‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 146 sur 201 · L:uAi., Pro temi>!is · texte numérisé non relu

L:uAi., Pro temi>!is

« sent d'aimer les hommes, quoiqu'ils aient « cessé de les voir, s'entretenant avec Dieu et « contemplant sa beauté '. »

Saint Chrysostome , au sujet de la sédition d'Antioche , compare la conduite des philosophes et des moines. « Où sont maintenant , " s'écrie-t-il , ces [wrleurs de bâtons , de man- <' teaux , de longues barbes , ces infâmes cyni- « ques , au-dessous des chiens leurs modèles ? " Us ont abandonné le malheur ; ils se sont " allés cacher dans les cavernes. Les vrais phi- " losoplies (les moines des environs d'Antio- « che ) sont accourus sur la place publique ; « les habitants de la ville ont fui au désert , " les habitants du désert sont venus à la ville. " L'anachorète a reçu la religion des apôtres ; " il imite leur vertu et leur courage. Vanité « des païens ! foiblesse de la philosophie ! on « voit à ses œuvres qu'elle n'est que fable, « comédie , parade et fiction ^. »

« Quels sont les destructeurs de nos tem- « pies? dit à son tour Libanius. Ce sont des <' hommes vêtus de robes noires, qui mangent '< plus que des éléphants , qui demandent au " peuple du vin pour des chants , et cachent « leur débauche sous la pâleur artificielle de « leur visage ^. »

" Il y a une race appelée moines, dit pareil- " lement Eunape; ces moines, hommes par i< la forme , pourceaux par la vie , font et se

" permettent d'abominables choses

'>.... Quiconque porte une robe noire et " présente au public une sale figure , a le droit « d'exercer une autorité lyrannique *. »

<' Sur la haute mer (c'est le poëte Rutilius " qui parle) s'élève l'île de Capraria, souillée « par des hommes qui fuient la lumière. Eux- » mêmes se sont appelés moines , parce qu'ils " aspirent à vivre sans témoins. Ils redoutent <' les faveurs de la fortune , parce qu'ils n'au-

' iuG., Lib.relractalio,ci)i\s.Wl.

■ ClIRVSOST., //OW.XVIIjP 193, c.

' L;ban , Pro temptis.

* .Uonacossic dictes, homines quidem specie, sed vitam lurpcm porcornni niore c\igentcs, qui iii propatiilo itirmita atqiic infanda sceii'ra coinmittehanf... Naiu ea tein[)estate (juivis atrain vestciii indutus, qiiiqiie in piibllcosordido Iialiilu spcctarinon abnuebat. is tyranucam obliiicbal auctorilatem. (El.nap., in Fila Aideni, p. $i. Aiituerpiae. 1338.)

LTIPES

" roient pas la force de braver ses dédains ; » ils se font mallîetirenx de peur de l'être. " Rage stupide d'une cervelle dérangée ! s'é- " pouvanter du mal et ne pouvoir souffrir le " bien ! Leur sort est de renfermer leurs cha- II grins dans une étroite cellule , et d'enfler « leur triste cœur d'une humeur atrabilaire '. » Après avoir passé Capraria , petite île entre la côte de l'Étrurie et celle de la Corse, Rutilius aperçoit une autre île , la Gorgone : « Là « s'est enseveli vivant , au sein des rochers , « un citoyen romain. Poussé des furies , ce (I jeune homme, noble d'aïeux, riche de patri- « moine , et non moins heureux par son ma- « riage, fuit la société des hommes et des " dieux. Le crédule exilé se cache au fond « d'une honteuse caverne ; il se figure que le « ciel se plaît aux dégoûtantes misères ; il se " traite avec plus de rigueur que ne le traite- <i roient les dieux irrités. Dii es-moi, je vous prie, <i cette secte n'a-t-elle pas des poisons pires (I que les breuvages de Circé ? Alors se transie formoient les corps ; à présent se métamor- (1 phosent les âmes -. »

\ Processu pelagt jara se Caprurla tollit.

Squalet lucifuyls Insula plena vlris.

IpsI se DQOoachos grajo cognomine cllcunt ,

Quod soll nullo vivere teste volunt.

Munera fortuno; metuuiitdum damaa vereotur ;

Quisquamsponle miser ne miser esse queat. Quaenam pcrveril rabies lam stulta celebil ,

Dum mala formldes, nec boiia posse pati l Slve suas repctunt falo ergaslula paeuas,

Tristia scu iilgro \isccra !elle tumeot: Sic nlmlae bills morhum adsigaavit Uomerus

lielleropliontels sollicltudinlbus ; Nam juvenl offenso, soevi posl tela doloiis,

DlcUur liunianuiu displlcuisse genus.

(linTiLiiKmeiarmni, 11b. 1, p. (05.)

2 Adversus seopulos dsinnl monumenla recentls,

Perditus hic vivo funereclxls eral.

Noster enlin nuperjuveiilsniajorlbus amplis,

Nec censu liiferior, conjuglove mliior, Impulsus furlls bomincs'divosque rellquit,

Et turpem latebram < redulus esul agit. Infellx pulat, il'.uvie cnelestla passl,

Seque premlt Itesls saevior Ipse dels.

Kon, rogo, deleiior circœis secta venenls?

Xuuc. mutaba:itar corpori, nwie aulml.

[li., /i., 11b. l,v. 517-5-26.)

Saint Augustin parle avec estime de ces moines de l'île de Capiaiia si décriés par Rutilius. Ili-acoiite que Mascerel descendit dans cette île, qu'il en emmena avec lui deux religieux , Eustathe et André, aux prières desquels il dut en Afrique sa victoire sur Gildon, son frère. {E-piit. LXXXI, p. \ 'i2.)

Les foiblesses et les jongleries des prêtres du paganisme étoient exposées par le clergé chrétien à la risée de la multitude. Ils se servoient de l'aimant pour opérer des prodiges , pour suspendre un char de bronze attelé de quatre chevaux * , ou faire monter un soleil de fer à la voûte d'un temple ^. Ils s'enfermoient dans des statues creuses adossées contre des murailles , et ils rendoient des oracles.

Fleury a osé rappeler, dans Y Histoire ecclésiastique •* , une adecdote racontée avec moins de pudeur par Ruflin''. Un prêtre de Saturne, (I nommé Tyran , abusa ainsi de plusieurs (I femmes des principaux de la ville : il disoit (1 au mari que Saturne avoit ordonné que sa (I femme vint passer la nuit dans le temple. » Le mari , ravi de l'honneur que ce dieu lui (1 faisoit , envoyoit sa femme parée de ses plus <( beaux ornements et chargée d'offrandes. On I' l'enfermoit dans le temple devant tout le « monde ; Tyran donnoit les clefs des portes " et se retiroit ; mais, pendant la nuit, il venoit

' Prospek., lib. III, cap. xxxviii, p. 130.

- RUFF., p. 138.

5 Tome IV, liv. xix,p. 628.

* Sdcerdos erat apud eos Saturni , Tyrannus nomine. Hic , quasi ex responso numinis , adoraiitibus in templo nobilibus quibusque et primariis viris, quoium sibi matrona? ad libidinem placuissent, dicebat Saturnum pra;cepisse ut uxor sua pernoctaret in templo. Tum is qui audierat, gaudens quod uxor sua dignatione numinis vocaretur.exornalamcomptius insuper et donariisonustam , ne vacua scilicet repudiaretur, conjugem mittebat ad templum. In conspeclu omnium conclusa intrinsecusmatrona Tyrannus, clausis januis et traditis clavibus discedebat. Deinde, facto silentio, per occultos et subterraneos aditus, intra ipsum Saturni simulacrnm patulis erepebat cavernis. Erat autem simulacrum illud a tergo excisum , et parieti diligi nter annexum. Ardentibusque intra œdrm liiminibus intentae, supplicanliqiie mulieri voctm subito per simulacrum oris concavi proferebat, ita ut pavore et gaudio infelix mulier trepidaret, quod dignam se tanti numinis putaret alloquio. Poste aqiiani vero quae libitum fuerat vel ad consternationem raajorem , vel ad libidinis incitamentum deseruisset numen impurum, arte quadam linteolis obductis, repente luuiiiia ixstinguebautur universa. Tum descendens obstupefactae et consternataî mr.licrculœ adulterii fucum profanis commenlationibus inferebat. Hoc cum per omnes miserorum matronas multo jam lempore gereretur, accidit quamdam pudicae mentis f.nniuam horruisse facinus, et attentius designaiitem coguovisse vocem Tyranni, ac domum regressam viro de fraude sceleris indicasse. (Ruff., Uist. eccl., lib. II. pag. 2rj.)

înSÏOllIQLIiS.

par sous terre, et entroit dans l'idole. Le temple étoit éclairé, et la femme, attentive à sa prière , ne voyant personne , et entendant tout d'un coup une voix sortir de l'idole, ctoit remplie d'une crainte mêlée de joie. Après que Tyran , sous le nom de Saturne, lui avoit dit ce qu'il jugeoit à propos pour l'étonner davantage ou la disposer à le satisfaire , il éteignoit subitement toutes les lumières, en tirant des linges disposés pour cet effet. Il descendoit alors et faisoit ce qui lui plaisoit à la faveur des ténèbres. Après qu'il eut ainsi trompé des femmes pendant longtemps, une, plus saue que les autres, eut horreur de celte action ; écoulant plus attentivement , elle reconnut la voix de Tyran , retourna chez elle , et découvrit la fraude à son mari. Celui-ci se rendit accusateur. Tyran fut mis à la question , et convaincu par sa propre confession qui couvrit d'infamie plusieurs familles d'Alexandrie , en découvrant tant d'adultères et rendant incertaine la naissance de tant d'enfants. Ces crimes publiés contribuèrent beaucoup au renversement des idoles et des temples. » Une aventure à peu près pareille avoit eu lieu à Rome sous le règne de Tibère ' ; elle rappeloit encore celle de ce jeune honune (|ui , jouant le rôle du fleuve Scamandre, abusa de la simplicité d'une jeune fille -. On étaloit , à la honte de l'idolâtrie , les poupées empaillées, les simulacres ridicules, obscènes ou monstrueux , les instruments de magie, et jusqu'aux têtes coupées de quelques enfants dont on avoit doré les lèvres ^ ; toutes divinités trouvées dans les sanctuaires les plus secrets des temples abattus.

Les païens lenoient ferme et rendoient mépris pour mépris : ils insultoient le culte des martyrs : « Au lieu des dieux de la pensée , les moines obligent les hommes à adorer des esclaves de la pire espèce ; ils ramassent et salent les os et les têtes des malfaiteurs condamnés à mort pour leurs crimes ; ils les translalent çà et là , les montrent comme des divinités , s'a-

' .losEPH., /inl.. lib. VIII, caii ' Llci».>.

' IlLFF., 1). I?8.

genonillent devant ces reliques , se prosternent à des tombeaux couverts d'ordures et de poussière. Sont appelés martyrs, ministres , intercesseurs auprès du ciel , ceux-là qui , jadis esclaves infidèles, ont été battus de verges et portent sur leurs corps la juste marque de leur infamie : voilà les nouveaux dieux de la terre '. «

Au milieu de ces combattants animés , des liommes plus justes et plus modérés , dans l'un et l'autre parti , reconnoissoient ce qu'il pouvoit y avoir à louer ou à blâmer parmi les disciples des deux religions. Ammien Marcellin, parlant du pape Damase , remarque que les chrétiens avo.ent de bonnes raisons pour se disputer, même à main armée, le siège épiscopal de Rome : « Les candidats préférés sont " enrichis par les présents des femmes ; ils sont « traînés sur des chars , et vêtus d'habits ma- " gnifiques ; la somptuosité de leurs festins " surpasse celle des tables impériales. Ces Il évêques de Rome , qui étalent ainsi leurs vi- « ces , seroient plus révérés s'ils ressembloient « aux évêques de province , sobres , simples , Il modestes , les regards baissés vers la terre , Il s'a ttirant l'estime et le respect des vrais ado- « rateurs du Dieu éternel '-. »

Il Faites-moi évêque de Rome , disoit le pré- II fet Pretextus à Damase , et je me fais chré- II tien''. »

Saint Jérôme , souvent raisonnable à force irêtre passionné, écrit : « Voici une grande " honte pour nous : les prêtres des faux dieux , Il les bateleurs , les personnes les plus infâmes Il peuvent être légataires ; les prêtres et les

* E[J^AP., in Vita Aiides.

■ Neque ego aljnuo osteiitationein rerum considerans urbanaruni , hujus rei cupidos ob impetrandura quod appetuiit omiii contentione laterum j\irgari debere : cum id adepti, futuri sint ita secuii, ut ditentur oblalionibus inatronarum procedaiitque vehiculis insidentes , circum^pecte vestiti , epulas curientes profusas , adeo ut eoruni convivia regales superent mensas. Qui esse poterant beati rêvera , si magnitudine urbis despecta cumvitiis, ad iraitationera antistitum quorumdam provincia iiun viverent : quos tcnuitasedendi potandique parcis-ime , vilitas etiain indumentorum , et siipercilia liummn spectanlia, perpetuo numiui verisque cjus cultoribiis ut puros couiraendant et verecundos. (Amm., Maucell.. lib. XXVII, cap. iv.)

' Facile me Rumaiise urbis episcopum , et ero protinus christianus. (Hieron., t. II, p. 163.)

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