‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 147 sur 201 · ET L DES · texte numérisé non relu

ET L DES

<i moines seuls ne peuvent l'être, une loi le " leur interdit , et une loi qui n'est pas faite « par des empereurs ennemis de notre religion, « mais par des princes clirétiens. Cetie loi i< même, je ne me plains pas qu'on l'ait faite, « mais je me plains que nous l'ayons méritée : " elle fut inspirée par une sage prévoyance ; « mais elle n'est pas assez forte contre l'ava- » rice : on se joue de ses défenses par de frau- " duleux fidéicommis ' . »

Le même Père dit ailleurs : " 11 y en a qui (' briguent la prêtrise ou le diaconat, pour " voir les femmes plus librement. Tout leur « soin est de l.eurs babils , d'être cbaussés pro- « prement , d'être parfumés. Ils frisent leurs " cbeveux avec le fer; les anneaux brillent à « leurs doigts ; ils marcbent du bout du pied ; « vous les prendriez pour de jeunes fiancés (I plutôt que pour des clercs. 11 y en a dont » toute l'occupation est de savoir les noms et (1 les demeures des femmes de qualité , et de « connoître leurs inclinations : j'en décrirai un <> qui est maître en ce métier. Il se lève avec le •' soleil; l'ordre de ses visites est préparé; il Il clierclie les cbemins les plus courts ; et ce » vieillard importun entre presque dans les 'i cliambres où elles dorment. S'il voit un " oreiller, une serviette, ou quelque autre pe- <i til meuble à son gré , il le loue , il en admire <i la propreté , il le tàte , il se plaint de n'en Il avoir point de semblable, et l'arrache plutôt « qu'il ne l'obtient -. »

Grégoire de Nazianze parle des cbars dorés , des beaux clievaux, de la suite nombreuse des prélats ; il représente la foule s'écartant devant eux comme devant des bêtes féroces ■*.

Ces controverses avoienl lieu partout ; elles passoient les mers ; elles se continuoient par lettres de la grotte de Betliléem à Hippone, du désert de la ïbébaïde à Alexandrie, d'Anlioche à Constantino{tle , de Constantinople à Rome. Tous les esprits étoient émus dans tous les rangs , à mesure que la catastroplie appro-

< J'emprunte l'ëlégante imitation do M. Villeniaiii. {Wl hisl. el litter.)

- Fleury, Hint. eccl.. tome IV, !iv. xviii, p. /i03. Molière a imité qiicliiue cliose de ce lal>leau cîaus le l'arlufe.

» GiiEG. Na2., Oral. XWII, p. 52G.

choit ; mais , par un effet naturel , ceux qui s'altaclioient à la cause perdue afin de parvenir à la puissance , n'y trouvoient que leur ruine.

Phoiius nous a conservé un fragment de Damascius , dans lequel ce pliilosopbe fait l'énumération des personnages qui entreprirent inutilement de ressusciter le culte des Hellènes. Julien est nommé le premier. Lucius, capitaine des gardes à Constantinople , voulut tuer Tbéodose pour ramener l'idolâtrie ; mais il ne put tirer son épée , effrayé qu'il fut d'ime femme au regard terrible , qui se tenoit derrière l'empereur, et l'entouroit de ses bras. Marsus et lllus perdirent la vie dans une entreprise de la même nature ; Ammonius , après avoir conspiré, déserta à unévêque; Severianus ourdit une nouvelle trame; mais il fut trabi par Americlius , qui découvrit le complot à Zenon, empereur d'Orient '.

Eugène, empereur d'Arbogaste, met l'image d'Hercule dans ses bamiières, rend aux temples leurs revenus , et ordonne de rétablir à Rome l'autel de la Victoire. Dans celte mêine Rojne qui a voit tant de peine à renoncer au dieu Mars , un oracle s'éloit répandu : des vers grecs annonçoient que le christianisme subsisteroit pendant trois cent soixante-cinq ans : Jésus étoit innocent de son culte ; mais Pierre, versé dans les arts magiques , avoit conservé pour ce nombre fixe d'années la religion du Clirist ■•'. Or, à compter de la résurrection , cette i)ériode expiroit sous le cotisulat dTIonorius et d'Eutychianus , l'an 598 de l'ère clu'é tieime. Les païens pleins de joie attendoient l'abolition complète et immédiate de la loi évangélicpie , et ce même an les temples de T Afriijue furent renversés ou fermés par les ordres d'Honorius '*.

' f'id et Voss. de l/i.stor. gr. lil). II, cap, xxi.

- ("-um enim vidèrent, nec tôt taiitisque perseculionibus eam potuisse consiiml , sed liis potins mira incrementa snmpsisse, excogitavernnt nescio quos versus grœcos, tanipiam consnlenli ciiidam divino oraculo effiisos, ulji Cln'istum qiiidem al) luijus tanquam sacrilegii crimine faciunt innocentem. Petrum aulem malcficiis fecisse subjungunt, ut coleretur Cln-isti nonn n per tre- :ento- sexagiiita quinciuc annos; deinde completo memorato numéro annoium sinemorasumcret liiiem. {De Ciril. Dei, lib.XVIIl, cx[). un.)

» fd., ibid.

HISTORJQUI'S.

Une autre espérance survint : Radagaise , païen et Barbare, ravajj:eoit l'Italie et menaçoit Rome. « Comment, tlisoient les pieux idolâtres , pourrons-nous résister à un homme qui offre soir et matin d'agréables viciimes à ces dieux que nous abandonnons ' ? » Et Radagaise fut vaincu, tandis qu'Alaric, Barbare aussi , mais chrétien, entra dans Rome. Euclier, fils de Stilicon , étoit l'objet de vœux secrets ; il professoit le paganisme.

Altale même , ce jouet des Goths , eut des partisans; il avoit distribué les principaux offices de l'état à des polj théistes, et Zosime remarque que la famille chrétienne des Anices s'afriigeoit seule r/u bonheur jmblic '-. La passion ne ponvoit aller plus loin.

Enfin un des derniers fantômes d'empereur créés par Ricimer, Anthémius, donna une dernière palpitation au cœur des vieux liellénistes : il inclinoit aux idoles ; il avoit promis à Sévère , tout livré à l'ancien culte, de rétablir la ville éternelle dans sa première splendeur, et de lui rendre les dieux auteurs de sa gloire. Le pape Hilaire traversa ce dessein en faisant promettre à Anthémius d'écarter de lui un certain Philothée-^, de la secte des Macédoniens , <iui plaçoit Anthémius entre le paganisme et l'hérésie : Alaric et Genseric avoient déjà pillé Rome, etOdoacre, roi d'Italie, étoit an moment de remplacer l'empereur d'Occident.

Le paganisme alla s'ensevelir dans les catacombes d'oii le christ anisme étoit sorti : on trouve encore aujourd'hui , parmi les chapelles et les tombeaux des premiers chrétiens , les sanctuaires et les simulacres des derniers idolâtres^ . Non-senlement les restes de la religion grecque se conservère^it en secret, mais elle domina publiquement quelque partie du nouveau culte : Saint Poniface, dans le huitième siècle, s'en plaint à la cour de Rome'.

* Di: Civil Dei. lib. V, cap. XX!1!, pag. 63. ■ Zos;m., lib. V, 1). 827.

^ PlIOT., C. CCVLII, p. 1040.

' D'Ag .ncolrt, Moiiuin-n's du twycn âge à /îy.r. = BoisiF. , EpUt. ad Serran.; et 0. .Maut. , Tlics. yinecd.

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