‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 131 sur 201 · JI · texte numérisé non relu

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roiine doublement souillée de son propre saug et de celui des François! ornement de tète inconimo<le pour s'endormir sur l'oreiller de la mort.

Le corps de Charles IX fut porté sans pompe â Saint-Denis, accompagné par quelques archers de la garde , par quatre gentilshommes de la chambre et par Brantôme, raconteur cynique , qui inouloit les \i; es des grands comme on prend l'empreinte du visage des morts.

Henri ILE. La Ligue. Sous la Ligue le peuple ne manhoit point devant ses affaires; il étoit à la «jueuc des grands. 11 n'avoit point formé un gouvernement à pai't , il avoit pris ce qui étoit; .'etdelemcat lise faisoit ser^i^ par le parlenient, etavoil transformé ses curés en tribuns. Quaud Ma\enne kî jugeoit à projjos , il ordonnoit de pendre qui de (îroit parmi k* peuple et les Seize.

Les Pays-Bas se veulent donner à Henri HI, qui les refuse ; la France , par une destinée constante , manque encore l'occasion de porter ses frontières aux rives du Rhin.

Journée des Barricades. L'histoire vivante a rapetissé ces faits de l'histoire morte , si fameux autrefois. Qu'est-ce en effet que la journée des Barricades , que la Saint-Barthéiemy même, auprès de ces grandes insurrections du 7 octobre 1789, du 1 0 août 1 792 , des massacres du 2 , du 5 et du 4 sep ■ tembre de la même année , de l'assassinat de Louis XVI , de sa sœur et de sa femme, et enfin de tout le règne de la terreur? Et , conmie je m'occupois de ces Barricades qui cliassèrent un roi de Paris , d'autres Barricades faisoient disparoitre en (juelques heures trois générations de rois. L'histoire n'attend plus 1 historien : il trace une ligne , elle caiportc un monde.

La journée des Barricades ne produisit rien , parce qu'elle ne fut point le mouvement d'un peu- [lie cherchant à conquérir sa liberté; l'indépenriance (lolitique n'éloit point encore un besoin commun. Le duc de Guise n■e^sayoit point une subversion pour !e bie;i de tous; il convoitoit une couronne ; il méprisoit les Parisiens tout en les caressant , et n'osoit irop s'y fier. 11 agissoit si peu dans un cercle d'idées nouvelles, que sa famille avoit répamlu des pamphlets qui la faisoient descendre de Lolher, duc de Lorraine : il en résultoit que les Capels eUiieut de, usurpateurs , et les Lorrains les légitimes héritiers du Irone, comme derniers rejetons de la lignée carlovingienne. Cette fable veuoit un peu tard. Les Guise représcnloient le passé; ils JMlloientdans un iuti rot personnel contre les huguenots, révolutionnaires de l'époque, qui rcprésenloicnl l'avenir; or, on ne fait point de révolutions avec !o passé , on ne fait que des contre-révolullons.

Ainsi tout s'opéroit sans une de ces grandes convictions de doctrine politique , sans cette foi .'i lindépendance , qui renverse tout. Il y avoit matière à trouble; il n'y avoit pas matière à traii'formation , parce que rien n'étoit assez édifié , rien assez détruit. L'instinct de liberté ne s'étoit pas encore changé en raison ; les éléments d'un orJre social ferraentoient encore dans les ténèbres du chaos ; la création commençoit, mais la lumière u'étoit pas faite.

Même insuffisance dans les hommes ; ils n'ctoient assez complets ni en défauts , ni en qualités , ni eu vices, ni en vertus, pour produire un changement radical dans l'éîat. A la journée des Barricades , Henri III et le duc de Guise restèrent au-dess;:uj de leur position; l'un faillit de crcur, l'autre de crime.

Plus d'orgueil que d'audace , plus de présomptron que de génie , plus de mépris pour le roi que d'ardeur pour la rnvauté : voilà ce qui apparoit dans la conduite du duc de Guise. 11 mtriguoit à cheval comme Catherine dans son lit : libertin sans amour, ainsi que la plupart des hommes de son temps, il ne rapportoit du conmierce des femmes qu'un corjjs affoibli et des passions rapetissées. Il avoit toute une religion et toute une nation derrière lui, el des coups de poignard firent le dénoùmenl d'une tragédie qui seuibloit devoir finir par des batailles , la chute d'un trône et le changement d'une race.

La journée des Barricadej , si infructueuse, lui resta cependant â grand honneur dans son parti. « Mais quels miracles avons-nous veu depuis dix- « huit mois qu'il a faits à l'aide de Dieu? Quie4-ce « qui peut parler de la jo;irnée des Barricades sans « grande admiration, voyant un si grand peuple , " qui jamais n'a sorty des portes de sa ville pour « porter armes, ayant veu à l'ouverture de sa bou- « tique les escadrons royaux, tous armez , dressez a par toutes les grandes et fortes places de la ville , « se barricader en si grande diligence, qu'il rem- « barra tous ces escadrons jusque dans le Louvre « sans effusion de sang? » {Oraison funibredes duc et cardinal de Guise.)

La ressemblance des éloges et des mots avec ce que nous lisons tous les jours donne seule quelqu ■ prix à ce passage oublié dans un pamphlet de la Ligue.

On a tant de fois peint le caractère de Catherine de ^lédicis, qu'il ne présente plus qu'un lieu commun use. Une seule remarque reste à faire: Catherine étoit Italienne , fille d'une famille marchand* élevée à la principauté dans une i"^publique; elle étoit accoutumée aux orages populaires , aux factious, aux intrigues, aux empoisonnements, aux coups de poignard; elle n'avoit et ne pouvolt avoir

l' lit FACE.

aucan des préjugés de l'aristocratie et de la monarchie Françoise, cette morgue des grands , ce mépris pour les petits , ces prétentions de droit divin, cette soif du pouvoir absolu, en tant qu'il étoit le monopole d'une race. Elle ne conuoissoit pas nos lois et s'en soucioit peu; ou la voit s'occuper de faire passa* la couronne à sa fille. Incrédule et supersti lieuse ainsi que les Italiens de son temps , en sa qualité d'incrédule elle n'avoit aucune avers on contre les protes:ants, et elle ne les fit massacrer que par politique. Enfin , si on la suit dans toutes ses démarches, on s'aperçoit qu'elle ne vit jamais dans le vaste royaume dont elle étoit souveraine , qu'une Florence agrandie, que les émeutes de sa petite république , que les soulèvements d'un quartier d' sa ville natale contre un autre quartier, que la querelle des Pazzi et des Médicis dans la lutte des viuise et des Chàtillon.

Détails circonstanciés de l'assassinat du Balafré à Blois. La réunion des protestants aux catholiques , après cet assassinat, fit avorter les libertés. Jacques Clément. ^lort de Henri III. Tableau général des hommes et des moeurs sous les derniers Valois, et histoire de ces mœurs par les pamphlets de cette époque. Débauche, cruauté, assassins à gage, femmes, mignons, protestants, magistrats. La presse (OU les idées) joue pour la première fois un rôle important dans les affaires humaines. Ce qu'il y a à dire en faveur des Valois. Leur siècle est le véritable siècle des arts , et non celui de Louis XIV. Henri IV' lui-même eut quelque chose de moins royal et de moins noble que les princes dont il reçut la couronne. Tous ensemble sont écrasés par les Guise, véritables rois de ces temps.

Avec les Bourbons commence la monarchie absolue. Henri IV étoit ingrat et gascon , promettant beaucoup et tenant peu; mais sa bravoure, sou esprit , ses mots heureux et quelquefois maguanimes, bon talent oratoire , ses lettres pleines d'originalité, de vivacité et de feu; ses aventures, ses amouis même le feront éternellement vivre. Sa fin tragi- <iue n'a pas peu contribué à sa renommée : disparoi tre à propos de la vie est une des conditions de la gloire.

On s'est fait une fausse idée de la manière dont les Bourbons parvinrent au trône : le vainqueur dlvry ne monta point sur le trône , botté et éperonné, en sortant de la bataille; il capitula avec ses ennemis , et ses amis n'eurent souvent pour toute récompense que l'honneur d'avoir partagé sa mauvaise fortune. Détails à ce sujet.

Quels étoient les Seize, comité du salut public de la Ligue. Processions pendant le siège de Paris. Description de la famine. Henri IV abjure; il ne pouvoit faire autrement pour régner. Croy oit-il?

Henri IV allcrit porter la guerre dans les Pays-Bas,

lorsqu'il fut aiTcté par un de ces en\ oyés secrets de la mort , qui mettent la main sur les rois. Ces hommes surgissent soudainement et s'abîment aussitôt dans les supplices : rien ne les précède , rien ne les suit; isolés de tout, ils ne sont susj)eiidus dans ce monde que par leur poignard ; ils ont l'existence même et la propriété d'un glaive; ou ne les entrevoit un moment qu'à la lueur du coup qu'ils frappent. Ravaillac étoit bien près de Jacques Clément : c'est un fait unique dans l'histoire, que le deruier roi d'une famille et le premier roi d'une autre aient été tués de la même façon, chacun d'eux par un seul homme au n.ilieu de leurs gardes et de leur cour, dans l'espace de moins de vingt-un ans. Le même fanatisme anima les deux assassins, mais l'un immola un prince catholique; l'autre un prince qu'il croyoit protestant. Cléirient fut l'insti-ument d'une ambition personnelle; Ravaillac, cœume Lonvel, l'aveugle mandataire d'une opinion.

Les guerres civiles religieuses du seizième siècle ont duré trente-neuf ans; elles ont engendré les massacres de la Saint-Barthélémy, versé le sang de plus de deux millions de François , et dévoré près de trois milliards de notre monnoie actuelle; elles ont produit la saisie et la vente des biens de l'Église et des particuliers , frappé deux roii d'une mort violente, Henri III et Henri IV, et commencé le procès criminel du premiei- de ces rois. Qu'a faît de mieux la révolution ? La vérité religieuse , quand elle est faussée , ne se livre pas à moins d'excès que la vérité politique, lorsqu'elle a dépassé le but.

La monarchie des états expire sous Louis XIII , la monarchie parlementaire meurt avec la Fronde. Le premier vote des communes de France, lorsqu'elles furent appelées aux états par Philippe-le- Bel pour s'opposer aux empiétements de Boniface Vil , fut ainsi conçu : « Qu il plaise au seigneiu- <■ roi de garder la souveraine franchise de soi» Il royaume , qui est telle que dans le temporel le « roi ne recounoit souverain eu terre , fors que Il Dieu. » Le dernier vote des communes aux étati de ICI 4 fut celui-ci :

« Le roi est supplié d'ordonner que les seigneurs Il soient tenus d'affranciiir dans leurs fiefs tous les • serfs. »

Ainsi le premier vole du tiers-état, en sortant de la longue servitude delà monarchie féodale, est une réclamation pour la liberté du roi ; son der.^^ier vote , au moment où il rentre dans l'esclavage de la monarchie absolue , est une réclamation en faveur de la liberté du peuple : c'est bien naître et bien mourir. J'ai dit pomquoi la monarchie des états ne se put établir en France. Richelieu devient

PUÉFACE.

niiuistre , sa souplesse fit sa fortune , son orgueil sa gloire.

Toutes les libertés meurent à la fois , la liberté politique dans les états , la liberté religieuse par la prise de La Rochelle , car la force huguenote demeura anéantie , et ledit de >antes ne fut que la conséquence de la disparition du pouvoir matériel des protestants. La liberté littéraire périt à son tour par la création de l'Académie françoise; haute cour du classique qui fit comparoitre devant elle, comme premier accusé , le géuie de Corneille. Racine vint ensuite imposer aux lettres le despotisme de ses chefs-d'œuvre, comme Louis XIV le joug de sa grandeur à la politique. Sous l'oppression de l'admiration. Chapelain, Coras, Leclerc , Saiut- Amand , maintinrent eu vain dans leurs ouvrages persécutés l'indépendance de la langue et de la pensée ; ils expirèrent pour la liberté de mal dire sous le vers de Boileau , en appelant de la servitude de leur siècle à la postérité délivrée. Ils eurent raison de réclamer contre la règle étroite et la proscription des sujets nationaux; ils eurent tort d'être de méchants poètes.

Il n'y a qu'une seule chose et qu'un seul homme dans le règne de Louis XIII , Richelieu. Il apparoit comme la monarchie absolue personnifiée , venant mettre à mort la vieille monarchie aristocratique. Ce génie du despotisme s'évanouit et laisse en sa place Louis XIY chargé de ses pleins-pouvoirs.

La monarchie parlementaire, survivant à la monarchie des états, atteignit, sous la minorité de Louis XIY, le faite de sa puissance : elle eut ses guerres; on se battit en son honneur; ses arrêts servoient de bourre à ses canons : dans son règne d'un moment elle eut pour magistrat Matthieu Mole, pour préla t le cardinal de Retz , pour héroïne la duchesse de Longueville, pour héros populaire le fils d'un bâtard de Henri IV, pour généraux Coudé et Turenne. Mais cette monarchie neutre , qui n'étoit ni la monarchie absolue , ni la monarchie tempérée des états, qui paroissoit entre l'une et l'autre, qui ne vouloit ni la servitude ni la liberté, qui n'aspiroit qu'au renversement d'un ministre fin et habile, cette monarchie, à la suite de quelques princes brouillons et factieux, passa vite. Louis XIV, devenu majeur, entra au parlement avec un fouet, sceptre et symbole de la monarchie absolue , et les François furent mis à l'attache pour cent cinquante ans.

Auprès de la comédie deMazarin se jouoitla tragédie de Charles I"". Les guerres parlementaires de la Grande-Bretagne furentles dernières convulsions de l'arbitraire anglois expirant ; les querelles de la Fronde, les derniers efforts de l'indépendance françoise mourante. L'Angleterre passa à la liberté avec

un fronf sévère , la France au despotisme en riant.

Le siècle de Louis XIV fut le superbe catafalque de nos libertés , éclairé par mille flambeaux de la gloire qu'élevoit à lentour un cortège de grands hommes.

Louis XIV, comme Napoléon, chacun avec la différence de leur temps et de leur génie , substituèrent l'ordre à la liberté.

La monarchie absolue de Louis XIV étoit une nécessité , un fait amené par les faits précédents ; elle étoit inévitable. Le peuple disparut de nouveau comme au temps de la féodalité ; mais il etoit créé , il existoit , il dormoit et se réveilla à son heure : pendant son sommeil il eut de beaux songes sous Louis-le-Grand. Il ne fut exclu ni de la haute administration ni du commandement des armées.

Quand la lutte de l'aristocratie avec la couronne finit , la lutte de la démocratie avec cette même couronne commença. La royauté, qui avoit favorisé le peuple afin de se débarrasser des grands, s'aperçut qu'elle avoit élevé un autre rival moins tracassier, mais plus formidable. Le combat s'établit alors sur le terrain de l'égalité , principe vital delà démocratie. 11 y eut raouarchie absolue sous Louis XIV, parce que l'ancieune liberté aristocratique étoit morte , et que l'égalité démocratique vivoit à peine : dans l'absence de la liberté et de l'égalité , l'une moissonnée , l'autre encore en germe, il y eut despotisme , et il ne pouvoit y avoir que cela.

La féodalité ou la monarchie militaire noble perdit ses principales batailles; mais les étrangers ne purent garder les provinces qu'ils avoient occupées dans notre patrie ; ils en furent successivement chassés: l'empire, ou la monarchie militaire plébéienne , fit des conquêtes immenses , mais elle fut forcée de les abandonner; et nos soldats , en se retirant , entraînèrent deux fois avec eux les étrangers à Paris : la monarchie royale absolue n'alla pas loin chercher ses combats , mais le fruit de ses victoires nous est resté; notre indépendance vit encore à l'abri dans le cercle de remparts qu'elle a tracé autour de nous. A quoi cela tint il? A l'esprit positif du grand roi , et à la longueur du règne de ce prince. Louis chercha à donner à notre territoire ses bornes naturelles. On a trouvé dans les papiers de son administration des projets pour reculer la frontière de la France jusqu'au Rhin et pour s'emparer de l'Egypte ; on a mènie un mémoire de Leibnitz à ce sujet. Si Louis eut complètement réussi, il ne nous resteroit aujourd'hui aucune caute de guerre étrangère.

Mauvi.is coté de Louis XIV. Quand il eut cesse de vivre, on lui en voulut d'avoir usurpé à son profit la dignité de la nation.

Ce prince fit encore un mal irréparable à sa fa-

l'KlilACL;.

raille : l'éducation orientale qu'il établit pour ses enfants, cette séparation complète des enfants du trône des enfants de la patrie, rendit étranger à l'esprit du siècle , et aus peuples sur lesquels il devoit régner, l'héritier de la couronne. Henri IV couroit avec les petits paysans , pieds nus et tète nue , sur les montagnes du Béarn; le gouverneur qui raontroit au jeune Louis XV' lii foule assemblée sous les fenêtres de son palais , lui disoit : " Sire , « tout ce peuple est à vous. » Cela explique les temps , les hommes et les destinées.

La vieille monarchie féodale avoit traversé six siècles et demi avec ses libertés aristocratiques pour venir tomber aux pieds du trentième (ils de Hugues Capet. Combien l'état formé par Louis XIY a-t-il duré ? cent quarante ans. Après le tombeau de ce monarque, on n'aperçoit plus que deux monuments de la monarchie absolue : l'oreiller des débauches de Louis XV et le billot de Louis XVI.

Louis XV respira dans son berceau l'air infecté de la Régence; il se trouva chargé, avec un caractère indécis et la plus insurmontable des passions , de l'énorme poids d'une monarchie absolue : son esprit ne lui servit qu'à voir ses vices et ses fautes, comme un flambeau dans un abime.

Faits et mœurs de ce temps. Le duc de Choiseul, madame de Pompadour, madame du Barry. Les grandes dames de la cour se scandalisèrent de la faveur de cette dernière : Louis XV leur sembla manquer à ce qu'il devoit à leur naissance, en leur faisant l'injure de ne pas choisir dans leurs rangs ses courtisanes. Cette infortunée du Barry vécut assez pour porter à l'échafaud la foiblesse de sa vie, pour lutter avec le bourreau en face des Tricoteuses: parques ivres et basses que pouvoit allécher le sang de Marie-Antoinette, mais qui auroient dû respecter celui de mademoiselle Lange.

Pour la première fois on lit le nom de Washington dans le récit d'un obscur combat donné dans les forets, vers le fort Duquesne , entre quelques Sauvages, quelques François et quelques Anglois (1754). Quel est le commis à Versailles , et le pourvoyeur àaParc-anx-Cerfs; quel est surtout l'homme de cour ou d'académie , qui auroit voulu changer à cette époque son nom contre celui de ce planteur américain ? A cette même époque , l'enfant qui devoit un jour tendre sa main secourable à Washington venoit de naître. Que d'espérances attachées à ce berceau! C'étoit celui de Louis XVI.

Le règne de Louis XV est l'époque la plus déplorable de notre histoire : quan;! on en cherche les personnages on est réduit à fouiller les antichambres du duc de Choiseul , les garde-robes des Pompadour et des du Barry, noms qu'on ne sait comment élever à la dignité de l'histoire. La société en-

tière se décomposa : les hommes d'état deviîiren des hommes de lettres , les gens de lettres des hommes d'état, les grands seigneurs des banquiers, les fermiers généraux des grands seigneurs. Les modes étoieut aussi ridicules que les arts étoient de mauvais goût ; on peignoitdes bergères en paniers, dans les salons où les colonels brodoient. Tout étoit dérangé dans les esprits et dans les mœurs, signe certain d'une révolution prochaine. La société avoit quelque chose de puéril, comme la société romaine au moment de l'invasion des Barbares : au lieu de faire des vers dans les cloitres , ou en faisoit dans les boudoirs; avec un quatrain on devenoit illustre.

Mais ce seroit assigner de trop petites causes à la révolution, que de les chercher dans cette vie d'hommes à bonnes fortunes , dans celte vie de théâtres , d'intrigues galantes et littéraires , unie aux coups d'état sur le parlement et aux colères d'un despotisme eu décrépitude. Cet abâtardissement de la nation contribua sans doute à diminuer les obstacles que devoit rencontrer la révolution; mais il u'étoit point la cause efficiente de cette révolution , il n'en étoit que la cause auxiliaire.

La civilisation avoit marché depuis six siècles ; une foule de préjugés étoient détruits , mille institutions oppressives battues en ruine. La France avoit successivement recueilli quelque chose des libertés aristocratiques féodales , du mouvement communal, de l'impulsion des Croisades , de l'établissement des états, de la lutte des juridictions ecclésiastique» et seigneuriales , du long schisme , des découvertes du seizième siècle , de la réformation, de l'indépendance de la pensée pendant les troubles de la Ligue et les bronilleries de la Fronde , des écrits de quelques génies hardis , de l'émancipation des Pays-Bas et de la révolution d'Angleterre. La presse, bien qu'enchaînée, conserva le dépôt de ces souvenirs sous la monarchie absolue de Louis XIV : la liberté dormit , mais elle ne dérogea pas ; et cette antique liberté , comme l'antique noblesse , a repris ses droits en reprenant son épée. Les générations du corps et celles de l'esprit conservent le caractère de leurs origines diverses : tout ce que produit le corps meurt comme lui ; tout ce que produit l'esprit est impérissable comme l'esprit même. Toutes les idées ne sont pas encore engendrées; mais quand elles naissent , c'est pour vivre sans fin, et elles de\iennent le trésor commun de la race humaine.

On touchoit à l'époque où on alloit voir paroître cette liberté moderne , fille delà raison, qui devoit remplacer l'ancienne Uberté, fille des mœurs. Il arriva que la corruption même de la régence et du siècle de Louis XV ne détruisit pas les principes de la liberté que nous avons recueillie , parce que

PREFACE

cette liberté n'a point sa source dans l'innoceuce du cœur, mais dans les lumières de l'esprit.

Au dix-buitiéme siècle , les affaires (ireat silence pour laisser libre le champ de bataille aux idées. Soixante ans d'un ignoble repos donnèrent à la pensée le loisir de se développer, de monter et de descendre dans les diverses classes de la société, depuis l'homme du palais jusqu'à l'habitant de la chaumière. Les mœurs affoiblies se trouvèrent ainsi calculées (comme je viens de le remarquer) pour ne plus offrir de résistance à l'esprit , ce qu'elles fout souvent quand elles sont jeunes et vigoureuses.

Louis XVI commença l'appiication des théories inventées sous le règne de son ai'eul par les économistes et les encyclopédistes. Ce prince honnête homme rétablit les parlements , supprima les corvées, améliora le sort des protestants. Enfin le secours qu'il prêta à la révolution d'Amérique (secours injuste selon le droit privé des nations , mais utile à l'espèce humaine en général) acheva de développer en France les germes de la liberté. La monarchie parlementaire, réveillée à la fin de la monarchie absolue , rappelle la monarchie des états, qui sort à son tour de la tombe pour transmettre ses droits héréditaires à la monarchie constitutionnelle : le roi-martyr quitte le monde. C'est entre les fonts baptismaux de Clovis et l'échafaud de Louis XVI qu'il faut placer le grand empire chrétien des François. La même religion étoit debout aux deux barrières qui marquent les deux extrémités de cette longue arène, c Fier Sicambre , " incline le col , adore ce que tu as brûlé , brûle ce « que tu as adoré , « dit le prêtre qui administroit ù Clovis le baptême d'eau. « Fils de saint Louis, " montez au ciel, » dit le prêtre qui assistoit Louis XVI au baptême de sang.

Alors le vieux monde fut submergé. Quand les flots de l'anarchie se retirèrent , TS'apoléon a apparu à l'entrée d'un nouvel univers , comme ces géants que l'histoire profane et sacrée nous a peints au berceau de la société, et qui se montrèrent à la terre après le déluge.

Ainsi j'amène du pied de la croix au pied de l'échafaud de Louis XVI les trois vérités qui sont au fond de l'ordre social : la vérité religieuse , la vérité philosophique ou l'indépendance de l'esprit de l'homme, et la vérité poUtique ou la liberté. Je cherche à démontrer que 1 espèce humaine suit une ligne progressive dans la civilisation , alors même qu'elle semble rétrograder. L'homme tcud à une perfection iudelinie ; il est encore loin d'être remonté aux sublimes hauteurs dont les traditions re-

ligieuses et primitives de tous les peuples nous apprennent qu'il est descendu; mais il ne cesse de gravir la pente escai-pée de ce Sinaï inconnu , au sommet duquel il reverra Dieu. Ln société en avançant accomplit certaines transformations générales, et nous sommes arrivés à l'un de ces grands changements de l'espèce humaine.

Les fils d'Adam ne sont qu'une même famille qui marche vers le même but. Les faits advenus chez les nations placées si loin de nous sur le globe et dans les siècles ; ces faits qui jadis ne réveilloient en nous qu'un instinct de curiosité, nous intéressent aujourd'hui comme des choses qui nous sont propres , qui se sont passées chez nos vieux parents. C'étoit pour nous conserver telle liberté, telle vérité , telle idée , telle découverte , qu'un peuple se fait exterminer ; c'étoit pour ajouter un talent d'or ou une obole à la masse commune du trésor humain, qu'un individu a souffert tous les maux. iNous laisserons à notre tour les connoissances que nous pouvons avoir recueillies à cens qui nous suivront ici-bas. Sur des sociétés qui meurent sans cesse , une société vit sans cesse; les hommes tombent, l'homm.e reste debout, enrichi de tout ce que ses devanciers lui ont transmis , couronné de toutes les lumières , orné de tous les présents des âges; géant qui croit toujours, toujours, toujours, et dont le front, montant dans les cieux, ne s'arrêtera qu'à la hauteur du trône de l'Éternel.

Et voilà comme , sans abandonner la vérité chrétienne , je me trouve d'accord avec la philosophie de mon siècle et l'école moderne historique. On pourra différer avec moi d'opinion; mais il faudra recounoilre que, loiu demboiter mon esprit dans les ornières du passé, je trace des sentiers libres : heureux si l'histoire comme la politique me doit le redressement de quelques erreurs.

Au sur|)lus , même dans mon système religieux , je ne me sépare point de mon temps , ainsi que des esprits inatteutifs le pourroient croire. Le christianisme est passé, dit-on. Passé"? Oui, dans la rue, où nous abattons une croix , cliez nos deux ou trois voisins, dans la coterie où nous déclarons du haut de notre supériorité qu'on ne nous comprend pas , qu'on ne peut pas nous comprendre , que , pour peu qu'une génération ne soit pas au maillot , elle est incapable de suivre le vol de notre génie et d'entrer dans le mouvement de l'univers. Grâce à ce génie, nous devinons ce que nous ne savons pas ; nous plongeons un regard d'aigle au fond des siècles; sans avoir besoin de flambeau, nous pénétrons dans la nuit du passé; l'avenir est tout illumine pour nous des feux qui font clignoter les foibles yeux de nos pères. Soit : mais, nonobstant ce , et sauf le respect dû à notre supériorité ,

PREFACE

le christianisme n'est pas passé : il vient d'affranchir la Grèce, et de mettre en liberté les Pays-Bas; il se bat dans la Pologne. Le clergé catholique a brisé sous nos yeux les chaînes de l'iilande ; c'est ce même clergé qui a émancipé les colonies espagnoles et qui les a changées en républiques. Le catholicisme , je l'ai dit , fait des progrès imnieuses aux Etats-Unis. Toute l'Europe, ou barbare ou civilisée , s'enveloppe, dans différentes communions, de la forme évangélique. S'il éloit possible que l'univers policé fût encore envahi , par qui le seroitil? Par des soldats, jeûnant, priant, mourant au nom du Christ. La philosophie de l'Allemagne, si savante , si éclairée, et à laquelle je me rallie , est chrétienne; la philosophie de l'Angleterre est chrétienne. INe tenir aucun compte, au moins comme un fait, de cette pensée chrétienne qui vit encore parmi tant de millions d'honuues dans les quatre parties du monde, de cette pensée que l'on retrouve au Kamtschatka et dans les sables de la Thébaïde, sur le sommet des Alpes , du Caucase et des Cordillères; nous persuader que celte pensée n'existe plus parce qu'elle a déserté noire petit cerveau , c'est une grande pauvreté.

Il y a deux hommes que le siècle ne reniera pas : torlis de ses entrailles, leurs talents et leurs principes sont loués , encensés , admirés de ce siècle. Ces deux hommes marchent à la tète de toutes les opinions politiques et de toutes les doctrines littéraires nouvelles. Écoutons lord Byron et M. Beujamin Constant sur les idées reli;^ieuses.

" Je ne suis pas eunemi de la religion, au cou- <' traire; et, pour preuve, j'élè\ema fille n;îtu- " relie à un catholicisme strict dans un couvent de <' la Romagne; car je pense que Tonne peut jamais " avoir assez de religion quand on en a; je penche « de jour en jour davantage vers les doctrines ca- '< tholiques. n ( Mémoires de lord Byron , tome v, page 172.)

Pendant son exil en Allemagne , sous le gouvernement impérial , M. Benjamin Constant s'occupa de son ouvrage sur la religion. II rend compte à l'un de ses amis * de son travail dans une lettre autographe que j'ai sous les yeux. Voici un passage , assurément bien remarquable , de cette lettre :

Hardenberg, ce 11 octobre 1811.

« J'ai continué à travailler du mieux que j'ai pu « au milieu de tant d'idées tristes. Pour la première « fois je verrai, j'espère, dans peu de jours la tota-

' M. Hochet, aujourd'hui secrétaire-général du conseil d'étjt.

« lité de mon Histoire du polythéisme rédigée. J'en .' ai refait tout le plan et plus des trois quarts des « chapitres. Il l'a fallu , pour arriver à l'ordre que « j'avois dans la tète et que je crois avoir atteint; « il l'a fallu encore parce que, comme vous savez, « je ne suis plus ce philosophe intrépide , sûr qu'il « n'y a rien après ce monde , et tellement content « de ce monde, qu'il se réjouit qu'il n'y en ait pas « d'autre. Mon ouvrage est une singulière preuve « de ce que dit Bacon, qu'un peu de science mène Il à l'athéisme , et plus de science à la religion. C'est " positivement en approfondissant les faits, en en 11 recueillant de tontes parts, et en me heurtant « contre les difficultés sans nombre qu'ils opposent i' à l'incrédulité, que je me suis vu forcé de reculer « dans les idées religieuses. Je l'ai fjit certainement 1' de bien bonne foi , car chaque pas rétrograde m'a « coûté. Encore à présent toutes mes habitudes et « tous mes souvenirs sont philosophique;» , et je dé- « fends poste après poste tout ce que la religion re- « conquiert sur moi. Il y a même un sacrifice d'a- " mour-propre; car il est difficile, je le pense , de 11 trouver une logique plus serrée que celle dont je " m'étois servi p::ur attaquer toutes les opinions de 1' ce genre. IMon Hvre n'avoit absolument que le dé- 11 faut d'aller dans le sens opposé à ce qui , à pré- 11 sent, me paroît vrai et bon, et j'aurois eu un succès, 11 de parti indubitable. J'aurois pu même avoir cn- 11 core un autre succès car, avec de très-légères incli- '< naisons, j'en aurois fait ce qu'on aimeroit le mieux Il à présent : un système d'athéisme pour les gens Il comme il faut , un manifeste contre les prêtres , et Il le tout combiné avec l'aveu qu'il faut pour le peu- II pie de certaines fables, aveu qui satisfait à la fois le Il pouvoir et la vanité. »

Je consens à passer pour un esprit rétrograde avec Herder , avec l'école philosophique transcendante de l'Allemagne, enfiu avec M. Benjamin Constant et lord Byron.

La société est aujourd'hui tourmentée d'un besoin de croyance qui se manifeste de toutes parts. Vainement on veut contenter l'avidité des esprits en s'efforçant de les rendre fanatiques d'une vérité matérielle qui les trompe encore, puisqu'elle se change en abstraction dans le raisonnement. Ce faux enthousiasme ne mène pas loin la jeunesse ; elle ne peut ni se débarrasser de la tristesse qui la surmonte, ni combler le vide qu'a laissé en elle labseuce de toute foi. On n'admire pas longtemps un peu de boue sensitive , dût ce peu de boue être composé d'esprit et de matière, et former cette prétendue unité humaine dont le système , renouvelé des Grecs , est encore une rêverie d'une secte buddhiste. Quelle misère, si cette vie d'un jour n'éfoit que la conscience du néant !

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Telle est la suite des idées et des faits que l'on trouvera dans ces Études historiques. J'ôte à mon travail , je le sais, par cette analyse , le premier attrait de la curiosité. Si javois l'espérance d'être lu, je me serois gardé de me pri\er de mon meilleur moyen de succès ; mais je n'ai point cette espérance. Un extrait, quoiqu'il soit déjà bien long, me laisse du moins la chance de faire entrevoir des vérités que j'ai crues utiles , et qui resteroient ensevelies dans les quinze cents pages de mes trois volumes. Comme auteur j'ai tort; j'ai raison comme homme. Lorsqu'on a beaucoup vécu, beaucoup souffert, on a beaucoup appris : à force de veiller la nuit, de travailler le jour , de retourner péniblement leur sillon ou leur voile , les vieux laboureurs , comme les vieux matelots , sont devenus habiles à connoître le ciel et à prédire les orages.

Il ne me reste plus qu'à remercier les personnes qui m'ont éclairé de leurs travaux ou de leurs conseils.

Je dois à la politesse et à l'obligeance de M. le baron de Bunsen, ministre de S. M. le roi de Prusse , à Rome , un excellent extrait des ISibelûngs, que l'on trouvera à la fin du second volume de ces Études. Le savant M. de Bunsen étoit l'ami du grand historien ?siebuhr; plus heureux que moi , il foule encore ces ruines où j'espérois rendre à la terre, image pour image, mon argile en échange de quelque statue exhumée.

M. le comte de Tourguéneff, ancien ministre de l'instruction publique eu Russie, homme de toutes sortes de savoir , a bien voulu me communiquer des renseignements sur les historiens de la Pologne, de la Russie et de l'Allemagne.

Pour dissiper des doutes relatifs à quelques points de la philosophie des Pères de l'Église , je me suis adressé à M. Cousin, et j'ai trouvé que la vraie science est toujours accessible.

Des conversations instructives avec M. Dubois , mon compatriote, m'ont éclairé sur les systèmes religieux de l'Orient. En parlant des hommes qui ont honoré ma terre natale, j'ai fait remarquer que la Bretagne comptoit aujourd'hui M. l'abbé de La Mennais : si M. Dubois publie l'ouvrage dont il s'occupe sur les origines du christianisme , j'aurai de nouvelles félicitations à offrir à ma patrie.

M. Pouqueville m'a mis sur la voie d'une foule (le recherches néce-saires à mon travail : j'ai suivi , sans crainte de me tromper , celui qui fut mon premier guide aux champs de Sparte. Tous deux nous avons visité les ruines delà Grèce lorsqu elles n'étoicnt encore éclairées que de leur gloire passée, tous deux nous avons plaidé la cause de nos anciens

hôtes, noa peut-être sans quelque succès : du moins quand je retrouve dans le Childe-Uarold de lord Byron des passages de mon Itinéraire . j'ai l'espoir qu'à l'aide de cet immortel interprète mes paroles en faveur d'un peuple infortune n'auront pas été tout à fait perdues.

On lira avec fruit une dissertation dont M. Lenormant a bien voulu me permettre d'enrichir mon ouvrage. M. Lenorraant a parcouru l'Egypte avec M. ChampoUion, il a lu les inscriptions sur ces monuments muets séculaires qui viennent de reprendre la parole dans leur désert. Ou ne dira plus des pyramides :

Vingt siècles descendus dans l'éternelle nuit

Y sont sans mouvement, sans lumière et sans bruit.

Les anciens ont constamment attribué à l'Orient l'origine des religions grecques : c'est sur cette base, contestée pourtant de nos jours, que M. Creuzet a appuyé son grand ouvrage des Religions de l'antiquité. Depuis la publication de ce hvre, l'étude religieuse de l'antiquité a fait des progrès. Les secrets de la Perse et de l'Inde se dévoilent chaque jour. L'Essai sur la religion arradienne , dont M. Lenormant s'occupe, comprendra le passnge des traditions orientales en Grèce, dan» leur forme la plus pure et la moins altérée. Le savant archéologue Pauofka unit son travail à celui de M. Lenormant.

M. Ampère, fils de l'illustre académicien à qui la science doit des découvertes que le monde savant admire, m'a fait part avec une complaisance infinie de quelques-unes de ses traductions et de ses études Scandinaves. Ces études sont extraites d'un grand ouvrage auquel M. Ampère a consacré ses loisirs , ouvrage qui sera l'histoire de la poésie chez les divers peuples , de la poésie prise dans l'essence même du mot, et comme étant la portion la plus réelle , et certainement la plus vivante , de l'intelligence humaine. M. Lenormant et M. Ampère appartiennent l'un et l'autre à cette jeunesse sérieuse qui surveille aujourd'hui la fille de nos malheurs et l'esclave de notre gloire , la liberté : qu'elle la garde bien !

J'ai eu communication , sur les écoles de l'Allemagne , des notes instructives de M. Barchoux , et je me suis hâté d'eu profiter.

J'ai rencontré dans MM. les directeurs de nos bibliothèques et de nos archives nationales cette urbanité, cette complaisance qui ne se lasse jamais et qui les rend si recommandables à leurs compatriotes et aux étrangers.

Enfin, M. Dauiello a recherché les manuscrits, les livres, les passages que je lui indiquois dans le

PREFACE

cours de mon travail : je lui dois ce témoiguage public , et, en me séparant de lui comme du reste du monde, j'ose le signaler à quiconque auroit besoin de l'aide d'un littérateur instruit et laborieux. Qu'ai-je encore à dire ? Rien , sinon cet adieu que la bonhomie de nos auteurs gaulois disoit autrefois au lecteur dans leurs préfaces. J'imiterai leur exemple ; mes longues liaisons avec le public

justifieront cette intimité. Ainsi , m'adressent à la France nouvelle : « Adieu , ami lecteur. Il vous " reste à vous votre jeunesse, un long avenir, et » tout ce qui entoure une existence qui commence; i> il me reste à moi des heures flétries et ridées , un « passé au lieu d'un avenir , et la solitude qui se « forme autour d'une existence qui finit. Tu ledor, " vale , etjuvantemautcertcvolentem, ama. »

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