‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 118 sur 201 · I.« secîc pliilosophique .«^ous l,oiiis X · texte numérisé non relu

I.« secîc pliilosophique .«^ous l,oiiis X

ET esprit d'innovation

jet de doute qui prit

naissance sous le llé-

^, , i;ent fit en peu de

^ temps des progrès ra-

[lides. On vit enfin sous

i l.ouis XV se former

une société des plus

beaux génies que la France ait pro/luits : les

Diderot , les d'Alembert ; les Voltaire ''. Deux

I grands hommes seulement , et les deux plus

grands, refusèrent d'en être, Jean-Jacques

^Y Rousseau et Montesquieu '' : de là la haine de

Voltaire contre eux , et surtout contre le premier, l'apôtre de Dien et de la morale. Celle société disoit avoir pour fin la diffusion des lumières et le renversement de la tyrannie. Rien de plus noble, sans doute; mais le vr..i esprit des encyclopédistes était une fureur persécutante de systèmes, une intokVance d'opinions, (jui vouloit détruire dans les autres jusqu'à la liberté de penser ; enfin , une rage contre ce qu'ils appeloient Viiifdme, ou la religion chrétienne , qu'ils avoient résolu d'exterminer '.

Ce qu'il y a de bien étonnant dans l'histoire

du cœur humain, c'est que le despote Frédéric

étoit de celte coalition qui sapoit la base du

pouvoir des princes. Le monuinent le plus ex-

j traordinaire de littérature qui existe est peul-

{ être la correspondance entre Diderot, Voltaire ,

jj d'Alembert et le roi de Pius.se. C'est là qu'à

i chacpie page on s'étonne de voir les philosophes

jl jetant le manteau dont ils se revêtoient pour la

I' foule ; le monarque , déposant le masque royal,

! traiter de fable la morale de la terre; parler

' hardiment de liberté entre eux, eu réservant

! l'esclavage pour le peuple slupide ; .se jouer de

ce qu'il y a de plus sacré, el se jeter les uns aux

autres, ballolter d'une main criminelle et puis-

.sanle, les hommes et leurs opinions , comme

de vains jouets.

Telle éloit cette fameuse secte, qui sous Louis XV commenta à s'étendre et à détruire la morale en France; «es progrès furent étonnants. L'infatigable Voltaire ne cessoit de répéter : « Frappons, écrasons l'infâme; » une foule de petits auteurs, pour être regardés du grand homme, se mirent à écri\ ailler à l'exemple de leur maître. Le bon ton fut bientôt d'être incrédule. Jean-Jacques avoit beau crier, d'une voix sainte : " Peuple , on vous égare; il est un

c'csl-à-<Iirc par la ceasure, elle ijcrd ce qu'elle a de céle.sle, et ne conserve (jue ce qu'elle a de diatioliquc. Personne n'approuve les abus de la presse ; mais c'est aux lois seules à prévenir et à punir les alnis. ( X. Éd. )

' J'ai raison dans mon indignation contre la Régence. La Régence et le règne de Louis XV sont deux épo(pie!> de notre liisloire qu'on ne sauroit assez maltraiter. O.É».')

^' Diderot et d'Alembert placés au nombre des plus beaux génies que la France ait produits est une chose parfaitement ridicule. (N. Ed.)

<= Non , Voltaire les vaut . et Buffon se place , conmie écrivain, auprès de ces trois grands liomnies. (N.Én.)

" Bien jugé, tx-cs-bicn jugé, selon mon âge mûr : les encyclopédistes étoient les plus intoléranlsdcs lioinmes, et c'est pour cela (pie je ne les ])nis souffrir, .le les regarde comme des h ypocrif s de liberté . comme de faux apôtres de (ibilosopliie, ipii pnnoient rimnicnr de leur vanité blessée pour un seiiliment d'in(!éi(endaiice . leurs mauvaises mœurs pour un retour au droit naturel, et leur fureur irréligieuse |)our delà sagesse. Ce ne i-ont point leurs doelriiies qui <mt produit ce (pi'il y a de bon au fond de notre Révolution ; nous ne leur devons dans cette Révolution (pic le m-issacre desi)rétres , les déportations à la Giiianc ( t les écliafiuds. ,N. Éd. !

Il li V 0 L U TIONS A IN Cl ENM ES.

l)ien venu,enr des crimes et réniunérateur des ^e^Uls; » les efforts du sublime athlète furent vains conlre le torrent des philosophes et des piètres, ennemis mortels réunis pour persécuter le grand homme".

Tandis ([uc les piinî'ijtes rclii^^ieux étoienl eombattns par une trou|)e de philosophes, d'autres alta(pioient la polili(|ue; car il est remarciuable (jue la secie athée déraisonnoit pitoyablement eu matière d'étal ''. Montescjuieu, J.-J. Rousseau Mably, Raynal % vinren', m;.Iheureusement, éclairer des hommes qui avoient perdu cette force et celle pureté d'àme nécessaire? pour faire un bon usage de la v«rilé. Depuis la Révolution , chaque faction a déchiré ces illustres citoyens, les jacobins Montestiuieu, les royalistes Jean-Jacques : cela n'empêchera |»as que l'immortel Esprit des Lois, elle sublime Éiinle si peu entendu, ne passent à la dernière postérité. Quant au Contrut Social^ comme on en retrouve une partie dans l'Emi/f, que ce n'est d'ailleurs qu'un extrait d'un grand (Hjvrage, qu'il rejette tout et ne conclut rien, je crois que , dans son état actuel d'imperfeclion , il a fait peu de bien et beaucoup de mal'' : je suis seulement étonné ([ue les républicains du jour l'aient pris pour leur règle : il n'y a pas de livre (jui les condamne davantage.

Ainsi , au moment que le peuple commença à lire , il ouvrit les yeux sur des écrits ([ui ne prêchoient que politique et religion : l'effet en fui prodigieux. Tandis qu'il perdoil rapidement ses mœurs et son ignorance , la cour , sourde au bruitd'une vastemonarcliie qui commençoit à rouler en bas vers l'abune où nous venons de la voir disparoitre, seplongeoitplus que jamais dans les vices et le despotisme. Au lieu d'élar-

^ Ai-je dans le Génie du Cliiùiianisme rien de plus fort , rirn de plus éncrsi(ine contre le philosophisnie anti-rcligicnx? J'oppose ici très-liieii Rousseau aux autres philosophes. (N. El).)

'' Cela est vrai : raUicisme n"rst l)oii à rien ; il n est qu'une preuve de la foiiit'sse de l'esprit et de la niddioerité des talents. (N. Éd.;

* Mably et Uaynal, avec Moiitcs(|iiieu et Rouscau , ce sont de ces associations (pie l'on fait dans la ji'iincsse. lorsipie le jugement n'e.*.! pas forme , el que le goût est encore incertain. .N. Éd.)

•' .le juge bien le Contrai Social , et très-mal VÉmilc.

(N. ÉD.J

gir ses plans , d'élever ses pensées , tl'épurer sa morale, en progression relali\e à l'accroissement des lumières, elle rétrécissoit ses petits préjugés , ne savoil ni se soumettre à la force des choses , ni s'y opposer avec vigueur. Celte misérable politique, qui fait qu'un gou\ernenient se resserre (piand res[»ril public sélend, est remarquable dans toutes les révolutions : c'est vouloir inscrire un grand cercle dans une petite circonférence; le résultat en est certain. La tolérance s'accroit, et les |irèlres font juger à mort un jeune honmie qui , dans une orgie , avoit insulté un crucifix ; le peuple se montre incliné à la résistance, et tantôt on lui cède mal à propos , tantôt on le contraint imprudemtnent ; l'esprit de 1 berté commence à paroître, et on multiplie les lettres de cachet. Je sais que ces lettres ont fait plus de bruit que de mal ; mais , ai)rès tout , une pareille institution détruit radicalement les principes. Ce qui n'est pas loi est hors de l'essence du gouvernement, est criminel. Qui voudroit se tenir sous un glaive suspendu par un cheveu sur saleté, sous prétexte qu'il ne tombera pas ? A voir ainsi le monarque endormi dans la volupté , des courtisa; s corrompus , des ministres méchants ou imbéciles , le peuple perdant ses mœurs ; les philosophes, les uns sapant la religion, les autres l'état; des nobles, ou ignorants ou atteints des vices du jour; des ecclésiastiques, ù Paris la honte de leur ordre, dans les provinces pleins de préjugés, on eût dit dune foule de manœuvres s'empressant à l'envi à démolir un grand édifice''.

Depuis le règne de Louis XV, la religion ne fit plus que décliner en France; et elle s'est enfin évanouie '' avec la monarchie dans le gouffre de la Révolution.

Pour compléter l'histoire du christianisme , je vais maintenant montrer les armes avec lesquelles les philosophes modernes sont parvenus à le renverser, de même que j'ai ex, liqué les systèmes par lesquels les philosojdies grecs ébranlèrent le polythéisme. Il y a cependant

* Conrageusemeiit jugé, et aiisSi bien éc/it cpie je puisse écrire- cN. Éd.)

^ La religion, encore une fois , ne s'est pas évanouie. Quand la monarchie pas croit, la religion r'slcroil.

(N. ÉD

ni- VOLIJTIONS ANCIENNES

eiilre eux cette difféience, que les Platon et les A ristoie se coulentèrent de pul)lier des d(»gmes nouveaux, sans atiaquer directement la relii,Mon de leur pays ; tandisque les Vnitai'.eel les d'Aleuibert , san-i énoncer d'autres opinions , se déchaînèrent contre le culte de leur patrie : en cela , bien plus immoraux que les sectaires d'Atliènes *.

J'avertis que , dans les chapitres qui vont suivre, je n'y suis plus pour rien. Simple narrateur des faits Je rapporte , comme mon sujet m'y oblige, les raisonnements des autres, sans les admettre ''. Il est nécessaire de faire connoitre les causes qui nous ont plon;j;és dans la résolution actuelle; nr, celles-ci sont d'entre les plus considérables. ,.,

CHAPlTia- XLIV

Objections des philosophes contre le cliriitiaiiismo. Objections philosophiques.

N peut diviser les différentes objections des pliilosophes contre le christianisme en quatre sortes: to objections philosophiques proprement dites; 2" objections historiques etcrttiques; 5" ol/jections contre le dogme; 4" (Ai-

* On ne peut être ni [plus impartial ni pins sévère Si je snis nn philosophe dans ITTASfli , il faut convenir cjue F' ® les pliilo.so|ilies n'ont jamais eu un confrère d'une humeur plus aigre et plus désagréahle. (N. Ed.)

'' Passage bien remar(|nable dans l'f:s!iai ! Il suffiroit O seul pour me laver des reproches que l'on a voulu me faire connue aniichrélien. On ne peut pri'tendre (lue ce; paroles soient une précaiilion de l'écrivain; car il n'y a p,!S trace d'hypocrisie ou de frayeur dans V/':ssai : rien n'y est caché; je ne capitule ni avec les choses ni avec les lionmies, j'écris tout avec l'outrecuidance d'un jeune iMinine. Je ne cherchois donc point par ces paroles à me mettre à l'ahri de l'avenir. Je disais simplement la vt'rilé; je lîisois que j'allois rapporter les

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