ZONAR., 11). XII
'Il avoit écrit l'Histoire des temfs depuis Alexandre Sévère jusqu'à Claude, Y Flisloire des guerres de Scyl' ie, et quatre livcs de V Histoire des surcessfurs d'Alexandre. Il nous reste deux fragments des Guerres de SryViie dans les Extrait s des a iHb(issades.{VtiOT , Biblioth; cap. lxxxii ; Voss., deHist. grœc, pag. 2/(5.)
d'Ephèse sept fois sorti de ses ruines et toujours plus beau ' : il ne se releva plus. Un conseil éternel amenoit des désastres irréparables; il s'agissoit , non de la conservation des monuments , mais de la fondation d'une nouvelle société. Partout où le polythéisme avoit mis des dieux , un destructeur se présenta ; chaque temple païen vit un homme armé à ses portes; la Providence n'arrêta la torche et le levier que quand la race humaine fut changée.
Toutefois l'heure finale n'étant pas sonnée , il y eut repos. Odéna vainquit Sapor et soulagea l'Asie ; Posthume contint les nations germaniques; les autres ennemis furent repoussés tantôt par les tyrans, tantôt par les généraux des empereurs. Les tyrans eux-mêmes s'entredétruisirent ; et lorsque Claude parvint au pouvoir, il ne trouva plus à combattre que Tétricus dans les Gaules et Zénobie en Orient. Elle s'étoit déclarée indépendante après qu'Odénat eut été massacré dans un festin.
Auréole ayant pris la pourpre en Italie, le bruit de cette usur[)alioii pénétra jusqu'au fond dti palais de Gallien, qui s'en importuna; il quitte ses délices, et assiège Auréole dans Milan ; une flèche , lancée en trahison , le tue , lorsqu'à peine armé il couroit à cheval , l'épée à la main, pour repousser une sortie.
Marcien , qui venoit de battre les Goths en lUyrie, étoit le principal chef de cette conspiration.
Une innovation de Gallien resta : il interdit aux sénateurs le service militaire, soit que l'usurpati(»n de Pison l'eût plus alarmé que les autres, soit que le sénat, en repoussant un parti de Barbares qui s'étoit avancé jusqu'à la vue de Rome, eût agi avec trop de vigueur. Alors s'établit la distinction d'homme de robe et d'homme d'épée. Les sénateurs formèrent un corps de magistrature, dont les membres , ignorés du soldat, perdirent toute influence sur l'armée. Ils murnmrèrent d'abord , mais ensuite leur lâcheté regarda comme un honneur le droit qu'elle obtint de se cacher. L'édit de Gallien acheva de rendre militaire la constitution de l'empire, et prépara les grands changements de Dioclétien.
Hist. Aug. pag. 178 ; JonNiiND.,c,ip. xx.
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Claude IP, désigné à la pourpre par Gallien, le remplaça. Les grandeurs avoient cessé d'imposer; tout étoit jugé, apprécié, connu; on tuoit les princes comme d'autres hommes , et cependant chacun vouloit être souverain : jamais on ne fut aussi rampant, aussi prosterné aux pieds du pouvoir qu'au moment où l'on n'y croyoit plus. Le sénat confirma l'élection de Claude, et se porta aux dernières violences contre les amis et les parents de Gallien.
Il ne faut pas croire que ces décisions du sénat fussent le résultat de raisons graves , mûrement examinées; ce n'étoient que les acclamations d'un troupeau d'esclaves, qui se hàloient de reconnoitre leur servitude, comme si, entre deux règnes, ils eussent craint d'avoir un moment de liberté. Assemblés en tunudte au temple d'Apollon ( ils ne se purent réunir assez longtemps au Capitole. à cause d'une fête de Cybèle), les sénateurs s'écrièrent ' : « Auguste Claude , que les dieux vous " conservent pour nous ! » Celte acclamation fut répétée soixante fois. « Claude Auguste , Il c'est vous ou votre pareil que nous avions Il toujours souhaité (quarante fois) . Claude Auguste , la république vous désiroit ( quarante Il fois). Claude Auguste, vous êtes un père, « un frère, un ami, un excellent sénateur, un <i empereur véritable (quatre-vingts fois). « Claude Auguste , délivrez-nous d'Auréole « ( cinq fois ) . Claude Auguste , délivrez-nous « de Zénobie et de Victoria (sept fois) . »
Et c'étoient là les héritiers d'un sénat de rois! Claude- extermina, en Macédoine, une
* Claude II, emp. Félix, pape. An de J.-C. 268-270,
* Haec in Claudium dicta sunt : Auguste Claudi, dii te nobis pra^stent (dictum sexagies) : Claudi Auguste, principeni aut qualis tu es semper optavimus (dicluni quadragies) : Claudi Auguste, te respuMica re([uirebat (dictum quadragies): Claudi Auguste, tu frater, tu paler, tu amicus, tu bonus senator, tu vere princeps (dictum octuagies) : Claudi Auguste, tu nos ab Aureolo vindica (dictum quinquies) : Claudi Auguste , tu nos a Zenobia et a Victoria libéra (dictum septies) : Claudi Auguste , Tetricus nibil fccit (dictum septies}. {Hist. Jvy., in rU.div. C/flMd.,pag. 341.)
- Deleviinus trecenta viginti millia Gothorum, duo niillia navium niersimus : tecta sunt flumina scutis : spathis et lanceolis omnia littora operiuntur. Canipi ossibus latent tecti, nulluin iter puruni est; ingens carrago déserta est. Tantum mulicrum cepimus, ut binas et ter-
armée de Goths , et coida à fond leur flotte , composée de deux mille barques. Parmi les prisonniers, il se trouva des l'ois et des reines. Les vaincus furent incorporés dans les légions, ou condamnés à cultiver la terre'.
Claude, surnommé le Gothique, ayant triomphé , mourut. Son frère Quintillius - prit la pourpre en Italie, et se tua au bout de dix-sept jours.
Aurélien*, autre soldat de fortune, reçut l'empire à la recommandation de Claude. Sa mère étoit prêtresse du Soleil dans un village de riUyrie où son père étoit colon d'un sénateur romain. Passionné pour les armes, et toujours achevai, vif, ardent, cherchant querelle et aventure , ses camarades lui avoient donné le nom d'' Aurélien , l'épée à la main , pour le distinguer d'un autre Aurélien^. C'est le premier Romain, comme je vous l'ai dit, qui eut affaire aux Franks,
Aurélien, devenu chef souverain, rencontra deux ennemis redoutables, deux femmes : Victoria la Gauloise, Zénobie la Palmyrienne. Victoria mourut lorsque Aurélien passa dans les Gaules; il ne trouva plus que son ouvrage, le tyran ïétricus , qui trahit ses soldats et se rendit à Aurélien.
nas nuilieres Victor sibi miles possit adjuugere. {HUt. Aug.. in Fit. div. Ciaud., pag. 343. )| •• Plerique capti reges ; captœ diversarum gentium nobiles feminae impletae barbaris servis senibusque cultoribus romanae provinciae ! factus miles barbarus et colonus ex Gotho. Nec ulla fuit regio quae Gothumservum triumpbali quodam servitio non baberet. (Ibid.)
Quotquot autem incolumes evasere vel in ordines romanes recepti sunt , vel teri-am colendam nancti, totos agriculturœ se dediderunt. (Zosim., Hist., lib. I, p. 13. BasilcEe.)
2 Quintillius inde Claudii frater dictus est imperator, qui ubi per paucos menses vixissct.... necessarii ejus auctores fuerunt ut mortem sibi conscisceret , ac multo . meliori vero sponte sua de imperio cederet. Quod fecisse perliibetur, a medico quodam vena secta continuatoque fluxu sanguinis donec exaruisset. (Zosim., ibid.)
Quintillius frater ejusdem delatnm sibi omnium judicio suscepit imperium... et septima décima die, quod se gravem et seriumerga milites ostenderat... eo génère quo Galba , que Pertinax interemptus est. {fJist. Aug., pag. 349.)
• Aurélien, emp. Fé^ix , Euticliien, papes. An de J.-C. 270-273.
'" Manus ad ferrum. [f/ist. Aug., png. 211.)
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Zénobie sY'toit emparée de l'Egypte : Aurélien marcha contre elle , la battit à Émèse , l'assiéga dans Palmyre, et la fît prisonnière lorsqu'elle fiiyoit. Palmyre fut livrée au pillage, et le philosophe Longin condamné à mort, pour le courage de ses conseils. Tous les tyrans détruits , l'Egypte soumise, la Gaule pacifiée , l'empereur voulut triompher à Rome. Avant de marcher en Orient , il avoit délivré l'Italie d'une espèce de ligue des Allamans , des Marcomans , des Julhongues et des Vandales.
Ce fut à l'occasion de ces courses de Barbares qu'Aurélien fit relever, ou plutôt bâtir les murailles de Rome. Jadis les sept collines, dans une circonférence de treize milles, avoient été fortifiées, mais Rome, se répandant au dehors avec sa puissance , ajouta, par d'immenses et magnifiques faubourgs , plusieurs villes à l'antique cité'. Zosime écrit- que, du temps d'Aurélien, l'ancienne clôture étoit tombée : celle de cet empereur ne fut achevée que sous Probus ^, et il paroit qu'on y travailloit encore sous Dioclétien ''. On voit aujourd'hui mêlés aux constructions subséquentes quelques restes des constructions d'Aurélien. Les murailles de Rome ont elles seules donné lieu à une curieuse histoire 5 où les infortunes de la ville éternelle sont comme tracées par son enceinte; Rome s'est, pour ainsi dire, remparée de ses calamités. Un siècle et demi devoit encore s'écouler avant qu'elle subît le joug des Barbares , et déjà Aurélien élevoit les inutiles bastions qu'ils dévoient franchir.
Aurélien, dans son triomphe, outre une multitude de prisonniers Gotlis, Alains, Allamans , Vandales , Roxolans , Sarmates , Suèves, Franks, traînoit après lui Tétricus, sénateur romain , revêtu de la pourpre impériale , et Zénobie, reine de Palmyre. Elle étoit si chargée de perles, qu'elle pouvoit à peine marcher; les grands de sa cour, captifs comme elle, la soulageoient du poids de ses chaînes d'or. Aurélien étoit monté sur un char traîné
' Ex'spatiaiitia tecta miiltos adclere urbes.
= Z()siM..lilj. I, pag. C&>.
» Id., ibid.
' Boi.L., 20jan., pag. 278, ta Jrl. S Sebmt., ami. 287.
'• \inni.
par quatre cerfs , autre espèce de dépouilles et de richesses d'un roi goth. Ce char alloit attendre Alaricau Capitole '.
Aurélien donna à Tétricus le gouvernement de la Lucanie en échange de l'empire : Tétricus n'avoit pas le génie de Victoria : il se contenta d'être heureux.
Quant à Zénobie, vous savez qu'elle étoit peut-être juive de naissance; Longin fut son maître de lettres grecques et de philosopliie : elle avoit composé à son usage une histoire abrégée de l'Orient. Elle inclinoit aux sentiments des Hébreux touchant la nature de Jésus-Christ. On l'accuse d'avoir fait mourir le fils (pi'Odéuat avoit eu d'une autre femme, et peut-être Odénat lui-même. Elle eut trois fiiles et trois fils, dont l'un, Vaballath, devint roi d'un canton inconnu en Asie'-. Ses trois fllfes, captives avec elle, se marièrent, et saint Zcnobe , évèque de Florence du temps de saint Ambroise , descendoit de la reine (le Palmyre. Le courage de Zénobie se démentit avec la fortune; elle demanda la vie en pleurant. La belle élève du magnanime Longin ne fut plus à Rome que la délatrice de quelques sénateurs entrés dans une conjuration vraie ou supposée, contre Aurélien. Elle habitoit une maison de campagne à Tibur , non loin des jardins d'Adrien et de la retraite d'Horace , laissant , avec un nom célèbre , des ruines qu'on va voir au désert.
Aurélien étoit naturellement sévère; la prospérité le rendit cruel. Il ne vouloit pas que le soldat prît une seule poule au laboureur; il disoit que les guerriers doivent faire couler le sang des ennemis et non les pkurs des citoyens ^ : beau sentiment et noble maxime! 11 eut à soutenir une singulière guerre au sein même de Pxome , la guerre des monnoyeurs , qui lui tuèrent sept mille soldats dans un combat sur le mont Cœlins^. Les châtiments que l'empereur faisoit infliger étoient affreux. 11 méditoit une persécution générale contre les
• Jitr. Vopisc. in Hist. Aug., p. 220; Tvifj. Tijiwi...