‹ Œuvres de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 8 sur 56 · TUI1ES · texte numérisé non relu

TUI1ES

étoient quelquefois assommés à un seul autel daos un seul jour. Les peuples d!soient que , sll revenoit vainqueur des Perses , il détrniroit la race des taureaux. Il ressembloit en cela, selon la remarque d*Ammien Marcellin , au césar Marcus, à qui les bœub bTancs avoient écrit ce biHef : « Les bœufs blancs au césar Marcus , « salut : c^est fait de nous si vous triomphez ■• »

De magnifiques présents étoient prodigués par Julien aux sanctuaires célèbres, à Dodone, à Delphes, à Délos. En arrivante Antioche , son premier soin Ait de sacrifier sur la cime du mont Gasius. II apprit avec unésainte joie que le gouverneur de l'Egypte avoit retrouvé le bœuf Apis. Il fit déboucher , à Daphné , la fontaine Gastalie ; mais , en visitant ce lieu renommé par sa beauté , il eut un grand sujet de douleur : le bois de lauriers et de cyprès n'étoit plus {|u'un cimetière chrétien -, Gallus y avoit déposé le corps de saint Babylas. « Je me figurois d'avance, dit Julien, une pompe « magnifique : je ne revois que victimes, libations, parfums, » chœurs de beaux enfknts dont l'ame étoit aussi pure que leur « robe étoit blanche. J'entre dans le temple, je n'y trouve ni en-

« cens, ni gâteaux, ni victimes J'interroge le prêtre, je de-

u mande ce que la ville sacrifiera aux dieux dans cette fôte solen- « nelle. » — <* Voici une oie que j'apporte de ma maison , >» me répondit-il '.

Les temples détruits par le temps ou par les chrétiens furent réparés. Julien fût le Luther païen de son siècle ^ il entreprit la réformation de l'idolâtrie sur le modèle de la discipline des chrétiens. Plein d'admiration pour la fraternité évangélique , il desiroit que les païens se liassent ainsi d'un bout de la terre à l'autre; il vouioit que les prêtres de Thellénisme eussent la vertu des prêtres de la croix , qu'ils fussent comme eux irréprochables, que comme eux ils préchassent la pitié, la charité, l'hospitalité. Il ordonna des prières graves et régulières à heures fixes , chantées à deux chœurs dans les temples ; enfin il se proposoit de fonder des monastères d'hommes et de femmes , et des hôpitaux. <« Nedevons- « nous pas rougir que les Galiléens , ces impies , après avoir nourri « leurs pauvres, nourrissent encore les nôtres laissés dans un « dénûment absolu ^ ? » Saint Grégoire de Nazianze remarque que

* Le texte de cette plaisanterie est en grec dans Ammien. ( Voir la noie des savants édiloun , Amm , i»-loi. , Lagd. BaiaT., 4Mf. ) On a appHcHié cette é|>igrainnie i Marc- Aurèle.

• Misofogim.

3 Sed quid est catuœ , cwr in hisce , pen'inde ac si nihil amplius opus esset, eo9i^te#- €amuty ae W9n pciiuê eowerUumu 9ctUo$ ad ea , quibut impia chritHtmorum reHgio

ces imitateurs des chrétiens ne se poavoient appuyer de Texemple de leurs dieux , et qu'il y avoit contradiction entre leur morale et leur foi.

Le zèle que Julien avoit pour le paganisme » il l'avoit pour la philosophie : il aimoit un rhéteur de la même tendresse qu'il chérissoit un augure. Lors de sa rupture avec Constance , il s'étoit flatté que Maxime accourroit dans les Gaules. Il revenoit de sa dernière expédition d'outre-Rhin ^ il demandoit partout , chemin faisant, si quelque philosophe n'étoit point arrivé : il avise de loin un cynique -, ii le prend pour Maxime , il est ravi de joie *, ce n'étoit qu'un autre philosophe, ami de Julien '. Ne croit-on pas voir un empereur chrétien humiliant sa pourpre devant un anachorète , ou un chevalier de la croisade baisant la manche de Pierre l'Ermite?

Mais Julien ne fut pas plus heureux avec les philosophes qu'avec les prêtres : ils se corrompirent à sa cour. Maxime et quelques autres sophistes acquirent des fortunes scandaleuses ; ils démentirent par leurs mœurs la rigidité de leurs doctrines : Chrysanthe , Libanius et Aristomène se tinrent seuls dans une louable réserve. Julien avoit eu saint Basile pour compagnon d'études à AXhènes; il essaya de l'attirer auprès de lui : le philosophe chrétien, dans sa solitude , repoussa l'amitié du philosophe païen sur le trône.

u Aussitôt, dit saint Chrysostome (rudement traduit par Tille- « mont) , aussitôt que Julien eut publié son édit pour le rétablisu sèment de l'idolâtrie , on vit accourir, de toutes les parties du « monde , les magiciens , les enchanteurs , les devins , les augures ,

ereveril ^idetty ad btnîgnUatem in peregrinos, ad ewam ab HHs in fnortuU sepelîewH»

poiUmm^ ei ad san€ikmmiamvitœ quant sknuUmU IiTam Iwye profeeio

eU , cum nemo ex JudœU mendieet , et impii GalUœi non suos modo , sed nostros quoque alanl, vl nosU-i auxiliOt quodja nobis ferri ipsis debeat, desUtuti videantw. (Juliàh., epist. xLix.)

> Ce détail se lrou?e dans une lettre au philosophe Maxime. Julien nou» tait coonottre Besançon dans celte lettre , comme Paris dans le MUopogon.

Ad Gallot reveiiens , circumtpkiebam » et perconiabar de omnibus qui iUine tenirmt num quis phUosophus , num quis tcholastîcus , aut palUo penulave induimê, eihapfm» lisset. cum autem Fesontionem (Bcxfvréuvoe , Besançon) appropêtumarm»^ {est autem oppidulum nunc refeetum , magnum tamen oiim, et magnificls templis omatum , fnœnibtu finniésimiSf et loci natura muniium ^ proptn'ea quodeingitur Dubi (Accvov^c;, Doubs) : etique, ut in mari , rupes excelsa . propemodum ipsis aoibus inaecossa, niti qua flumen ambiens tanquam litiora quoidam habet proJecta)f outn^ inquam , prope abessemabhacurbe, vir quidam q/nictis cum pera et bacuio m4hi occwiit, Eum ego eum eminus aspexissem , teipsum esse putavi : eum accessit propius , a fvomnino i/ITuffs venire suspicalus sum. Est auiem mihi quidemille amicuSf tnulium tamen infira ex^ pectaiionemmeam, (Julun., epist. XUTUI.)

u et tous ceux qui faisoient métier d'imposture et d'illusion : de « sorte que tout le palais se Irouvoit plein de gens sans honneur «I et de vagabonds. Ceux qui depuis longtemps étoient réduits A « la dernière misère, ceux qui, pour leurs sorcelleries et maléHces, « avoient langui dans les prisons et dans les minières , ceux qui « trainoient à peine une misérable vie dans les emplois les plus « bas et les plus honteux ; tous ces gens, érigés en prêtres et en « pontifes, se trouvoient en un instant comblés d'honneurs. L'em- « pereur, laissant là les généraux et les magistrats, et ne daiw gnant pas seulement leur parler , menott avec lui , par toute « la ville , des jeunes gens perdus de débauches , et des cour- H tisanes qui ne faisoient que sortir des lieux infâmes de leurs H prostitutions. Le cheval de l'empereur et ses gardes ne le sui- « voient que de fort loin, pendant que cette troupe infâme en- M vironnoit sa personne et paroissoit, avec le premier rang d'bon- « neur, au milieu des places publiques, disant et faisant tout ce « qu'on peut attendre de gens de cette profession. »

L'apostasie conduisit Julien au fanatisme, et du fanatisme à la persécution : quand l'homme a commis une faute qu'il suppose irréparable, l'orgueil lui fait chercher un abri dans cette faute même. Julien essaya deux choses difficiles : ,réchaufrer le zèle des idolâtres pour un culte éteint; provoquer des chutes parmi les chrétiens. Embaucheur de la cupidité et de la foiblesse, il offroit de l'or et des honneurs à Tapostasic : il échoua contre la foi fervente et contre la foi tiède. Lui-môme se plaint de ne trouver presque personne disposé à sacrifier -, il avoue que son discours hellénique au sénat chrétien de Bérée, loué pour la forme, n'eut aucun succès pour le fond; il gourmande les habitants d'Alexandrie d'abandonner les dieux d'Alexandre pour un Yerbe que ni eux , ni leurs pères, n'ont jamais vu *. Chrysanlhe usa de modération envers les chrétiens , prévoyant que leur culte ne tarderoit pas à triompher. L'ancien monde et le monde nouveau repoussèrent Julien; l'un, dans sa décrépitude, eût vainement essayé de se redresser comme un jeune homme ; l'autre , adolescent vigoureux , ne se put rabougrir en vieillard.

La mission du césar apôfre auprès des soldats eut le sort qu'elle devoit avoir dans les camps. Il ordonna aux officiers de* quitter la foi ou l'épée : Yalentinien déposa la dernière, qui lui laissa la main libre pour saisir la couronne. Quant aux légions, celles de i'Occi-

* Hune vero queni neque vos , ncque patres vestri videre,Je!iuin Deum esse Verbum creditis oportere. (Jclun., epist. u.)

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dcn t , composées de Gaulois et de Germains , s'accommodèrent fort du vin , des hécatombes et des bœufs gras > ; oh laissa aux légions de rorient le labarum ^ mais on effaça le monogramme du Christ : l'idolâtrie se trouva cachée dans une confusion lâche et habile des emblèmes de la guerre et de la royauté.

L'empereur résolut de rebâtir le temple de Jérusalem ^ afin de confondre une prophétie sur laquelle les chrétiens s'appuyoient. Des globes de feu, s'élançant du sein de la terre, dispersèrent les ouvriers. L'entreprise fut abandonnée ' ; elle étoit peu digne d'un esprit philosophique. Dernier témoin de l'accomplissement des paroles du maître , j'ai vu Jérusalem : Non relinquetur lapis super lapidem.

Enfin Julien défendit aux fidèles d'enseigner les belles-lettres ; c'étoit surtout par les enfants que l'Évangile s'emparoit des pères : « Laissez les petits venir à moi ! — Ou n'expliquez point, disoit « l'empereur dans son édit, les écrivains profanes, si vous con- « damnez leurs doctrines; ou, si vous les expliquez, approuvez <t leurs sentiments. Tous croyez qu'Homère, Hésiode et leurs

' Pelulantefl antcomnes et Ceit».... Augebantur ceremoniarum ritus immodice cum impensarum ampHiudine autebac inusilata et gravi. (Amm.)

* Le texte d'Ammien Marcellin que je vais citer a fort embarrassé Gibbon , et avant lui Voltaire : un miracle affirmé par un païen étoit en effet une chose fâcheuse ; il a donc flillu avoir recours à la physique. « Julien , dit judicieusement l*abbé de la Bletterie, et les phi- « losophes de sa cour mirent sans doute en œuvre ce qu'ils savoient de physique pour « dérober à la Divinité un prodige si éclatant. La nature sert la religion si à propos qu'on (f devroit au moins la soupçonner de collusion. » M. Guizot, dans son excellente édition françoise de l'ouvrage de Gibbon , indique aussi quelques lois de la physique par lesquelles on pourroit expliquer, jusqu'à un* certain point, l'apparition des feux qui chassèrent les ouvriers de Julien. M. Tourlet , par un calcul chronologique , établit que le phénomène arrivé à Jérusalem ne fut que le même tremblement de terre qui menaça Constantinople et dévasta Nicée et Nicomédie pendant le troisième consulat de Julien, en 363. Je suis trop ignorant pour disputer rien aux foits, et n'ai pas assez d'autorité pour les interpréter ou les combattre ; je les rapporte comme je les trouve. Sozomène , Rufin , Socraie , Théodoret, Philostorge , saint G^goire de Mazianze, saint Chrysostome et saint Ambroise confirment le récit d'Ammien Marcellin. Julien lui-même avoue qu'il avoit voulu rebâtir le temple : Templum Ulità tanto inUrvallo a ruinis exciUur'e voluerim. En creusant les fondements du temple nouveau, on acheva de détruire les fondements de l'ancien temple, et l'on conflrma les oracles de Daniel cl de Jésus-Christ par la chose même qu'on faisoit pour les convaincre d'imposture. Au rapport de Philostorge (liv. vn , chap. iv), un ouvrier travaillant aux fondements du temple trouva, sous une voûte, au haut d'une colonne environnée d'eau, l'Évangile de saint Jean. Rien de plus positif que le texte d'Ammien; le voici : AmbUiosum quondam apud Hierototymam templum, quodpoH multa et tiKerneei9a cei-iamina , obsidente Fespasiano posteaque Tito, œgre est expugnatum, <»gtawroi'e sumptibu* coyitabat immodicis : negotiumque matwandum Alypio dtierat Antiochensi , qui olim Biitannias curaverat pro prœfectis. cum Uaque rei idem forlitêr inslaret Alypius,juvaretque provinciœ rector, metuendi globi flammarum^ prope fun» damenta crebiHs attuttibus erumpentes , fecere locum , exusti^ aliquoties operant^uê , inacccttum : hocque modo elemento destinatius repeltente , cetsavit inceptum, (Ai lib. zxjii,cap. I.)

u seifnblables sont dans Tefreur : allez expâquer Matthieu et Lue a dans les églises des Galiléens ■. »

Les maîtres chrétiens , pf ivés des chaires d'éloquence et de' belles-lettres y eurent recours à un moyen ingénieux pour prouver qu'ils n'éloient point des rustres, obligés de se tenir dans ta barbarie de leur origine, comme disoit Julien. Ils composèrent (et l'usage en fût continué), sUf* des thèmes de morale et de théologie, et sur des sujets tirés de lliistoire sainte, des hymnes, des idylles, des élégies, des odes, des tragédies, et même des comédies. Il nous reste bon noriibre de ces poëmes qui ouvrent des routes nouvelles au talent , appliquent l'art des vers aiilt aspérités de la haute métaphysique , et plient la langue des Muses aux formes des idées, comme elle f'avoit été de tout temps à celles des Images'*

Ce coup fut pourtant rude aux chrétiens : les beaux génies qui combattoient alors pour la foi auroient mieux aimé subir une persécution sanglante : ils ne s*en peuvent taire, ils reviennent sajns cesse sur cfette iniquité , et comme le siècle au mifieu des Barbares armés étoit philosophique et httéraire , les païens mêmes n'applaudirent pas à Tordre de Julien : Ammien le traite d'injuste ^.

Les controverses religieuses ou politiques commencent ordinairement par les écrits, et finissent par les armes^ il en fut autrement lors de la révolution qui a fait voir le premier et l'unique etemple d'un changement complet dans la religion nationale d'un grand peuple civilisé. On tua d'abord les chrétiens dans dix batailles rangées , les dix persécotions générales , et les chrétiens livrèrent leur tôte sans essayer de se défendre par la force \ mais ib sentirent de bonne heure la nécessité d'écrire pour afllrmei* leur mtiocence et assurer leitt foi. Cést au Christianisme que l'on doit la liberté de la pensée écrite > elle coûta cher à ceux qui en firent la conquête : on dédaigna d'abord de^eur répondre autre-

< Sfti fn îfetM sflnctti^mos patam tfb Ittis auctoilbtrtpieciîàtTnn esse , etni In Gjriflnonnn <^léHas, (bttiuo Wâttbffeain et Ltic^m Intcrpreténtur. {tmAkv,, epist. un.)

* Saint Grégoire flb Natiinee sent a coftiposé pins de trente mille yen. Trois de ces pointes sont sur tS tî^ffinM , plusieurs sur sa t^fe et sur fit manx qu'U a soufferts ; qaeU 4oes-nns acctMiit fèfe tùosutn du clergé et le luxe des femmes; d'antres fimt l'éknge des mtiittes. les pommes intitulés des calamités de ilum ame, de lu Grandeur et de ta misère JBte l'homme , tes Secrets de saint Grégoire , sont admlraDles par la hatitenr du sujet et la beauté ée réipre^lOn : Il y a aussi beaucoup de vers sur le respect dû aux tombeaux. Les de^ Apollinaire , le père et le fils, se signalèrent par leur combat poétique contre l'édit ie Inllen. Le preùiter mlt^en vers héroTqties Thlstolre sainte Jusqu'au régne de Safll ; il prit pour modèles de ses comédies, de ses tragédies et de ses odes pieuses , Ménandre, Buriplde et PIndare : le second expliqua , dans des dialogues ft la manière de Platon , les érangUes et la doctrine des apôtres.

) Lib. xxu,cap. X.

HISTORIQUES. «t

iffUftf <fa-ffréé dM griffes dé fer et les énigled Aeê HMS^. QoinM f Éran^ eut giRgrté' la foule , le polythéisme , obligé de renoneer à la guerre de l'épée, accepta celle de la plume : l'idotâtrie se féfiiJgia acnt deux extrémités opposées de la soeîété , les ignorëffits et kMT gens de lettre?. Les philosophes, lé» rhéteur», les poec^, lés grammairiens tinrent ferme an paganisme atee les hommes ras^ tkrne»-, les premiers par orgueil de la science, les «titres par la privalio» 4a font savoir. I>epui& le troisième siècle de l'ère chré« tienne jusepn'à Taholition complète de Tidolàtrie, yousn^emvre^ pas un livre de philosophie, de religion , de science, d'histoire, d'étoqnenee, de poésie, oijt vous ne trouviez te conAat des deux religions. Sorn Jtilif n vous rencontrez Libamius, Édésius, PrlseWi Maxime, SopAtre, orateurs et sophistes; Andronic et Delpindef, poètes ', Ammien Marcelltn et Aurétius Tietor, historiens*, Hiamc^ tin , panégyriste \ Oribese , médecin , et Jntten Ini-mème, oraftenr» peëte et historien ; fous comhattani contre Athanase , Basile , les deax Grégoire de Nysse et de Nazianze, Diodore de Tarse, orateurs , philosophes , poètes , historiens ; €ésarius, médecin et frère de Grégoire de Nazianze \ Prohérésius, rhéteur, lequel aîma'mfeafX abandonner sa chaire à Alhène^ que d'être excepté de Tédît qui défendoit aux chrétiens d'enseigner.

Julien préluda aux persécutions qu'if méditoit par une espèce d'apologie du paganisme : en innocent»»! ses dieux et en con*«# nant le Dieu qu'il avoit quitté , il jusfifioit indh*ectement son apo»stasie. Au milieu des soins qu'exigeoit de hif soft empire , il trowa le temps de dicter l'ouvrage dont saint Cyrille nous a conservé une partie dans la réfatartîon qu'il en a faite.

Julien remonte jusqu'à Mo'fse , compare soff systèmfe sur te créfr tion du monde à cehii de Pirfton , et donne » préférence a» dernier.

Dieu, après avoir fait l'homme, dit : « Il n'est pas bott que u l'homme soit seut ; » et il crée la femme qtii penî f homme.

Que penser du serpent qui parte ? dans quelle tengue prtrtolt-»? comment se moquer après cela dey fables poptïhffres dte la Grèce ?

D?eu interdit à nos* premier* parents la connoîissance dé biiSh et du mal -, il leur défend de toucher k Tafitre de vie dan» fil crainte qu'rfe vremrent à vivre toujours : blasphèmes contre Bfeu, ou allégories. Alors pourquoi rejeter tes mythes phffosophiqtte*?

Dieu choisit pour son peuple les Hébreux. Comment tin Dieu juste a-t-fl abandonné toutes les autres nations? chez les Grecs, fc Dieu créatewr ^ le roi et le père commua des honuMs,

Julien remarque qu'il y a peu de nations dans TOccident propres à rétude de la philosophie et de la géométrie : les temps sont bien changés.

Tous voulez que nous croyions à la tour de Babel , et vous ne voulez pas croire aux géants d'Homère , qui entassèrent trois montagnes les unes sur les autres pour escalader le ciel.

Le Décalogue ne contient que des préceptes vulgaires; le Dieu des Hébreux est un Dieu jaloux qui n'en souflire point d'autre. Galiléens, vous donnez un prétendu fils à ce Dieu qui ne le connut jamais.

Quel est ce Dieu toujours en courroux qui, voulant punir quelques hommes coupables, fait périr cent mille innocents ' ? Comparez le législateur des Hébreux aux législateurs de la Grèce et de Rome, aux grands hommes de l'Egypte et de la Babylonie.

Qu'est-ce que ce Jésus suborneur des plus vils d'entre les Juifs, et qui n'est connu que depuis trois cents ans, ce Jésus qui n'a rien fait dans le cours de sa vie, si ce n'est de guérir quelques boiteux et quelques démoniaques? Esculape est un tout autre sauveur de l'humanité.

L'inspiration divine envoyée par les dieux n'a qu'un temps : les oracles fameux cessent dans la révolution des ftges.

Les Galiléens n'ont pris des Hébreux que leur fureur et leur haine contre l'espèce humaine : ils ont renoncé au culte d'un seul Dieu pour adorer des hommes misérables; comme la sangsue, ils ont sucé le sang le plus corrompu des Juife, et leur ont laissé le plus pur.

Jésus et Paul n'ont pu prévoir les chimères que se formcroient un jour les Galiléens; ils ne pouvoient deviner le degré de puissance où ceux-ci parviendroient un jour. Tromper quelques servantes, quelques esclaves ignorants, Paul et Jésus n'avoient pas d'autre prétention.

Peut-on citer sous le règne de Tibère et de Claude des chrétiens distingués par leur nais^sance ou leur mérite?

L'eau du baptême n'ôte point la lèpre et les dartres, ne guérit ni la goutte, ni la dyssenterie ; mais elle efface l'adultère, la rapine, et nettoie l'ame de tous les vices.

Si le Yerbe est Dieu , venant de Dieu , comment Marie , femme mortelle, a-t-elle enfanté un Dieu?

Ni Paul , ôi Matthieu , ni Luc , ni Marc , n'ont osé dire que Jésus fût un Dieu ; mais quand dans la Grèce et dans l'Italie un grand

< 11 est curieux de trouver dans lei arguments de Julien toui les ■rgumeott de Voiuire.

nombre de personnes l'eurent reconnu pour tel, qu'elles eurent commencé à honorer les tombeaux de Pierre et de Paul , alors Jean déclara que le Verbe s'étoit fait chair , et qu'il avoit habité parmi nous. Cependant quand il nomme Dieu et le Verbe , il ne nomme ni Jésus, ni Christ. Jean doit être regardé comme la source de tout le mal.

Viennent après ceci quelques considérations sur le sacrifice d'Abraham.

Plusieurs choses vous auront frappé dans cet ouvrage tronqué de Julien. Les miracles de Jésus -Christ y sont avoués, les hommages rendus aux tombeaux de saint Pierre et de saint Paul reconnus, le silence des oracles attesté. Saint Jean, y est-il dit, a fait tout le mal. Cela signifie qu'il a énoncé la doctrine du Verbe, et qu'il n'y a pas moyen de soutenir que cette doctrine , établie par le disciple bien-aimé , a été empruntée deux siècles plus tard à l'école d'Alexandrie : du reste l'attaque est foible. Julien ne veut voir ni ce qu'il y a de sublime dans les livres de Moïse, ni d'ineffable dans l'Évangile -, ses raisonnements tournent à la gloire de ce qu'il prétend ravaler. Comment se fait-il que sous Claude et sous Tibère , à la naissahce môme de l'ère chrétienne , le Christianisme comptât à peine pour néophytes quelques servantes et quelques esclaves, et qu'immédiatement après l'apôtre Jean voie la Grèce et l'Italie couvertes de chrétiens et honorant les tombeaux de Pierre et de Paul? Julien ne s'aperçoit pas qu'il prête , par ce rapprochement , une nouvelle force au miracle de l'établissement du Christianisme. La cause humaine de la propagation étonnante de la foi, c'est que la première de toutes les vérités, la vérité qui enfante toutes les autres, la vérité de l'unité d'un Dieu, étoit venue détrôner le premier de tous les mensonges , le mensonge qui engendre toutes les erreurs , le mensonge de la pluralité des dieux. Une fois cette vérité répandue dans la foule après une absence de plusieurs milliers d'années, elle agit sur les esprits avec son essentielle et native énergie.

Julien, persécuteur d'une nouvelle sorte, afiTecta de substituer au nom de chrétien celui de Galiléen , dont s'étoient déjà servis Épictète et quelques hérésiarques. Joignant la moquerie à l'injustice, il dépouilloit les disciples de l'Evangile en disant : « Leur admirable « loi leur enjoint de renoncer aux biens de la terre afin d'arriver » au royaume des cieux; et nous, voulant gracieusement leur « faciliter le voyage , ordonnons qu'ils soient soulagés du poids « de tous les biens. » Quand les chrétiens s'osoient plaindre, il

mtpaodoit : « La vocation d'un chrétîeo TB'est-elle pas de «ouf- « frir?»

Beaucoup d'édiCces païens a voient élé détruite sous te règne de GoDfiitance, d'autres changés en églises. Julien força le clergé de lendre les uns et de relever les autres : les intérêts ao^uis , se trouvant attaqués , produisirent des désordres. Mare , éVéque d'Arétbuse « à la tâte 4e «ou Uvcmpeau , avoii cenversé un icmpln : trop pauvre pour en restituer la valeur , on saisit le fw^lait en v^Brlu de la loi romaine qui livre aux créanciers la personne du débiteur insoivahle. Battu de verges , la barbe anriicbée , le corps jpAi 0i firoUé de miel , le vieillard , suspendu dans un filet , fut ei{K)9é »aous Lesrayoos4'un soleil ardent , a la piqûre des mouches. Marc avoit déi*obé JuUeya enfant aux fureurs deCionslauce « comme Jtoad avoit sc^iatraii. fo»» aux «»ains d'Athalie : il fui traité de même (|iae Joad par le prince ingrat efiyet^ le pontife et infidèle au Dieu qui ravoieai aauvé.

Décidé à rendre au temple et au bois de Daphné son ancienne pompe , Julien fit enlever les reliques de saint Babyla^ du cimetière e^rétien ; le peuple se muiina ^ le temple d'Apollon fut biHlé. Il'empereur , irrité , «ordonna à son oncle Juli^n^ comité d'Orîeat , ejt.i#oslat comme lui, de ferme^r la catbédriyie d'Al^ioche^ et de qpnfisquer ses revenus, lie comte mit en interdit 1^ autres églises , awiUa ies vases s^qrés , et condamna À morl saint Tbéodoret. Gaza , Asealon » Césarée , QéliopoUs , la plupart des viUes de Syrie , se soulevèrent contre les chrétiens, non par ardeur religieuse , mais par içupidité, haine et envie. Après 4 voir déterré tes morts , o» tua les vivants \ cm traîna dans les rues de^ corps déchirés : les ouiwûera j)er<soî0nt les victimes avec leurs broches, les tiemmes a^ac ieum qAienpniUes ; les entrailles des prétpeis et des recluses firent dév/orécii par idte cannibale^ » ou jetées mêlées d'onge aux po4irceaux. Quelques serviteurs du Cbriat périrent égorgés sur les aiaiels des dien^ '. Maj^ il (est une chose diiBcile à croire» même sur le témoignage de deux saints et de deu^ hommes illustres' : te Mt de rOronte, des puits, des caves, des fossés, 4es étangs dimeu^ent Mcombrés , disent-Us , par les corp^ des martyrs DHifaiftWOTt e^^utés , ou par ceu^ des nouveau-nés et des vierges we Tnniper^iAr immoloit dans ses opérationa magiques. Les premiiers chrétieus avoient été accusés de sacrifier dAS enJùmIa : la gjloffînie étoit renvoyée à Julien.

* SoBOMBN., Hb. y; Tobodou lib. ix; Grbo. Naz.. or. ». ê ÇmJâ9H', coU- geM^i <iaia. lUl., IMd.j ruMD., iàid.

Théodore! raconte que Julien, marchant sur la Perse , vint à Gajrrhes, où Diane à voit un temple ; il se rejp ferma dans ce temple avec quelques-uns de ses confidents les plus intimes ; lorsqu'il en sortit , il en fit sceller les portes , y mit des gardes , et défendit de laisser pénétrer personne dans l'intérieur de l'édifice jusqu'à son retour : il ne revint point. On rouvrit le temple*, qu'y trouva-t-on? une femme pendue pa> les cheveux, les mains dé* ployées, et le ventre fendu. Julien, en cherchant l'avenir dans le sein de cette victime , y a voit f^t entrer la mort : elle y resta pour lui'.

Le sincère fanatisme de ce prince et la familiarité des RomaijQS avec le meurtre qu'autorisoit l'ancien droit paternel , le droit de l'esclavage , le pouvoir du glaive , et celui du. juge souverain dans le chef absolu de l'Empire , donnent de la vraisemblance au récit de Théodoret : Ammien , admirateur de Julien , l'accuse d'avoir été plus superstitieux que religieux. Auguste et Claude avoient défendu les sacrifices humains^ mais, dans la législation du despotisme, ce qui est interdit au peuple est permis au tyran : le prince qui crée le crime , qui fait la loi et l'applique, est aurdessus de l'un et de l'autre.

Julien méditoit contre les chrétiens un plan de persécution digne d'un sophiste ; il en avoit remis l'exécution à son retour de la guerre des Perses : il lui falioit un triomphe pour faire de l'injustice avec de la gloire. Exclusion des Galiléeos de tous les emplois^ interdiction des tribunaux , nécessité d'offrir de l'encens aux idoles afin de conserver le droit de plaider ou même d'acheter du pain ' : tel étoit le dessein que la haine philosophique , la jalousie littéraire et l'amour-propre blessé avoient inspiré à l'Apostat. Un trait caractéristiquie de l'histoire du pepple qui nous occupe , est cette privation de la justice , toujours ordonnée comme la plus grande peine qu'on pût infliger à un citoyen. I^ société, chfBz cette nation magi^ale , étoit pénétrée de la loi , et incorporée avec elle^ les fastes de l'Empire étoient un grand recueil de jurisprudence , le monde romain un grand tribunal,

Julien régna vingt mois seize ou vingt*trois jours depuis la mort de (instance. Enflé de ses succès contre les Franks, fier des ambassadeurs qu'il repevoit des peuples les plus éloignés, tels que ceux de la Taprobane , il refusa la paix que lui offroit Sapor. Ce roi des rois, que la tiare avoit coiffé jusque dans la nuit du sein

• Thsod., lib. ui , cap. xu.

3 Théodoret, lib. lu, c. xim ; Soiqii*, 1. iv ; Gmig. Nàe., or. ui.

maternel , ce frère du soleil et de la lune ', poursuivoit avec acharnement les chrétiens , peut-être par animosité contre le frère aîné dont il avoit usurpé le trône , Hormisdas l'exilé et le chrétien : on a évalué à deux cent quatre-vingt-dix mille le nombre des victimes immolées dans les Etats de Sapor. Celui qui vouloit détruire les disciples de TEvangile par la Ipi , et celui qui les livroit à Tépée , alloieut en venir aux mains : la Providence armoit l'apostat contre le persécuteur. Julien se croyoit si sûr de la victoire qu'il refusa l'alliance des Sarrasins : il traita avec hauteur Arsace , roi d'Arménie , dont il réclamoit néanmoins l'assistance; Arsace professoit le Christianisme. Une grande famine, augmentée encore par une fausse mesure sur les blés, avoit régnéà Antiochc; le rassemblement d'une nombreuse armée accrut le fléau. Quelque chose sembloit pousser Julien ; et , dans une entreprise militaire d'une si haute importance, on ne reconnoissoit plus ses talents accoutumes. 11 avoit dédaigné d'attaquer les Goths ; c'étoit la Perse qu'il se flattoit de conquérir comme Alexandre; il n'eut que la gloire d'y mourir comme Socrate : toujours en présence de ses souvenirs, ses actions les plus nobles ne paroissoient que de hautes imitations. Il lioit de grands projets pour l'Empire , et surtout contre la croix , à cette conquête espérée : l'homme , dans ses desseins , oublie de compter l'heure qu'il ne verra pas.

Julien s'avança dans le pays ennemi , et , comme s'il eût craint que sa philosophie n'eût fait soupçonner son courage , il s'exposoit sans ménagement. Il se laissa tromper par des transfuges , brûla sa flotte sur le Tigre , hésita sur le chemin qu'il avoit à prendre y car il vouloit voir la plaine d'Arbelles : bientôt manquant de vivres , harcelé par la cavalerie des Perses , il est obligé de commencer la retraite. Près de succomber avec son armée , il donnoit encore à l'étude et à la contemplation les heures les plus silencieuses de la nuit : dans une de ces heures solitaires , comme il lisoit ou écrivoit sous la tente , le Génie de l'Empire , qu'il avoit déjà vu à Lutèce avant d'avoir été salué auguste , se montra à lui : il étoit pâle , défiguré , et s'éloigna tristement en couvrant d'un voile sa tète et sa corne d'abondance \ Julien se lève , s'empresse d'ofifKr une libation aux dieux : il aperçoit une étoile qui traverse le ciel et s'évanouit ' ; le pieux serviteur de l'Olympe croit recon-

I Fraier flolis et lun».

a yidit squaiiéUus, ul confeuus est proximis, tpeeiem iilam Genii publicl, quam ewn ad oMçustum turgertt culmen conspexH in Galliû, eeiaU» eum eapiU eomueopia per aulœa trûtiui dUcedentem. ( Amm. , lib. xxt, ctp. u. )

3 FlagranUêiimam facem eadenU timUem visam , aerU parie sulcala evanuUte

nottre dans ce météore Tastre menaçant du dieu Mars. Le lendemain , lorsqu'il combattoit sans cuirasse à la tète de ses soldats , une javeline lui rase le bras , lui perce le côté droit et pénètre dans la partie inférieure du foie : il tombe de cheval, défaille , et quand il rouvre les yeux , il juge , malgré les soins de l'habile Qribase, que sa blessure est mortelle.

• Un général atteint au champ de bataille expire sur des drapeaux ; noble lit, mais que l'honneur accorde souvent à ses fidèles. Ici se présente un spectacle sans exemple : Julien , étendu sur une natte recouverte d'une peau , sa couche ordinaire , est entouré de soldats et de sophistes ^ sa mort est la mort d'un héros , ses paroles sont celles d'un sage : « Amis , dit-il , le temps est u venu de quitter la vie : ce que la nature me redemande, débi- « tour de bonne foi, je le lui rends allègrement. Toutes les maximes <c des philosophes m'ont appris combien l'ame est d'une substance » plus fortunée que le corps. Je sais aussi que les immortels ont M souvent envoyé la mort à ceux qui les révèrent , comme la plus « grande récompense. Les douleurs insultent aux lâches, et cè- « dent aux courageux. J'espère avoir conservé sans tache la puiser sance que j'ai reçue du Ciel et qui en découle par émanation. « Je remercie le Dieii éternel de m'cnlever du monde au milieu « d'une course glorieuse. Celui qui désire la mort lorsque le temps « n'en est pas venu , ou qui la redoute lorsqu'elle est opportune , « manque également de cœur

« Je n'ai plus la force de parler , je m'abstiens de désigner un « empereur, dans la crainte de me tromper sur le plus digne, « ou d'exposer celui que j'aurois jugé le plus capable , si mon û choix n'étoit pas suivi : en fils tendre et en homme de bien , « je souhaite que la république trouve après moi un chef in- « tègre*. »»

Après avoir ainsi parlé d'une voix tranquille, il disposa de ses biens de fomille en faveur de ses intimes , et s'enquit d'Anatolius, maître des offices. Le préfet Salluste répondit qu'Anatolius étoit heureux ' : Julien comprit qu'il avoit été tué , et il déplora la mort d'un ami, lui si indifférent à la sienne! Ceux qui l'entouroient fondoient en larmes. Julien les réprimanda , disant qu'il ne convenoit pas de pleurer une ame prête à se réunir au ciel et aux astres. On fit silence , et il continua de discourir de l'excellence

existhnavii i horroreque peifutus est, ne ita aperte minax Martis appaitterit sidut. ( A MM., lib. XXV, cap. u. }

< Amm. , lib. XXV, cap: m.

> Bealum fuisse. . . inlellcxit occisum. ( Amm. , lib. xxv, cap. lu.)

2S4 ËTunss

de rame avec les philosophes Maxime et Priscus. Sa Uessure se rouvrit I il demanda un peu d'eau froide, et expira sans efforts au milieu de la nuit*. Il D'étoit âgé que de trente-trois ans; il avoit été vingt ans chrétien \

S'il «st vrai , comme on Ta voulu faire entendre , et comme le caractère de l'homme portèrent à le soupçonner, que Julien, calculant les événements d^ sa vie , avoit préparé d'avance soiji disioours de mort, on n'a jamais si bien répété un si grand râle : l'acteur égaloit le personnage qu'il représentoit. Les deux religions, en préseoce , luttèrent de prodiges dans les versions apposées des derniers moments de l'empereur. Théodoret , Sozomène , le compilateur des actes du martyre de saint Théodoret, prêtre d'Antioche;, disent que Julien blessé reçut son sang dans ses mains, et le lança vers le ciel, en s'écriant : « Tu as vaincu, GaUléenM » D'autres prétendent qu'il se vouloit précipiter dans une rivière , afin de disparoître comme Romulus , et de se faire passer pour un dieu. D'après les actes de Théodoret , ce ne furent point des Perses, mais des anges sous la Qgure des Perses, qui combattirent Julien ^.

La manière dont il périt devint encore un objet de controverse : les Bomains assuroient que la iaveline avoit été lancée par un Perse , les .|Perses par un Romain. Libanius avance , dans un de ses ou vrages, que l'empereur fut tué en trahison comme Achille^ ; dans un autre il semble accuser le chef des chrétiens , qui , selon Gibbon, ne pou voit être que saint Atbanase^. La Vie de saint Basile et la Chronique d'Alexandrie contiennent l'histoire d'une vision de ce saint, de laquelle il résulteroit que Mercure , martyr daCaf^adoce, avoit frappé Julien par ordre de Jésus-Ghr.ist 7.

> Medio noctis horrorevUa faciiius est absotutus. ( Amm. , Hb. xxt, cap. m. )

« JoLiAM. , êpUt, IéL La Blolteiie n* lui cq donno que trente et un , et m troiApe avec rhistoricn Socrato.

) Aiunt illum, vulaere acccpto, statim bauslum manu sua sanguincm In cœlum jccissc, h«c dicentcm : VIcisti , Galilawt ( Sokobi. , Hb. ni , cap. uv, pag. 447. )

4 Bt cuiB onmia ae obtiaulssefiuitMet , subito ei irruit multiiudo eiercitui angelorijiiii. (Piisiou. S. Theodor. preabyU }

s Dolo enim mortuua est sicut Achilles. ( Lib. pro Templis, p. i4. Genew , 4634. )

4 CHbbon aiiit Topinion de La iUetterie : le dernier remarque qu'on avoit , d'après une pUmêe fie Uimaius , toupçonnô saint Basile et saint Grégoire de Nazianie , mais que cette plurase désif neroit plptôi saint Atbanase. Seize aiy après U mort de Juliien , Lit>anius ne craignit point de renouveler une accusation qui , d'ailleurs, étoil sans preuve , dans un tflieoufs adresaé é l'empereur Tbéodose. Soiomène ( lib. vi , cap. il ) fait hooiieur i queli|iiaa chréUeus aéiéa de la «ori de ialien , et compare ces héros ioconnus |i oes Grecs généreux qui se dévouoient autrefois pour la patrie. Libanius esi si peu d'accord avec luinéme , qu'il dit positivement dans un autre discours (orau u , pag. SB8) que Julien avoit été tué par un Aqucmenide , un Perse.

7 Per uocturnam specicm , Basilius , €«8are« episcopus , vidit «œlos apertoa et Ghrte-

HISTORIQUES. ii&

Didjfine , célèbre .«reugle, Juliea Sabbi^g^ Amei^ soUtaice, eui\eBi; ios râvéldtions de la môme nature. Didyme ia|>erçut «a jM^nge dai guerriers maniés sur des chevaux blancs coorani daos l'air , et qui s'écrioient : u Dites à Didyme qu'aujourd'hui , à cette beure « même, Julien a été tué'. » Sabbas entendit une Toix qu^ pro* nonçoit ces mots : u Le sanglier sauvage qui ra«eageûiit la vigne du u Seigneur est étendu mort \ ^ Libajavus demandant A un cbrétien d'Antiocbe: « iQue fait aujourd'hui le JQte du <diarpenti^? « ^^ « Un cercueil , » répondit le chrétien ^

La plupart de jces laits sont contestés et trôft «oatAstaUes^ 4nMa il s'agit moins de la critique historique k cettiB époque, que de la peinture du mouvement des e^)rits.

Les païens furent consternés eu apprenant la Jin prématwée du restaurateur de l'idolâtrie. « Je me souviens , 4H fialot Jérâme, « qu'étant encore enfant et étudiant la gramœaii^ 9 lorsque ;toute6 M les villes fumoient des feux des sacrifices ^ Ja nouvelle de la » mort de Julien se répandit tout i coup. Un philosophe s'écria ; « Les chrétiens déclarent que leur Bieu e^t patient , et rien u'^est « plus prompt que sa colère M »

Grégoire de Nazianze^commence et termine ses invectives montra Julien par une sorte d'byome où respire une jim f^Wfii fôroci qu'éloquente :

u Peuples, écoutez ! soyez attentifs, vous tousxiui habitez l'uni*» vers! j'élève de ce lieu , comme du haut d'une montagne, m cri immense. Écoutez , nations 2 écoutez , vous qui êtes aujourd'hui , et vous qui viendrez demain! Anges, Puissances, Vertus, âcou«* tez ! La destruction du tyran est votre ouvrage. Le dragon , l'a^

tum Salvatorem iu solio pro tribunal i scdentem , magnogue €lamore vocaniem : Ueriuirl , abi , occidc JîTliauuin imperatorem , illum hoetem cbrlstianorum. Sanclus ergo Mercuriiu slans coram Boraino , loricaro ferream induMu , aooeplo a Domino mandaU» evanuU : rurius Yisus adstiire ad tribune Dooiini exclaoMivU : JuUaBua iippwtlor fnngù^fM' Uti kf^ pcrasti , Domine. {Chronicon Alexandi-inutr^, pag. 895-694. )

* Equos candidos per aerem dtscurrcntcs sibi vidcre Tisus est, virosque ipsis insidentaa Ua claiiiMil«s aiulire : NuaiiAte fitidyno hwlie iulUnun bac ipaa bon »own|itmn one. ( SoooM. > /ri 1. 4SC0/M. , Aib> f« , e«p. Il , p«g. M8. )

> Suem agreslem , vastatorein vincœ Domini... mortuumjaoere. (ïiOMOom. «lUi* lli, eap* uus , pa^ 657. jLiiUiUeD Pf^iaioriipi , 464il. )

3 Iste fabri fitius arcaoi ei ligneam parât ad tumulum. ( Sai^nyii. , liiêi. tteUt. ; l«- LU^. , cap. u , pag. 519. ) (i'hisioira de luiiu Meccure, dpnt op « (SkU vu chevalier Mar» cure , est devenu le sujet d'w dnaïue du raoyeu-^igo.

4 Dum adhuc essem puer, et iu granunatic« ludo ex6ccer«r« ottiieaque urbes wietiRMruip sanguine polluerentur , ac subito ia^pio pvaecuUonisardoro Juliaai auali*ius «aset intérims, clcganter unus de cthnicis : Quomodo , iuquit, chrisUani dicunt neuoi auum esse patientem... uihil iracundius , nihil hoc furore pr«9eiiii<lii 1 { S. Uuaoïf., OMnmen(., lib. II, cap. lit , in Habacuc . pag. -2l3-24t. )

postât /le grand et redoutable génie , l'ennemi du genre humain qui répandoit partout la terreur, qui vomissoit des blasphèmes contre le ciel, celui dont le cœur étoit encore plus souillé que la bouche n'étoit impure, est tombé! Cieux et Terre, prêtez l'oreille au bruit de la chute du persécuteur.

u Tenez aussi , généreux athlètes , défenseurs de la vérité , vous qui avez été donnés en spectacle à Dieu et aux hommes ! approchez, vous qui fûtes dépouillés de vos biens; accourez , vous qui, injustement bannis de votre patrie terrestre, avez été arrachés des bras de vos femmes et de vos enfants : enfin , je convoque à ces réjouissances tous ceux qui confessent un seul Dieu , souverain maître de toutes choses. C'est ce Dieu qui a exercé un jugement si éclatant , une vengeance si prompte ; c'est le Seigneur qui a percé la tête de l'impie. Dans les saints transports qui m'animent , il n'est point de paroles qui répondent à la grandeur du bienfait. Nous verrons un jour combien les supplices de Julien damné sont au-dessus de ce que l'esprit humain se peut figurer de tourments. O homme! qui te disois le plus prudent et le plus sage des hommes, voilà l'oraison funèbre que Grégoire et Basile prononcent sur t(m cercueil ! 0 toi , qui nous avois interdit l'usage de la parole , comment es-tu tombé dans le silence éternel > ? »

Si Antioche se réjouit par des festins et des danses ; si la victoire de la croix fut non-seulement célébrée dans les églises, mais sur les théâtres; si l'on s*écrioit : Où sont vos oracles, insensé Maxime > ? à Garrhes , le courrier porteur du fatal message fut lapidé 3 ; quelques villes placèrent l'image de Julien parmi celles des dieux , et lui rendirent les honneurs divins 4.

Libanius se voulut percer de son épée ^, et se résolut à vivre pour travailler à l'apologie d'un prince dont Grégoire de Nazianze devoit écrire la satii'e : la louange est plus à l'aise que le blâme sur un tombeau. Tel est l'emportement du fanatisme , qu'un saint ,

> Gbio. Nâz. , Or, cont, Julian, Ce beau mouvement : F'enes auui , généreux athlé" tes t i été visiblement imité par Bossuet dans l'admirable apostrophe qui termine TOrai- «on funèbre du Grand Gondé.

> Nec in ecclesiis solum ac martyriis , cuncti tripudiabant , sed in ipeis etiam Iheatris victoriam crucis priedicabant... Omues siquidem Juncti simul clamabant : Ubinam sunt vaticinia tua , Maxime stulte ? ( Thbodoh. , lib. m , cap. xxvin , pag. U7-I48. )

3 Et Garrbeni tantum percepere dolorem morte Juliani nuntiata , ut eum qui nuntium hune adtulerat lapidibus obruerent. ( Zosim. , lib. lu , pag. lix , Basiles. )

4 Plersque urbes illum deorum flguris reprsseatarunl , atque ut divos honorant. ( Lib.» oral, X , lom. i , pag. 330. Lutetis, 4637. )

s In ensem oculos coi^eci , quasi vita acerbior omni juguUtione mihi fulura esset. ( Ub. , vil. , pag. 45. )

un Père de TÉglise , un honune supérieur par ses talents , n'a pas craint d'avancer que Julien avoit fait empoisonner Constance.

Le corps de Julien , transporté à Tarse , fut enterré en face du monument de Maximin-Daïa : le chemin qui conduit aux défilés du mont Taurus séparoit les sépulcres des deux derniers persécuteurs des chrétiens ' .

Les funérailles eurent lieu selon les rites du paganisme : des bouffons chantoient des airs funèbres ; un personnage représentoit le mort, et les baladins prenoient plaisir, au milieu de leurs danses et de leurs lamentations , à se moquer de la défaite et de l'apostasie de l'ennemi des théâtres ^

Le chrétien Grégoire de Nazianze plaint la ville de Tarse, condamnée à garder la poussière de l'adorateur des démons ; poussière qui s'agitoit, et que la terre rejeta ^

Le philosophe Libanius eût désiré saluer la dépouille mortelle de Julien auprès de celle du divin Platon dans les jardins de l'Académie*.

Le soldat Ammien Marcellin souhaitoit que les cendres de son général fussent baignées non par le Gydnus , mais par le Tibre qui traverse la ville éternelle et embrasse les monuments des anciens Césars^. Toutefois la tombe de Julien aux bords du Gydnus, si renommé par la fraîcheur de ses ondes, devint une espèce de tenïple ; une main amie y grava cette épitaphe : Ici repose Julien , tué au delà du Tigre. Excellent empereur, vaillant guerrier^. Le polythéisme en étoit à son tour réduit aux reliques , et à pleurer dans ses sanctuaires abandonnés.

En dédaignant le faste de la cour de Constance , en recevant

> Porro cadaver Juliani , cum Merobandes , et qui cum illo erant, in Ciciliam déportassent, non consulto sedcasu quodam e regione scpulchri in quo Maximini ossa erant conditadeposuerunl, via publica duntaxat loculos eorum a se invlcem séparante. ( Poilo- BTORG. , Nist. eceleHast. , lib. tiu , pag. Ml. Parisiis, 4673. )

• Mimi et histriones eum duccbant probris a icena pclitis , ac ludibriis incessebant , eique fidei abjurationem et cladem viteque finem exprobrantes. ( S. Ghbgor. Theologi, oraiio T, tom. i , pag. 450. Lutetiœ , 4778. )

3 Ut mihi quispiam narravit nec ad sepulturam assumptum, sed a terra quœ ipslus causa turbata fuerat cxcussuni , aratuque vehementi projeclum. ( Id. , orat. xxi , pap. 406. )

4 Atque eum quidem Tarsi in Giiicia recepil suburbanum : at potiori jure in Academia, proximo Piatonis sepulchro , fuisset tumulatus. ( Libai(. , Orat, FarentaL , cap. clti , pag. 377. )

' Cujus suprema et cinercs, si quis tune juste consuieret, non Gydnus vidcre deberet , quamvis gratissimus amnis et liquidus : sed ad perpetuandam gioriam recte factorum prsteriamberc Tit>eris , jntersecans urbem sBtemam, divorumque veterum monumenta pr«8lringens. { Amm. , lib. xxv, cap. x. )

« Amm., lib. xxt, cap. x, pag. 5*0, n. z. Voyex ausi Fie de jutien, par La Bleticrie, ad fin.

d^um armée mirthiée le titre d'aot^ttste» Jtriien ti?oit rendis ino^ menCanément le droit d'éleeiion atMc sévlts soldats : ihi s'as^mMërent après âaimrt; pressé» de se dWffet un clier, Hs ofiHrefit la poitrpre au préfet S«IHtiste , qui r^jetw <îet honneur. Vous arez pu nsiîrtïrcjoe** queForf eiemimençoit * reftwcr assez flréquemment Tautorité suprême : jusqu'au règne de Commode , FEmptre étoît ta possession de tous les plaisirs dttns le repos ; mais , après ce régne , le eé^r ne fut plus qu'un soldat courant I^ armes à la niain , dti Min à TEophrate , et du If il au Danube, eombatfant on ropony* SMt f ennemi , domestique ou étranger. Le pouYoif , qui cessoit d'être une jouissance , devint un fardeau : la médiocrité étoit toujours prompte à le mettre sw ses épaules*, le mérite à le «ecouer.

Atr déftttrt de Salluste , les légions élurent empertnr Jbyien , primicère des gardes , dont le nom avoit été prononcé par hasard. K étoit chrétien et catholique comme Valentiniew; il- troif préféré comme lui sa foi à son épée ; mais JoHen , qui te redontoit peu , consentit à lui laisser Tune et Taulre. Jovien s'étoit trouvé chargé deconduireàConstanlinoplete corps de Constance, mortà Mopsucrène : assis dans^ le char ftinèbï*e , il avoit partage les honneurs hnpériaux rendus à la poussière de son maître ; on en augura saf grandeur future : on y auroit pu trouver le présage de sbn second et prochain voyage sur le même char.

jovnsii,e«p. JoTien signa une paix de vingt^euf ou de trente ans , et conclut AÎ'iîV'c. wî*. un traité honteux avec Sapor : il céda aux Perses cinq provmces transtigritaines • , la colonie romaine de Singare et la ville de Nisibe , malgré ses larmes , malgré son dernier siège , retracé éloquemment par JuFien dans fun de ses deux panégyriques de Constance. Obligés de livrer à Sapor les murs qu'ils avoient si vaillantiment défendus contre lui avec Jacques, leur évêque , les Nisibiens , chassés de leurs foyers , dépouillés do kiurs biens , offrirent encore à l'auteur de leur exil la couronne d'or que chaque ville étoit dans l'usage deprésealer aux nouveaux empereurs: exempte touchant d'une fidélité qui ne se croyoit pas aflRnmchie de ses de*- Vôîrs par Fingràtitude ' .

Jovien rendil \m paix à FEglise, et rappela saint Alhanase.

Ainsi s'évanooTfcnt Cous les projets de Julien : il entreprit d'abattre la croix, et il fut le dernier empereur païen.

L'beHénismerelomlNr de tout le poids des âges dans h poudfe d*où Tavoit soulevé à peine une main mal guidée. Les philosophes se lasèvent , jetèrent leur robe , et se contentèrent d'enseigner en

> Par rapport aux Perses. *- * Amm. , lib. xxy.

HiarroAiQtJEs. 239

diletiee oa de gémîp *ir les générations qui leur échappaient : on craignait tellement (f être pris pour l'un d'eux , que les citoyens qui portoient des manteaux à franges les quittèrent.

Julien s'étôit porté à la conquête des Perses , afin de reyemir dompter les chrétiens : cette guerre , qui devoît renverser le trône du grand roi , amena le premier démembrement de l'Empire des Ciesars* •

Il a fkllu vous rappeler en détail celte dernière épreuve de ITBglise, parceqn'elle fait époque et qu'elle êe distingue des autres : elle tient d'une civilisation plus avancée; elle a un air de fomifle avec Pimpiété lifttéraire et moqueuse qif un esprit rate répandît au dix-huitième siècle. Mais l'impiété de l'empereur, qui pouvott ordonner des supplices , ne laissa aux chrétiens que des couronner, et l'impiété du poëte qui n'avoit pas la puissance du glaive leur légua des échafauds.

La persécution de Julien ne sortit point du paganisme populaire ; elle vint du paganisme philosophique demeuré seul sur le champ de bataille, ayant pour chef un cynique à manteau de pourpre, qui portoit le vieux monde dans sa tète et l'empire dans sa besace. Mais , dans la lice où les deux partis cherchoient à s'enlever des champions , les hommes de talent passèrent successivement avec leur génie et leur vertu au Christianisme , comme les soldats qui déscfrtent avec armes et bagages à l'ennemi : l'autre camp ne voyoit arriver personne.

Constantin étoit un prince inférieur à Julien , et pourtant il a attaché son nom à l'une des plus mémorables révolutions de l'ordre social : c'est qu'abstraction faite de ce qu'il peut y avoir de surnaturel dans rétablissement de la religion chrétienne , il se mit à la tête des idées de son temps , marcha dans le scifô où l'espèce humaine marchoit, et grandit avec les mœurs croissantes qui le poussoient.

Julien, au contraire, se fit écraser par les générations qu'il prétendoit retenir ; elles le jetèrent par terre malgré sa force, et lui passèrent sur la poitrine. Eût-il vécu, il auroit ralenti le mouvement; il ne l'eût pas arrêté : le calvaire nu , par où l'esprit de l'homme alloit maintenant chercher la vérité de Dieu, devoit dominer tous les temples. Les soins inutiles que se donna une vaste intelligence, un monarque absolu , un guerrier redoutable, pour rétablir l'ancien culle , prouvent qu'il n'est pas plus possible de ressusciter les siècles que les morts. Cent cinquante ans auparavant , Pline le jeune avoit aussi pensé qu'on pouvoit extirper le

Christianisme. La tentative rétrograde de Julien ,.événement unique dans l'hisloire ancienne ' , n'est pas sans exemple dans Tliistoire moderne : toutes les fois qu'ils ont voulu rebrousser le cours du temps, ces navigateurs en amont, bientôt subfnergés, n'ont fait que bâter leur naufrage.

Jovien ramena du désert des soldats sans vêtements , mendiant leur pain : le légionnaire qui avoit conservé un morceau de sa pique ou de son bouclier, ou qui rapportoit un de ses brodequins sur son épaule , magnifioit son courage : ainsi auroient été les Perses si Julien avoit vécu , dit Libanius. La fin de la retraite de l'armée fut le terme de la vie de Jovien : sa femme veifoit audevant de lui pour partager sa pourpre ; elle rencontra son convoi. Les ofliciers civils et militaires, les eunuques et l'armée voulurent décerner le diadème à Salluste qui le refusa une seconde fois. L'élection, après la proposition de divers candidats, s'arrêta sur Yalentinien , confesseur de la foi sous Julien : il étoit sans lettres , mais il avoit une naturelle éloquence. Treille jours après son élévation, il associa son frère Yalens à l'empire ; nom fatal qui rappelle la dernière et définitive invasion des Barbares.

Alors eut lieu , et pour toujours , la division de l'empire d'Orient et de l'empire d'Occident. Yalentinien établit sa cour à Milan , Yalens à Constantinople. Les deux frères quittèrent le château de Médiana, à trois milles de Naisse, où s'étoit accompli le partage du monde romain ^ ils allèrent ensemble à Sirmium : là , ils s'embrassèrent , se séparèrent , et ne se revirent plus \

< Léonidas à Sparte , sur un plus petit théâtre , se trompa et se perdit comme Julien. • Amm. , lib. xxTi ; Philobtobg. , pag. fU. Tliéodose !•' ne fût un moment maître de tout l*empiro que pour le partager entre ses deux flls.

HIStOHiQUES. 24 1

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