbon à Brignais (1361), lequel mourut de ses blessures , ainsi que son fils Pierre : le jeune comte de Forez fut tué dans l'action. Arnaud de Gervolles, surnommé TArchi - prêtre , le chevalier Vert, le petit Meschin, Aymèrigot Tête-Noire , et plusieurs autres, rappeloient, par leurs faits d'armes, dans les gorges des vallées qu'ils occupoient, dans les châteaux dont ils s'étoient emparés, tout ce que les romans nous racontent des mécréants et des enchanteurs.
Un autre fléau avoit éclaté , la Jacquerie. Les paysans se révoltèrent contre les gentilshommes auxquels ils avoient rendu le nom de Jacques Bonhomme, que les gentilshommes leur avoient d'abord donné : ils accusoient , ce qui étoit vrai , une partie de la noblesse d'avoir fui à Poitiers , de sorte que leur insurrection venoit à la fois du sentiment de l'oppression qu'ils avoient subie , de la soif d'indépendance qu'ils ressentoient , du désir de venger le roi, et d'un mouvement patriotique contre l'invasion étrangère. Ils combattirent les bandes angloises avec un courage qui eût plus tôt délivré la France, s'ils eussent été imités. Le soulèvement des paysans du Beauvoisis ^ du Soissonnois et de la Picardie , signale la naissance de la monarchie des états, comme le soulèvement des laboureurs de la Vendée marque la fin de cette monarchie. Au milieu des épouvantables cruautés de la Jacquerie , Guillaume Gaillet , Guillaume Lalouette et le valet de ferme de celui-ci , le Grand-Ferré , furent pourtant des héros.
Les paysans , tant ceux qui s'étoient soulevés que ceux qui étoient restés chez eux , avoient fortifié leurs villages et placé des sentinelles dans les clochers de leurs paroisses : à l'approche de Tennemi, ces sentinelles tintoient la campane ou donnoient l'alarme avec un cornet ; aussitôt les laboureurs répandus sur les champs se réfUgioient dans l'église. Les riverains de la Loire se retiroient la nuit dans des bateaux qu'ils arrôtoient au milieu du fleuve. A Paris, op défendit de sonner les cloches, excepté celle du couvre- feu (1358) , depuis les vêpres chantées jusqu'au grand jour du lendemain, afin que les bourgeois en faction ne fussent distraits par aucun bruit. Les chemins se couvrirent d'herbe , les monastères furent abandonnés , les sillons laissés en friche ne servirent plus que de oampsauxdiQérentes tjroupes de brigands, de Jacques,
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de soudoyers anglois, navarrois, françois, qui s'y succédoient comme des hordes d'Arabes passant dans le désert : on ne reconnoissoit l'existence des hommes dans ces solitudes qu'à la fumée des incendies qui s'élevoit des hameaux. Nous avons encore les complaintes latines que l'on .chantoit sur (es malheurs de ces temps y et ce couplet pour les Bonshommes :
Jaoqaes Bonshommes y Cessez, cessez, gens d'armes et piétons , De piller et manger le bonhomme , Qui de longtemps Jaoqaes Bonhomme Se nomme.
Voilà ce que firent les Jacques, les compagnons ^ les bourgeois de Paris : la France leur fut redevable du commencement d'une infanterie nationale qui remplaça l'infanterie féodale des communes, joint à ce sentiment d'indépendance naturel à la force armée; force tyrannique quand elle triomphe régulièrement, libératrice quand elle nait spontanément dans le sein d'un peuple opprimé.
La France ne fut point délivrée de la conquête , sous Charles Y, par l'énergie des masses populaires comme dans la dernière révolution , mais par la sagesse de la couronne : aussi la délivrance fut-elle plus lente. Il ne resta de l'insurrection parisienne que les fossés creusés et les remparts élevés en moins de deux ans par les bourgeois, dans un moment de terreur panique excitée par Marcel.
La révolution politique produite par les états de 1356 et 1357 ne passa point les murs de Paris. Paris ne donnoit pas alors le mouvement au royaume; Paris n'étoit point la capitale de la France; c'étoit celle des domaines du roi : grande commune qui agissoit spontanément , que les autres communes n'imitoient pas, et dont elles savoient à peine le nom : Saint-Denis en France , en raison de sa célébrité religieuse , étoit beaucoup plus connu que Paris. Dans le pays de la langue d'Oc , et même de la langue d'Oyl , il y avoit des villes qui égaloient en richesses et surpassoient en beauté cette boueuse Lutèce dont Philippe Auguste avoit à peine &it paver quelques rues.
Des germes de liberté politique se trouvèrent donc perdus au milieu de la monarchie féodale , qui , bien qu'ébranlée dans ses institutions, étoit encore toute-puissante par ses mœurs : aussi , après les états de 1356 et 1357, voit-on le pouvoir à peine né de ces états décroître. La couronne, qui les avoit convoqués pour se
défeiMire, en eut peur : leur retour dans des temps de ealamitèi ne parut plus qu'un signal de détresse , et leur souvenir se lia à eelui des malheurs qu'ils n'avoient pas hits , et qu'on ne leur laissoit pas le temps de réparer. Le parlement , dans leur absenoe , usurpa le pouYoir politique qui leur échappoit , particulièrement le droit de doléance et de sanction de rimpM. Quoi qu'H m soit , c^est cette monarchie des trois états substituée à la monarchie féodale, qui nous a transmis la monarchie eonstitutioanelle , après la courte apparition de la monarchie absolue de Louis XIY et de Louis XV.
La paix fut conclue entre le régent et le roi de Navarre, en 1359. La même année , la trêve avec TAngleterre expira. Qa se battit , on négoda pour la déHvraneedu roi Jean. Un projet boBteux de traité fût proposé , et rejeté par les trois ordres des états. Guillaume de Bormans , avocat général , du haut du perron de nsarbre de la cour, lut le traité au peuple assemblé; le peuple s'écria que ledU traité n'itoit point pastable m fmsaMe , el que toule la naiùm ilok ré^ solue de faire bonne guerre au roi anglois.
Advint enfin le traité de paix deBrétigny , signé à Brétigny-lez- Chartres, le 8 mai 1360. Une observation qui me semble avoir échappé aux historiens doit être ftiite : Jean , en cédant tant de provinces à Edouard , ne cédoit pourtant presque rien des domai* nés de son royaume proprement dit. Cétoient des seigneurs indépendants , les La Marche, les Gomminges, les Périgord , les Ghàtillon , les Foix , les Armagnacs , les Albrets , qui changeoient seulement de seigneur , qui, ne reeonnoissant jamais que la couronne de France eût eu le droit de leur donner un autre souverain, en appelèrent sous Charles Y à cette couronne , et secouèrent le Joug étranger. Ainsi ce démemlMrement de la nonan^ie féodale ne se pourroit comparer en aucune manière au démembrement de la monarchie compacte et constitutionnelle d'aujourd'hui.
Le roi Jean revint en France , a^ès quatre ans un mois H six }ours de captivité, le 25 octobre 1360; il assista à un tournoi à Saint-Omer , vint prier à Saint-Denis, ce qui valoit mieux , et fit son entrée dans Paris le 13 décembre. Il marchoit sous un drap d'or soutenu par quatre lances ; des fontaines de vin eouloient dans les rues tapissées. Le peuple françois admire le malheur comme la gloire.
' A cette époque Du Guesclin s'attacha au service de la France. Il commençoit à devenir fameux. « Vous verrez (lecteur) une flc amefbrte nourrie dans le fer, pétrie sous des palmes, dans la-
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M quelle Mars fit école longtemps. La Bretagne en Ihit Pessai , « l'Ânglois son boute-hors , la Castille son ehef-d'œuYre; dont les tf actions ii*étoient que hérauts de sa gloire, les défereurs , théfl- « très élevés à sa constance , le cercueil , embassement â*un im- « mortel trophée. >» ( Vie de Ihi Guesclin. )
La France a?oit perdu des provinces par le traité de Brétigny ; elle reçut , en compensation de cette perte , un présent qui lui devint funeste : Philippe de Rouvre, ftgé de quinze ans, dernier duc de la première maison de Bourgogne , qui avoil sub^slé troi» cent trente années depuis Robert de France , premier duc , fils du roi Robert, et petit-fils de Hugues Gapet, mourut au château de Rouvre vers les fêtes de Pâques , en 1362. Le duché et une partie du comté de Bourgogne , et tout ce qui provenoit de l'héritage direct d'Eudes lY, échut au roi Jean , fils de Jeanne de Bourgogne , sœur d'Eudes. Jean avoit d'abord réuni cette riche succession à la couronne ^ s'il eût maintenu cette réunion , il auroit évité bien des malheurs à sa race ^ mais il donna l'investiture du duché de Bourgogne à son quatrième fils Philippe , premier duc de la seconde maison de Bourgogne. « Pour reconnoître , disent a les lettres datées de Germiny , le 6 septembre 1363 , le zèle que « Philippe lui avoit témoigné à lui Jean , en s'exposant à la mort « et combattant intrépidement à ses côtés à la bataille de Poitiers, (c où ce fils si cher avoit été blessé et foit prisonnier avec lui. » Ces mêmes lettres instituent le duc de Bourgogne premier pair de France. Jean régularisa le guet ou la garde nationale à Paris ^^ et retourna en Angleterre pour mourir.
Se voulut-il donner lui-même en otage au lieu de son fils , le duc d'Anjou , qui avoit faussé sa foi ? Gela est bien dans son caractère. Retourna-t-il à Londres afin de satisfaire une passion , causa joci.^ dit le continuateur de Nangis. Auroit-il été le rival d'Édouarct auprès de la comtesse de Salisbury ? Edouard avoit cinquante ans; . la comtesse n'étoit plus jeune \ Jean lui-même étoit Agé de quarante<[uatre ans. Les personnages qui avoient figuré sous Philippe de Valois vieillissoient; un grand nombre d'entre eux avoient déjà quitté la scène; un monde nouveau s'élevoit -, le prince Noir, qui ne fût jamais populaire en Angleterre , étoit devenu princesouverain d'Aquitaine; on entre voyoit déjà dans Charles régent, Charles le Sage; Du Guesclin ftiisoit oublier le héros de Poitiers. Jean termina-t-il sa tragique histoire par un roman? On peut tout croire des hommes. Jean mourut le 8 avril de l'année 1364 : quatre mille torches et quatre mille cierges éclairèrent ses funérailles
dans réglîse de Saint-Paul à Londres : c'étoit moins de flambeaux que les Anglois n'en avoient allumé pour voir les morts sur le champ de bataille de Crécy. Le corps du roi Jean fût rapporté en France et enterré auprès du grand autel de l'abbaye de Saint-Denis, le 6 mai de la même année 1364.'
En dehors du règne de Jean remarquons la république de Nicolas Rienzi à Rome , et la condamnation de Marin Falieri , doge de Venise. De temps en temps les principes populaires se faisoient jour , comme les volcans à travers les maisses qui pèsent sur eux.