RELATIFS AI CLERGE CATHOLIQUE
(Extrait du Génie du Chvhliaiiinme.)
' Lci \E autre religion sur I la terre n'a offert un pa- >rt'il système de bienfaits, ïde prudence et de préivoyance, de force et de > douceur , de lois morales I et de lois religieuses. Rien n'est plus sagement or-
3 donné que ces cercles
(|ui, partant du dernier chantre de village, s'élèvent jusqu'au trône pontifical qu'ils supportent, et qui les couronne. L'Eglise ainsi, par 'ses différents degrés, touclioit à nos divers besoins : arts, lettres, sciences, législation, po-
litique, institutions littéraires, civiles et religieuses, fondations pour l'humanité, tous ces magnifiques bienfaits nous arrivoient par les rangs supérieurs de la hiérarchie, tandis que les détails de la charité et de la morale étoient répandus, par les degrés inférieurs, chez les dernières classes du peuple. Si jadis l'Église fut pauvre, depuis le dernier échelon jusqu'au premier , c'est que la chrétienté étoit indigente comme elle. ÎMais on ne sauroit exiger que le clergé fût demeuré pauvre, quand l'opulence croissoit autour de lui. Il auroit alors perdu toute considération, et certaines classes de la société, avec lesquelles il n'auroit pu vivre, se fussent soustraites à sou autorité morale. Le chef de l'Église étoit prince pour pouvoir parler aux princes; les évéques, marchant de pair avec les grands, osoient les instruire de leurs devoirs; les prêtres séculiers et réguliers, au-dessus des nécessités de la vie, se raéloient aux riches dont ils épuroient les mœurs, et le simple curé se rapprochoit des pauvres , qu'il étoit destiné à soulager par ses bienfaits, et à consoler par son exemple.
« Ce n'est pas que le plus indigent des prêtres ne pût aussi instruire les grands du monde, et les rappeler à la vertu; mais il ne pouvoit ni les suivre dans les habitudes de la vie, comme le haut clergé, ni leur tenir un langage qu'ils eussent parfaitement entendu. La considération même dont ils jouissoient venoit en partie des ordres supérieurs de l'ÉgUsc. 11 convient d'ailleurs à de gr.mds peuples
NOTi:.
d'avoir ua culte houorable et des autels où l'infor tune puisse trouver des secours
« Que de ctioses admirables l'Occideut ne nous niontrc-t-il pas à sou tour dnns les fondations des communautés , monuments de nos antiquités gauloises, lieux consacrés par d'intéressantes aventures , ou par des actes d'humanité !
d'amis; ici sont des chrétiens. Tons êtes François, il est vrai, et ils sont Espagnols, Allemands, Anglois peut-être! Eh! qu'importe? u'étes-vous pas de la grande famille de Jésus-Christ ? Ces ctraugcrs vousreconnoitront pour frère, c'est vous qu'ils invitent par cette croix; ils ne vous ont jamais vu, et cependant ils pleurent de joie en vous voyant sauvé du désert
« Voyez ces retraites de la charité, des 2)C'lerins, dubien-moitrir, des enterrenrs de morts, des insensés, des orphelins; tiichez, si vous le pouvez, de trouver, dans le long catalogue des misères humaines , une seule inliimilé de l'ànie ou du corps pour qui la religion n'ait pas fondé son lieu de soulagement ou son hospice !
« Au reste , les persécutions des Romains contnliucrent d'abord à peupler les solitudes; ensuite, les Barbares s'étant précipités sur l'Empire et avant brisé tous les liens de la société, il ne resta aux hommes que Dieu pour espérance
« On dira peut-être que, les causes qui donnèrent naissance à la vie monastique n'existant plus parmi j nous, les couvents étoicnt devenus des retraites ! inutiles. Et quand donc ces causes ont-elles cessé? ;X'y a-t-il plus d'orphelins, d'infirmes, de voya- j geurs , de pauvres , d'infortunés? Ah ! lorsque les \ maux des siècles barbares se sont évanouis , la so- j ciété, si habile à tourmenter les âmes, et si ingé- j uieuse en douleur , a bien su faire naître mille autres ' raisons d'adversité qui nous jettent dans la soli- ; Inde! Que de passions trompées, que de sentiments ! trahis, que de dégoûts amers nous entraînent chaque jour hors du monde ! C'étoit une chose fort belle que ces maisons reUgieuses, où l'on'.trouvoit une retraite assurée contre les coups de la fortune et les orages de son propre cœur
« Dieu des chrétiens , quelles choses n'as-tu point faites ! Partout où l'on tourne les yeux , on ne voit que les monuments de tes bienfaits. Dans les quatre parties du monde la religion a distribué ses miUees et placé ses vedettes pour l'humanité. Le moine malonite appelle, par le claquement de deux planches suspendues à la cime d'un arbre , l'étranger que la nuit a surpris dans les précipices du Liban : ce pauvre et ignorant artiste n'a pas de plus riche moyen de se faire entendre; le moine abyssinien vous attend dans ce bois, nu miUeudes tigres : le missionnaire américain veille à votre conservation dans ses immenses forêts. Jeté par un naufrage sur des côtes inconnues, tout à coup vous apercevez une croix sur un rocher. Malheur à vous si ce signe de salut ne fait pas couler vos larmes ! vous êtes en pays
« Immense et sublime idée qui fait du chrétien de la Chine un ami du chrétien de la France, du Sauvage néophyte im frère du moine égyptien! jN'ous ne sommes plus étrangers sur la terie , nous ne pouvons plus nous y égarer. Jésus-Christ nous a rciidu rhérita;;e que le péché d'AdL;m nous avoit ravi. Chrétien! il n'est plus d'océin ou de désert inconnu pour toi; tutrouveraspartoutla langue de tes aïeux et la c;ibane de ton père !
» Li religion , laissant à notre cœur le soin de nos joies , ue s'est occupée, comme une tendre mère, que du soulagement de nos douleurs ; mais , dans cptte œuvre immense et difficile , elle a appelé tous ses fils et touies ses OUes à son secours. Auxuns elle a confié le soin de nos maladies , comme à cette multitude de religieux et de religieuses dévoués au service des hôpitaux ; aux ; utres elle a délégué les pauvres , comme aux sœurs de la Charité. Le père de la Rédemption s'embarque à Marseille : où vat-il seul ainsi avec son bréviaire et son bâton? Ce conquérant marche à la délivrance de l'humanité, et les armées qui l'accompagnent sont invisibles. La bourse de la charité à la main , il court affronter la peste , le martyre et l'esclavage. D aborde le dey d'Alger , il lui parle au nom de ce roi céleste dont il est l'ambassadeur. Le barbare s'étonne à la vue de cet Européen qui ose , seul , à travers les mers et les orages, veuir lui redemander des captifs : dompté par une force inconnue, il accepte l'or qu'on lui présente; et l'héroïque libérateur, satisfait d'avoir rendu des malheureux à leur patrie, obscur et ignoré, reprend humblement à pied le chemin de sou monastère.
« Partout c'est le même spectacle : le missionnaire qui part pour la Chine rencontre au port le missionnaire qui revient glorieux et mutilé du Canada ; la sœur grise court administrer l'indigent dans sa chaumière , le père capucin vole à l'incendie, le frère hospitalier lave les pieds du voyageur, le frère î>icn-)iio((rii- console l'agonisant sur sa couche, le frère cnterrcur porte le corps du pauvre décédé , la sœur de la Charité monte au septième étage pour prodiguer l'or, le vêtement et l'espérance; ces filles si justement appelées filles-Dieu , portent et reportent çù et là les bouillons, la charpie,
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les reincilcs; li lillcdu Bou-Pasteur tend les bras ;•, !a fille prostituée, et lui crie : Je ne suis point venue pour appeler les justes , mais tes pécheurs! L'orphelin trouve lia père, l'insensé un médecin, l'ignorant un instructeur. Tous ces ouvriers en anivrcs célestes se précipitent, s'animent les uns les autres. Cependant la Religion attentive, et, tenant une couronne immortelle , leur crie : Courage ! mes enfants! courage! Ilàlez-vous, soyez plus prorapts que les maux dans la carrière de la vie ! Méritez cette couronne que je vous prépare; elle vous mettra vous-mêmes à l'abri de tous maux et de tous besoins
Étoit-il quelque chose qui pût briser l'àme, quelque commission dont les liommes ennemis des larmes n'osassent se charger, de peur de compromettre leurs plaisirs, c'étoit aux enfants du cloître qu'elle étoit aussitôt dévolue, et surtout aux pères <ie l'ordre de Saint-François ; on supposoit que des hommes qui s'étoient voués à la misère dcvoieutètre naturellement les hérauts du malheur. L'un étoit obligé d'aller porter à une famille la nouvelle de la perte de sa fortune; l'autre, de lui apprendre le trépas d'un Hls unique; le grand Bourdalouc remplit lui-même ce triste devoir: il .'e présentoit en silence à la porte du père, croisoit les mains sur sa poitrine , s'iuclinoit profondément , et se retiroit muet comme la Iviort dont il étoit l'interprète.
« Croit-on qu'il y eût beaucoup de plaisirs (nous entendons de ces plaisirs à la façon du monde) , <Toit-ou qu'il fût fort doux pour un cordelier, un carme, un franciscain, d'aller, au milieu des prisons, annoncer la sentence au criminel, l'écouter, le consoler, et d'avoir, pendant des journées entières, l'àme transpercée des scènes les plus déchirantes? On a vu, dans ces actes de dévouement, la sueur tomber à gi-osses gouttes du front de ces compatissants religieux, et mouiller ce froc qu'elle a pour toujours rendu sacré, en dépit des sarcasmes delà philosophie; et pourtant quel honneur, quel profit revenoit-il à ces moines , de tant de sacrifices, sinon la dérision du monde, et les injures même des prisonniers qu'ils coosoloient! Mais, du moins, les liommes, tout ingrats qu'ils sout, avoient confessé l 'ur nullité dans ces grandes rencontres de la vie, puisqu'ils les avoient abandonnées à la religion, seul véritable secours au dernier degré du malheur. O apôtre de Jésus-Christ, de quelles catastrophes n'étiez-vous point témoin, vous qui, près du bourreau, ne craigniez point de vous couvrir du sang (les misérables , et qui étiez leur dernier appui! V oici un des plus hauts spectacles de la terre : aux deux coins de cet échafaud les deux Justices sont en présence , la Justice humaine et la Justice divine :
l'une, implacable et appuyée sur uu glaive, est accompagnée du Désespoir ; l'autre, tenant un voile trempé de pleurs , se montre entre la Pitié et l'Espérance : l'une a pour ministre un homme de sang, l'autre un homme de paix: l'une condamne, l'autre absout : innocente ou coupable , la première dit à la victime : « fleurs ! « la seconde lui crie : « Fils de l'innocence ou du repentir, montez au ciel'. » .
« Voici encore une de ces grandes et nouvelles idées qui n'appartiennent qu'à la religion chrétienne. Les cultes idolâtres ont ignoré l'entbousiasme divin qui anime l'apôtre de l'Évangile. Les anciens philosophes eux-mêmes n'ont jamais quitté les avenues d'Académus et les délices d'Athènes pour aller, au gré d'une impulsion sublime, humaniser le Sauvage, instruire l'ignorant, guérir le malade, vêtir le pauvre, et semer la concorde et la paix parmi des nations ennemies : c'est ce que les reUgieux chrétiens ont fait et font encore tous les jours. Les mers, les orages, les glaces du pôle, les feux du tropique, rien ne les arrête : ils vivent avec l'Esquimaux dans son outre de peau de vache marine ; ils se nourrissent d'huile de baleine avec le Groenlaudois; avec le Tartare ou l'Iroquois, ils parcourent la solitude; ils montent sur le dromadaire de l'Arabe, ou suivent le Cafre errant dans SCS déserts embrasés; le Chinois, le Japonois, l'Indien , sont devenus leurs néophytes ; il n'est point d'Ile ou d'écueil dans l'Océan qui ait pu échapper à leur zèle ; et , comme autrefois les royaumes raanquoient à l'ambition d'Alexandre , la terre manque à leur charité
« Ce ne seroit rienconaoîtrequedeconnoître vaguement les bienfaits duchristianisme; c'est le détail de ces bienfaits , c'est l'art avec lequel la religion a varié ses dons , répandu ses secours , distribué ses trésors, ses remèdes, ses lumières, c'est ce détail, c'est cet art qu'il faut pénétrer. Jusqu'aux délicatesses des sentiments, jusqu'aux amours-propres, jusqu'aux foiblesses, la rehgion a tout ménagé, en soulageant tout. Pour nous, qui depuis quelques années nous occupons de ces recherches , tant de traits de charité, tant de fondations admirables, tant d'inconcevables sacrifices, sout passés sous nos yeux, que nous croyons qu'il y a dans ce seul mérite du cliristianisme de quoi expier tous les crimes des hommes : culte céleste, qui nous force d'aimer cette triste humanité qui le calomnie!. .
Pour se faire d'abord une idée de l'immensité des bienfaits de la religion, il faut se représenter la chrétienté comme une vaste répubhque , où tout ce que nous rapportons d'une partie se passe en