‹ Œuvres de M. le vicomte de Chateaubriand (volume 3)Chapitre 9 sur 56 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

DE VALENTINIEN I«' ET VALENS , A GR ATIEN ET A THÉODOSE fer.

Pour éviter la confusion des sujets , vous aimerez mieux voir VALENTuinir, séparément ce qui se passoit aux empires d'Orient et d'Occident , féuz jumTsÊ, sans toutefois perdre de vue leur connexité et ce qu'il y avoit de An'aT/. c. commun dans les événements , les mœurs et les lois des deux ^'^^^' grandes divisions du monde romain.

L'Occident, dévolu à Yalentinien, comprenoit l'IUyrie, l'Italie, les Gaules, la Grande-Bretagne , l'Espagne et l'Afrique; l'Orient , laissé à Yalens , embrassoit l'Asie , l'Egypte , la Thrace et la Grèce.

La résidence particulière de Yalentinien étoit à Milan ; celle dé Yalens à Constantinople ; mais les deux empereurs se transport toient là où leur présence étoit nécessaire.

Dans l'Occident, Yalentinien eut à combattre les Allamans, qui se jetèrent sur la Gaule , et il fortifia de nouveau la ligne du Rhin. On voit paroitre les Bourguignons issus des Yandales qui habitoient le.s bords de l'Elbe. Leur roi étoit connu sous le nom générique d'Hendinos, et leur grand-prêtre sous celui de Sinistus*. Ennemis des Allamans, les Bourguignons s'allièrent avec Yalen-

> Apud hos générait noiuine rex appellatiir HcnUiiios... Sacerdos omnium maximufl vocalur Sinistus. ( Amm. Marcbll. , lib. xxyiu , cap. v , p. 539. 1671. )

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iinien , et s'engagèrent à lui fournir une armée de quatre-vingt mille hommes.

Les Saxons et les Franks reparurent sur les côtes de la Gaule et de la Grande-BreUigne ^ I^6 Picles et les Scots désolèrent cette dernière province. Théodose , général de Yalentinien , les refoula au fond de la Gai'édonie.

Les p6|ip}es de la Gétiflip , de la Nuipidie et de la Wrauritanie ravagèrent l'Afrique : Théodose fût envoyé pour les repousser, et punir l'avidité de Roman us, commandant militaire de cette province : il réussit dans la première partie de sa missiop.

Yalena et YalentinieH poursuivirent avec toute la rigueur des lois romaines leurs siyets accusés de magie. Les victimes furent nombreuses à Rome et  Antioche. Maxime, si fameux sous Julien , et d'autres philosopha, succombèrent \ Jamblique s'empoisonna ; Libanius échappa avec peine à l'accusation '.

Yalens était tyran par foiblesso , Yalentinien par colère. Deux ourses, l'histoire en dit le nom. Inoffensive et PaUleite dorée, avoient leurs loges auprès de la chambre à coucher de Yalentinien ; il les nourrjaiQit de chair humaine. Inoffensive, bien méritante, fut rendue à ses forêts '.

L'erpper^i^r d'Occident g&toit de grandes qualités pur un tempérament cruel : il ordonnoit le feu pour les moindres fautes. Milan eut des victimes qui prirent de leur injuste condamnation le nom dlnnocents. Tout débiteur insolvable étoit mis à mort. Le prévenu récusoit-il un juge , c'étoit à ce juge qu'on le renyoyoil '.

Yous êtes frappés de cet arbitraire de supplices qui souille les annales de Rome ; le genre de peines à appliquer semble abandonné au caprice des magistrats et des particuliers : la loi criminelle, chez lès Romains , étoit fort inférieure à la loi civile. Nous ne feisons pas assez d'attention aux améliorations évidemment apportées dans les lois par la mansuétude du Christ. Accoutumés aue nous sommes à lire des feits atroces , quand nous ypyons ues hommes déchirés avec des ongles de fer , exposés nus et frottés de miel à la piqûre des mouches, torturés comme les prisonniers de

> Itrifnus ex nobilil^us phUpiopbis inlerfectiu est ^l^ximm , ^ pQ»( i^uni oriuudus es Phrygia Ililariu8 qui amliiguuni quoddam oraculum çlarius fuissel interpréta tutf. Secifo- «lum hune ^itnonides , et patricius Lydus et Andronicus c Caria. ( Z08IM. , HUtor.^ lib. iv, p. 65. ^silG«. )

* Micam aurcam et Innoccntiam : cul^^ i^ ciirabat eiiiio , ut câruai cay^s prope cu^ biculum suuni locaret. . . Innocentiam deniquc , post muitas quas gus laniatu cadaveruin Ytdtrat sepulturas , ut bene roerium in syhas abire dimisit. (Ami. Màrcjdx., lib. XXIX, cap. lu. )

3 Am. Marcill., 1. xxTii, c. TU ; I. xxix , c. ui ; 1. xxx, c. toi.

HISTORIQUES. f43

guerre des Iroquoia, par Kordro d'un juge ou lu vengeance d'un simple créancier , nous ne nous demandons pas comment cela arrivoit chez les nations civilisées de l'ancien monde, et comment cela n'arrive plus chez les nations civilisées du monde moderne. Le progrès si lent de la société ne suffît pas pour rendre compte de ces changements^ il y faut reconnoUre une cause plus prompte, plus ellicace, plus générale : cette cause est l'esprit du Christian nisme.

Le sang des empereurs païens se retrouve danis les cruautés d^ Yalentmien ^ le caractère des empereurs chrétiens, dans les lois qui ordonnent des médecins pour les pauvres, et qui défendent l'exposition des enfants ■ ': honneur à la bénignité évangélique, à qui l'on doit Tabolition.d'une coutume qu'autorisoient les législa-' tions les plus fameuses de l'antiquité !

Parmi les lois de Valons et de Valentinien , je dois vous signaler encore l'institution des écoles, modèles de nos universités : l'éducation publique expira avec la liberté publique^ les collèges modernes eurent leur origine lointaine dans les siècles de décadence et d'esclavage de l'Empire romain.

Valentinien donna aux villes des défenseurs officieux * , sorte de magistrats élus par le peuple ^ ; d'où il arriva que les Eglises , devenues des espèces de municipes , eurent i leur tour des défenseurs qui se transformèrent en champions dans le moyen-âge. La' liberté politique s'étoit changée en privilèges de bourgeoisie : on voit partout les empereurs adresser des lettres et des rescrits aux communes des diverses provinces de l'Europe , de l'Afrique et de l'Asie.

En suivant la série des institutions, le Gode à la main , on remarque, avec une admiration reconnoissante , que le travail de» princes chrétiens tend surtout à radoucissement des inflictionft criminelles et à la réforme des mceurs : les enfants des supplieié9 retrouvent les biens paternek; des règlements améliorent le sori des pauvres et des esclaves , multiplient les cas de liberté ^ les vice»abonùnables chantés par les poètes, et protégés des magistrats , sont punis. £n un mot , c'est dans le recueil des lois romaines qu'il' faut chercher la véritable histoire du Christianisme, bien ptuaque dans les fastes de l'Empire.

Valentinien accorda le libre exercice du culte à seft sujets , et ne prit aucun parti dans les querelles religieuses ^ : il se crut (fautant

I Cod. Theod.f tom iii, libt. vui , p. 34. — > cod. TheodL , tom. n, lib. i, p% hW. 3 cod. /wi. , lom. LV, lib, i el u, p. 106. — 4 Ba?., anu. 571; Stah»., Ub. x, eplst. M.

plus autorisé à cette tolérance , qu'il s'étoit montré chrétien indé^ pendant sous Julien. Cependant il défendit aux païens les sacrifices, et les assemblées aux manichéens et aux donatistes. Il mit aussi des bornes à l'accroissement des richesses de l'Église et à la multiplication des ordres monastiques : il fut défendu au clergé d'admettre à la cléricature les propriétaires hommes du peuple , et les décurions des villes , à moins que ceux-ci n'abandonnassent leurs biens ou à la municipalité dont ils étoient membres, ou à quelques-uns de leurs parents '. Il fut également défendu au même clergé d'accepter des legs testamentaires. Déjà le pouvoir et la fortune avoient amené la corruption : Damase disputa le siège de Rome à Ursin ; on en vint aux mains ' ; cent trente-sept morts furent trouvés le matin dans la basilique de Sicinius , aujourd'hui Sainte-Marie-Majeure.

Yalentinien avoit eu de sa première femme , Sévéra , un fils nommé Gratien , qu'il éleva à Amiens, le 24 août 367, au rang d'auguste , sans le créer d'abord césar, selon l'usage. On a cherché la raison de cette innovation : elle est évidente. Il y avoit maintenant deux Empires; Gratien , âgé de huit ans, n'étoit plus un césar ou un général nommé pour défendre une partie de l'Etat , c'étoitun héritier qui devoit succéder à la souveraineté de son père.

Yalentinien répudia Sévéra , et épousa Justine , Sicilienne d'origine -, elle auroit , selon Zosime , été mariée d'abord au tyran Magnence. Justine étoit arienne , mais elle ne déclara son hérésie qu'après la mort de Yalentinien. Elle donna à l'empereur un fils, qui fut Yalentinien II , et trois filles , Justa , Grata et Galla ; celleci devint la seconde femme de Théodose le Grand.

Les Quades et les Sarmates , justement irrités de la trahison des Romains, qui, après avoir attiré leur roi Gabinus à une entrevue, Tavoient massacré, ravageoient l'Illyrie -, Yalentinien accourt avec les forces de la Gaule ; il meurt subitement à Bergetion ^ d'un accès de colère , dans une audience qu'il donnoit aux députés des Quades suppliants.

- Mallobaud ou Mellobaud , chef d'une tribu de Franks , avoit obtenu un commandement sous Yalentinien , et s'étoit distingué par ses gestes militaires -, à la mort de l'empereur, il entreprit avec

» Cod, Theod,^ lom. i, lib. lix, p. 405.

• Damasius el Uninus, supra humanum modom ad rapiendam episcopatus sedem ardentes, scissis studiis asp(M*riine conflictabanturf adusque morlis vulnerumque discrimina aiIJumenUs utriusquc processis... Uno die ceuium triginta-septem reperta cadavera peremplorum. (Amm. Mabcbll., lib. uni, cap. ui, p. m. Parisiis, 1977.)

I n noTembre 975.

Équitius , comte d'IUyrie , de faire prévaloir les droits de Yalentinien , fils de Justine , sur ceux de Gratien , fils de Sévéra. Valen- vauxs«giatinien II fut en effet proclamé empereur ; mais son frère Gratien , dUS^w déjà auguste , au lieu de s'en offenser , reconnut l'élection. Valen- ^^tii9?' tinien eut dans son partage l'Italie, l'Illyrie et l'Afrique ; Gratien garda les Gaules, l'Espagne et l'Angleterre; peut-être même n'y eut-il pas de véritable partage. Ce qu'il y a de certain , c'est que Gratien gouverna seul TOccident Jusqu'à sa mort , Yalentinien n'étant encore qu'un enfant sous la tutelle de sa mère.

Yalens n'approuvoit pas ces arrangements paisibles entre ses jeunes neveux ; mais les mouvements des Goths arrêtèrent son intervention dans des affaires d'une moindre importance.

Mis en possession de l'Empire d'Orient par Yalentinien P', Yalens avoit eu , dès les premiers jours de son règne , des épreuves à subir. Procope, commandant de l'armée de Mésopotamie, prit la pourpre dans Gonstantinople même , par l'autorité de deux cohortes gauloises. Youlant légitimer son usurpation, il épousa Faustine , veuve de l'empereur Constance ; elle avoit une fille âgée de cinq ans, dans laquelle les légions voyoient le dernier rejeton de la race de Constantin. La révolte de Procope dura peu ; ses soldats l'abandonnèrent à la voix de leurs capitaines, qui gardèrent leur foi. Procope , trahi, fut traîné au camp de l'empereur d'Orient , et décapité.

Yalens soutint faiblement contre Sapor les rois d'Arménie et d'Ibérie. On remarque dans cette guerre les aventures de Para, roi d'Arménie , monarque fugitif comme tant d'autres, protégé d'abord des Romains, ensuite égorgé par eux dans un repas.

Les Goths , restés fidèles à la famille de Constantin , s'étoient déclarés contre Yalens en faveur de Procope , mari de la veuve de Constance. Yalens remporta quelques avantages sur ces Barbares. Une paix fut le résultat de ces avantages , et six ans après les Huns précipitèrent les Goths sur l'Empire.

L'arianisme étoit la religion de Yalens : il persécuta les catholiques , qu'il appeloit les athanasiens : saint Basile étoit devenu leur chef après la mort de saint Athanase. A ce grand honune de solitude et de charité est due la fondation du premier de ces monuments élevés aux misères humaines ; monuments qui font la gloire éternelle du Christianisme. Les moines, presque tous catholiques , s'étoient accrus par l'esprit et le malheur de leur temps. Yalens les fit enlever à main armée \ on les força de s'enrôler dans les légions , et , quand ils résistèrent , on les massacra.

Noos arrivons au fameux événement qui bâta la chute de Tanoien monde. ^

Députe leurs expéditions maritimes , les Goths , en paix avec les Romains , s'étoient multipliés clans les fbréts : ils avoient assujetti autour d'eux les autres peuplades barbares, nermanric , roi des Ostrogoths et de ia noble race des Amali, devint conquérant à l'âge de quatre-vingts ans ; à cent dix ans il alloit encore au combat, et restoit le seul contemporain de sa gloire « . Il conquit les Hernies et les Yenèdes. Sa puissance s'étendoit dans les bois et sur les hordes des bois , du Pont-Euxin à la Baltique , derrière les tribus iftKonnes, allamanes, frankes, bourguignonnes et lombardes, plus rapprochées des rives du Rhin : le Danube séparoit l'Empire sauvage desGoths de l'Empire civilisé des Romains. Les Yisigoths, réunis aux Ostrogoths, leur avoient cédé la prééminence-, leurs chefs, parmi lesquels se distinguoient Alhanaric, Fritigern et Akvivus , avoient quitté le nom de rois pour descendre ou pour ■mater à celui de juges*.

Telles étoient devenues les nations gothiques aux frontières de FEmpire d'Orient , lorsque tout à coup un bruit se répand : on raconte qu'une race inconnue a travereé les Prius-Méotides. La présence des Huns ^ annoncée par un tremblement de terre qui secoua presque tout le sol du monde romain , et fit pencher sur la tète d'Hermanric sa couronne séculaire. Les Huns étoient ia dernière grande nation mandée à la destruction de Rome ; les autres nations avoient fait une halte pour les attendre -, ils ve- Boient de loin. A peine avoient-ils paru , qu'on entendît parler des Lombards , dernier flot de cet océan.

Un nouveau système historique fait descendre les Huns des peuples ouralo-flnnois. Dans ce système fondé sur une meilleure critique , une cornioissance plus avMcée des peuples et des langues de l'Asie^et de l'Europe septentrionale , on suit cependant avec moins de facilité la marehe et les progrès des soldats futurs d'Attila.

Dans l'anden système que Gibbon a adopté, il est plus aisé de se reeonnoître. En rejetant de la primitive monarchie des Huns la partie conftise e* romanesque, laissant de côté ce qu'ont pu faire M ne pas taire les Huns au nord de la muraille de la Chine , 1210 ans avant l'ère vulgaire , négligeant leur invasion de la Chine, leur défaite par l'empereur Voulé de la dynastie des Huns , on trouve qu'au temps de la mission du Christ deux divisions des Huns

« JoEN., cap. xxn — =» /rf., ibid.

HISTOMQUHS. 247

s'HYftM&rent dans l'Occident , l'une vers rOxus , Taiitre rers le Vdga : celle-ci se flxa an bord oriental de M mer Caspienne , et fut connue sons le nom des Huns blancs ; ils eui-ent de fihéqiientd démêlés arec les Perses.

L'autre diTiskm des Huns pénétra avec difiieuRé au Vol^a, cofi^ serra fi^ mœul*s en augmentant sa forée {^ar d^ allianeed voldn^ (aires , des adjonctions de peuples conqiGfis ^ et par rhaMtndè dé) combats : cette dlTfsmi 6iib}ugua les Alams : la plus grkifdë |nlrtie dcis vainclis entra da^s les rangs des f àinqueùrs , UnêiÈ qu'une colonie iMépéndante des premièfrs aHa se môler aM tûcèè germaniques et s'associer à leur guerre contre l'Empire'.

Les HUns parurent effroyables aux Barbares eux-inémes : quahd ils eurent franchi les Palus-Méotides, ils se trourëfent en pté^ sencè des tHbutaires de la pulèsance d'Hemanric. Les deux nlonarchies des Huns et des Goihs ^ l'une cbfnposée de sauvages A cheral , l'autre de sauvages à pied , c'est-4-dire les deux race^ Scythe et tartate , se heurtèrent. Les Gotlts étoient divisés ; Het^ manric , abusant du pouvoir , avûit fait éi^teler la feitarme d'uh chef roxoM qiii s^étott retiré de lui *. Léà fMres de cette temme la vengèfent en poignardant Hermanrie vainement cuifàssé d'un siècle 5 et à qui cent dix années avoient enedfe laissé du saniig dans le cœur : il ée resta pas sous le èoup. Balaroir, roi des Huns, pre^ fHa de cet événement : il attaqua les Ostrogoths, qui firent atendonnés des Yîsigoths ; Hermanrie , impatient de la douleur que lui cffusoit sa blessure , et encore ^us tourmenté de la ruine éë son empire^ mit fin à des jours que la mort àvoit oubliés \ Withi^* mer, chargé après lui du gouvernement , em vint avec les Huns el les Alains à une bataille dans laquelle il fut tué 4. Saphrax et Aiathœns sèfûvèrelit le jeune roi des Ostrogotfas j Witheric , et conduisirent les débris indépendants de leu^s compatriotes sur les bords du Niester.

Cependant les Yisigotbs, séparés des Ost^oths, s'étoietit retirée chez les Gépide^ le«irs alliés; ils y ftireAt poursuivis parles Huns.

* Diovtom» , GiB^HoM , lotit Aifiràs , AMih^réit lliBctLtnr, etc.

• Dum eniiii qnaioMaMf itonHerém SianifèFh nomfnie piro marltl fraudulento dMcessii, réx tutort comMétas, e<^i9 fèrocibus fTîig&tain, incftatisqaiB ctlrnHniJs per dlvértÀ dlvéffî pr» cepMel: fratres éjm Sntn et AmmftiB , germamc obituiA rindicaotes , CraHma^id latua lérro peHehmt (lo1f^icA!ll>. , de itéb. ^Hfeis , cap. riif , pag. 70-71. (La)^dui)! Sftlà^

▼Ofttttl. )

3 fnter hc^ ErmanarfciA tam vidireth dolorcm, quam etiam iTiconfones Rmràèriim non ferens, grandfpvus et plenus dierum , ccniesimo decimo snno Titœ bus defanctus^est. (JOAM.f cap. xirv.)

^ Amm. Maacbll., lib. XXX], cap. lu.

Ud corps de cavalerie tartare passa le Niesler à gué pendant la nuit, au clair de la lune : Athanaric , juge des Yisigoths, qui défendoit les bords de la rivière , parvint à gagner des hauteurs avec son armée; il s'y vouloit fortifier , mais les Yisigoths se précipitent vers le Danube , envoient des ambassadeurs à Yalens , et le conjurent de leur accorder la Mœsie inférieure pour asile : ils offroient d*embrasser la religion chrétienne. « Yalens, dit Jornandès, dé- « pécha des évéques hérésiarques aux Yisigoths , et fit de ces sup- « pliants des sectateurs d'Arius au lieu de disciples de Jésus-Christ. <« Les Yisigoths communiquèrent le venin aux Gépides leurs « hôtes, aux Ostrogoths leurs frères; ils se répandirent dans la « Dacie , la Thrace , la Mœsie supérieure , et tous les Goths se « trouvèrent ariens». »>

L'historien se trompe : tous les Goths sans doute n'étoient pas encore chrétiens en 376 , mais ils avoient déjà reçu les semences delà foi. Théophile, au concile de Nicée, est appelé l'évoque des Goths'; ceux-ci avoient un petit sanctuaire catholique à Gonstanlinople. Yers Tan 325, Audius, chef d'un schisme, fut banni par Constantin en Scythie-, il pénétra chez les Goths, y prêcha l'Évangile , et établit dans leur pays des vierges, des ascètes et des monastères ^ Les Goths mêmesavoient exercé de grandes cruautés dans la persécution arienne de 372 , et ce fut le célèbre évêque Ulphilas que ce peuple fugitif députa , en 376 , à Constantinople *•.

Fritigern et Alavivuscommandoient les Yisigoths qui tendoient les mains à Yalens : Athanaric , suivi de quelques compagnons , ne voulut point paroître sur les terres de l'Empire en qualité de parjure ou de suppliant , et se retira dans les forêts de la Transylvanie.

Yalens , bigot sectaire , se croyoit un profond politique ; il acquiesça à la demande des Yisigoths ; il se félicitoit de cantonner sur les frontières de ses Etats des guerriers qui promettoient de le défendre et de se faire ariens. Il les voulut tous , même ceux qui pouvoient être attaqués d'une maladie mortelle^ ; mais il atta-

* Et ul fides uberior iUis baberetur, promittont se, si doctores lingue sus donaverit, fleri

cbrisUanos Sic quelque Vesegolbœ a Valente imperatore ariani poiius quam

cbrisliani effecti. De cœtero, tam Ostrogothis quam Gepidis parentlbus suis, per aflTectionis gratiam evangelizanteSjhujus pcrfidi» culturam edocentes, omnem ubique lingu» hujus uationem ad culturam bujussectœ invitavere. Ipsi quelque (uldictumest) Danubium tranaroean'* tes, Daciam, ripensem Mœsiam, Thraciasque permissu principis insedere. (Jorm., c. xxt.) * SocEÀT., Ub. II, cap. XLi. — 3 ScLP. Sbv., lib. xti, n. 43; £piph., Hœr,^ lxx, n. 9, U.

4 SOIOM., lib. TI, c. XXXTU.

t^ Et narabator opéra diligons, ne qui romanam rem eversurus derelinqueretur Tel quasaaluB morbo letali. (Axm. Maecbll., lib. xxxi, cap. it.)

cha deux conditions à son bienfait : les Yisigoths eurent ordre de livrer leurs enfants et leurs armes*, leurs enfants comme otages, leurs armes comme vaincus. Et Yalens prétendoit que ces bras désarmés se lèveroient pour protéger sa tête ! Les Yisigoths se soumirent.

Le Danube étoit enflé par des pluies. On assembla une multitude de barques, de radeaux , de troncs d'arbres creusés, et l'on vit , par la permi.ssion de Dieu , les Romains occupés nuit et jour à transporter dans l'Empire les destructeurs de l'Empire. Des commissaires désignés à cet effet essayèrent de compter les Barbares à leur passage d'une rive du Danube à l'autre-, mais ils furent obligés de renoncer au dénombrement*. Ammien Marcellin, citant deux vers de Yirgile, prétend qu'on auroit plutôt compté les sables que le vent du midi soulève sur les rivages de la Libye. Une évaluation moins poétique porte l'émigration des Yisigoths à un million d'individus.

Les enfants mftles des familles les plus distinguées furent séparés de leurs pères ; on les distribua dans différentes provinces : les habitants de ces provinces étoient étonnés des- brillantes parures et de la beauté martiale des jeunes exilés.

Quant aux armes, elles ne furent point livrées; les Yisigoths arrivoient avec les tributs qu'ils avoient jadis reçus , et les anciennes richesses qu'ils avotent enlevées aux Romains; on les crut opulents, parcequ'ils étoient chargés de dépouilles; pour garder du fer, ils soûlèrent la cupidité des officiers de Yalens avec des tapis, des tissus précieux ^ des esclaves et des troupeaux. A ceux qui préférèrent un autre lucre , ils prostituèrent leurs filles'; ils vendirent leur honneur pour acheter un empire, sûrs qu'avec leurs épées ils f croient bientôt passer les filles des Césars dans le lit des Goths.

Les Ostrogoths, conduits parSaphrax et AlathœtA, qui avoient sauvé Witheric , se présentèrent à leur tour sur la rive septentrionale du Danube , et sollicitèrent inutilement la faveur obtenue par leurs compatriotes : la peur commençoit chez les Romains.

Les Yisigoths s'avancèrent dans les Thraces. On s'étoit chargé

> Proinde permiBSu imperatoris transeundi Danubium copiam colendique adepU Thraciflp partes, transfreUbantur in dies et noctes, navibus ralibuaque etcavatis arborum alveis

agminatim impositi lia turbido instantium studio orbls romani perniciesduceba-

tur. lllud sane neque obscuram est nequc incertum, infaustos transvehendi barbaram piebom ministres numerum ejus comprehendere calcule sirpe tentantes, conquievisse frustraios. (Amm. Marcbll., Ilb. xixj, cap. it.)

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