‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 128 sur 201 · TS · texte numérisé non relu

TS

veulent par le poète. ^lais que la sodotc s>oit reprcsentce comme une espèce de machine qui se meut aveuglément par des lois physiques latentes ; qu'une révolution arrive par cela seul qu'elle doit arriver; que , sous les roues de son char , comme sous celles du char de l'idole indienne, soient icrasés au hasard innocents et coupables; que l'indiffcrence ou la pitié soit la même à l'égard du vice ou de la vertu : cette fatalité de la chose, cette impartialité de l'homme sont hébétées et non tragiques, (^e niveau historique, loin de déceler la vigueur, ne trahit que l'impuissance de celui qui le promène sur les faits. J'ose dire que les deuv historiens qui ont produit de si di-plorables imitateurs étoient trèssupérieurs à l'opinion dont ou a cru trouver le germe dans leurs ouvrages.

Non, si l'on sépare la vérité morale des actions humaines, il n'est plus de règle pour juger ces actions; si l'on retranche la vérité morale de la vérité politique, celle-ci reste sans base; alors il n'y a plus aucune raison de préférer la liberté à l'esclavage, l'ordre à l'anarchie. Mon hilérèt ! direz-vous. Qui vous a dit que mon intérêt est l'ordre et la liberté? Si j'aime le pouvoir, moi, comme tant de révolutionnaires? Si je veux bien abaisser ce que j'envie, mais si je ne me contente pas d'être un citoyen pauvre et obscur, au nom de quelle loi m'obligerez-vous à me courber sous le joug de vos idées? — Par la force? — Mais si je suis le plus fort? — En détruisant la vérité morale, vous me rendez à l'état de nature; tout m'est permis, et vous êtes eu contradiction avec vous-même quand vous venez, afin de me retenir, me parler de certaines nécessités que je ne recoimois pas. Ma règle est mon bras : vous l'avez déchainé, je retendrai pour prendre on frapper au gré de ma cupidité! ou de ma haine.

Grâce au ciel il n'est pas vrai qu'un crime soit jamais utile, qu'une injustice soit jamais nécessaire. Ne disons pas que si dans les révolutions tel homme innocent ou illustre, opposé d'esprit à ces révolutions, u'avoit péri, il en eût arrêté le cours , que le tout ne doit pas être sacrifié à la partie. Sans doute cet homme de vertu ou de génie eût pu ralentir le luouvement, mais l'injustice ou le crime accomplis sur sa personne retardent mille fois plus ce même mouvement. Les souvenirs des excès révolutionnaires ont été et sont encore parmi nous les plus grands obstacles à l'établissement do la liberté.

Si, taisant ce que la révolution a fait de bien, ce qu'elle a déiruit de préjugés , établi de libertés dans la France, on retraçoit l'histoire de celte révolution par ses crimes, sans ajouter un seul mot, une seule réllexiou au texte, mettant seulement l eut à 1 eut toutes \?s horreurs qui se sont dites

Page 1