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impériaux par ses deux fils, jeunes et vigoureux, au lieu de les traîner lui-même'.
Odénat, qui repoussa Sapor, et vengea Valérien, est encore plus connu par sa femme Zénobie et par le rhéteur Longin^.
Baliste , Ingennus , étoient d'illustres capitaines.
On donnoit à Calphurnius Pison le nom d'homme.
Régilien fut si renommé que le sénat lui décerna les honneurs du triomphe, malgré sa révolte contre Gallien^.
Posthume, qui étendit sa domination sur les Gaules, l'Espagne et peut-être la Grande-Bretagne, eut du génie.
Son successeur Victorin possédoit de grands talents , mais avec la foiblesse qui souvent les accompagne, l'amour des femmes^.
Victoria , mère de Victorin , qui se donnoit le titre d'auguste et de mère des armées, fut la Zénobie des Gaules : celle-ci disoit d'elle : (I J'aurois voulu partager l'Empire avec Victoi( ria, qui me ressemble. » 11 n'y eut pas jus- ([u'à l'armurier Marius , élevé au rang d auguste par Victoria, qui ne se trouvât être un partisan de caractère. « Amis, dit-il à ses com- « pagnons d'armes devenus ses sujets, on me <i reprocliera mon premier état; plaise aux (I dieux que je ne sois jamais amolli par le <' vin , les tleurs et les femmes ! Qu'on me re- « proche mon état d'armurier, pourvu que les (I nations étrangères apprennent par leurs dé- « faites que j'ai appris à manier le fer ! Je dis Il ceci parce que la seule chose que pourra me Il reprocher Gallien , cette peste impudique, Il c'est que j'ai fabriqué des armcs^. »
<Z0N4R.,p,lg. 29G.
= Hist./lug., pag. 213.
' Ibid., pag. )9'(.
' Ibid., pag, 187. Cupiditas voluptatis miilierarige sic perdidit.
'^ Scio, comniilitones , posse milii objici artem pristinam, cujus mihi omnes testes estis. Sed dicat quisque quod vult : iitinam semper ferrum exerce;iin .' non vino > nonfloribus, non miilierculis , non popinis, ut facit Gallicnus, indignus pâtre suo et sui genei is nobilitate, depeream. Ars mihi objiciatur ferraria; dum me et exlerae gentes attrcctasse suis cladil)us recognoscant in Italia. Denique ut omnis Allemaiinia . omnisque Germania cum ciEteris qu.-e adjacent gentibus Romanum po-
Marius fut tué par un soldat , jadis ouvrier dans sa boutique , qui lui passa son épée au travers du corps, en lui disant : « C'est toi qui (1 l'as forgée ' . »
Après la mort de Marius, Victoria ne s'effraya point : celte Gauloise fit encore un empereur, Tétricus, gouverneur de l'Aquitaine, qui prit la pourpre à Bordeaux.
De ces divers tyrans un seul étoit sénateur, et Pison seul étoit noble. Il descendoit de Numa par ses pères ; ses alliances lui domioient le droit de décorer ses foyers des images de Crassus et de Pompée. Les Calphurniens avoient échappé aux proscriptions : on les retrouve consuls depuis Auguste jusqu'à Alexandre Sévère. Piome se couvroit de plantes nouvelles : quand ses vieilles souches poussoient quelques rejetons, ils se flétrissoient vite, et ne se renouveloient plus.
D'autres hommes de mérite , tels qu'Aurélien, Claude et Probus, servoient Gallien en attendant la souveraine puissance. Lui-même offroit un caractère sinon estimable, du moins peu commun.
Orateur et poëte-, Gallien étoit indifférent à tout, même à l'Empire. Lui apprenoit-on que l'Egypte s'étoit révoltée : « Eh bien ! disoit-il, Il nous nous passerons de lin ^. » La Gaule et l'Asie sont perdues : « Nous renoncerons à l'a- II phronitre, nous ne porterons plus de sagum Il d'Arras^. » Mais ne touchez pas aux plaisirs de Gallien ! Si le bruit d'une rébellion ou d'une invasion trop voisine menace sa paix,
pidura ferratam putent gentem , ut specialiter in nobis ferrum timeant. Vos tamen cogitetis velim , fecisse vos piincipem qui nunquam quidquamsciverit tractaie nisi ferrum. Quod idcirco dico , ([uia scio mihi a luxuriosissima illa peste nihil opponi posse uisi hoc, quod gladiorum armorum(|ue artifex fuerim. {Hist. Aug„ Trig. Tyran., pag. 300.)
' Hic est gladius quem ipse fecisll. {Hist. Avg., Trig. Tyran., pag. 300.)
- Fuit enim (quod ncgari non potest) oratione , poeraate atque omnibus artibus clarus. {Hist. Àug., pag. 469.)
3 Cnm nunciatum est ei ^gyptum dissecuisse , dixisse fertur : Quid! sine lino œgyplio essenon-possumus ?
' Cum aulem vastatam Asiam... Quid ! inquit , sine aphronilrisessenim posAwma.A?...PerditaGaIIia.., arrisisse et dixisse perhibetur : JSon sine atrebatis sagis luta retpublica est ? Hist. Àug., pag. 484.)
HISTORIQUES
il court aux armes, déploie de la valeur, écarte le danger, et se replonge avec activité dans sa paresse. Féroce pour conserver son repos, il écrivoil à l'un de ses officiers après la révolte d'Ingennus, en lUyrie : « N'épargnez pas « les mâles, quel que soit leur âge, enfants ou « vieillards. Tuez quiconque s'est permis une Il parole, une pensée contre moi'.» Il condamnoit à mort quatre ou cin(] mille soldats rebelles, tout en bâtissant de petites chambres avec des feuilles de roses, et des modèles de forteresses avec des fruits-. Un marcliand avoit vendu des perles de verre à l'impératrice pour de vraies perles : Gallien le condamne à être jeté aux bêtes, et fait lâcher sur lui un chapon ''.
A ciiaque nouvelle désastreuse, Gallien rioit, demandoit quels seroient les festins , les jeux du lendemain et delà journée '*. Le monde périssoit, et il composoitdes \ ers pour le mariage de ses neveux : « Allez , aimables enfants, sou- <i pirez comme la colombe , embrassez-vous « comme le lierre , soyez unis comme la perle <i et la nacre "". » Il piiilosophoit aussi; il ac-
' « Gallienus Veriauo.
« Non mihi satisfacies, si tantum armatos occideris, quoset fors belli interitnere potuisset. Perimendus fst oinnis sexus virilis, si et senes atque impubères, sine reprehensione nostra occiiii possent. Occidendus est qiiicunique maie voliiit , occidendus est quicumciue maie dixit contra me, contra Valeriaiii filium, contra tôt principum patrém et fratrem. Ingennus factus e->t imperator. Lacera , occide , concide : animum meum Intelligere potes; mea mente irascere , quia hue manu niea scripsi. » (Tbebell. Poll., Trig. Tyran., de Ingenno ; Hist. Aug., pag. 300 )
-Terna mlllia et ([uaterna militum, singulis diebus occidil ^pag. 476) ; cubicula de rosis fecit , de prunis castillacomposuit, uvastriennio servavit, hieme summamelones exhibuit; niustuni queniadniodum totoanno haberetur docnit , etc., etc. {Uist. Aug., pag. 473.)
3 Idem , cum ([uidam gemmas vitreas pro veris vendidisset ejus uxori , atque illa, re prodita, vindicari vellet , surripi quasi ad leoneni venditorem jussit , deinde e cavea caporiem eniitli ; miranlibusqiie ciinctis rem tam ridiculain, per curionem dici jussit : Iiiipostnram fecil et prLssus est. {HiU. Aug., pag. 47).)
■• Sic de partibus mundi cum eas amitteret jocal)atiir (p. 464; , nec ad lalia movebatur... Sed ab iis qui circa enmerant re(iuirebat: Ecquid hahemus in prandio ? erquœ votuptalen paratœ sunt ? et gualis cras eril xcena ? quates circenses ? {Hist. Aug.. pag. 467).
' Jocari se dicebat cum orbem terrarum undique per-
cordoit à Plotin une ville ruinée de la Campanie pour y établir une république selon les lois de Platon * . Au milieu de la société croulante , couché à des banquets parmi des femmes -, cet Horace impérial ne vouloit de la vie que le plaisir : tout fut troublé sous son règne ^, excepté sa personne ; il ne maintenoit le calme autour de lui et pour lui , qu'à la longueur de son épée.
Représentez-vous l'état en proie aux diverses usurpations, les tyrans se battant entre eux, se défendant contre les troupes du prince légitime, repoussant les Barbares ou les ajipelant à leur secours : Ingennus avoit un corps de Roxolans à sa solde , Posthume un corps de Franks. On ne savoit plus où étoit l'Empire: Romains et Barbares , tout étoit divisé , les aigles romaines contre les aigles romaines , les enseignes des Goths opposées aux enseignes des Goths. Chaque province reconnoissoit le tyran le plus voisin ; dans l'impossibilité d'être protégé par le droit , on se soumettoit au fait. Un lambeau de pourpre faisoit le matin un empereur , le soir une victime , l'ornement d'un trône ou d'un cercueil. Saturnin, obligé d'accepter la souveraine puissance , s'écria : " Sol- « dats, vous changez un général heureux pour " faire un empereur misérable "*. »
Et , à travers tout cela , des jeux publics ,
didisset îpag. 473 . Hujus est illud epithalamium...cum ille manus sponsorum teaeret , sœpius ita dixisse ferlur :
Ue , ail . 0 piierl , parller Eudate medulUs Omnibus Inier vus : non murmura veslru columbae, Bracbla non hederac.uon vincanl osrula concbiB. lllist. Aug., pag. 470.)
^ Gallienus et uxor ejusPlotinum honorabant ; hic igitureorum benevolentia freins oravit ut dirutamquamdam oliiniii Canipania civitateni ptiilosophis aptam instauraret, regioneuique circumfusam cult;c ci vilati donaretconcedcretque, civitateni liabitatin-is Plalonis legibus gubernari , atque ipsam civitateni Plntonopoliin
apcllari Quod facile impetrasset nisi quidam impe-
ratoris faïuiliares invidia vel indii;jialionc acriter obslitissent. (Plotim vita ejus operibus jir.Tfixa auctore.)
' Concubins; in ejus tricliniis sïpe accubuerunf. (POHPBYB., Hisl. Aiii).. pag. 476.)
' Orbem terrarum triginta prope tyrannis vastari fecit , ita ut etiam muiiercs mehus eo imperarcnt. {Uist. Aug.. pag. '(73.)
* Commilitones . bonum ducem perdidistis et mahim principemfccistis.(///A7. lu/j., Trig. T(/)'a>i., pag. 322.)
i;ti Di:s
des martyres , des sectes parmi les chréliens , des écoles chez les philosophes , où Ton s'occupoit de systèmes métaphysiques au milieu des cris des Barbares.
La peste , continuant ses ravages , emportoit dans la seule Rome cinq mille personnes par jour : disette , famine , tremblement de terre, météores, ténèbres surnaturelles, révolte des esclaves en Cilicie, rébellion des Isauriens, qui renouvelèrent la guerre des anciens pirates; tumulte effroyable à Alexandrie : chaque édifice , dans cette immense cité , devint une forteresse , chaque rue un champ de bataille ; une partie de la population périt , et le Bracliion resta vide. Et, parmi ces calamités, il faut encore trouver place pour la suite de la grande invasion des Goths.
Sapor , rentrant dans l'Asie romaine, reprit Antioclie , s'empara de Tarse en Cilicie et de Césarée en Cappadoce. Des Goths se jetèrent sur l'Italie, d'autres Goths ou d'autres Scythes sortirent une troisième fois du Pont-Euxin, assiégèrent Thessalonique, ravagèrent la Grèce', pillèrent Corinthe , Sparte , Argos , ville dej)uis longtemps oubliées, qui apparoissent dans ce siècle comme le fantôme d'un autre temps et d'une autre gloire. En vain Athènes avoit rétabli ses murailles renversées par Lysander et Sylla : Un Goth voulut brûler les bibliothèques , un autre s'y opposa : « Laissons , » dit-il, à nos ennemis ces livres, qui leur ôtent » l'amour des armes -. ) La patrie de Thémistocle fut cependant délivrée par Dexippe l'historien surnommé le second Thucydide ^, et le dernier des Grecs dans ces âges moyens et dégénérés. Athènes revoyoit les Barbares : du temps des Perses , ses grands hommes la sauvèrent : ses chefs-d'œuvre n'ont point permis aux Goths de faire périr sa mémoire.
Enfin, les Goths allèrent brûler le temple
* Les auteurs varient sur l'époque de cette invasion ; les uns la placent sous Valérien , d'autres sous Gallien , d'autres encore sous Claude , et même jusque sous Auiclien.