‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 126 sur 201 · MARS · texte numérisé non relu

MARS

» Souvenez-vous , pour ne pas perdre de vue le train du inonde, qu'à cette époque {la chute de l'empire i-oniain)

il y avoit des historiens qui fouilloient comme moi les arcliives du passé an milieu des ruines du présent, (pii écrivoient les annales des anciennes révolutions an bruit des révolutioDS nouvelles; eux et moi j)renant pour table , dans l'édifice

I croulant, la pierre tombée à nos pieds . en attendant celle qui devoit écraser nos

i lèles.t {Elude sia:i<?;He, seconde partie. ^

^^îypO^'^^/^/* ^ "^ voudrois pas, pour , , . J>J<^tri^îr^f ^"^^ ce qui nie reste à vivre, , ./nSS^j^v J=r";/Mr i q recommencer les dix-huit -!^5î?v|^ mois qui viennent de s'é- 1 1 g couler. On n'aura jamais 1 1 j une idée de la violence que K^ je me suis faite; j'ai été for- -v^ cé d'abstraire mon esprit .^ài^^Sr- — r^^^::^^^"-"^-^ i\\\ . douze et quinze heures par jour, dccc qui se p ssoit autour dcnîoi, pour me livrer puérilcmeul à la composition d'un ouvrage dont personnelle parcourra une lifine. Qui liroit ^quatre gros volumes, lorsqu'on a l)ien de la peine îà\ à lire le feuilleton dune gazette? J'écrivois l'histoire

ancienne , et l'hisfoire moderne frappoit à ma porte ; en vaiu je lui criois; « Attendez, je vais à vous; •>. elle pas oit au bruit du canon , en emportant trois générations de rois.

Et que le temps concorde heureusement avec la nature inème de ces Etudes! On abat les croix, ou poursuit les prêtres, et il est question de croix et de prêtres à foules les pages de mon récit; on bannit les Capets , et je publie une histoire dont les Capets occupent huit siècles. Le plus long et le dernier travail de ma vie, celui qui m'a coûté le plus de recherches ,de soins ctd'aunc-es , celui où j'ai peutêtre remué le plus d'idées et de faits, paroit lorsqu'il ne pcuL trouver de lecteurs : c'est comme si je le jetois dans un puits , où il va s'enfoncer sous l'amas des décombres qui le suivront. Quand une société se compose et se décompose; quand il y va de lexisteiicede chacun et de tous; quand on n'est pas sur d'un avenir d'une heure , qui se soucie de ce que fait, dit et pense son voisin? 11 s'agit bien de iSéron , de Const ;ntin , de Julien, des apôtres, des martyrs, des pères de l'Église, des Goths, des Iluns , des Yiindaics, des Francs , de Clovis, de Charlemagne, de Hugues Capet et de Henri IV I II s'agit bien du naufrage de l'ancien moude , lorsquenous nous trouvons engagés dans le naufrage du monde moderne ! >'es}-ce pas une sorte de radotage , une espèce de foiblessc d'esprit , que de s'occuper de lettres daiis ce moment? Il est vrai; mais ce radotage ne tient pas à mon cerveau , il vient des antécédents de ma méchante foi;lune. Si je n'avois pas tant fait de sacrilices aux libertés de mon pays , je n'aurois pas été ctbligé de contracter des engagements qui s'achèvent de remplir dans des circon-

2iO

PREFACE

stances doublement déplorables pour moi. Je ne puis suspendre une publication ' dont je ne suis pis le maître. Il faut donc couronner par un dernier sacrifice tous mes sacrifices. Aucun auteur n'a été rais à une pareille épreuve ; grâce à Dieu , elle est à son terme : je n'ai plus qu'à m'asseoir sur des ruines, et à mépriser cette vie que je dédaignois dans ma jeunesse.

Après ces plaintes bien naturelles , et qui me sont involontairement échappées , une pensée me vient consoler. J'ai commencé ma carrière littéraire par un ouvrage où j'envisageois le christianisme sous les rapports poétiques et moraux; je la finis par un ouvrage où jeconsidère la même religion sous ses rapports philosophiques et historiques; j'ai commencé ma carrière politique avec la Restauration, je la finis avec la Restauration. Ce n'est pas sans une secrète satisfaction que je me trouve ainsi conséquent avec moi-même. Les grandes lignes de mon existence n'ont point fléchi : si , comme tous les hommes , je n'ai pas été semblable à moi-même dans les dctaUs, qu'on le pardonne à h fragilité humaine. Les principes sur lesquels se fonde la société m'ont été chers et sacrés ; on me rendra cette justice de reconnoître qu'un amour sincère de la liberté respire dans mes ouvrages , que j'ai été passionné pour l'hon- ?neur et la gloire de ma patrie; que, sans envie, 'je n'ai jamais refusé mon admiration aux talents dans quelque parti qu'ils se soient trouvés. ^ïe serois-je laissé trop emporter à l'ardeur de la polémique? Je m'en repens , et je rends justice aux qualités quejepourrois avoir méconnues : je veux quitter le monde en ami.

éM^

PRÉFACE

ÉRODOTB commence sou histoire par déclarer les

;ï motifs qui la lui ont fait entreprendre; Tacite explique les raisons qui lui

^ont mis la phiire à la main. Sans avoir les talents de CCS historiens , je puis imiter leur exemcomme Hérodote , que j'écris pour

* Celle de la dernière livraison de li première étliion des Œuvres complètes (Lef...)

la gloire de ma patrie , et parce que j'ai vu les maux des hommes. Plus libre que Tacite , je n'aime ni ne crains les tyrans. Désormais isolé sur la terre , n'attenJant rien de mes travaux , je me trouve dans la position la plus favoraljle à l'indépendance de l'écrivain, puisque j'hibite déjà avec les générations dont j'ai évoqué les ombres.

Les sociétés anciennes périssent; de leurs ruines sortent des sociétés nouvelles : lois , mœurs , usages , coutumes, opinions, principes même, tout est changé. Une grande révolution est accomplie , une plus grande révolution se prépare : la France doit recomposer ses auudes, pour les mettre en rapport avec les progrès de l'intelligence. Dans cette nécessité d'une reconstruction sur un nouveau plan ,où fdut-il chercher des matériaux? Quels sont les travaux exécutés avant notre temps? Qu'y a-t-il à louer ou à blâmer dans les écrivains de l'ancieune école historique? La nouvelle école doit-elle être entièrement suivie , et quels sont les auteurs les plus remarquables de cette école? Tout est -il vrai dans les théories religieuses , philo.sophiques et politiques du moment? Voilà ce que je me propose d'examiner dans cette préface. Je travàillois depuis bien des années à une Histoire de France dontces Études ne présenteront que l'exposition , les vues générales et les débris. Ma vie manque à mon ouvrage : sur la route où le temps m'arrête , je montre de la main aux jeunes voyageui's les pieri'es que j'avois entassées, le sol et le site où je voulois bâtir mon édifice.

Origine commune des peuples de l'Europe. Documenls et historiens étrangers à consulter pour l'histoire de France.

es anciens avoient conçu i'Histoire autrement que nous; ils la regardoieut comme un simple enseignement , et , sous ce rapport, Aristote la place dans un rang inférieur à la poésie: ils attachoient peu d'importance à la vérité matérielle ; pourvu qu'il y eût un ftiit vrai ou faux à raconter , que ce fait offrit un grand spectacle ou une leçoii de morale et de politique , cela leur sufiisoit. Délivrés de ces immenses lectures sous lesquelles l'imagination et la mémoire sont également écrasées, ils avoient peu de documents

PREFACE

à consulter ; leurs citations ne sont presque rien ; et quand ils reny oient à une autorité, c'est presque toujours sans indication précise. Hérodote se contente de dire dans son premier livre, C/io, qu'il écrit d'après les historiens de Perse et de Ph pnicie ; dans son second livre , Euterjye . il parle d'après les prêtres égyptiens qui lui ont lu leurs annales. H reproduit un vers de l'Iliade , un passage de VOd'jssée. un fragment d'Eschyle : il ne faut pas plus d'autorités à Hérodote , ni à ses auditeurs des jeux olympiques. Thucydide n'a pas nue seule citation: il mentionne seulement quelques chants populaires.

Tite-Live ne s'appuie jamais d'un texte : des auteurs, des hist-riens rapportent : c'est sa manière de procéder. Dans sa troisième Décade, il rappelle les dires de Cintius Alimentus, prisonnier d'Annibal , et de Cœlius et Yalérius sur la jiiuerre Punique.

Dans Tacite les autorités sont moins rares, quoique encore bien peu nombreuses; ou n'en compte que treize de nominales; ce sont : dans le premier livre des Annales, Pline, historien des guerres de Germanie; dans le quatrième livre, les Mémoires d'Agrippine , mère de >"éron , ouvrage dont- on ne sauroit trop déplorer la perte; dans le treizième livre , Fabius Piusticus , Pline l'historien, et Cluvius; dans le quatorzième, Cluvius; dans le quinzième, Pline. Dans le troisième livre des Histoires , Tacite nomme Mes>ala et Pline , et renvoie à des ^]émoircs qu'il avoit entre les mains; dans le quatrième livre, il s'en réfère aux prêtres égyptiens; dans les Mœurs des Germains , il écrit un vers de Virgile en l'aUérant. Souvent il dit : « Les historiens de ces temps racontent. » Temporum illorum scriptores prodiderint ; \\ explique son système en déclarant qu'il ne rapporte le nom des auteurs que lorsqu'ils diffèrent entre eux. Ainsi deux citations vagues dans Hérodote, pas une dans Thucydide , deux ou trois dans Tite-Live, et treize dans Tacite, forirent tout le corps des autorités de ces historiens. Quelques biographes , comme Suétone et Plutarque surtout , ont lu un peu plus de .Vémoi ces; mais les nombreuses citations sont laissées aux compilateurs comme Pline le naturaliste. Athénée, Macrobe, et saint Clément d'Alexandrie, daos ses Stromates.

Les annaUstes de l'antiquité ne faisoicnt point entrer dans leurs récits le tableau des différentes branches de l'administration : les sciences, les arts, l'éducation publique , étoicnt rejetés du domaine de l'histoire; Clio marchoit légèrement, débarrassée du pesant bagage qu'elle traîne aujourd'hui après elle. Souvent l'historien n'étoit qu'un vo\ ageur racontant ce qu'il avoit vu.Maintcnant l'histoire est uuc encyclopédie ; il y faut tout faire entrer, depuis l'astronomie

jusqu'à' la chimie; depuis l'art du financier jusqu'à celui du manufacturier; depuis la connoissance du peintre, du scul])teur et de l'architecte, jusqu'à la science de l'économiste ; depuis l'étude des lois ecclésiastiques, civiles et criminelles, jusqu'à celle des lois politiques. L'historien moderne se laissc-t-il aller au récit d'une scène de mœurs et de passions , la gabelle survient au beau milieu; un autre impôt réclame ; la guerre, la navigation , le commerce , accourent. Comment les armes étoient-elles faites alors? D'où tiroit-on les bois de construction ? Combien valoit la livre de poivre? Tout est perdu si l'auteur n'a pas remarqué que l'année coramençoit à Pâques et qu'il l'ait datée du fer janvier. Comment voulezvous qu'on s'assure en sa parole, s'il s'est trompé de page dans une citation , ou s'il a mal coté l'édition ? La société demeure inconnue, si l'on ignoré la couleur du haut-de-chausses du roi et le prix du marc d'argent. Cet historien doit savoir non-seulement ce qui se passe dans sa patrie, mais encore dans les contrées voisines; et parmi ces détails, il faut qu'une idée philosophique soit présente à sa pensée et lui serve de guide. Voilà les inconvénients de l'histoire moderne; ils sont tels qu'ils nous empêcheront peutêtre d'avoir jamais des historien^ comme Thucydide, Tite-Live et Tacite ; mais on ne peut éviter ces inconvénients , et force est de s'y soumettre.

L'écrivain appelé à nous peindre un jour le gi-and tableau de notre histoire ne se bornera pas à la recherche des sources d'où sortent immédiatement les Francs et les François ; il étudiera les premiers siècles des sociétés qui environnent la France, parce que les jeunes peuples de diverses contrées , comme les enfants de divers pays , ont entre eux la ressemblance commune que leur donne la nature, et parce que ces peuples , nés d'un petit nombre de familles alliées, conservent dans leur adolescence l'empreinte des traits maternels.

Quatre espèces de documents renferment l'histoire entière des nations dans l'ordre successif de leur âge: les Poésies , les Lois , les Chroniques contenant les faits généraux , les Mémoires peignant les mœurs et la vie privée. Les hommes chantent d'abord ; ils écrivent ensuite.

Nous n'avons plus les bardits que fit recueillir Charlemagne ; il ne nous reste qu'une ode en l'honneur de la victoire que Louis , fils de Louis le Bègue, remporta en 881 sur les iSormands ; mais le moine de Saint-Gall et Ermold le INoir ont tout à fait écrit dnns le goût de la chanson germanique.

La mythologie et les poésies Scandinaves; les Edda et les Sagas , les chants des Scaldes , que nous ont conservés Snorron , Saxon le Grammairien, Adam de Brème et les chroniques anglosaxonnes; les INibelungs , quoique d'une date plus

PREFACE

récente, suppléent à nos pertos : on verra l'usage que jenai fait en essayant de tracer Ihistuiie des inirurs barbares. Quant à ce qui concerne les langues , les Evangélistes gotlis d'L'lphdus sont uu (rcsor.

Pour le midi de la France, ^I. Raynouard a réhabilité l'ancienne langue romane , et , eu publiant les poésies écrites ou chantées dans cette langue , il a rendu uu service important.

M. Fauriel , à qui nous devons la belle traduction des chants populaires de la Grèce, doit montrer dans la formation de la langue romane les traces des trois plus anciennes langues de la Gaule encore |)arlécs aujourd'hui, l'une en Ecosse, l'autre dans le pays de Galles et la Basse-Bretagne , la troisième chez les Basques. Il a remarqué un poëme sur les guerres des Arabes d'Espagne et des chréllens de rOccitanie, dont le héros est uu prince aquitain nommé Walther : ne scroit-cc point "\"S'aifrrc i* Plusieurs chauts remémorent les rébellions de divers chefs du midi de la France contre les monarques carlovingiens ; cela sert de plus en plus à prouver que les hostilités de Charles le i\Iartel , de Pépin et de Charleniagnc , contre les princes d'Aquitaine, eurent pour cause une ininulié de race , les descendants des Mérovingiens régnant au-delà de la Loire. On nous fait espérer que M. Fauriel s'occupe d'une Histoire des Barbares dans les provinces méridionales de ia France : le sujet seroit digne de son rare savoir et de ses talents.

D ne faut pas s'en teuir aux loisSalique, Ripuaire et Gombctte pour l'étude des lois barbares; on doit considérer, comme chapitres d'un même code national , les lois lombardes , allemandes , bavaroises , russes ( celles-ci ne sont que le droit suédois), anglo-saxonnes et galliques : avec les dernières on peut reconstruire plusieurs parties du primitif édifice gaulois. Tontes ces lois ont été imprimées ou séparément, ou dans les différents recueils des historiens de la France, de l'Italie, de l'Allemagne et de 1" Angleterre. Le père Canciani recueillit à Venise , en t'J8\, Barbannn liges antiqiiœ, en cinq volumes in-fol.; excellente collection qui devroit être dans nos bibliothèques : ou y trouve la traduction italienne des Assises du royaume de Jérusalem et divers morceaux inédits. On assure que nous aurons bientôt les Assises entières pubhécs sur le manuscrit retrouvé, avec les traductions grecque-barbare, et italienne, de 1490. L'Académie des Inscriptions s'en occupe.

La collation des deux textes de la loi Salique, dont il existe dix-huit ou vingt manuscrits connus , collation faite par M. W'iarda , est es iinable ; il sera bon d'y avoir égard. Mais Bignou reste toujours «ioctcur en cette matière, comme Baluzeestà jamais l'homme des Caintulaires et des Formules.

Apiès les Poésies et les Lois , on ne consultera pas sans fruit, pour les six premiers siècles des temps barbares , les historiens de la Russie , de la Pologne, de la Suède et de l'Allemagne, quoiqu'en général ils aient écrit après les nôtres.

Le plus ancien annaliste russe est un moine de Kioff , ]\estor. La mouarchie russe fut fondée veis le milieu du neuvième siècle : Kioff, depuis l'an 882, en devint la première capitale. A la fin du dixième siècle, Kioff et toute la vieille Russie embrassèrent le christianisme. Nestor rédigea en sla von son ouvrage vers l'an 1073. Cet ouvrage a été traduit en allemand par Scherer, et commenté par Schloezer : il n'en existe aucune traduction françoise ou latine. Quelques notes tirées de ]\estor se trouvent seulement dans la traduction françoise de l'Histoire de Karomsiue. jNestor a imité Constantin , Cedren , Zonare et autres écrivains de la. Byzantine ; il a transporté dans son texte plusieurs passages de ces écrivains; il nous a conservé jii extenso deux documents précieux de l'histoire de la Russie , les traités de paix d'Olez et d'Igor avec la cour de Constantinople. Les Grecs eux-mêmes ne connoissoient pas l'existence de ces deux pièces , car elles sont de l'époque la plus stérile de leurs annales, de l'an 815 à l'an 939.

La chronique de ]\estor finit à l'année 1096. Nestor reste , d'après l'opinion de Schloezer, la première , l'unique source , au moins la source principale pour l'histoire du INord Scandinave et finois; jusqu'à lui ces contrées étoient, pour les historiens, terra incoynita. Dans un des continuateurs de ÎSestor, on remarque le plus ancien code des lois russes, nommé la ]'érité russe ou le Droit russe; il est tiré des lois Scandinaves. Les premiers souverains de la Russie vmrent de la Scandinavie , appelés qu'ils furent par la volonté des peuplades russes. Pour se convaincre que le Droit russe est d'origine Scandinave , il suffit de le comparer avec la législaliou suédoise , dont les fragments les plus authentiques ont été conservés. Un ouvrage assez rare aujourd'hui , imprimé à Abo ou à Upsal ( De JureSveonum Gothorumque vetusto), offre le texte original du droit russe , et souvent on ne peut co:npicndre le texte russo qu'à l'aide du texte suédois.

Un travail à consulter sur les historiens et la littérature slavo-russe est celui de Kol, Introductio ad histor. littcrar. Slav.

Les historiens des autres peuples d'origine slave sont venus plus tard que Nestor, et même plus t;rd que son premier continuateur; car Aestor a écrit entre l'an iOoOetlan IH6, et l'historien de Prague, Cosnie, est mort l'an 1125.

Mailin Gallus , annaliste de Pologne, d<»it être

IMHiFACI-

placé de i 109 à 1 136. Ilelmokl, dont l'oiiyrspe sert de source à l'iiisloire des peuples du moyen âge de l'Allemagae, et surtout à celle des Sliives , a écrit à Lubech , vers l'an 1 170, Chroriica Slavomm.

Adam de Bremen est presque conlemporain de INestor; il est utile pour l'histoire de Danemarck. Un autre annaliste aussi consciencieux que INestor, et de quelques années plus ancien que lui ( mort l'année 1018), est Difniar, cvéque de Mersebourg ; il a écrit touchant l'Allemagne.

Tous les documents de l'hisloire de la Germanie se trouveront réunis dans le Recueil des historiens allemands, que publie en Hanovre le savant Paertz sous les auspices du baron de Stcin. M. Paertz a visité le cabinet de nos Chartres , et il a fouillé dans les archives du Vatican pour l'histoire du moyen âge de l'Allemagne.

Le premier volume in-folio de ce recueil a été publié , le second et le troisième doivent bientôt paroître. Ce recueil rendra inutiles ceux connus jusqu'à présent sous la dénomination de Scr'rptores renim fjcrmanicarum. Reste à savoir pourtant si l'on se pourra passer de la collection de Leibnilz, de Scriptores rerum bnmsricenUnm. Leibnitz , génie universel, a pressenti l'importance deson travail pour la mythologie des Slaves et des Germains, et même pour la langue de ces peuples : di'.ns une de ses préfaces on trouve , sur l'histoire du moyen âge , des idées que les appréciateurs modernes de ces temps n'ont fait que reproduire sous d'autres formes.

L'Histoire de Suéde, de Dalcn, est une compilation assez complète , mais peu critique ; celle de Ruhs est la plus estimée. Le nouveau Recueil, dont deux volumes ont déjà paru, est de Geyer. On a deux forts in-folios de Lagerbring, composés de matériaux historiques et législatifs sur la Suède.

L'Histoire de Danemarck, de Mallet, n'est pas à négliger. L'introduction relative à la mythologie et aux poésies du ]Nord est intéressante, quoique depuis on ait fait des progrès dans li langue et des découvertes dans les fables Scandinaves.

Saxo-Grammaticus estle ^^estor du Danemarck, comme Snorron est l'Hérodote du Nord : ce pays possède aussi un recueil de Scriptores.

Quant à VHistoire de Pologne, outre ]\lartin (xallus, on trouve Vincent Kadlubech, évéque de Cracovie, mort en 1225. L'évèqueDlugosh compila les Annales de son pays vers le milieu et la fin du quinzième siècle, empruntant ses récits, comme il l'avoue lui-même, aux traditions populaires.

Par ordre de ÎNicolas F"" on procède en Russie à la réunion des documents slaves et autres titres de ce vaste empire. La Lusace et la Bavière commencent des collections. La Société formée à Franc-

fort s'occupe sans relâche de la découverte et de la publication des diplômes et papiers nationaux de l'Allemagne.

Telles sont les richesses que nous offre le nord de l'Europe. Toutefois n'abusons pas, comme on est trop enclin à le faire , des origines Scandinaves, slaves et tudesques. Il semble aujourd'hui que toute notre histoire soit en Allemagne, qu'on ne trouve que là nos antiquités et les hommes qui les ont connues. Les quarante ans de notre révolution ont interrompu les éludes en France tandis qu'elles ont continué dans les universités germaniques; les Allemands ont regagné sur nous une partie du temps que nous avions gagné sur eux ; mais si , pour le droit, la philologie et la philosophie, ils nous devancent à l'heure qu'il est , ils sont encore loin d'être arrivés en histoire au point où nous nous trouvions lorsque nos troubles ont éclaté.

Rendons justice aux savants de l'Allemagne , mais sachons que les peuples septentrionaux sont, comme peuples , plus jeunes que nous de plusieurs siècles ; que nos chartes remontent beaucoup plus haut que les leurs ; que les immenses travaux des Bénédictins de Saint-Maur et de Saint-Vannes ont commencé bien avant les travaux historiques des professeurs de Gonttingue , d'Iéna , de Bonn , de Dresde, de Weimar , de Brunswick , de Berlin, de Vienne , de Presbourg , etc. ; que les érudits françois, supérieurs par la clarté et la précision aux érudits d'outre-Rhin , les surpassent encore par la solidité et l'universalité d"s recherches. Les Allemands ne l'emportent véritablement sur nous que dans la codification : encore les grands légistes, Cujas , Domat , Dumoulin , Pothier , sont-ils François. Nos voisins ont sur les origines des nations barbares quelques notions particulières qu'ils doivent aux langues parlées en Dalmatie, en Hongrie, en Servie, en Bohême, en Pologne, etc.; mais un esprit sain ne doit pas attacher trop d'importance à ces études qui Unissent par dégénérer dans une métaphysique de grammaire , laquelle paroît d'autant pi is merveilleuse qu'elle est plus noyée dans les brouillards.

Que, par l'étude du sanscrit et des différents dialectes indien , thibétain , chinois , tartare , on parvienne à dresser des formules au moyen desquelles on découvre le mécanisme général du langagehuniaiu, philosophiquement parlant, ce sera un progrès considérable de la science ; mais, liiiforigi«f))if)i( parlant , il est douteux qu'il en résulte beaucoup de lumières. Au système des origines communes par les racines du logos, on opposera toujours avec succès le synchronisme ou la spontanéité du verbe comme de la pensée, dans divers temps et dans divers pays.

PllliFACE.

Si nous passons de l'AUenjapue à l'Angleterre, il n'est pas sans profit de parcourir les poésies anglosaxonnes, galliques, écossoises, irlandoises, afin de prendre un sentiment général de l'enfance d'une société barbare; mais il ne les faudroit pas convertir en preuves , car la vanité cantonale a tellement mêlé les chants faits après coup aux chants originaux, qu'on les peut à peine distinguer.

Quant aux Lois , j'ai déjà dit qu'il étoit bon de consulter les lois anglo-saxonnes et galliques. Les Actes de Kymer, continués par Robert Sanderson, sont un bon recueil; mais ils ne conmiencent qu'à l'an 1 101, sautent tout à coupdel'an II 05 à l'an 1157, et continuent de la sorte, avec des lacunes de dix, quinze et vingt ans , jusqu'au treizième siècle , où les chartes se nmltiplieut. Ce recueil , tout important qu'il soit , est fort inférieur à celui des ordonnances de nos rois et autres collections qui doivent faire suite à ces ordonnances; les matières y sont mêlées et incohérentes ; elles ne sont point précédées' de ces admirables préfaces dont les De Laurière, les Secousse, les Vilcvault , les Bréquigny, ont enrichi leur travail , et qui sont des traités complets du Droit françois. Le Clerc et Rapin ont pourtant donné, dans le dixième volume des Actes de Rymer , un abrégé historique sec , mais utile , des vingt volumes de l'édition de Londres de 1745. Dans les historiens primitifs de l'Angleterre, l'annafiste françois peut glaner avec succès les trois Giklas, V Histoire ecclésiastique de Bède, et, dans les bas siècles , les chroniqueurs , poètes ou prosateurs de la race normande. Les traductions anglosaxonnes faites du latin , par Alfred-le-Graud , les lois de ce prince publiées par Guillaume Lombard, son Testament avec les notes de Manning, apprennent quelques faits curieux. Dans sa traduction anglo-saxonne d'Orose, Alfred a inséré deux périples Scandinaves de la Baltique, du ISorwégiea Other et du Danois Wulfîan : c'est ce qu'il y a de plus authentique touchant cette mer intérieure, au bord de laquelle étoieut cantonnés ces Barbares qui dévoient aller conquérir les habitants civilisés des rivages de la ^léditerranée.

Il existe plusieurs recueils des historiens anglois, mais sans ordre ; ils se répètent aussi , parce que , dans ce pays de hbcrté , le gouvernement ne fait rien et les particuliers font tout. Il faut joindre à la collection d'IIeidelberg ( lob" ) la collection de Francfort (1601), et les dix auteurs du Recueil de Selden ( Londres lCo2) : on aura alors à peu près tout ce qui est relatif aux mœurs communes de l'Angleterre et de la France. La réunion des anciens historiens anglois , écossois , irlandois et normands de Caraden ne vaut pas sa Biitanniœ Descriptio ; c'est celle-là qu'il faut étudier pour les origines ro-

maines et barbares. Le génie des Normands , lié >i intimement au nôtre , se décèle surtout dans le Doomsdmjbook : ce document, d'un prix inestimable, a été imprimé en 1785, par ordre du parlement d'Angleterre. On le compléteroit en consultant le pouillé général du clergé d'Angleterre et du pays de Galles, auquel Edouard U fit travaifier eu 1291; le manuscrit de ce pouillé est aux bibliothèques d'Oxford. La principauté de Galles, les comtés de INorthumberland, de Cumberland, de Westmoreland et de Duiham manquent au Doomsdaijbook : cette statistique offre le détail des terres cultivées , habitées ou désertes de l'Angleterre , le nombre des habitants libres ou serfs, et jusqu'à celui des troupeaux et des ruches d'abeilles. Dans le Doomsdatjbook , sont grossièrement dessinées les villes et les abbayes.

Il ne faut pas négliger de consulter les cartes du moyeu âge ; elles sont utiles nou-seulement pour la géographie historique, mais encore parce qu'a l'aide des noms propres de lieu on retrouve des origines de peuple. Dans le périple de Wulfstau, par exemple, 1 iledeBornholmestappeléeBiuyeHda-Laud. etdans l'ouvrage historique de Snorron , Heims-Kringla , on voit que les Scandmaves disoient Bordungarhohn : voilà la patrie des Burguudes ou Bourguignons. En ne pressant pas trop ces indications , ou eu tire un bon parti; mais il ne faudroit pas, comme plusieurs auteurs allemands, se ligurer qu'une tribu de Frauks prit le nom de Salii, parce qu'elle canipoit sur les bords de la Saale en Franconie» Le gouvernement anglois a employé à Rome le savant .Marini à la Collection des lettres des papes et des autres pièces relatives à l'histoire de la Grande- Bretagne, depuis l'an 1216.

Le Portugal et l'Espagne fournissent d'autres espèces de documents. Les langues qu'on parloit dans le midi delà Gaule, avant que ces langues eussent été envahies par le picard ou le françois wallon, étoieut parlées dans la Catalogne, le long du coms de lÈbre , et se répandoient derrière les Basques par les vallées des Astuces, jusque dans les Lusitanies. Les poèmes primitifs du Cid et les ! romances de la même époque , les anciennes lois I maritimes de Barcelone , le récit de l'expédition do la grande compagnie catalane en Morée, doivent être lus la plume à la main par l'historien franj çois; il trouvera aujourd'hui de nouveaux éclaircissements dans les Antiquités du Droit maritime. savant ouvrage de M. Pardessus, et dans la Chronique eu grec barbare des guerres des François en liomanie et en .l/oice , publiée par M. Buchou, a qui l'on doit de si utiles éditions.

Alphonse I«^ roi de Castille, surnommé le Sage , 0 laissé en vieux espagnol un corps de législatioa

PUKFACr.

bon à consulter. Alphonse remonte souvent aux lois pfcniiêies ; il y a un ton de candeur et de vertu dans l'exposé de ses institutions, qui rend ce roi de Caslille un digne contemporain de saint Louis. Parmi les chroniqueui-s espagnols , Idacc doit être recherché pour la peinture des mœurs des Suèves et des Goths , et pour celle des ravages de ces peuples dans les Espagues et les Gaules; mais il y a plus à prendre dans Isidore de Scville , postérieur a Idace d'environ cent cinquaule ans. 11 faut lire particulièrement dans Isidore la (in de sa Chro- •lique, depuis l'an 'SUO de Jésus-Christ, son Histoire des rois goths, vandales et snèies, son livre des Étijmolocjies , sa Ilcgle pour les moines de l'And'iousie, et ses ouvrages de grammaire. Dans h collection des historiens espagnols en quatre volumes in-folio, l'ordre chiouologique des auteurs n'a point été suivi. Parmi les bruts matériaux de l'histoire d'Espagne , git le travail des écrivains modernes , et en particulier V Historia de rébus hispanicis de Mariana. Les premiers Hvres de cette histoire sont excellents , surtout dans la traduction espagnole. 11 y a deux cents pages à parcourir dans les Antitptités lusitaniennes de Resend.

En descendant de lEspague à l'Italie , on retrouve la civilisation qui ne périt jamais sur la terre natale des Romains. ^Néanmoins, le rovaume d'O- (loacre, celui des Goths, celui des Lombards, ont laissé des documents oii l'on reconnoit la trace des Barbares. Les collections de ^luratori offrent seules une large moisson. >Iais nous avons négligé d'ouvrir, lorsque nous le pouvions, deux sources, 3 l'Escurial et le Y;tican, dont l'abondynce auroit renouvelé une partie de l'histoire moderne. Qu'on ijen juge par un fait presque entièrement ignoré : j:^:!/ il est d'usage de tenir un registre secret sur lequel 3 P - est inscrit , heure par heure . tout ce que dit , fait et ordonne un pape pendant la durée de son ponti- •^l^ficat. Quel trésor qu'un pareil journal!

Arcbivcs francoises.

G AP.LONS de ce qui nous appartient et indiquons nos propres richesses. Rendons d'abord un éclatant hommage à cette école des Bénédictins que rien ne remplacera jamais. Si jen'étois maintenant un étranger sur le sol qui m'a vu uaîtrc, si U'avois le droit de proposer quelque chose , j'oserois

solliciter le rétabUssement d'un ordre qui a si bien mérité des lettres. Je voudrois voir revivre la congrégation de Saint-Maur et de Saint- Vannes dans l'abbatial de Saint-Denis, à l'ombre de l'église de Dagobert , auprès de ces tombeaux dont les cendres ont été jetées au vent au moment oii l'on dispersoit la poussière du trésor des chartes: il ne falloit au'. enfants d'une liberté sans loi, et conséqueniment sans mère , que des bibliothèques et des sépulcres vides.

Des entreprises littéraires qui doivent durer des siècles demandoient une société d'hommes consacrés a la solitude, dégagés des embarras matériels de l'existence , nourrissant au milieu deux les jeunes élèves héritiers de leur robe et de leur savoir. Ces doctes générations, enchaînées au pied des autels, abdiquoicnt à ces autels les passions du monde, renfermoient avec candeur toute leur vie dans leurs études, semblables à ces ouvriers ensevehs au fond des raines d'or, qui envoient à la terre des richesses dont ils ne jouiront pas. Gloire à ces Mabillon, à ces Monlfmcon, à ces Martène, à ces Ruinart, à ces Bouquet, à ces d'Achery, à ces Vaisette, à cesLobineau, à ces Calmet, à ce,- Seillier, à ces Labat, à ces Clémeucet, et à leurs révérends confrères, dont les œuvres sont encore l'intarissable fontaine oii nous puisons tous tant que nous sommes, nous qui affectons de les dédaigner! il n'y a pas de frère lai, déterrant dansunobiiuaire le diplôme poudreux que lui indiquoit dom Bouquet ou dom Mabillon, qui ne fut mille fois plus instruit que la plupart de ceux qui s'avisent aujourd'hui , coimne moi, d'écrire sur l'histoire, de mesurer du haut de leur ignorance ces larges cervelles qui embrassoient tout , ces espèces de contemporains des Pères de l'Église, ces hommes du passé gothique et des vieilles abbayes , qui scmbloieut avoir écrit euxmêmes les chartes qu ils déchiffioient. Où eu est la collection des historiens de France? Que sont devenus tant d'antres travaux gigantesques ? Qui achèvera ces monuments autour desquels on u aperçoii plus que les restes vermoulus des échafauds où les ouvriers ont disparu?

Les Bénédictins n'étoient pas le seul corps savant qui s'occupât de nos antiquités; dans les autres sociétés religieuses ils avoient des énmlcs et des rivaux. On doit aux Jésuites la coileclion des Ilagiographes, laquelle a pris sou nom de l'iTudit qui l'a commencée. Le pèrellardoin, mon compatriote, ignoroit-il quelque chose? esprit un peu singulier toutefois. Le père Labbe doit être noté pour avoir fourni le plan et la li: te des auteurs de la collection de 1 ! Byzantine, et pour avoir publié les huit premiers volumes de l'édition des conciles. Le père Pcteau est devenu l'oracle de 1j chronologie. Le père Sinr.ond a mis au jour la notice des digni-

Si-

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