‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 183 sur 201 · REDDITION DE CALAIS · texte numérisé non relu

REDDITION DE CALAIS

ES habitants delà ville abandonnée aperçurent du haut de leurs remparts la retraite du Jlro'i ; ils poussèrent un cri comme des enfants délaissés par leur père:

Il Us estoient en si grau- Il de douleur et détresse que h pJus fort d'entre Il eux se pouvait à peine soutenir. » Convaincus qu'il n'y avoit plus de secours à attendre , ® ils allèrent trouver Jean de Vienne , et le prièrent d'ouvrir des négociations avec Edouard. Le gouverneur monte aux créneaux des murs de la ville , et fait signe aux ennemis qu'il désiroit pourparler ; de quoi le roi d'Angleterre étant instruit, il envoya Gauthier de Mauny et sire Basset ouïr les propositions de Jean de Vienne. Quand ils furent à portée de la voix : Il Chiers seigneurs, s'écria le vieux capitaine , ® 41 "^ Il vous estes moult vaillants chevaliers en faict """^-^ Il d'armes. Vous savez que le roy de France, que Il nous tenons à seigneur, nous a ici envoijés « pour garder ceste ville et chastel : nous avons Il fait ce que nous avons pu. Or, tout secours Il nous a majiqwé. Nous n'avons plus de quoi Il l'ivre, il faudra que nous mourions tous de Il faim si le gentilroi, vostre seigneur, n'amercij 11 de nous. Laquelle chose lui veuillez prier en Il pitié, et qu'il nous laisse aller tout ainsi que Il nous sommes. »

— Il JeaH, répondit Gauthier de Mauny, ce « n'est mie l'entente de monseigneur le roy qt(e Il vous vous en puissiez aller ainsi. Son inten- II tion est que vous vous mettiez tous à sa pure Il volonté, pour rançonner ceux qu'il luiplaira. Il ou pour vous faire mourir . »

Le gouverneur repartit : « Gauthier, ce se- II roit trop dure chose pour nous. Nous sommes Il céans un petit nombre de chevaliers et escuyer s Il qui loyalement avons servi le roy de France, I' nostre souverain sire, comme vous feriez le <i vostre en pareil cas. Nous avons enduré maint

Il mal et mesaise, mais nous sommes résolus à Il souffrir ce qxi'oncques gens d'armes nesoxiffri- II rent, plusiost que de consentir que le plus petit Il garçon de la ville eust autre mal que le plus Il grand de nous. Nous vous prions donc par « votre humilité d'aller devers le roy d'Angle- II terre. Nous espérons enlui tantde gentillesse. Il qu'à la grâce de Dieu son propos changera. » Les deux chevaliers anglois l'etournèrent vers leur maître, et lui rapportèrent les paroles du gouverneur. Edouard, irrité de la longue résistance de la place, et remémorant les avantages que les habitants de Calais avoient obtenus sur les Anglois dans les combats de mer, vouloittous les mettre à mort. Mauny, aussi généreux qu'il étoit brave, osa représenter au roi que pour avoir été loyaux serviteurs envers leur prince , ces François ne méritoient pas d'être ainsi traités ; que Philippe , quand il prendroit quelque ville , pourroit user de représailles. Il Enfin, ajouta-t-il, vous pourriez bien, mon- II seigneur, avoir tort ; car vous nous donnez Il un très-mauvais exemple. » Les barons et les chevaliers anglois qui étoient présents furent de l'opinion de Gauthier. « Eh bien .' seignetirs. Il s'écria Edouard, je ne veux mie estreseul con- « tre vous tous. Sire Gauthier, cdlez dire au ca- II pitaine de Calais qu'il me livre six des plus Il notables bourgeois de la ville; qu'ils viennent Il la teste nue, les pieds deschaussés, lahart au Il cou, les clefs de la ville et du chasteaii dans Il leursmains: je ferai d'eux à ma volonté, je u prendrai le resteàmercy. »

Mauny porta celte réponse à Jean de Vienne, qui étoit resté appuyé aux créneaux. Jean pria Mauny de l'attendre pendant qu'il alloit instruire les bourgeois de la proposition d'Edouard. Il fait sonner le beffroi; hommes, femmes, enfants, vieillards, se rassemblent aux halles. Le gouverneur leur raconte ce qu'il a fait, et quelle est la dernière volonté du roi d'Angleterre.

Un silence profond règne d'abord dans l'assemblée : tous les yeux cherchent les six victimes qui doivent l'acheter de leur sang la vie du reste des citoyens. Bientôt les sanglots éclatent dans cette foule à moitié consumée par la faim : « lors commencèrent à plourer toute ma- II )iiere de gens, et à mener tel deuil qu'il n'est a si dur cœur qui n'en eust pitié, et mesmement

DE FUA.NCIi.

« messire Jehan { le vieux gouverneur) en lur- « moijoit tendrement. » Il falloit une prompte réponse, le temps accordé s'écouloit; un homme se lève ; le lecteur l'a déjà nommé ; Eustache de Saint-Pierre. Sa grande fortune, la considération dont il jouissoit , le rendoient noiahJe , et lui donnoient les conditions requises pour mourir. L'histoire nous a transmis son discours , paroles saintes auxquelles on ne doit rien changer: « Seigneurs, grands et petits , » grand'pitié et grand meschef serait de laisser » mourir un tel peuple qui cy est, par famine ou " autrement , quand on y peut trouver aiicun (I motjen, et seroitgrand'aumosne etgrand'graee « envers -Sostre Seigneur qui de tel meschef les M pourroit garder, .l'ai si grande espérance d'a- " voir pardon de Nostre Seigneur, si je meurs «potir ce peuple sauver, que veux estre lepre- H mier;et mettrai volontiers en chemise, à nu « chef et la hart au cou, en la mercy du roi d'An- « gleterre. »

(1 Quand sire Eustache eut dit ces paroles , i« chacun alla l'adorer de pitié , et plusieurs u hommes et femmes se jettoient à ses pieds en « plorant tendrement. »

La vertu est contagieuse comme le vice : à peine Eustache eut-il cessé de parler, que Jean d'Aire, qui avoit deux belles demoiselles à filles,déclarsL qn il feroit compagnie à son compère. Jacques et Pierre de 'Wissant, frères , dirent à leur tour qu'ils feraient compagnie à leurs cousins, Eustache de Saint-Pierre et Jean d'Aire ; aussi magnanimes qu'Eustache dans leur sacrifice , car s'ils n'en eurent pas la première pensée, ils se dévouoient à une mort dont lui seul devoit recueillir l'honneur. En effet, les noms de Jean d'Aire , de Pierre et Jacques de Wissant sont presque ignorés , et tout le monde sait celui d'Eustache de Saint- Pierre. Et c'est pour cela que parmi les six victimes, les deux seules qui n'ont pas de désignation dans nos chroniques doivent être réputées les plus illustres ; tout François doit leur tenir compte de l'oubli de l'histoire ; tout François doit rendre un tribut d'hommages à ces immortels sans noms, comme les anciens élevoient des autels aux dieux inconnus.

Les annales de Calais assurent (pie les deux

derniers candidats pour la mort furent tirés au

sort parmi plus de cent qui se proposèrent

après les quatre premiers ; et un écrivain conjecture que ce grand nombre de concurrents est peut-être ce qui a empêché les noms des deux derniers bourgeois de parvenir jusqu'à nous ; ils se seront perdus dans la gloire commune de ces Décius. Une autre version , sans autorité, veut qu'Edouard eût demandé huit personnes , quatre chevaliers et quatre bourgeois.

Récemment blessé , accablé par les ans, les infirmités , la douleur et la fatigue , Jean de Vienne , se pouvant à peine soutenir, monte sur une petite haquenée, et escorte les six bourgeois jusqu'aux portes de la ville. Ceux-ci marchoient en chemise, la tête et les pieds nus, la hart au cou, ainsi que l'avoit exigé Edouard, et tels que les prêtres, à cette époque, s'avançoient suivis du peuple dans les calamités publiques , pour offrir un sacrifice expiatoire. Eustache et ses compagnons portoient les clefs de la ville ; « chac%ui en tenait une poignée- Les femmes et (I les enfants d'icexix tardaient leurs mains et « criaient à haute voix très-amerement- Ainsi il vinrent eux jusqu'à la porte, convoqués en (1 plaintes, eu cris et pleurs : » spectacle que n'avoit point vu le monde depuis le jour où Régulus sortit de Rome pour retournera Cartilage. Le gouverneur remit Eustache de Saint- Pierre, Jean d'Aire, Pierre et Jacques de Wissant et les deux inconnus entre les mains du sire de Mauny, les recommandant à sa courtoisie : « Messire Gauihier,je vous délivre comme « capitaine de Calais , parle consentement du " povre peuple de ceste ville, ces six bour-

« geais Si vous prie, gentil sire, que vous

Il veuillicz- prier pour eux au roy d'Angleterre , « que ces bannes gens ne soient mis à mort. »

Adonc fut la barrière ourerte, et les six bourgeois furent conduits à Edouard à travers le camp ennemi. Selon Thomas de la Moore et Knighton , le gouverneur de Calais accompagna, avec une partie de la garnison, les prisonniers, et remit lui-même les clefs de la ville au roi d'Angleterre. Les comtes, les barons et les chevaliers (jui environnoient le roi d'Angleterre , saisis d'admiration au récit de Gauthier de Mauny, invitoientpar un murmure Edouard à égaler la générosité de ces citoyens. Le monarque demeure inflexible : <■!/ .se tintto^ttcoi, <' et regarda maidl fellement (cruellement) les

IHSTOlIll'

<( bourgeois, car mouU hnyssoit Jes habitants " de Calais pour les grands dommages et con- « traires qu'au temps pusse sur mer lui avaient « faits. »

Il ordonna de couper la tête aux prisonniers. <t Ah! gentil sire, s'écria Gauthier de Maunj,

" veuillez, refréner vostre courage! Si vous

« n'avez pitié de ces gens , toutes autres gens « diront que ce sera grande cruauté qtie vous « fassiez mourir ces honnestcs bourgeois qui se ■( sont mis en vostre mercij pour les autres sau- II ver. »

<i A ce point grigna (grinça) feroy les dents, et » dit: Messire Gauthier, souffrez-vous (taisez- <• vous), et il ordonna de faire venir le coupe- « teste. »

La reine d'Angleterre se Irouvoit alors dans le camp; elle étoit enceinte, et elle ploroit si tendrement de pitié qu'elle ne se pouvoit sousteuir. Si se jetta à genoux par-devant le roy son seigneur, et dit : « Ah ! gentil sire , depuis que je (1 rej)assai la mer en grand péril , je ne vous ai il rien requis ni demandé- Or vous prié-je hum- « blemeid que, pour le fds de sainte Marie et «pour l'amour de moi, vous veuilliez avoir de «ces six hommes mercy.»

Le roy attendit un petit à parler, et regarda lahonnedame sa femme qui ploroit à genoux moult tendrement. SiluiamoUiale ca-ur et si dit : <i Ah! dame , j'aimeroistrop mieux que (I rOKS fussiez autre part que cy... Tenez, je K vous Ici donne: si en faites vostre plaisir, d La bonne dame dit: (• Monseigneur, trcs-grunds Il mercis. »

Lors se leva la reine et fit lever les six bourgeois et leur ostoit les chevesètres (cordes) d'entour leur cou , et les emmena avec elle dans sa chambre , et les fit revestir et donner « disner toute aise , et puis donna à chacun six nobles , et les fit conduire hors de l ost à sauveté.

Edouard prit possession de Calais. Il y chevaucha à grand'gloireavecles barons eî les chevaliers avec si grand foison de menesiriers , de trompes , de tambours , de chalumeaux et de musettes , que ce seroit merveille à recorder On ne retint dans la ville ([ue trois François , 1KI prebstre etdeux autres anciens hommesbons coutumiiïs des lois et ordonnances de Calais; et fut pour enseigner les héritages, voulant le roi repeupler la ville de jmrs Anglois. Ce fut

grand'pitié quand les grands boiirgeois et les nobles iourgeoises et leurs beaux enfants furent contraints de guerpir (quitter) leuis beaux hostels , leurs héritages , leurs meubles et leurs avoirs, car riens n'emportèrent.

On croit lire une page de Thistoire des plus beaux temps de la république romaine , placée par aventure et comme par méprise au milieu de l'histoire de la chevalerie. Les vertus civiles d'Eustaclue de Saint -Pierre , de Jean d'Aire et des deux Wissant contrastent avec les vertus militaires des Ribauraont , des Charny et des Mauny : deux sociétés opposées se présentent ensemble , et toutes les deux font honneur à l'espèce humaine.

Calais fut repeuplée d'Anglois. Edouard y établit trente-six familles bourgeoises des plus riches, et trois cents autres personnes de moindre état. Les franchises accordées à cette ville y attirèrent une foule d'habitants. Edouard donna les meilleurs maisons de la cité à quel- ([ues-uns de ses chevaliers , tels que Mauny , Cobham , Stanfort et Bailhélemy de Burghersh ; la reine Philippe eut , pour sa part , l'héritage de Jean d'Aire. Quelques François obtinrent aussi des propriétés à Calais. Eustaclie de Saint-Pierre rentra dans la possession d'une partie de ses biens , et obtint de plus une pension considérable.

Un esprit de dénigrement se répandit parmi nous vers la fin du dernier siècle ; on se plaisoità rabaisser les actions héroïques; de même qu'on ne vouloit plus de la religion de nos aïeux, on étoit incrédule à leur gloire. On n'eut pas plus tôt découvert qu'Eustache de Saint-Pierre avoitreçu une pension d'Edouard, qu'on triompha de cette découverte ; on remarqua que les historiens anglois gardoient le silence sur les faits racontés par Froissard au sujet de la reddition de Calais , et l'on voulut douter de ces faits. Mais n"avoit-on pas vu tout le siècle d'Auguste se taire sur Cicéron? Les largesses d'Edouard pour Eustache de Saint-Pierre ne sont-elles pas un nouvel hommage rendu au dévouement de ce grand citoyen? L'estime qu'il inspira aux ennemis de la France doit-elle diminuer celle que nous lui devons? Malheur à qui va chercher dans la vie privée d*un homme des raisons de moins admirer ses actions publiques ! A coup sûr, ce

DE FRANCE

ravaleur des vertus ne fera jamais lui-même tles actions dignes d'être racontées.

Une injustice de la même nature avoit commencé plus tôt pour Philippe de Valois : Froissard et le continuateur de Nangis avoient assuré que les habitants de Calais errèrent dans la France sans récompense et sans asile , en mendiant le pain de la charité. Philippe ne fut point coupable de cette ingratitude ; deux ordonnances de ce roi, et d'autres ordonnances de Jean et de Charles , ses successeurs innncdiats, accordent aux Calaisiens des places, des privilèges et des propriétés. L'ordonnance du 8 septembre i547 mentionne une concession remarquable ; Philippe livre aux Calaisiens chassés de leurs foyers tous les biens et héritages qui pourroient lui échoir par quelque raison que ce fût; ainsi le monarque donnoit à ses sujets ses propres biens en échange des biens qu'ils avoient perdus : ce talion qu'il s'iniposoit , non pour le crime , mais pour le malheur, est dans un esprit touchant d'égalité et de justice. Calais ne devoit être rendu à la France qu'en I008, par François de Guise, honmie destiné à faire disparoître la dernière trace des maux qu'Edouard avoit faits à la France , et à en comiuencer de nouveaux.

SOMMAIRE

Trêves continuées à diverses reprises jusqu'à ia mort de Philippe. — Famine et peste générale.— Massacre des Juifs. — Flagellants. — Tentative sur Calais. — Combat singulier d'Edouard et d'Eustache de Ribauraont. — Le Dauphin d'Auvergne abandonne ses étals à Philippe : le Roussillon , la Cerdagne et la seigneurie de Montpellier lui avoient déjà été cédés par Jacques, roi de Majorque. — Le pape achète Avignon de la reine Jeanne de Naples. -Philippe épouse en secondes noces Blanche , fille de Philippe , roi de Navarre, qu'il avoit d'abord destinée » son lils Jean, duc de Normandie, devenu veuf.— Philippe meurt comme Louis XII, victime de sa p ission pour la jeune reine, ()ui, prolongeant sa vie justjuàua âge très-avancé, vit la désolation de la France sous le roi Jean , (inir sous Charles V, et recommencer sous Char'es \ I.

FRAGMENTS

ilOKT DU ROI.

HiLii'PE, étant sur son lit de mort , fit appeler ses fils , le duc de Normandie et le duc d'Orléans. Dans ce moment où toutes les illusions s'évanouissent, où il ne reste que le souvenir du bien ou du mal qu'on a fait , le roi protesta de son bon droit da.is la guerre qu'il avoit été obligé de soutenir, et de ses litres légitimes à la couronne. « IMon fils, » dit-il au duc de Normandie , qui fut son successeur, « défendez donc courageusement la <• France après ma mort. Il arrive quelquefois, <■ comme j'en ai fait l'expérience , que ceux (I qui combattent pour une chose juste éprou- « veut des revers ; mais ils doivent mettre leur « espoir en Dieu , qui ne permet pas que le « règne de l'iniquité soit durable. Aimez- « vous, mes fils; maintenez la justice et souci lagez les peuples. »

Un roi qui craint que ses revers ne le fassent regarder comme coupable , qui se croit obligé de prouvera son successeur la justice de ses droits malgré le peu de succès de ses armes , evit également confessé linjustice de ces mêmes droits et les châtiments mérités d'une ambition criminelle. Et cette confession, à qui étoit-elle faite , à qui rappeloit-elle les voies impénétrables de la Providence? à ce roi Jean , que l adversité marquoit déjà de son sceau , adversité qui néanmoins ne devoit pas perdre la France ; car Dieu uc permet pas que le régne de ViniqviU soit durable.

Le premier des Valois alla , le 22 août iôoO, porter sa cause au pied de celui qui donne et retire les royaumes à sa volonté , laquelle n'est autre que le pouvoir éternel et 1 infaillible justice.

HISTOIRE

JEAK II.

Depuis son avènement à la couronne jusqu'à la bataille (le Poitiers.

De 1350 à 1556.

HiLiPPE VI, flit de Vallois , laissa le sceptre à "son fils Jean, second du nom ; car on compte un fils de Louis X , Jean I" , qui ne vécut que cinq jours. Louis ' XVII , enfant , a pagj reniement été placé au nombre de nos monarques. La loi salique étoit en ce point d'accord avec le caractère national : en France, l'innocence et le malheur n'excluent pas de la couronne.

Jean avoit reçu une éducation aussi bonne que celle de son père avoit été négligée ; il aima et protégea les lettres autant que Philippe les méprisoit : c'est à ses ordres que nous devons les premières traductions de Tite-Live, de Salluste, deLucain, et des Commentaires de César. Il chercha et récompensa le mérite ; il sentoit par le cœur ce qu'il ne voyoit pas par l'esprit. Il eut à la fois ces défauts et ces qualités propres à perdre les empires ; l'impétuosité de caractère et l'irrésolution d'esprit ; le courage, qui ne consulte que l'honneur, et la magnanimité , qui sacrifie tout à l'accomplissement de sa parole. Dans un temps où la justice étoit en France la liberté , il protégea la justice. En amitié , il n'y eut point d'homme plus fidèle ; mais on pardonne rarement aux rois d'avoir des amis ou de n'en avoir pas.

A Reims, le 26 septembre 1550, Jean se para de la couronne qui devoit orner son cercueil à Londres. Le jour de son sacre il arma chevaliers des princes et des gentilshommes qui ne dévoient plus remettre dans le fourreau l'épée qu'ils prirent de sa main. La pompe fut superbe , la dépense prodigieuse ; chaque nou-

veau chevalier reçut, selon l'usage , aux frais du roi , les habits de la cérémonie , fourrures précieuses , double tenture d'or et de soie. Paris s'émut à Taspect de son monarque. Les rues furent tapissées ; les artisans divisés en corps de métiers , les uns à pied , les autres à cheval, étoient vêtus d'une manière uniforme, mais différente pour chaque confrérie. Les fêtes durèrent huit jours : une exécution sanglante met fin à ces joies funestes.

Jean fait décapiter le comte d'Eu , connétable de France , nouvellement revenu , sur parole, de sa prison d'Angleterre. Il fut dit , mais sans preuves, que le connétable trahissoil sa patrie, à l'exemple de tant de François.

SOMMAIRE

La trêve conclue avec l'Angleterre sous le règne précédent est confirmée par les soins du pape; elle est prorogée à diverses reprises pendant trois années. — Néanmoins les hostilités ne cessent jamais tout à fait dans la Guienne et dans la Bretagne.— Combat des trente. — Création de l'ordre de l'Étoile. — Surprise du château de Giiines par Edouard, qui disoit que les Irèves étoient marchandes.— Recherches inutiles, par la chambre des comptes, des malversations linancièrcs.— Jean, pris pour juge dans une querelle d'honneur entre le duc de Brunswick et le duc de Lancaster. — Mort du pape Clément VI. — Premier crime du roi de Navarre.

FRAGMEINTS.

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