‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 133 sur 201 · PREMIERE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIERE PARTIE

DE JULES CKSAK A DECE, OU OECIUS.

PRÈS avoir prêché TÉvangile, Jésus -Christ laisse sa croix sur la terre : c'est le monument de la civilisation moderne. Du pied de cette croix, plantée à Jérusalem, partent dou- .■ce législateurs , pauvres , nus , un bûton à la :r.ain, pour enseigner les nations et renouveler !a face des royaumes.

Les lois de Lycurgue n'avoient pu soutenir Sparte ; la religion de Nunia n'avoit pu faire durer la vertu de Rome au-delà de quelques centaines d'années ; un pêcheur, envoyé par un faiseur de jougs et de charrues , vient établir au Capitole cet empire qui compte déjà

dix-huit siècles, et qui, selon ses prophéties, ne doit point finir.

Depuis longtemps Rome républicaine avoit répudié la liberté , pour devenir la concubine des tyrans : la grandeur de son premier divorce lui a du moins servi d'excuse. César est l'homme le plus complet de l'histoire, parce qu'il réuni! le triple génie du politique, de l'écrivain et du guerrier. Malheureusement César fut corrompu comme son siècle : s'ilTùt né au temps des mœurs , il eût été le rival des Cincinnatus et des Fahricius, car il avoit tous les genres de force. Mais quand il parut à Rome, la vertu étoit passée ; il ne trouva plus que la gloire : il la prit faute de mieux.

* Auguste, héritier de César, n'étoitpas de cette première race d'hommes qui font les révolutions ; il étoit de cette race secondaire qui en profite, et qui pose avec adresse le couronnement de l'édifice dont une main plus forte a creusé les fondements : il avoit à la fois l'habileté et la médiocrité nécessaires au maniement des affaires qui se détruisent également par l'entière sottise ou par la complète supériorité.

La terreur qu'Auguste avoit d'abord inspirée lui servit ; les partis tremblants se turent : quand ils virent l'usurpateur faire légitimer son autorité par le sénat*, maintenir la paix, ne persécuter personne, se donner pour successeur au consulat un ancien ami de Brutus , ils se réconcilièrent avec leurs chaînes. L'astucieux empereur affectoit les formes républicaines; il consultoit Agrippa, Mécènes,

• An de Rome , 7J5. Av. J.-C. 29.

■' Haec cuin Cicsar Ua retitasset, mire senatorum aninii affecli sunt Fuenint pauci qui ejiis animum intelligerent ideoqueadstipnlarentur: reliqui aut uspicabantni- qiio liapc concilia dicta essent. aut fidem iisliabebant. Moium alteri aitificium in occultanda callide sua sententia Cssaris adniirabantur ; alteri hoc ejus proposituin : alteri xgve ejus versutiam : alteri pœnitentiani captac reipublicae procurationis ferebant : jam eniin exliteraiit qui popularcm reipublicae forniam ut turbulentani odissent ac mutationein ejus approbarent ,

Cacsarisque iniperio delectarentur proinde, cum

freciuenter etiaiu dicenti adbiic acclamassent, ubi pcroravit , multis omnes eum verbis precati sunt , ut solus iinperii summam gereret ; multisque quibus id ei persuadèrent addnctis argumentis tandem eo compulerunt ut principatum solus obtineret. (Dionis.: Hist. rom., ib. LUI , éd. Joaniiis Leunclavii , pag. 302 , 303.)

IlISTOlllQLiES.

et peut-être Virgile ' , sur le rétablissement de la liberté , en même temps qu'il envahissoit tous les pouvoirs-, se faisoit investir de la puissance législative ^, et inslituoit les gardes prétoriennes^. Il chargea les muses de désarmer l'histoire, et le monde a pardonné l'ami d'Horace.

Les limites de l'empire romain furent ainsi lixées par Auguste ^ ;

' Ad quam deliberationcin qnum Agrippain Moecenatemque adhibuissct (nam cuiu liis de omiiib^is aicanis suis communicare solebal \ prior in banc sententiani Agrippa lociitus est. (Dio.ms.. Hist. rom. , lib. LU , pag. 4ti3, edit. Joannis Leunclavii.)

In qua le diveisa- sententiœ consnllos babuit , Mœcenatein et Agrippani... qiiaie Augusti animiis biiic ferebatiir et iiiinc... Rogavit igitur Slaroneni an conférât privato bomini se in sua repubbca tyrannum facere. (Pag. ultini. vitœ Ftrgri/n tributae Donato , edit. 1699, a P. R«a?o. Parisiis.)

2 In bunc modum pugna navalis facta est i nonas septeiiibris. Id a me non frustra comraeraoratum est , dies annotare alioquin non solito; sed quod ab ea die primura Ca-sar solus rerum potitus est , imperiique ejus recensio praecise ab ea sumitur. (DiOMS. Cassu , Hint. rom., lib. LI , pag. 4'<2, edit. Joannis Leunclavii.)

Hoc auteni anno (ab Urbe condita 733) , vere iterum pênes unum honiinem summa totius reipublica; esse cœpit. Quamquam arniorum deponendorum, resque omnes senatus poputique potestati tradendi consiiiuui Cœsar agitaverit. {Ibid., lib. LUI, p. 463 ; lib. LU, pag. 474, 3»« ,n°2,pag. 40.)

^ Quod principi placuit , legis habet vigorem : utpote cum lege regia , quœ de iniperio ejus lata est , popuîus ei et in eum omne suum iiuperium et potestatem conférât. (Ulpun., bb. I, Peine, etc., de Conulit.princip.) 4 Certnin numeruui partim in urbis , partini in sui custodiam allegit, diniissa Calaguritanoruni manu quam usque addeviclum Antonium, item Germanorum quam usque ad cladem Varianam , inler arraigeros circa se habuerat. (Suet., in vita Jag.)

' Termini igitur finesque imperii romani sub Augusto crant , ab oriente Euphrates ; a meridie Nil! cataracte, et déserta Africae et mons Atlas; ab occidente Ocanus ; a septentrione Danubius et Rlienus. (Just. Lips., de Magn. rom., lib. I, cap. ui. Antuerpiœ, 1637 , 6 toni. infol.;— tom. III , pag. 579.)

Retenti fines , seu dati imperioromano fsous Claude): Mesopotamia per orlentem , Rbenus Danubiusqne ad scptentrionem , et a meridie Mauri accepere provinciis. (AUR. ViCT., Bisl. Jbrev. , i^art. II, cap. IV j SuET., Hist. rom., vol. II , pag. 127.)

Hadrianns gloria; Trajani certum est invidisse . qui ei susceperit in impcrio ; sponte propria reduclis exercitibus, Armeniam, Mesopotaniiam et Assyriam concessit ; et inter Romanos et Parlbos médium Eupbratem esse voluit. (Sext. Rlf.. Brec; Suet., IJisl. rom., vol. II, pag. 163.)

Au nord, le Riiin et le Danube ;

A l'orient , l'Euphrate ;

Au raidi . la Haute-Egypte , les déserts de l'Afrique et le mont Allas ;

A l'occident, les mers d'Espagne et des Gaules. Trajan sulijuguala Dacie au nord du Danube*, la Mésopotamie et T Arménie à l'est de l'Euphrate; mais ces dernières conquêtes furent al)andonnées par Adrien. Agricola acheva , sous le règne de Domitien , tle soumettre la Grande-Bretagne -jusqu'aux deux golfes entre Dunbritton et Edimbourg.

Sous Auguste et sous Tibère , l'Empire entretenoit vingt-cinq légions '' ; elles furent por-

' Romani imperii, quod post Augustum defensum magis fuerat , quam nobiliter ampliatum , fines longe lateque diffudit : urbes trans Rbenuni in Germania reparavit : Daciam , Decibalo vicio, subegit , proviricia trans Danubium facta in bis agris quos nunc Tecipbali , et JVetbophali et Thenbirgi habent. Ea provinciadccies centena millia passuuin in circuitu tenuit. Armeniam , quam occnpaverant Parlhi, recepit , Partbamasire occiso, quieam tenebat. Albanisregera dédit. Iberonem regem; et Sauromatorum , et Bosporanorum, et Arabum, et Osdroenoruni et Colchorum, in fidem accepit. Corduenos , Marconiedos occupavit : et Antberausium , magnaniPersidis regionem; SeleuciametCtesiphontem, Babylonem et aiessenios vicit ac tenuit ; usque ad fines et mare Rubrum accepit : atque ibi très provincias fecit, Armeniam , Assyriam , Mesopotamiam . cum his gentibus , quEB Madenam attingunt. Arabiara postea in provinciae formam redegit : iii mari Rubro classem instituit , ut per eam Imbriae fines vastaret. (Eutrop., lib. vm,cap. II et lii. Lugduni Batavorum, 1762, in-8". pag. 360 et seq.)

Trajanus, qui post Augustum romanae reipublicag movit lacertos, Araicniam recepit a Parthis. Sublato diademate; régi Armeniae majoris regnum ademit. Albanis regem dédit. Iberos, Bosporanos , Colchos,in lidem romanae ditionis accepit. Saracenorum loca et Arabum occupavit. Corduenos et Marcomedos obtinuit, Anthemusiam , optimam Persidis regionem, Seleuciamque et.Ctesiphontem ac Bahyloniam accepit et tenuit. Usque ad Indiae fines post Alexandrum accepit. In mari Rubro classem instituit.(SExT. Ruf., Brev, Suet., //ïa/. rom., voL II, pag. 163.)

2 Quartaœstasobtinendis.quaepercurrerat, insumpta. Ac, si virtns exercituum et romani nominis gloria pateretur, inventus in ipsa Britaunia terminus. (Tac. 4qric., cap. XMII, SUET., //ÏAf. com., vol. Ilï, pag. 366.)

Britannise situm populosque multisscriptoribusnumeratos , non in comparationem curie ingeniive referam ; sed quia tune primum perdomita est. (Tac. , /Igric. cap. X ; Suet., Hist. rom., vol, III, pag. 369.)

' Sed pr.Tcipuuin robur Rhcnum juxta, commune in

ilO

KTini'S

tées à trente sous le règne d'Adrien'. Le non)l>ie des soldats qui composoient la légion ne fut pas toujours le même ; en le fixant à douze mille cinq cents hommes, on trouvera qu'un si vaste état n'étoit garde, du temps des premiers empereurs, que par trois cent vingtdeux mille cinq cents, et ensuite par trois cent soixante-quinze mille hommes. Six mille huit cent trente et un Romains proprement dits , et cin(i mille six cent soixante-neuf alliés où étrangers formoient le comjjlet de la légion : sous la tyrannie, ce n'étoit plus Rome, c'étoient les provinces qui fournissoient les Romains. Les Cellibériens furent les premières troupes salariées introduites dans 1 s légions -. Rome avoit combattu elle-même pour sa liberté ; elle confia à des mercenaires le soin de défendre son esclavage.

Seize légions bordoient le Rhin et le Danul>e 3; deux étoient cantonnées dans la Dacie.

Geniiaiio; Gallosiinc siibsifliiim , octo Icgiones erant. Hisp.uiiœ recens perdomita.', tribus tiabebantiir Mauros Jiiba iTX acce|ierat doniiiii pnpiili romani. Caetera Africae per duas lesiones, pariiiue numéro vEgyptus. l;eliiiic iiiitio ab Syria iisqiie ad flumen Eiiphratem, (|uaDtuin ingenti terranim liues ambitur, quatuor legionibus coerc ta : accolis Ibero Aibanociueetaliis regilms, qui raaguitiidine nos.tra proteguntnr adversum externa impcria. El Tliraciaui Rhiemetalces ac liberi Colyis; ripaiiique Danubii legiouum lu Pannonia , ducere in Mœsa aUinebaiit: totidem apud Dalmatiam localis; (juje posilu rrgionis a tergo illis, ac, si repentituim auxilium Italia posceret , liaud procul accireiitur. Tac, Ann.. lib. IV, cap. v; Slet., Hiàt. rom , vol. II; pag. 183.)

Alebantur eo tcmpore legiones civium romanorurn XXIU , aut , queui alii numerum ponunt , XXV. (Dioiv., lib. I.V , cap. XXIII. Staiiiburgi, 1752, in-fol. pag. 794.)

* ArguenUlius amicis qiiod Favonius) maie cedcret Iladriano, de verbo qnud idonei auctores usurpassent, risum jucundissimuni movit. Ail enim : « Non rccte suadetis , fainiliares , qui non patimiiii me ilium doctiorem omnibus credere , qui babet triginta legiones. » (Spart., in Adrian., cap. XV;StET., Hisl. rom., vol. II, pag. 281.)

Sub Augusto et Tiberlo viginti quinque legiones fueriint, ex Dione et Tacito ; qiiiii postca tamen auxerint, >ivdubito, etsub Trajano atqueHadriano ceitiim fuisse triginta , aut et^upra , ("Lips., de Mag^ it. Rom., lib. I, cap. IV. Antuerpiac, t637. in-fol.. toin. III, pag. 379.)

' Id modo ejus anni in Hispania ad memoriain insigne est, quod mercenariiiin inditem in castris neminem ante , qiiam tum Celtiberos, Romani habuerunt. (TiT. I,iv., lib. XXIV, cap. xLix. Liigduni Batavorum et Anistelodami, 4740 , in-4", tom. III, pag. 934.')

3 II y avoit vingt-huit légions sous Auguste , dont

trois dans la Mœsie, quatre dans la Pannonie. une dans la Norique , une dans la Rbétie ,

on peut voir la distribution dans le passage de Tacite; eiisu te on en changea le nombre et la destination.

S'd h.TC ita sub Augusto : ut tamen tetigi creverunt , et priinuin Claudius impcrator, Britannia domita . legiones in ea treslocavit. manseruntqiie. Tuin Vespasi.iiius duas etiam in Cappadocia : et Trajanus deinde ia Dacia duas. (Jlst. Lips., de. Magiiit. Rom. Ub. I, cap. IV. Antuerpi<T,t6">7, infol., loin. III, pag. 379.)

Sous le règne d'Alexandre Sévère , il n"en restoit que dix-neuf des vingt huit d'Auguste , les autres ayant été ou dissoutes ou i-éuiiics, ainsi que Dion le dit ; mais d'autres y furent ajoutées par les successeurs d'.\uguste.

Alebantur co tempore (Augnsti xvo) legiones civium romamorum xxin , aut, queni alii numerum ponunt , quinque et vigenti ; noslro Icmporc solœ novemdecini ex iis restant: nempe sccunda legio Augusta, cujns in Superiori Britannia sunt hyberna : très Tcrtise , una in Phœnicia , Gillica nomine : altéra in Arabia , Cyrcnaica dicta li'gio: tertia Augusta in Niimidia: qu.irta, Scytica , in Syria :qu;nta Maccdonica , in Dacia : scxia; dua?, una in Infcriori Britannia , Vicirix ; altéra in Jud;e i , Ferrala : srptima in Mysia siiperiore , Claudiana, praecipue nuncnjiata : octava, Augusta, in Germania superiore ; décima utraque geraina , cum qiia; in Pannonia superiore, tiim qnœ in Judjea posita est : undecima in Mysia inferiore, Claudiana cognomento (ha; dua? legiones a Claudio suut nominatae . quod adversus eum in seditione Camilli non rebellassent ) : duodecima in Cappadocia, Fulminifera : décima tertia geiuina in Dacia : décima quarta geniina in Pannonia superiore : décima quinta Apollinaris, in Cappadocia: viccsima Valcriact Victrix, in Britannia superiore versantes : quam vicesimam , ut niihi videtur . eamdem cura ea Icgione, oui pariter nomen est Vicesimae ; et cui hiberna in superiore sunt Germania (quamvis non ab omnibus Valeria dicatur . neque bodie id nomen retineat), Augustus acceptam scrva\it. Hae itaque legiones Augusti supersunt , rplic]uis aut omnino dispersatis , aut ab ipso Augusto , et aliis imperatoribus . inter esteras legiones admixtis, unde Geminarum appellatio tracta putatur. — Ac quoniam quidein semel de legionibns dicere cœpi . iiibct reliquas etiam superstites , ab aliis inperatoribus deinc^ps lectas , lioc loco referre, ut qui de bis cognoscere ciipit, uno omnia loco facilius percipiat. Nero legionem primam , Italicain nuncupatam, instituit in inferiori Mysia hyemantem : Galba primam Adjiitriceni , in inferiori Pannonia . scptiraam in Hispania: Vespasianus secundam Adjntricem, in Pannonia inferiori , quartam in SjTia Harsaiu : Domitianus primam Minensiam, in Germania inferiori : Trajanus secundam .Egyptiam, et trig^simam Germanicam, quibus a suo nomiue nomen imposuit. Marcus Antoninus secundam in Norico , tertiam in Rha?tia : quae etiam Italic;c vocantur : Severus Parthicas primam et tertiam in Mesopotamia , secundamque Mediam in Italia. Xostro itaque tempore tôt sunt legiones civium pra?ter urbanos et pra^torianos : sub Augusto aulera seu xxiii, seu XXV icta3 alebantur, ac nnilta; etiam aliae auxiliariï". equitum peditumque et classiariorum , qiia certus

MISTOUIQI ES.

trois dans la Haute et deux dans la Basse-Germanie; la Bretagne cloit occupée par trois légions; liuil lé5i:ions, dont six séjouruoienl en Syrie et deux en Cappadoce, suflîsoient à la tranquillité de l'Orient. LÉj^ypte, rAfricpieet l'Espagne se inainlenoient en paix , chacune sous la police d'une légion. Seize mille honunes de cohortes de la vilie et des gardes prétoriennes ' protégeoient en Italie le double monument de la liberté et de la servitude, leCapitole et le palais des Césars.

Trois flottes , la première à Ravenne , la seconde à Misène, la troisième à Fréjus , veilloient à la sûreté de la Méditerranée orientale et occidentale -; une quatrième commandoit l'Océan, entre la Bretagne et les Gaules; une cinquième couvroit lePont-Euxin , et des bar-

Hiimenis railii non constat. (Dio.\.. lib. LV , cap. xxni cf Liv. — Hciniburgi, 1732, in-fol., pag. 79'<et seq.)

'.OÏTc !7co/j.œr&j)JA«:<>;5, p^-jotoi ôvtsç, v.cd £=y.cf.yr, rîrœy- /j.ivoi , Y.cà oî r/;5 ^roJ.î'JJs (ppovpoi éÇa/.'.GxH-'.oc rs dvrîç , y.oci

Uecies item mille prrctoiiani milites in decem divisi cntioites : ultro prœ.-i<liani , ad sex millia, in quatuor cjliortes distiibuti. (Dion., lib. LV, cap xxiv. Ilamburgi , 1732, in-fol. pag. 797.)

Totidem (legionibtis' , apud Dalmatiam locatis , qnapositu regionis a tergo iliis, ac si repenlinum auxiliuui Italia posceret, baud procul accirentur : quauiqiiain incideret uibem propri us miles, très urban;r, novcni pra;toriœ cohortes , Etruria ferme Uiubriaque dek'ct;c , aut vetere Latio, el coloniis aiitiquitus romanis. (Tac, yJnn.. lib. IV, cap. v,- Suet., Hisl. lom., vol. III, pig. 183.) Elles furent augmentées sous Vitelliiis.

Insuper confusus , pravitate vel andiitu , ordo militioe. S''dpcim prsetori;e, quatuor urbanœ cobortes scribebantur, quels singida millia iufssent. (Tac, Hist. ,\i\i. II cap. xcin ; Si;et., Hist. rom., vol, III , pag. 311.)

^ Ex militaribus copiis legioncs et auxilia provinciatim distribuit ; classem Miseni , et Alteram Ilavenna; , ad tutelam superi et inferi maris , collocavit. 'SLET.,.^(/g., cap. XLix; -Suet., Hut. rom., vol. III, pag. 30.)

Italiam utroque mari du.c classes , Misenum apud et Uavennam, proximumque Galliœ littus rostratœ navcs pra'sidebant , qiias actiaca Victoria captas Augustus in oppidum Forojuliense miserai, valide cum rcmige. Tac, Ânn., lib. IV, cap. V; Suet., Hist. rom., vol. m. pag. 183.)

Apud iMisenum ergo et Ravenaam singul.e legiones cura classibus stabaut , ne longiusa tutela urbis absccderent : et cum ratio postulasse! , sine mora , sine circuitu ad omncs mundi parles navigio pervcnirent. (v ECET.. lib. IV . cap. xx\r. Vesalia; Clivonun, 1670, in- 8", pag. 133.)

ques montées par des soldats slatioimoient sur le Rhin etle Danube ' : telle étoit la l'orce régulière de l'Euipire. Cette force, accrue graduellement, ne s'élevoit pas toutefois audelà de quatre cent cinquante mille liommes, au moment où des myriades de lîarbares se préparoient à l'attaquer. 11 est vrai que tout I Romain étoit réputé soldat, et que dans certaines occasions on avoit recours aux levées extraordinaires , connues sous le nom de rotijuration ou (làvociiiion, et exécutées par les lonquisitoies'-. Onarboroitdans ce cas du tuuudte deux pavillons au Capitole, un rouge, poiurassembler les fiuitassins, l'autre bleu , pour réuuirles cavaliers.

Une ligne de postes fortifiés, surtout au bord du Rhin et du Danube ; dans certains endroits des murailles ; des manufactures d'armes, placées à distance convenable, complétoient le système défensif des Romains. Ce système changea peu depuis le règne d'^Vuguste jusqu'à celui de Dèce. On ajouta .seulement à la défense ce que l'expérience avoit fait juger utile.

Sous Auguste s'alluma cette guerre de la Germanie, où Varus perdit ses légions.

Lorsque Auguste entroil dans son douzième consulat, et que Caius César étoit déclaré prince de la jeunesse, que se passoit-il dans un i)etit coin de la Judée?

« Vers ce même temi)s, on publia un édit 'I de César Auguste pour faire le dénombre- '' ment des habitants de toute la terre.

« Joseph partit aussi delà ville de Nazaieth, <i qui est en Galilée , et vint en Judée à la ville "de David, appelée Bethléem, parce qu'il « étoit de la maison et de la famille de David ;

' Igiturdigressus castellis Vannius , funditur praîlio : quamquam rébus adversis, laudalus quod et pugnain manu capescit, et corpore adverso vulnera exccpit. Cœterum ad classem in Danubio opperiealem perfugit. TiC, .4nn., lib. XII, cap xxx ; SIET., Hisl. rom., vol. III, pag. 224.)

Nam per llbeni (piidem ripam quinquaginta amplius oastclla dirc'xit, liomiain et Geeoniam cum ponlibus Junxit, classibus(|ue firmavit. (Hou., lib. IV , cap. xii; Suet., Hist. rom. , vol. II, pjg. 31.)

' Qui rcmpuhllcam .salram esse vult , me srqunlnr, ilisoit le onsul. Tumullus quasi timor mullits , vel a Tumeo.i Cic PhV.)

KTUDES

« Pour sfe faire enregistrer avec Marie , son « épouse, qui éloit grosse.

« Pendant qu'ils étoient en ce lieu , il arriva « que le temps auquel elle devoit accoucher « s'accomplit.

« Et elle enfanta son fils premier-né ; et, H l'ayant emmailloté , elle le coucha dans une Il crèche , parce qu'il n'y avoit point de place n pour eux dans l'hôtellerie.

« Or , il y avoit aux environs des bergers qui H passoient la nuit dans les champs, veillant « tour à tour à la garde de leur troupeau.

« Et tout d'un coup un ange du Seigneur se « présenta à eux , et une lumière divine les en- « vironna , ce qui les remplit d'une extrême n crainte.

« Alors l'ange leur dit : Ne craignez point, " car je vous viens apporter une nouvelle qui « sera pour tout le peuple le sujet dune grande « joie.

<( C'est qu'aujourd'hui, dans la ville deDa- " vid, il vous est né un Sauveur, qui est le •1 Christ. »

Ces merveilles furent inconnues à la cour d'Auguste , où Virgile chantoitun autre enfant: les fictions de sa muse n'égaloient pas la pompe des réalités dont quelques bergers étoient témoins. Un enfant de condition serviie, de race méprisée, né dans une étable à Bethléem*, voilà un singulier maître du monde, et dont Piome eûtété bien étonnée d'apprendre le nom ! Et c'est néanmoins à partir de la naissance de cet enfant qu'il faut changer la chronologie et dater la première amiée de l'ère moderne *.

Tibère, successeur d'Auguste**, ne se donna pas comme lui la peinede séduire les Romains; il les oppruna franchement , et les contraignit à le rassasier de servitude. En lui commença cette suite de monstres nés de la corruption romaine.

Le premier dans l'ordre des temps , il fut

; Auguste, an de Rome . 734 ; an de J.-C, i".

' La vraie chronologie doit placer la naissance de Jésiis-Chi ist au 23 décembre de lan de Rome 731 , la vingtssptième année du règne d'Auguste; mais lere commune la compte, comme je l'ai remarqtié , de l'an 734 lie la fondation de Rome.

"An de J.-C. M.

aussi le plus habile ; tout dégénère , même la tyrannie : des tyrans actifs on arrive aux tyrans fainéants.

Tibère étendit le crime de lèse-majesté qu'avoit inventé Auguste. Ce crime devint une loi de finances , d'oîi naquit la race des délateurs ; nouvelle espèce de magistrature que Domitien déclara sacrée sous la justice des bourreaux ^

Tibère sacrifia les droits du peuple aux sénateurs , et les personnes des sénateurs au peuple, parce ([ue le peuple, pauvre et ignorant , n'avoit de force que dans ses droits , et que les sénateurs, riches et instruits, ne tiroient leur puissance que de leur valeur personnelle.

Tibère mêloit à ses autres défauts celui des petites âmes , la haine pour les services qu'on hii avoit rendus , et la jalousie du mérite : le talent inquiète la tyrannie ; foible , elle le redoute comme une puissance; forte, elle le hait comme une liberté.

Les mœurs de Tibère étoient dignes du reste de sa vie; mais on se taisoit sur ses mœurs, car il appeloit ses crimes an secours de ses vices : la terreur lui faisoit raison du mépris.

La guerre des Germains continua sous ce prince : elle servit aux victoires de Germanicus , et celles-ci préparèrent le poison qui les devoit expier. Les triomphes de Germanicus lui coûtèrentlà vie : il mourut de sa gloire , si j'ose parler ainsi.

L'année où sa veuve, la première Agrippine, après de longues souffrances , alla le rejoindre dans la tombe, le Fils de l'Homme achevoit sa mission ; il rapportoit aux peuples la religion , la morale et la liberté au moment où elles expiroient sur la terre.

* Legem majestatis reduxerat : cui nomen apud veteresidem, sed aliain judicium veniebant. Si quis proditione exercitum aut plebem seditionibus denique , niale gesta republica , majestatem populi romani minnisset. Facta arguebantur. dicta impune erant, Primus Augustus cognilionem de famosis libellis specie legis ejus tractavit . commotus Cassii Severi libidine ,*qua vires feminasque illustres , procacibus scriptis diffamaverat. MoxTibcrius, consultante Pompeio Macro prstore : an judicia mnjestalis redclerenlur? Exercendus leges c.s-.vc, respondit. (Tac, ^>i«.,lil). I, cap. Lxxii, pag. 128 et 129. Edit. 1713, a Christ. Hauftio Lcipsick. — Cod., lib. IX, tit. VMi, Jd legem Juliam viajeslatù. — Digcst. eodem.)

IIISTORIQLES.

(I Cependant la mère de Jésus, et la sœur de " sa mère , Marie , femme de Cléophas , et <i Marie-Madeleine , se tenoienl auprès de sa " croix.

« Jésus ayant donc vu sa mère , et près d'elle '• le disciple qu'il aimoit , dit à sa mère : Fem- <i me , voilà votre Fils.

« Puis il dit au disciple : Voilà votre mère. (I Et depuis cette heure-là , ce disciple la prit (I chez lui.

« Après , Jésus sachant que toutes choses » étoient accomplies ; alin qu'une paroîe de " l'Écriture s'accomplît encore , il dit : J'ai " soif.

Il Et comme il y avoit là un vase plein de vi- <i naigre, les soldats en emplirent une éponge, « et , l'environnant d'hysope , la lui présentèn rent à la bouche.

« Jésus , ayant donc pris le vinaigre , dit : « Tout est accompli. Et baissant la tète, ilren- " dit l'esprit. »

A cette narration, on ne sent plus le langage et les idées des historiens grecs et romains ; on entre dans des régions inconnues. Deux mondes étrangement divers se présentent ici à la fois : Jésus-Christ sur la croix , Tibà'e à Caprée *.

La publication de l'Évangile commença le jour de la Pentecôte de celte même année. L'Église de Jérusalem prit naissance : les sept diacres Etienne, Philippe, Prochore, Nicanor, Timon, Parménas et îNicolas, furent élus^ Le premier martyre eut lieu dans la personne de saint Etienne - ; la première hérésie se déclara par Simon le magicien ^, et fut suivie de celle

' Tibère. An de J.-C. 33.

* Et elegerunt Stephanum, virum plénum fide et spilitu sancto,et Philippum et Prûchoriira, et Nicaiioreni et Tiinonein, et Paiiiienani et Mcolauni advenain Antiochenum. (.y4ct. Jpoat. r. S., pag. 289. Lyon, 1684.)

2 Et lapidabant Stephanum invocantem et dicentem : « Domine Jesu, suscipe ?pirituni memn. »

'Simon nitnirura quidam Samarilanns, in vico cni Gittlion nomen est, natus sub Claudio Caesare... propter magicas quas exhibait virtules deus habitiis , et statua apud eos veiuti deus lionoratur : quae statua in amne Tiberi, inter duos pontes est erecta, latinam liane li.ibens inscriptionem : Siinoni deo sanclo : ac Samaritani prope omnes, ex aliis nationibus etiam perpauci, iilum quasi prinium deum essecontilentes, adorant quoijue. (Juff.. Mait. ApoL, lom. II, pag. 69.)

d'Apoltonius de Tyane. Saul , de persécuteur qu'il étoit , devint l'apôtre des gentils sous le grand nom de Paul. Pilate envoya à Rome les actes du procès du fils de Marie ; Tibère proposa au sénat de mettre Jésus-Christ au nombre des dieux '. Et riiistoiie romaine a ignoré ces faits.

Après Tibère , un fou et un imbécile, Caligula* et Claude, furent suscités pour gouverner l'Empire, lequel alloit alors tout seul et de luimême, comme leur prédécesseur l'avoit monté, avec la servitude et la tyrannie.

Il faut rendre justice à Claude ; il ne vouloit pas la puissance : caché derrière une porte pendant le tumulte (jui suivit l'assassinat de Caïus, un soldat le découvrit , et le salua empereur 2. Claude , consterné , ne demandoit que la vie ; on y ajoutoit l'empire , et il pleuroit du présent.

Sous Claude commença la conquête de la Grande-Bretagne : né à Lyon , l'empereur introduisit les Gaulois dans le sénat.

Les Juifs persécutés à Alexandrie députèrent Philon à Caligula. Hérode Antipas ^ et Pilate

' Caligula. An de J.-C. 37. Claude. An de J.-C. 41

'Pilato de chrislianorum dogmate ad Tiberium referente , Tiberiiis retulit ad senatuui , ut inter caetera sacra reciperetur. Verum, cumex consultu patrum christianos eliminari Urbe placuisset, Tiberius posl edictum, accusatoribus christianoium comniinalus est niorlem , scribit Tertullianus in J-pologelico. (EusEB., Cjes. , Clivon. An. Dom. xxxviii. — Bâle. )

2 Neque niulto post, rumore caedis exterritus, processit ad solarimn proximum, interque praetenta foribus vêla se abdidit : latentem discurrens forte gregarius miles, animadversis pedibus , e studio sciscitandi quisnam esset, agnovit, extractunique, et pr;e metu ad genua sibi accidentem, imperatorem salutavit. yUa Claudii, cap. II, pag. 202; édit. de I7G1, par ophelot de La Paus". — Paris.)

5 Anno Uomini 38 , — régnante Caligula , — Herodes Lugdunum Grilli* mitlitur in exiliinn. (Joseph. l8-t4. )

Interea Tiberius duobus et vigenti circiter annis sui priacipatiise.\actis, vivendi finem fecit: postquam Caïus imperium suscepit , et continue Judaeorum principatum tradidit. Agrippae simul et Pbilippi ac Lysianae tetrarcliias, cum quibus et paulo post Herodis eidem pariter contulit. Ipsum vero Herodcm qui vel in Johannis nece autor extiterat , vel in passione Domini interfuerat , multis excruciatum niodis, œtenio damnât exilio : sicut Josepims in liis qus supra inseruimus scribit. (EtSEiin C^s., Uisloricp, lib. II. pag. 482 ; edif. 1339. Basilea;, per Henriciim Pétri, in-'i'^j

Voici le passage (lu'Eusèbe, d'après Nicéphore et Jo-

KTUDES

furent relég:ucs dans les Gaules. Corneille est le premier soldat romain qui reçut la foi.

Le nombre des disciples de l'Évangile s'accroît, les sept Églises de l'Asie-Mineure se fondent. C'est dans Anlioche que les disciples de l'Evangile reçoivent pour la première fois le nom de cUrétieus '. Pierre, emprisonné à Jérusalem par Hérode Agrippa , est délivré miraculeusement. Ce prince d'une espèce nouvelle , dont les successeurs étoient appelés à monter sur le trône des Césars , entra dans Rome ^, le bâton pastoral à la main , la seconde année du règne de Claude *. Avant de se disperser pour annoncer le Messie , les apôlres composèrent à Jérusalem le symbole de la foi. Cette charte "des chrétiens, qui devoit devenir la loi du monde, ne fut point écrite : Jésus- Christ n'écrivit rien : sept de ses apôtres n'ont laissé que leurs œuvres ; il y en a d'autres , dont on ne sait pas même le nom ; et la doctrine de ces inconnus a parcouru la terre ! Jean enseigna dans l'Asie-Mineure , et retira chez lui Marie, que le Sauveur lui avoit léguée

sèjjlie {Antiq. j'-d.), rapporte dans l'endroit indiqué :

In tantas et tam graves calamitates, ut fL-rtiir, incurrit, ut necessilate adductus, sibi propria m.inu mortem conscisceret,suoruini|ue ipscsceletum vindcx existeret. (EusEC, Hhl. eccles., lib. U, cap. vu.)

* Et annuni totum conversati saut ibi in ecclesia, et docuerunt turbani multara, ita ut cognominarentur primuni Anliocliiae discipuli christiaui. ( Jet, Apostolor., cap. XI, vers, xxvi, pag. 293. Lugduni, I68'<.)

- Continue namque, in ipsis Claudii temporibus, clementia divine Provideutiae probatissinuim omnium apostoiorum et maximum lidei, magnificentixet virtutis merito (irimorum principem Petnmi , ad urbem Roniam, velutadversum humani generis conuuunem perniciem repugnaturnm deducit, ducem (pieradam et magistrum niililiœsua;, scientem, divina pracliagcrere, et virtutum castra ductare, iste advenicns ex Orienlis partibus , ut cœlestis quidam negociator, mercimouia divini luminis, si (juis sit comparare [laratus, arlvcxit, et saliitaiis pra?dicationis verl)o primus in urbe Roma Evaugelii sui clavjlms jauuam regni eu li-stis aiieruit. (Elseb. Ces., Eccles. Hist., lib. Il , pag. 487, edit. Basileae, per Henric. Pétri; i3j9, h\-h°.)

Petrus apostolus , natione Galilœus , christianorum pontifex, eu m primum Antiodienam Ecclesiam fundasset. Romam proficiscitur, ubi Evangelium, prœdicans viginti quincpie annis ejus uibis opiscopus persévérât. (EusEBU Cœsnris Chronicon, D. Hieronymo luterprete. Anno Dom. 44, pag. ""edit.; Basilene.per Henricum Pétri, 133).)

' Claude, cmp. Pierre , pape. An de .I.-C. 47.

du haut de la croix ; Philippe alla dans la Haute- Asie, André chez les Scythes, Thomas chez les Parthes , et jus((H'aux Indes oii Barthélemi porta l'évangile de saint Matthieu , écrit le premier de tous les évangiles. Simon prêcha en Perse , Matthias en Ethiopie, Paul dans la Grèce ; Marc, disciple de Pierre, rédigea son évangile à Rome , et Pierre envoya des missionnaires en Sicile , en Italie , dans les Gaules, et sur les côtes de l'Afrique. Saint Paul arrivoit à Éphèse lorscpie Claude mourut, et il catéchisa lui-même dans la Provence et dans les Espagnes.

Nous apprenons par les épîtres de cet apôlre que les premiers chrétiens et les premières chrétiennes à Rome furent Epenitas , Marie , Andi onic , Junia , Ampliat, L rbain, Stachys , Appelés. Paul salua encore les fidèles de la maison d'Aristobule et ceux de la maison de Narcisse ' , le fameux favori de Claude. Ces noms sont bien obscurs, et ne se trouvèrent point dans les documents fournis à Tacite ; mais il est assez merveilleux , sans doute , de voir , du point où nous sonmies parvenus , le inonde chrétien commencer inconnu dans la maison d'un affranchi que l'iiisloire a cru devoir inscrire dans ses fastes.

De même que tous les conquérants sont devenus des Alexandres , tous les tyrans ont hérité du nom de Néron*. On ne sait trop pourquoi ce prince a joui de cet insigne honneur, car il ne fut ni plus cruel que Tibère , ni plus insensé que Caligida , ni plus débauché qu'Éliogal)ale : c'est peut-être parce qu'iltuasamère, et qu'il fut le premier persécuteur des chrétiens. Peut-être encore son enthousiasme pour les arts donna-t-il à sa tyrannie un caractère ridicule qui a servi à la faire remarquer. Le beau ciel de Baia et des fêtes étoient les tableaux où Néron aimoit à placer ses crimes.

Les sénateurs qui le condamnèrent à mort lui prouvèrent qu'im artiste ne vit pas partout, comme il avoit coutume de le dire , en chantant sur le luth '-. Ces esclaves , qui jugèrent

* Salutate eos qui sunt ex Narcissi domo , qui simt in Domino. {Ep. 16, 15. PAiJLiarf Romanos, vers. H.) ' Xéron , emp. Saint Pierre. An de J.-C. 34. = Proedictum a matlieraaticis Neroni oliui erat, fore

niSTORIQUKS.

leur maître tombé , n'avoient pas osé l'atla- (jiier debout : ils laissèrent vivre le tyran ; ils ne tuèrent que l'histrion.

L'incendie de Rome dont on accusa les chrétiens que Ion confondoit avec les Juifs , produisit la première persécution * : les martyrs étoienl attachés en croix comme leur Maiire , ou revêtus de peaux de bêtes et dévorés par des chiens, on enveloppés dans des tuniques impréiïnées de poix , auxquelles on mettoit le feu * : la matière fondue couloit à terre avec le sang. Ces premiers flambeaux de la foi éclairoient une fête nocturne que 'Scron donnoit dans ses jardins : à la lueur de ces flambeaux il conduisoit des chars.

Paul, accusé devant Félix et devant Festus, vient à Rome où il prêche l'Evangile avec Pierre ^.

Hérésie des Ts'icolaîtes , laquelle avoit pris son nom de Nicolas , un des premiers «ept diacres. Saint Jacques, évêque de l'Eglise juive , avoit souffert le martyre. La guerre de Judée commençoit sous Sexlus Gallus , et les chrétiens s'étoient retirés de Jérusalem.

Apollonius de Tyane, débarqué dans la capitale du monde pour voir , disoit-il, quel animal c'éloit qu'un tyran-', s'en fit chasser avec

ut quandoque destilueretnr. Unde vox ejiis cdeberrima : ro Ts/vîov râia ycûa Tp^pu. (SuET. in vila ]\'eronis.) • An de J.-C. 64.

« Pone Tigeninum , tacda lucebls In llla

Qua stariles ardent : qui fixo gullure Tumant El latum média sulcum dcdiicil arena.

JoT., Sut. i, vers. 139.

Afflicti periculis cliristiaiii.(SLET., in vita Aeronis. pag. 230, cap. XVI.)

Nero quœsitissimis pœnis adfecit, quos per flagitia invisos, \a\gus chrislianos appellabat.

Et pereunlibiis addita ludibiia ut ferarum tergis contecti. laniatu canuni interirent, aiit crucibusaftixi, aut flammandi , at(iue ubi defcci-set dies , in usimi nocturni luininis uterentur. (^Tacit., Annal , lib. XV, édit. deBarliou.)

2 Cuin autem venissemus Romam , permissiim est Paulo manere sibiniet ciim custodiente se milite, {/ict. Jposl., cap, XXVIII, vers. 16.)

Mansit autem biennio in suo conducto : et suscipiebat omnes qui itigrediebanlur ad eiim.

Piaîdicans regnuni Dei , et docens quaî sunt de Domino Jesu-Cbi-isto, cum omnl fiduci.i, sine probibitione.

' Pra;tcrea tantum qui peragraverim terranun, quantum antea mortalinm nenio , bclluasque viderini aiabi-

les autres philosophes. Pierre et Paul , enfermés dans la prison Mamerline au pied du Capitule , sont mis à mort * : Paul a la tête tranchée, comme citoyen romain, auprès des eaux Salviennes , dans un lieu aujourd'hui désert , où l'on voit trois fontaines , à quelque distance de la basilique appelée Saint-Paul-horsdes-murs, qu'un incendie a détruite au moment même de la mort de Pie VII. Pierre, réputé Juif etde condition vile, fut crucifié latêteenbas sur le mont Janicide , et enterré le long de la voie Aurélia, près du temple d'Apollon' : là s'élèvent aujourd'hui le palais (hi Vatican et cette église de Saint-Pierre qui lutte de grandeur avec les plus imposantes ruines de Rome.

cas , indicasqne varii generis; haec tamen beliua quani tyrannum vulgo vocant, neque quot onpita babeat novi, neque nlriiin curvis uiignilius serralisque sit dentibus. Kai à).).oi ér:=).6(ay y/jv, o'vjv o-Jj:tii rij atùp'jiz'jii, 6-^pia jj.k-j ApaSioi re xai lyôiv.ix !ra;/.îri>J.a sWt/V, to <Σ di;piiiv to-jto ô xa- ).ojGfj 01 TzoXXoi Tjptxv'jo'j, o-jTî. o^zo-jcu ■/Liipv.XcAi a\)T'Ji olàa, o-jTZ S! yci:;x'S/jrrjy/jGTS xai -/.ap/jxpiâoji esTl. {PHII,0ST., in

vila Âj). Tijan.)

■An de J.-C. 67. 29 juin.

* Paul uni |iroindi' Uomœ, eo régnante, securi percussimi , et Petrum etiam suffixuin cruci, historiarum moniimenlis proililuui est: quin etiani iiisigiiis ac testata Pctri ac Pauii inscriptio , qu;e in cœmeteriis Bornaad iioc usquç tempus manct , Iiujus rei gestae fidem facit: atque hœc ila se liabere confirmât itidem vir eccle.siaslicus, Gains noniiMC, qui Zcpbyrini, pontilicis romani teuiporibus vixit, inque disputatione scriptisproditaî...

Ego, inquit, apostolorum tropsa perspicue possum ostendcre: nam, si lubet in Vaticaiiuni prolicisci, aut in viam quœ Osti nsis dicitur, te conferre, tropœa eorum qui istam Eccle-iam suo serraoneet virtute stabilivcrunt, invenies. P(irro Diouysius , Corintbiornm epis'jopus, iilos ambos martyriiiui eodem teuipore i)ertulisse, sic ad Romanos scribens commémorât : Petrum et l'aulum, qui Ilomauos et Corinibios primum in Ecclesiam Cliristi inscruerunt prudenli quadam admonitione impulsi , in unum locum conclu -isti.s .. Xam ainl)o... eodem tempoie paritcr martyiiuui subierunt. (EiiSfcBll Hisl. eccldiast-, lib. II , pag. 49.)

Petrus ad extremum cum Uom;e vcrsaretur, capite dcorsuin statulo , sic < nim perpeti cupiebat, cruci suffixusest.... Quid attinet de Paulo dieere?... Xerone snmmam rerum administrante, martyrio occubuit. Ista ab Origi'ue ad verbum tertio tomo Commentario; uin quos scripsit in Genesim rêvera conimemorala sunt. (I/jid.. lib. III, cap. i, pag. 31.)

Pctrns ad terram capilc verso cnici affixus est in Valicanojuxta viam Triumpbalem sepultus... Panlus vero gladio anlmadvcr^us et via Ostiensi sepultus. i^Uabom., Martyr., p3^. 289.)

ETUDES

Néron ne savoit pas sans doute le nom des deux malfaiteurs de bas lieu , condamnés par les magistrats : etc'étoient, après Jésus-Christ, les fondateurs d'une religion nouvelle, d'une société nouvelle, d'une puissance qui devoit continuer l'éternité de la ville de Roniulus.

* Lin, dont il est question dans les épîtresde saint Paul , succéda à saint Pierre ; saint Clément ou saint Clet , à saint Lin.

Le peuple romain aima Néron , il espéra le retrouver après sa mort dans des imposteurs ; quelques cliréliens pensèrent que Néron étoit l'Ante- Christ , et qu'il reparoîlroit à la fin des temps ' ; le monde païen l'attendoit pour ses délices , le monde chrétien pour ses épreuves.

Ce fut encore sous le règne de Néron que saint Marc fonda l'Église d'Alexandrie qui commença surtout parmi les thérapeutes , secte juive, livrée à la vie contemplative ^, et qui servit de premier modèle aux ordres monastiques chrétiens. Les thérapeutes différoient des esséniens qui ne se voyoient cpi'en Palestine , et qui vivoient en commun du travail de leurs mains. L'école philosophique d'Alexandrie mêla aussi ses doctrines à celles du christianisme , subtilisa la simplicité évangélique , et produisit des hérésies fameuses.

• Néron , emp. Lin , pape. An de J.-C 67-68 . Clet ou Anaclet, Clément, papes. An de J.-C. 68-77.

* Nero,.. Dignus exslitit qui persecutionem in eliristianos priinus inciperet , nescio an postienius expient : si (|uidem opinione multorum rcccptiiin sit , ipsiiin Antc- (ihristum veuturum. (Sulpitii Srveri, Sacrœ Hist., lib. II, pag. 93; cdit. Eizeviiiana ; Lugduni Batavorum, anno 1643.)

Cacterum ciim ab code fine seculi (pircreremus , ait nobis (S. Martinus\ Nei'oneiii et Ante-Cbristum priiis esse venturos : Aeroneni in occideiitali plaga regibus subactis decem , imperaturum , perseculionem autem ab eo hactenus cxercendam , ut idola gentiuin coli cogat. (sui.PiTii Severi Z)ia/o^. ii, pag. 306, edit. ead.)

' Aiuiit Marcum primum iu /Egyptnm trajecisse... Atque tanta liominum et mulierum fideni cbristianani amplexantium ex prima aggresione et conatu , pergrave in priniis, sanctuin et severum ejus vivendi exemplum ibi cogebatur multitude , ut Philo ipse eoruni studia , exercitationes , mores, fréquentes congressus , comniunem inter ipsos victus rationem , suis scriptis persequi , operae pretium existimaret.,. Apud nos ùTAvirai id est inonaclii... appellati sunt... Ab Hebraeis , utvidetur, ducebant originem. Propterea permulta vetera instituta, propius ad Judœorum consuetndinem accedcnlia, observabant. (Euseb.; Hist. ecclcs., lib. II, pag. 29.)

La mort de Néron causa une révolution dans l'état. L'élection passa auxlégions , et la constitution devint militaire. Jusque-là la dignité impériale s'étoit maintenue dans la famille d'Auguste par une espèce de droit de succession : le sénat , il est vrai , et les prétoriens avoient plus ou moins ajouté de la force à ce droit , mais enfin l'élection étoit restée attachée à la ville éternelle et au sang du premier des Césars. Usurpée par les légions , elle amena des choses considérables ; elle muUijilia les guerres civiles, et partant les causes de destruction ; l'armée nommant son maître , et ne le recevant plus de la volonté des sénateurs et des dieux , anéprisa bientôt son ouvrage. Les Barbares , introduits dans l'armée , s'accoutumèrent à faire des empereurs : quand ils furent las de donner le monde , ils le gardèrent.

Dans le despotisme héréditaire il y a des chances de repos pour les hommes ; il perd de son âpreté en vieillissant. Dans le despotisme électif, chaque chef surgit à la souveraineté avec la force du premier-né de sa race , et se porte à l'oppression de toute l'ardeur d'un parvenu à la puissance : on a toujours le tyran dans sa vigueur élective , tandis que la nation qui ne se renouvelle pas reste dans sa servitude héréditaire. Et comme l'empire romain occupoit le monde connu ; comme l'empereur pouvoit être choisi partout , de là cette diversité de tyrannies , selon que le maître venoit de l'Afrique, de l'Europe ou de l'Asie. Toutes les variétés d'oppression répandues aujourd'hui dans les divers climats s'asseyoient par l'élection sur la pourpre où chaque candidat arri voit avec son caractère propre et les mœurs de son pays.

Séjan qui , profitant de la jalouse vieillesse de Tibère , avoit empoisonné Drusus , amené la disgrâce , et par suite la mort d'Agrippine et de ses deux fils aînés , n'atteignit point le troisième fils de Germanicus. Celui-ci fut Caïus Caligula : Claude , son oncle , frère de Germanicus , proclamé empereur par les prétoriens, et surtout par les Germains de la garde, eut de Messaline l'infortuné Britanuicus. Agrippine , sœur de Caligula et fille de la première Agrippine , femme de Germanicus, épousa en secondes noces son oncle Claude , et ui fit adopter Néron , qu'elle avoit eu de son

IIISTORIQCLS.

premier mariage avec Domitius Ahénobarbus Néron , parvenu à l'empire, après s'être défait de Britannicus, fut contraint de se tuer. En lui s'éteiunit la famille d'Auguste. Malgré les vices et les crimes qui l'ont rendue exécrable, cette famille eut dans ses manières quelque chose d'élevé et de délicat que donnent l'exercide du pouvoir, l'habitude des richesses , les souvenirs d une lignée historique. La maison de Jules prétendoit remonter d'un côté à Énée par les rois d'Albe , de l'autre à Clausus le Sabin , et à tous les Claudius , ses fiers descendants.

Galba , qui prit un moment la place de Néron , étoit encore de race aristocratique ; mais après lui commence une nouvelle sorte de princes. Toutes les fois qu'un grand changement dans la constitution d'un état s'opère , les anciennes familles disparoissent ; soit ([u'elles s'épuisent et s'éteignent réellement , soit qu'obéissant ou résistant au nouveau pouvoir, elles disparoissent dans le mépris qui s'attache à leur soumission , ou dans l'oubli qui suit leur fierté. Le despotisme étoit aristocratique par l'élection du sénat ; il devint démocratique par l'élection de l'armée.

Remarquons , sous la première année du règne de Néron , la naissance de Tacite : il parut derrière les tyrans pour les punir, comme le remords à la suite du crime. Tite-Live étoit mort sous Tibère. Tite-Live et Tacite se partagèrent le tableau des vertus et des vices des Romains ; les exemples rappelés par le premier furent aussi inutiles que les leçons tlonnées par le second.

Pendant le règne de Néron , la Grande-Bretagne se soideva et fut écrasée ; les Parthes remuèrent et furent contenus par Corbulon ; les Germains restèrent trancpiilles , hors les Frisons et les Ansibares , qui voulurent occuper le lon^ du Rhin le pays (pie les Romains laissoient inculte. Le vieux chef des Ansibares, repoussé par le général romain , s'écria . «Terre I) ne peut nous manquer pour y vivre ou pour » y mourir ' . » Nous devons compter les Ansibares au nombre de nos ancêtres ; ils firent

' Déesse nobis terra in qua vivainus , in ([ua morianiur. non potest. (Tacit.. yJnnal., lib. XIII , pjg. 238. Apud Barbon , Parisiis , 1779.)

dans là suite partie de la ligue des Francks. * Galba , Othon et Vitellius passèrent vite ; ils eurent à peine le temps de se cacher sous le manteau impérial. Galba avoit dit à Pison , dans le beau discours que lui pi ète Tacite , que l'élection remplaceroit pour le peuple romain la liberté : cette liberté ne fut que la décision de la force.

Quekpies mots de Galba sont dignes de l'ancienne Rome dont il conservoit le sang. Des légionnaires sollicitoient une gratification nouvelle : <i Je choisis des soldats , répondit-il , et I) ne les acliète pas ' . »

Othon venoit de soulever les prétoriens ; un soldat se présente à Galba l'épée nue , affirmant avoir tué Othon : « Qui te l'a ordonné? » dit le vieil empereur -.

Gali)a fut massacré sur la [ilace publique. Entouré par les séditieux qu'avoit soulevés Othon , il tendit la gorge aux meurtriers en leur disant : «Frappez si cela est utile au peuple romain. » Sa tête tomba ; elle étoit chauve : un soldat , pour la porter, fut obligé de l'envelopper dans une étoffe ^. Cette tète auroit dû mieux conseiller un vieillard de soixante-treize ans : étoit-ce la peine de mettre une couronne sur un front dépouillé?

Othon avoit voulu l'empire ; il l'avoit voulu tout de suite , non comme un pouvoir, mais connue un plaisir. Trop voluptueux pour régner, trop foible pour vivre , il se trouva assez fort pour mourir. Ses soldats ayant été battus parles légions de Vitellius, il se couche, dort bien, se perce à son réveil de son poignard'',

• Galba, Othon, Vitellius, emp. Clet, Clément , papes. An de J.-C. 68-69.

' Légère se militera , non emere consuesse. (Sueton., in vit. Galb.)

- Qiio auctore ? {Id. ibid.)

3 Suétone ajoute qucbiues circonstances à ce récit :

Ju^ulatus est ad lacum Curtii , ac relictusita uti erat, donec gregarius miles , a frumentatione rediens, abjccto onere, ca|)ut ei amputavit : et (pioniam capillo prx" calvitie arripere non poterat, in grcniium abdidil : niox inscrto perospolliee ad Olhonenidetulit. (Slet., invita Gnlbœ, pag. 298 et 299.)

•• Postiiœc , sedata siti gelid.-c acpia; potione , arripisit duos piigi(mes, et exploiata utriusque acie , cum all(;rum pulvinosiibiiidisset , foiibusadopertis , arcli>simo somiio quievil : et circa lucem démuni expcrgefaclus, luio se trajicit ictu infralajvam papillam. (Suet. in vita O//i0«îi-,pag. 308.)

ils

l'ïlDES

et s'en va à petit bruit, sans avoir lu le dialogue (le Platon sur rimmortalito île l'àme , sans se (lëcliirer les entrailles. Mais Caton expira avec la liberté ; Otlion ne quittoit que la puissance.

Vitellius , qui n'est guère connu que par ses excès de table , et dont le preuiier monument ttoit un plat \ Yitellius , successeur dOthon , cassa les prétoriens qui s'éloient déclarés contre lui. Bientôt il est attaqué par Primus, vainqueur au nom de Vespasien : on se bat dans Rome ; des lUyriens , des Gaulois , des Germains légionnaires s'égorgent au milieu des festins , des danses et des prostitutions.

Yitellius fuit avec son cuisinier et son boulanger ; rentré dans son palais , il le trouve désert; saisi de terreur, il court se cacher dans la loge d'un portier, près de laquelle étoient des chiens qui le mordirent-. 11 bouche la porte de cette loge avec le lit et le matelas du portier ; les soldats arrivent , découvrent l'empereur, l'arrachent de son asile. Les mains lices derrière le dos , la corde au cou , les vêtements déchirés, les cheveux rebroussés, Yitellius, demi-nu, est traîné le long de la voie Sacrée. Son visage rouge de vin , son gros ventre , sa démarclie chancelante comme celle d'un Silène', sont des sujets d'insulte et de risées.

* Hanc (cœnam frad-is) quocine siiperavit dedicatione jvitrix, qiiam ob iir.mcnsam iii.igniiudinem, Clijpeiim MiiieiTce , aiyiôo: -zoXw'jv.o-j dicUtabat. (Suet., invita Jul. ntelL. pag. 317.)

Hanc patinam , cuin fictilis esse non posset propter iiiagnitiulini'in , argenleani fecit : eaipie diu permansit, voluti res diis conseniata , qiiuusipie Adrianus eamdcm oonsiiicatiis, coiiflari juksit. (Dion., hUl. rom., de ViletL, lib. LXV , pag. 733.)

= Confugitipie in cclluiam janitoris , rcligato pro foribns caiir. Slet., in viia Jul. T'iie^L. |)ag. .'21.)

Vitrllius , soi-dido atlritoipie sasalo aniiclus, se abdit in oliscmuin locuin ubi canes alel)aiitnr : sed investigains inventusiiuc.pann'sobsilus et sanguine perfiisus , liiiod eum canes htserant , depi-cheiidllur. (,Dio.\., liist. rinn , lib. LXVI.)

3 Uelig.itis post terga nianibus , injccto cervicibus laquco, veste discissa, seniinudusin Forum tractus est inler magna rcrum verborumque hulibria, per totum via; Sacnc spalium, reducto coma capite , ceu noxii soient , atque eliam mento niucione gladii suljjecto ut visendani prœbcivt faciem , neve siibmilteret ; quibusdam stercorcet cœno incessrntilms . aliis inrenàiarintn (t pfl/i'iiarJ'J/jn vociferantibus.p irte vulgi etiamcorpnris viti 1 exprolirantc : erat enim in eoenormis procerita-,

On rajtpelle incendiaire , gourmand , ivrogne ; on lui jette des ordures; on lui attache une épée sur la poitrine , la pointe sous le menton , pour le contraindre à le\ er la tète qu'il baissoit de honte ; on l'oblige de regarder ses statues renversées , et dont les inscriptions portoient qu'il étoit né pour le bonheur et la concorde des Romains ^ . Enfin , après l'avoir accablé d'outrages et de blessures , on l'achève ; son corps est jeté dans le Tibre , sa tète plantée au bout d'une pique. Yitellius s'assit à l'empire qu'il avoit pris pour un banquet : ses convives le forcèrent d'achever le festin aux Gémonies.

Les Sarmates Rhoxolans furent battus pendant le court règne d'Othon. Tandis (pie Yes- [lasien attaquoit Yitellius, les Daces attaquoient la M(rsie , et furent repoussés par Mucien. Civilis fit révolter les Bataves, et les Germains , alliés de Civilis , insultèrent les frontières romaines.

La mort de YiteUius suspendit le cours de ces ignominieuses adversités. Quatre-vingts années de bonheur, interrompues seulement par le règne de Domitien, commencèrent à l'élévation de Yespasien. On a regardé cette période comme celle où le genre humain a été le plus heureux ; vrai est-il , si la dignité et l'indépendance des nations n'entrent pour rien dans leurs félicités.

Les premiers tyrans de Rome se distinguèrent chacun par un vice particulier, afin qu'on '^ jugeât ce que la société peut supporter sans se dissoudre ; les bons princes qui succédèrent à ces tyrans brillèrent chacun par une vertu dif-

facies rultida, plerumque ex vinolentia , venter obesus . allerum fémur subdeljile. (SUKT., in Ki/a Aul. Filell., l.ag. 322.)

* Vitellium infeslis mucronibus coactuni , modo erigere os et offerre contumdis, nnnc cadentes statuas suas , pleruiuque rostra , aiit Galliœ occisi locuni contueri. (Tacit., Histor., lib. IV, pag. 476; édit. de Barbou.)

StatusC équestres cum plurifariam ei ponerentur. . laurea religiosissime circunidederat. (Suiït., in vita ntell. )

Solutuni a latere pngionem , consuli primum deinde , illo récusante . magistratibus ac mox singnlis senatoribus porrigens, nuUo recipieiite quasi inaede Coueordia; positurus aljscessit : sed quibusd.im acclamautibus iiisitm esse roncttrdiam , rediit : nec solum se relincre f.rrum affirmavit, veruni eliam Concordiœ rccipcre Ct)gnoini'n. Siet., ih.)

IliSTOlllQLiiS.

ild

férente, afin qu'on sentît l'insuffisance des qualités personnelles pour lexistence des peuples, quand ces qualités sont séparées des institutions.

Tout ce qu'on peut iniaL,nner de mérites divers parut à la tète de l'Empire : ceux qui possédèrent ces mérites pouvoient tout entreprendre : ils n'étoient gênés par aucune entrave; héritiers de la puissance absolue ils étoient maîtres d'employer pour le Itien l'arbitraire dont on avoit usé pour le mal. Que produisit ce despotisme de la vertu? rétablit-il la liberté? préserva-t-il l'empire de sa chute? rson. Le iïenre humain ne tut ni amélioré ni clianifé. La fermeté régna avec Yespasien , la douceur avec Titus , la générosité avec Nerva , la grandeur avec Trajan, les arts avec Adrien, la piété avec Antonin, enfin la philosophie monta sur le trône avecMarc-Aurèle, et l'accomplis- .senient de ce rêve des sages n'amena aucun bien solide. C'est qu'il n'y a rien de durable , ni même de possible , quand tout vient des volontés et non des lois ; c'est que le paganisme , surAivant à l'âge poétique, n'ayant plus pour lui la jeunesse et l'austérité répu!)licaines , transformoit les hommes en un troupeau de vieux enfants , sans raison et sans innocence.

11 y avoit dans l'empire des chrétiens obscurs, persécutés même par Marc-Aurcle , et ils faisoient avec une religion méprisée ce que ne pouvoit accom{ilir la philosophie ornée du sceptre: ils corrii^eoient les mœurs, et fondoient une société qui dure encore.

* '\'^es[>asien mil fin à la guerre de Civilis , et à la révolte d'où .sortit la touchante aventure d Éponine. Cette Gauloise doit être nommée dans une histoire des François.

Du petit nombre de ces hommes (pie la firospérité rend meilleurs, Titus ne fut point olili::é de soutenir au dehors l'honneur de l'Empire; il n'eut à combattre (jue ses passions : il les vainquit pour devenir les délices du genre humain. On a voulu douter de sa constance dans la vertu , au cas que sa vie se fût prolongée ' : pourquoi calomnier le néant d'un avenir si vain qu'il n'a pas même été?

'Vcspasicn, Titus, emp. Clément, pape. An de J.-C. e9-8l.

' rio?i., pag. 73'».

On appliqua à Titus et à Yespasien les prophéties quiannoncoient des conquérants venus de la Judée '. Le Messie de\oit être un prince de paix : en consé((uence ^ espasien fil bâtir à Rome , et consacrer à la l'aix éternelle , un temple qui vit toujours la guerre , et dont les fondements mis à nu aujourd'hui ont à peine résisté aux a.ssauts du temps. Le véritable prince de paix étoit le roi de ce nouveau peuple (pii croissoit et mulli[)lioit dans les calacombes , sous les pieds du vieux monde passant au-dessus de lui.

Saint Clément écrivit aux Corinthiens pour les inviter à la concorde. Il raconte que sainl Pierre avoit souffert plusieurs fois , que sainl Paul , battu de verges et lapidé , avoit été jeté dans les fers - « sept leprises différenies. 11 indique l'ordre dans le ministère ecclésiastique , les oblations , les offices , les solennités : Dieu a envoyé Jésus-Christ , Jésus-Christ les apôtres; les apôtres ont établi les évèques et les diacres.

La religion accrut sa force sous les règnes de Yespasien et de Titus , par la consonimation d'un des oracles écrits aux livres saints : JérusaJem périt,

La guerre de Judée avoit commencé sous Néron. La multitude des Juifs cpii se trouva à Jérusalem , l'an 66 de Jésus-Christ , pour la fête des azymes, fut comptée par le nombre des victimes pascales : il se trouva qu'on en avoit immolé deux cent cinf|uante-six mille cinq cents''. Dix et quelquefois vingt convives s'assembloient pour manger un agneau, ce qui donnoit , pour dix seulement , deux millions cinq cent cinquante-six mille assistants purifiés.

* Pluribiis persuasio inerat, antiquis sacerdotum litteris contineii, eo ipso tcmpore fure ut vah-sceret Oriens, profectique Juilœi reiiini polircitm- : qiiœ aniliages Vcspasianum ac Tiiuin piaedixerant. (Tacit., //j*7 .lijj. V, cap. XIII.)

' P.triis non iinum aut alteniin , scd plures l ibores sustiilit...PaiilnsproijU'i ainulatioiifmlnviiiculaseptics conjcctus, verberibus ctsus , lapidatns , patienlla» pia-niium reportavit. Clemektis ad Coiiiith. eiisl., pag. g.)

3 Hoslianim quidem diicenta et qiiinquaginta sex millia <t qningentas niimeravere. vJosepu., Hell. JucL, lib.VII, Cip. xvu, pag. 960.)

E TLD lis

Des prodiges annoncèrent la destruction du Temple : une voix avoit été entendue qui disoit : Sortons d'ici. Jésus , fils d'Ananus , courant autour des murailles de la ville assiégée , s'éloit écrié : « Malheur! malheur sur la ville ! » malheur sur le temple ! malheur sur le peu- )) pie! malheur sur moi '/ » Famine, peste et guerre civile au dedans de la cité ; au dehors les soldats romains crucifioient tout ce qui vouloit s'échapper r les croix manquèrent , et la place pour dresser les croix. On éventroit les fugitifs pour fouiller dans leurs entrailles l'or qu'ils avoient avalé. Six cent mille cadavres de pauvres furent jetés dans les fossés , par-dessus les murailles. On changeoit les maisons en sépulcres, et quand elles étoient pleines on en fermoit les portes. Titus, après avoir pris la forteresse Antonia , attaqua le Temple le 17 juillet 70 de Jésus-Christ, jour où le sacrifice perpétuel avoit cessé , faute de mains consacrées pour l'offrir. Marie, fille d'Eléazar , rôtit son enfant et le mangea ^ dans la ville où une autre Marie avoit enseveli son fils. Jésus- Christ avoit dit aux femmes de Jérusalem après le prophète : « Un jour viendra où l'on <i dira : Heureuses les entrailles stériles et les « mamelles qui n'ont point allaité ! »

Le Temple fut hrûlé le 8 d'août de cette année 70, ensuite la ville hasse incendiée, et la ville haute emportée d'assaut. Titus fit abattre ce qui restoit du Temple et de la ville, excepté trois tours ; on promena la charrue sur les ruines. Telle fut la grandeur du butin, que le prix de l'or baissa de moitié en Syrie. Onze cent mille Juifs moururent pendant le siège , quatre-vingt-dix-sept mille furent vendus ■' ; à

* Vocem audiere , quae iliceret : Mlgremus hinc. Supra murumeniincircuiiiieiis iteruni: « Vas', vael civitati , ac fcino , ac populo , » voce inaxima claniit:ibal : cum auteiii ad extremum addidit : Fœ elùun rnihi: lapis tormento niissus euin statiin peremit , animamtiue adhuc omnia illa geineiitein dimisit. (.Joseph., da Belto Jud., l\h. Ml. pag. 96.)

2 Mulier qux'dam... Maria nomine.de vice Vetezol)ra... vi aninii de necessitate compulsa... raptoqiie (ilio quem lactentem habebat... occidit , coctumque médium comedi, adoperlum(iue relii|uum servavil. (JosiiPD.. lib. VII, cap. VIII. pag. 934 et 933.)

' Et captivoruni quidem omnium qui toto belle comprehensi sunt, nonaginta et septem millia comprebensiis estniunerus, mor.uoium vero per omne tempus obsi-

peine trouvoit-on des acheteurs pour ce vil troupeau. A la fête de la naissance de Domitien, à celle de l'anniversaire de l'avènement de Vespasien à l'empire ( 24 octobre 70 et I " juillet 71), plusieurs milliers de Juifs périrent par le feu et les bêtes , ou par la main les uns des autres , comme gladiateurs. A Rome , Titus et son père triomphèrent de la Judée : Jean et Simon, chefs des Juifs de Jérusalem , marchoient enchaînés derrière le char. Des médailles frappées en mémoire de cet événement représentent une femme enveloppée d'un manteau, assise au pied d'un palmier, la tète appuyée sur sa main , avec cette inscription : la Judée captive.

Les chrétiens trouvoient dans cette catastrophe d'autres sujets d'étonnement que la multitude païenne : il n'y avoit pas trois années que saint Pierre étoit enseveli au Vatican ; saint Jean, qui avoit vu pleurer Jésus-Christ sur Jérusalem, vivoit encore, peut-être même, selon quelques traditions , la mère du Fils de l'homme étoit encore sur la terre ; elle n'avoit point encore accompli son assomption en laissant dans sa tombe , au lieu de ses cendres, sa robe virginale ou une manne céleste *.

Les Juifs furent dispersés : témoins vivants de la parole vivante , ils subsistèrent , miracle perpétuel, au milieu des nations. Étrangers partout, esclaves dans leur propre pays, ils virent tomber ce Temple dont il ne reste pas pierre sur pierre, comme mes yeux ont pu s'en convaincre. TJne partie de leur population enchaînée vint élever à Rome cet autre monument où dévoient mourir les chrétiens. Le ciseau sculpta sur un arc de triomphe qu'on admire encore les ornements qui briUoient aux pompes de Salomon , et dont, sans ce hasard, nous ignorerions la forme : l'orgueil d'un prince romain et le talent d'un artiste grec ne se doutoient guère qu'ils fournissoient une preuve de plus de la grandeur de la nation vaincue et de ses mystérieuses destinées. Tout devoit servir, gloire

dioiiis nndecies ceutum millia. (Joseph., de BelloJud.. lib. VII, cap. XVII.)

*Piuriini asseveraiit quia in si^pulchro ejus , noniiisi mannainveniturquod scaturire cernitur. {DeAssumpl. B. Mariœ termo , Iributus divo UL'romjmo, tom, IX , pag. 6-.)

lUSTORlQCKS.

et ruine , à rendre éternelle la mémoire du peuple que Moïse forma , et qui vit naître Jésu5^-Christ.

Le Capitole, incendié dans les désordres qui sig:nalèrent la fin de Yilellius , étoit la proie des flammes presque au moment où le temple de Jérusalem brùloit. Domilien fit dans la suite la dédicace du nouveau Capilole : l'autel de la servitude y remplaça celui de la liberté ; on eut encore le malheur de n'y pouvoir rétablir l'image fameuse du chien , dont les gardiens répondoient sur leur vie. Soixante millions furent employés à la seule dorure de cet édifice. Jupiter , en vendant tout l'Olympe , disoit Martial ', n'auroit pu payer le vingtième de cette somme. Le dieu des Juifs avoit prononcé la destruction de son temple , et Julien essaya vainement de le relever.

La grande peste et l'éruption du Vésuve qui fit périr Pline le naturaliste sont de cette époque '■*.

Ébion , Cérinthe , Ménandre, disciple de Simon, a'.loient prêchant leurs hérésies. Les philosophes furent de nouveau exclus de Rome. C'étoient Euphrate, Tyrien, d'abord ami et ensuite adversaire d'Apollonius de Tyane. Démétrius le cynique, Artémidore, Damis le pythagoricien , Épictète le stoïcien , Lucien l'épicurien, Diogène le jeune cynique , Héras et Dion de Pruse ; Musonius seul trouva grâce auprès de Yespasien.

Le pape Clément acheva de gouverner l'Eglise la soixante-dix-septième année de Jésus- Christ ; il céda sa chaire à saint Anaclet*, pour éviter un schisme ^ On attrilnie à saint Clé-

i Quantum jam supcrls, Cœsar, cœioque ilcrfisti,

SI rcpel.is , et si rreditor esse Vclls. Grandis In oethereo llcet auctio fiiil Olynnpo,

COijanlurque dci veiideie (|Uldquid babenl; Conturboblt Atlas, et nuii erit iinda tola ,

Décidât tecuni qua pnler Ipsedeiim.

Pro caplioitnls, qiiid eiilin tlbl solveie templis.

Qiiid pro Tarpelo fr-indis lionore potiTO? Quid pro culniliilbsis geniinls raalrona Toniin'.is?

l'.nllida prœteriO; res agit i!la tuas.

Ould loquar Alcldetn, Pliœbunique, piusquc Lacnnas,

Addita qiiid I.atiu lla^la leiiipla polu? Expeclcs, eisiisllneas, AUi^uste.neres^e est :

!Sam tibi quodsolvot iiou bab^t arra Jovis.

(Maut., lib. is, Epifjr. i.)

■ Plin., lit). XXXIV , cap. VII.

'Anaclet. pape. An de J.-C. 77.

= .\cccpit iinpositionem maniiuin cpiscopatus , et eo

ment les ouvrages les [ilus anciens après les livres canoniques.

Jamais fière ne ressembla moins à son frère que Domitien à Titus*. Sous Domilien , les peuplades du nord , pressées peut-être par le grand corps des Golhs qui s'approchoient. remuèrent aux frontières de l'Empire. Domitien fut battu par les Quades et les iMarcomans en Germanie ; il acheta la paix de Décébale, chef des Daces , en lui payant une espèce de redevance annuelle. Ce premier exemple de foiblesse profita aux Barbares : selon les temps et les circonstances , ils continuèrent à vendre aux empereurs une [>aix dont le prix leur servoit ensuite à recommencer la guerre.

Domitien vaincu ne s'en décerna pas moins les honneurs du triomphe : il prit avec raison le surnom de Dacique. 11 donna des jeux , se consacra des statues , et se traîna dans la gloire où d'autres empereurs s'ét oient précipités.

Ses armes furent plus heureuses dans la Grande-Bretagne. Agricola battit les Calédoniens, et sa flotte tourna l'île au septentrion.

Un coup funeste fut porté à l'Empire par l'augmentation de la paie des soldats ; leur influence, dt^à trop considérable, s'accrut; le gouve;nement dégénéra en république militaire : il faut toujours que la liberté , d'ellemême impérissable , se retrouve quelque part.

Domitien persécuta les philosophes * que l'on confondoitavec les chrétiens : ils se retirèrent à l'extrémité des Gaules, dans les déserts de lu Libye et chez les Scythes. Apollonius , interrogé par Domitien, montra du courage ei une rude franchise.

On commença à voir de tous côtés la succession des évêques : à Alexandrie, Abilius succéda à saint Marc : à Rome , saint Évariste b saint Clet; Alexandre 1" ou Sixte 1"' à saint

recsisnto rfinoratiis est (dicil iniiii in tina epislola f.na : S('C!'ilo, nlj'-o . eiigatiir imiiuliis Dei...; Cletiis conslitiiitiir. vEpipiun.us co/iii'/ l.œresrs, cap. vi.)

• Domitien, empereur. Anaclet. Évaiiste.SiAte, papes. An de J.-C 8i-97.

*PliiIosopliia autem adco pertcn-ita est, nt , Iiahitii mntato , alii in cxti-emam Galliam aiifuscrent . alii in Libyic Scylliifcipie déserta. fEusEB., C/(/oii., ami. 92: PuiLOST., vit. JpoU.. lib. VII, cap. iv.)

LltUtS

Évaiiste. Vers la fin de son règne , Domilien se jeta sur les fidèles. L'apôtre saint Jean , relégué dans l'île de Pathmos, eut sa vision. Flavius Clément, consul et cousin germain de l'empereur qui destinoit les deux enfants de Clément à l'Empire , avoit embrassé la foi , et fut décapité. L'Évangile faisoit des progrès dans les hauts rangs de la société.

* Domitien assassiné, Nervane parut après lui que pour abolir le crime de lèse-majesté ' , punir les délateurs, et appeler Trajan à la pourpre : trois bienfaits qui lui ont mérité la reconnoissance des hommes.

Sous le règne de Trajan, l'Empire s'éleva à son plus haut point de prospérité et de puissance. Cet acbnirable prince n'eut que la foiblesse des grands cœurs : il aima trop la gloire. Vainqueur deDécébale, il réduisit la Dacie en province. Cette conquête, qui fut un sujet de triomphe . devoit être un sujet de deuil , car elle détruisit le dernier peuple qui séparoit les Golhs des Romains. Trajan porta la guerre en Orient , donna un roi aux Parthes. prit Suze et Ctésiphon, soumit l'Arménie , la Mésopotamie et l'Assyrie , descendit au golfe Persique, vit la mer des Indes , se saisit d'un port sur les côtes de l'Arabie; après tout cela il mourut, et son successeur, soit sagesse, soit jalousie, abandonna ses conquêtes.

Il faut placer à la dernière année du premier siècle de l'ère chrétienne la mort de saint Jean à Éphèse ; il ne se nommoit plus luimême dans ses dernières lettres que le vieillard ou le prctre , du mot grec presbyteros. « Mes enfants, aimez-vous les uns les autres. » Telles étoient ses seules instructions. Il avoit assisté à la Passion soixante-six ans auparavant. Saint Jude, saint Barnabe, saint Ignace , saint Poiycarpe , se faisoient connoître par leurs doctrines. Les successions des évoques étoient toujours plus abondantes et plus connues : Ignace et Héron à Antioche , Cerdon et Primin à Alexandrie. Après le pape Évariste vinrent Alexandre , Sixte et Télesphore, martyr. Les chrétiens souffrirent sous Trajan , non précisément comme chrétiens , mais comme

• Nerva, Trnjnn. cmp. Evaiiste, Alcxaii;irc T AndeJ.-C. 97-118. ' Claude avoit tc:it6 cette abolition.

papes.

faisant partie de sociétés secrètes. Une lettre de Pline le Jeune , gouverneur de Bithynie, fixe l'époque où les chrétiens commencent à

paroitre dans l'histoire générale. «

(1 On a proposé un libelle 'sans nom d'auteur , « contenant les noms de plusieurs qui nient (I d'être cl:rétiens , ou de l'avoir été. Quand « j'aivu qu'ils invoquoient les dieux avec moi, « et offroient de l'encens et du vin à votre ima- « ge , que j'avois exprès fait apporter avec les « statues des dieux , et de plus qu'ils maudis- « soient le Christ , j'ai cru devoir les renvoyer; (I car on dit qu'il est impossible de contraindre (( à rien de tout cela ceux qui sont véritable-

« ment chrétiens Voici à quoi ils di-

« soient que se réduisoit leur faute ou leur (I erreur: qu'ils avoient accoutumé de s'assem- (I hier un jour avant le soleil levé, et de dire (< ensemble, à deux chœurs, un cantique en « l'honneur du Christ comme d'un dieu ; qu'ils (I s'obligeoient par serment , non à un crime , (( mais à ne commettre ni larcin , ni vol , ni (I adultère , ne point manquer à leur parole et « ne point dénier un dépôt; qu'ensuite ils se (I retiroient; puis se rassembloient pour pren- (I dre un repas , mais ordinaire et innocent ; « encore avoient-ils cessé de le faire depuis « mon ordonnance , par laquelle, suivant vos (I ordres, j'a\ ois défendu les assemblées. . . . (( I^a chose m'a paru digne de consultation , (I principalement à cause du nombre des accu- « ses ; car ou met en péril plusieurs personnes « de tout âge , de tout sexe et de toute condi- « tion. Cette superstition a infecté non-seule- « ment les villes , mais les bourgadeset la cam- « pagne, et il semble que l'on peut l'arrêter et la « guérir. Du moins il est constant que Ion a (. recommencé à fréquenter les temples presque <i abandonnés , à célébrer les sacrifices solen- « nels après une grande interruption , et que « l'on vend partout des victimes, au lieu que « peu de gens en achetoient. D'où on peut ai- « sèment juger la grande (piantitéde ceux qui (I se corrigeront, si on donne lieu au repentir. » L'univers chrétien a depuis longtemps dé-

* Pour ne pas refaire moi-même ce qui est très-bien fait, j'emprunte la traduction de Fteury, d'un style plus naturel et plus franc que l'élégante traduction de Sacy.

IIISTOniQl KS.

menti les espérances de Pline. Mais quels rapides et étonnants progrès ! Les temples abandonnés ! on ne trouve déjà plus à vendre les victimes ! et Tévangéliste saint Jean venoil à peine de mourir.

Trajan, dans sa réponse au gouverneur, diliju'onne doit pas cl.ercher les chrétiens; mais que, s'ils sont dénoncés et convaincus , il les faut punir : (juant aux libelles sans nom d'auteur, ils ne peuvent fournir matière à accusation; les poursuivre seroit d'un trèsmauvais exemple, et indigne du siècle de Trajan * .

L'histoire offre peu de documenta plus mémorables que cette correspondance d'un des derniers écrivains classiques de Rome et d'un des plus grands princes qui aient honoré l'Empire, touchant l'état des premiers clnétie;is.

Adrien* maintint la paix en l'achetant des Barbares , peut-être parce que son prédécesseur avoit trouvé plus honorable et plus sûr d'employer le même argent à leur faire la guerre. Naturellement envieux des succès , il ne pardonna pas plus à ApoUodore l'architecte, qu'à Trajan l'empereur. Voyageur couronné, grand athninistrateur , ami des arts dont il renouvela le génie, il visita les lieux célèbres de son empire ; l'histoire a remarqué qu'il évita de passer à Italica, son obscure patrie. 11 persécuta ses amis , quitta le monde en plaisantant sur son âme -, et laissant aux Romains , dignes du présent , un dieu de plus , Antinous.

Ce prince avoit fait une divinité, et pensa luimême être rejeté de l'Olympe : ce fut avec peine qu'Antonin obtint pour lui cette apothéose , par qui les maîtres du monde prolongeoient l'illusion de leur puissance.

Les hérésies se multiplioient : Saturnin , Basilide , Carpocras , les Gnostiques , avoient paru. La calomnie croissoit contre les chrétiens; ils occupoient fortement le gouvernement et l'opinion publique. Le peuple les accusoit de sacrifier un enfant , d'en boire le sang ,

<Els. , lib. m, cap. XXXIII; PLi?i., lib. X, epht. xcvii, xcviii. Tertullien a très-bien fait remarquer ce qu"il y avoit de contradictoire et d'injuste dans le rai- Bonnement et la d('cision de Trajan.

• Adrien , empereur. Alexandre {", Sixte \", Télesphore, papes. An de J.-C. H 8- 138.

■' Animula vagula, blandula, etc.

d'en manger la chair , de faire , dans leuis assemblées secrètes , éteindre les llamheaux par descliienset de s'unir dans l'ombre, au hasard, comme des bêtes.

Les philosoplies , de leur côté , attaquoienl le judaïsme et le christianisme , regardant le premier comme la source du second. A lors les fidèles commencèrent à écrire et à se défendre ; Quadrat,évêque d'Athènes, présenta son apologie à Adrien : et Aristide, autre Athénien, pul)liauneautre apologie. Adrien lit suspendre la persécution. Eusèbe nous a conservé la lettre ([u'il écrivit à Minutius Fondatus proconsid d'Asie ' : « Si quelqu'un accuse les cliré- " tiens , disoit-il , et prouve (ju'ils font quelque " chose contre les lois, jugez-les selon la faute; « s'ils sont calomniés, punissez le calomnia- « teur. n

Adrien établit des colons à Jérusalem , et bâtit parmi ses débris une ville nommée Elea Capitolina. Des Juifs, assemblés dans cette cité nouvelle, se révoltèrent encore , et furent exterminés. La Judée se changea en solitude ; on défendit aux Israélites dispersés d'entrer a Jérusalem , ni même de la regarder de loin, tant étoit insurmontable leur amour pour Sion ! Une idole de Jupiter fut placée au Saint- Sépulcre , une Vénus de marbre élevée sur le Calvaire , un bois planté à Bethléem : la consécration à Adonis de la crèche où Jésus étoit né profana ces lieux d'innocence -.

L'hérésie de Valentin , le martyre de sainte Symphorose et de ses sept fils à Tibur pour la dédicace des jardins et des palais d'Adrien, terminèrent à l'égard des chrétiens le règne de cet empereur.

Antonin * fut de tous les empereurs le plus

* Ets., lib. IV, nist.. cap. viii et ix.

- Al) Adriani temporibus nsqne ad imperium Constantini, perannos ciicitcr centum octoginta. inlocoresurrectionis simulacrum Jovis in crucis rupe, statua ex marmore Veneris a genlibus posita colebatiir, existimantibus persecutianis auctoribus ([uia toUerent nobis fidem resurrectionis et crucis , si loca sancta per idola poiluissent...

Betbieem nunc nostrara lucus inumbrabat Tbamus, id est Adonidis, et in specu ubi quondam Cbristus parvulus vagiit Veneris amasius plangcbatur. (IIieh., Jd Paulinum, pag. 102. Bàle, 1537.)

• Antonin, emp. Hygin, Pie I""^, Anicet , papes. An de J.-C. 13J-16J.

ETUDIiS

aimé el le plus respeclé des peuples voisins de l'Empire. Grand justicier, il eut avec Nunia (pielques traits de ressemblance ; soncaraclère de piété le rendit plus propre au gouvernement que ne l'avoient été les Titus et les Tra- Jan : la science des lois est liée à celle de la religion.

Sous Anlonin , les deux hérésiarques Marcionet Apelles parurent; Justin, pîiilosopi;e chrétien , publia sa première apologie adressée à l'empereur, au sénat et au peuple romain. Il parla des mystères sans déguisement. Sainte Félicité confessa le Christ avec ses fils.

Marc-Aurèle * aimoit la paix par caractère et philosophie, et il eut à soutenir de nombreuses guerres avec les BarJjares. Les Quades, qui se perdirent dans la ligue des Franks , menacèrent l'Italie d'une irruption ; les Marcomans , ou plutôt une confédération des peuples germains refoulés par les Goths, et d'autres peuples qui pesoienl sur eux , cherciièrent des établissements dans l'Empire. Ils avoient profité du moment où les légions romaines étoient occupées à défendre l'Orient contre les Parthes : la grande invasion approclioit , et le monde comraençoit à s'agiter. Marc-Aurèle ayant associé à l'Empire son frère adoptif , Marcus Verus , repoussa avec lui les agresseurs : les Marcomans et les Quades furent vaincus. A la suite de ces guerres , cent mille prisonniers furent rendus aux Romains , et des colonies de Barbares formées dans laDacie, la Pannonie, les deux Germanies , et jusqu'à Ravenne en Italie. CeUes-ci se soulevèrent , et apprirent aux Romains ce qu'ils auroient à craindrede pareils laboureurs. Cent mille prisonniers rendus supposent déjà chez les nations septentrionales une puissance et une régularité de gouvernement auxquelles on n'a pas fait assez d'attention.

Les arts et les lettres brillèrent d'un dernier éclat sous les règnes de Trajan, d'Adrien, d'Antonin et de Marc-Aurèle : c'est le second siècle de la littérature latine dans laquelle il faut comprendre ce que fournit le génie expirant de la Grèce soumise aux Romains. Alors parurent Tacite, les deux Pline, Suétone,

■ Marc-Aurèle, emp. Atiicet, Sotérc, Elcutlicre, p;)pes. Ande J.-C. 162-!8>.

Florus , Galien, Sextus Empiricus, Plularque, Ptolémée, Arien, Pausanias, Appien, Marc- Aurèle et Épictète, l'un empereur, l'autre esclave, et enfin Lucien , qui se rit des philosophes et des dieux.

Marc-Aurèle mourut sans avoir pu terminer complètement la guerre des Barbares , et après avoir été obligé d'étouffer la révolte des colonies militaires. Il laissa lEmpire à Commode son fils : faute de la nature que la philosophie auroit dû prévenir.

Si les Romains furent longtemps redevables du succès de leurs armes à la discipline , à l'organisation des légions , à la supériorité de l'art militaire, ils le durent encore à cette nécessité où se trouvoit le légionnaire de combattre dans tous les climats , de se nourrir de tous les aliments , de s'endurcir par de longues et pénibles marches. Les peuples de l'Europe moderne ( la nation franroise exceptée , pendant les dernières conquêtes de sa dernière révolution) , les peuples de l'Europe moderne, divisés en petits états , ont presque toujours combattu contre leurs voisins , ou sur le sol paternel à peu de distance de leurs foyers. Mais l'Empire romain renfermoit dans son sein le monde connu ; ses soldats passoient des rivages du Danube et du Rhin à ceux de l'Euphrate et du Nil , des montagnes de la Calédonie , de l'Helvétie et de la Cantabrie à la chaîne du Caucase , du Taurus et de l'Atlas, des mers de la Grèce aux sables de l'Arabie et aux campagnes des Numides. On entreprend aujourd'hui de longs et périlleux voyages dans les pays que les légions parcouroient pour changer de garnison : ces entreprises d'outre-mer qui rendirent les croisades si célèbres n'étoient pour les Romains que le mouvement d'un corps de troupes qui, parti de la Batavie , alloit relever un poste à Jérusalem. Le général qui se transportoit sur des terrains si divers, qui , forcé d'employer les ressources du lieu , se servoit du chameau et de l'éléphant sous le palmier , du mulet et du cheval sous le chêne , accroissoit son expérience et son génie avec le vol de ses aigles.

Le monde romain n'offroit point un aspect uniforme , les peuples subjugués avoient conservé leurs mœurs , leurs coutumes , leurs langues , leurs dieux indigènes, leurs loisloca-

IIISTOUIQUES.

les : au dehors on ne s'apercevoit de la domination étrangère que par les voies militaires, les camps fortifiés , les aqueducs , les ponts , les amphithéâtres , les arcs de triomphe , les inscriptions latines gravées aux monuments des républiques et des royaumes incorporés à l'Empire; au-dedans l'administration civile , fiscale et militaire ; les préfets et les proconsuls , les municipalités et les sénats , la loi générale qui dominoit lesjustices particolières, annonçoientun commun maître. Les Romains n'avoient imposé à la terre domptée que leurs armes , leur code , et leurs jeux.

Marc-Aurèle , stoïcien , n'aimoit pas les disciples de la croix, par une sorte de rivalité de secte : « 11 faut être toujours prêt à mourir , " dit-il dans une de ses maximes, en vertu " d'un jugement qui nous soit propre, non au " gré d'une pure obstination comme les clué- 'I tiens. 1) Il y eut plusieurs martyrs sous son règne : Polycarpe à Smyrne, Justin à Rome, après avoir publié sa seconde apologie ; les confesseurs de Vienne et de Lyon , à la tête desquels brilla Pothin, vieillard plus que nonagénaire, remplacé dans la chaire de Lyon par Irénée.

A cette époque les apologistes, tels qu'Athénagore, changèrent de langage, et d'accusés devinrent accusateurs : en défendant le culte du vrai Dieu , ils attaquèrent celui des idoles. D'une autre part, les magistrats ne furent pas les seuls promoteurs des persécutions; les peuples les demandèrent : le soulèvement des masses à Vienne, à Lyon, à Autun, multiplia les victimes dans les Gaules' ; ce qui prouve que les chrétiens n'étoient plus une petite secte bornée à quelques initiés , mais des hommes

* ( Epistolarum verba eorum citabo : ) Servi .Tesu Christi, qui Viennam et Lugdunum Galliae incolunt, fratribus in Asia cl Phrygia... pas , gloiia a Deo pâtre... xMagnitudincni afllictioiiis qui lioc loco ingravescit, ingens gcntilium otliuni, contra sanctos incitatuni... neque exprinii, neqne conipreliendi possunt... Ao priinum cruciamenta quœ confcrtini erant , et tanquani cuinulo a multitndine in illos coacervata... Vociferationes, plagas, violcntos tractns, dilaccrationes, iapidum projectiones, carceres et (iuid(iiiid deni(iue ab agresti et furiosa inultitudine contra nos, vebit contra liostes et inimicos, fieri solet. (Elseb., Hùt. eccles., lib. IV, cap. i.

nombreux qui menaçoient l'ancien ordre social, qui armoient contre eux les vieux intérêts et les antiques préjugés. La légion Fulminante étoit en partie composée de disciples de la nouvelle religion ; elle fut la cause d'une victoire rem|)ortée en 174 sur les Sarmates , les Quades et les Marcomans ; victoire retracée dans les bas-reliefs de la colonne antonine : selon Eusèbe, Marc-Aurèle reconnut devoir son succès aux prières des soldats du Christ'.

L'Evangile avoit fait de tels progrès que Méliton, évèque de Sardis en Asie, disoit à Marc-Aurèle, dans une requête : « On persé- <i cute à présent les serviteurs de Dieu... Notre « philosophie étoit répandue auparavant cliez " les Barbares ; vos peuples , sous le règne (I d'Auguste, en reçurent la lumière, et elle Il porta bonheur à votre Empire -. »

Un roi des Bretons, tributaire des Romains, écrivit, l'an 170, au pape Eleutiière, successeur de Soter, pour lui demander des missionnaires : ceux-ci portèrent la foi aux peuplades britanniques, comme le moine Augustin , envoyé par Grégoire-le-Grand , prêcha depuis l'Évangile aux Saxons vainqueurs des Bretons.

Marc-Aurèle avoit toutefois trop de modération pour s'abandonner entièrement à l'esprit de haine dont étoient animées les écoles philosophiques : il écrivit la dixième année de son règne, à la communauté du peuple de l'Asie-Mineure assemblée à Éphèse, une lettre de tolérance. Tl alla même plus loin que ses devanciers, car il disoit : « Si un chrétien est Il attaqué comme chrétien^ que l'accusé soit " renvoyé absous , quand même il seroit con-

* Eadem bistoria apud gentilcs scriptores, ([ui longe anostra rcligione dissentiunt... Noslroruni ctiam Apullinarius qui affirmât legionem , cujus precibus miraculum edcbatur, latino sernione Fulmine(i»i , usquc ab illo teniporc appellatam ; illudque nomen rei cvenluni seite exprimons, ab Aurelio Cssarc ei Iributnm. (Eu- SEB., Hiit. eccU's., bb. V, pag. 93.)

' Multo magis te obsecramus, ne tam aperto latrocinionosspoliari permittas... Divina (juam excolimus religio anlea inter Uarbaros insigniter viguit : quce cum

apud génies tuas, pra^claro et eximio Augusti regno

iloreret , ipsi imperio que potiris, cumprinds fausto ae felici pr.Tsidio fuit. (Eusëb., Uist. eccles., lib. V, cap. xx\ , pag. 108 et 103.~)

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