‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 188 sur 201 · CHARLES VI · texte numérisé non relu

CHARLES VI

De 1.580 à 1422.

A minorité de Charles YI fut en proie aux déprédations et aux rivalités des trois oncles paternels et tuteurs de ce prince , les ducs d'Anjou , de Berry et de Bourgogne : le duc de Bourbon, homme estimable, ne put presque rien pour contre-balancer les maux d'une administration sans talent et sans justice.

Soulèvement de Rouen et de Paris ; Juifs , fermiers et receveurs, pillés et massacrés ; états où l'on entend parler du peuple et de la nation ; guerre civile enBretagne; désordres occasionnés fiar le schisme : tel est le prologue de la tragédie dont le premier acte s'ouvre à la folie de Cliarles VI. Le vertueux avocat général Jean Desmarets fut traîné à l'échafaud comme complice des séditions auxquelles il avoit au contraire opposé l'autorité de sa vertu.

Il MaistreJehan, luidisoit-on enle menant au « supplice , criez mercy au roy afin qu'il vous « pardonne.» Desmarets répondit : «J'ai servi Il au roy Philippe son grand aïeul; au roy Jean, ■I et au roy Charles son peie , bien et loyau- II ment ; ne oncques ces trois rois ne mescurent Il que demander, et aussi ne feroit cestuy s'il " avoit connoissance d'homme : à Dieu seul Il veux crier mercy. » Paroles magnanimes s'il en fut jamais.

Les exécutions nocturnes, commencées sous ce règne, continuèrent; on ne dérobe pas l'iniciuité en la cachant.

Les corps étoient jetés dans la Seine avec cet écriteau : « Laissez passer Injustice du roi. » Avertissement à la Loire en 1793, pour laisser passer la pistice du peuple. Les assassinats juridiques datent du gouvernement des Valois : on marchoit vers la monarchie absolue.

Jean, fils du duc de Bourgogne , fut marié à

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Marguerite de Hainaut, et Charles VI , âgé de dix-sept ans, épousa Isabeau, fille d'Etienne, duc de Bavière, âgée de quatorze ans. H y a des noms qui sont à eux seuls l'arrêt des destinées ( 1 383) : n II est d'usage en France, dit Froissard, " que quelque dame , comme fille de haut " seigneur que ce soit , qu'il convient qu'elle <' soit regardée et advisée toute nue par les da- « mes, pour sçavoirsi elle est propre et formée <' pour porter enfants. » Du moins les flancs de cette femme quidevoit être si souvent regardée toute nue dévoient porter Charles YII.

Grand projet de descente en Angleterre ( 1 386) ; quinze cents vaisseaux rassemblés au port de l'Ecluse ; cinquante mille chevaux destinés à être embarqués ; des munitions de guerre et de bouche, parmi lesquelles on remarque des barils de jaunes d'œufs cuits et piles comme de la farine. Une ville de bois de trois mille pas de diamètre, munie de tours et lie retranchements , étoil composée de pièces de rapport qui se démontoient et remontoient à volonté ; elle pouvoit contenir une armée : nous n'avons pas aujourd'hui, dans notre état perfectionné d'industrie , l'idée d'un ouvrage aussi gigantesque de menuiserie et decharpenlerie ; il est évident, par les boiseries qui nous restent du moyen âge, que Tart du menuisier étoit poussé beaucoup plus loin que de nos jours. Les vaisseaux de la flotte étoient ornés de sculpture et de peinture ; les mâts couverts d'or et d'argent : magnificence qui rappelle la l'otte de Cléopâlre. La haute aristocratie étoit descendue du plus haut point de sa puissance au plus haut degré de sa richesse; elle avoit abouti au luxe, comme tout pouvoir, et par conséquent sa force déclinoit : les petitshommes (|ui faisoient ces grands préparatifs furent écrasés dessous. Les intrigues et les passions du duc de Berry , les vols de toutes les espèces d'agents , le retour de la mauvaise saison, empêchèrent la France de reporter en Angleterre les maux que celle-ci lui avoit faits, et ce fut en vain que les propriétaires furent taxés à la valeur du quart de leur revenu pour une inutile parade (t386}.

Ces princes de la première maison de Valois étoient des esprits fastueux, bornés et ingouvernables : ils avoient rempli leur maison de cette foule de valets décorés , sangsues du

peuple et plaies des cours. Cette noble tourbe jouissoit d'immunités abusives ; il n'y avoit pas de surnuméraire de garde-robe qui , en attendant l'exercice de ses fonctions , ne fût exempt des charges publiques.

Le 1«^ janvier de cette année 1386 vit la lin du roi de Navarre, homme qui aimoit le crime de la même ardeur qu'il aimoit la débauche : s'il eût connu un moyen d'en ranimer le goût dans son cœur, il s'en seroit servi comme il se servoit du linceul imprégné d'esprit-de-vin où il se faisoit coudre pour rappeler ses forces épuisées avec les femmes, et dans lequel il fut brûlé.

Il faut placer à l'année 1586 le duel judiciaire de Jean de Carrouges et de Jacques Legris. La dame de Carrouges prétendoit avoir été violée dans le donjon de son château par Jacques Legiis, gentilhomme du comte d'Alenron. « Jac- « quet, Jacquet, dit-elle à Legris , vous n'avez (1 pas bien fait de m'avoir vergondée ; mais le « blasme n'en demeurera pas sur moi, si Dieu « donne que monseigneur mon mari retourne. » Il étoit alors en Ecosse. Legris fut tué. Carrouges passa en Afrique pour combattre les IMaures, et ne revint plus.

En 1387 eut lieu l'aventure d'Olivier de Clisson et du duc de Bretagne , aventure racontée partout, et dernièrement encore par un historien qui ne me laisse plus rien à dire ( M. de Raranle). Bavalan sauva à son maître un crime et des remords. Clisson paya une amende de cent mille livres, et livra quatre places au duc : ainsi les nobles avoient encore des places fortifiées à eux. Les seigneurs ele Laval et de Clialeaubriand furent cautions de l'amende. En 1387, CiiarlesYI , devenu majeur, prit les rênes du gouvernement.

En 1389 on célébra un service solennel à Saint-Denis, pour le repos del'âmede DuGuesclin. L'évêque d'Auxerre fit l'éloge du bon Connétable : la première oraison funèbre fut prononcée pour Du Guesclin, la dernière pour le grand Condé ; car, après Bossuet, Une faut compter personne : nouveau genre d'éloquence insjiirée par la gloire de nos armes , et noblement épuisée entre les cercueils de deux grands capitaines.

L'Europe trembla au nom de cette puissance ottomane qui bientôt , maîtresse de Constant!-

nopie , alloit opprimer l'ancienne patrie de la civilisation, et qui expire aujourd'hui en rendant la liberté à la Grèce.

Bajazet annonçoil qu'il passeroit en Occident, et feroit manger l'avoine à son cheval sur l'autel de Saint-Pierre , à Rome; réaction des croisades , comme les croisades elles-mêmes étoient la réaction du premier débordement des nations islamistes sur les pays chrétiens. La guerre d'extermination n'a cessé entre les peuples du Christ et de Mahomet que quand le principe religieux s'est affoibli chez ces deux peuples.

Marchèrent au secours de Sigismond, roi de Hongrie, dix mille François, parmi lesquels on comptoit mille chevaliers et mille écuyers des plus grandes familles de France , commandes par les plus grands seigneurs , ayant à leur tête Jean de Nevers , prince qui fut le second duc de Bourgogne : pour faire tant de mal à la France, il alloit conquérir dans les prisons de Bajazet le surnom de Jean-sans-Peur. La bataille de Nicopolis perdue contribua, comme je l'ai déjà remarqué , avec les batailles de Crécy, de Poitiers etd'Azincourt, à la dislocation de l'armée aristocratique, et à l'établissement de l'armée nationale. Quand le duc de Bourgogne sortit des cachots de Bajazet, Bajazet entra dans la cage de Tamerlan. Les grandes invasions étoient maintenant en Asie.

Le duc de Touraine , devenu depuis duc d'Orléans, épousa Valenline de Milan, fille de (Taleas Visconti. Pierre de Craon , favori du duc de Touraine, fui disgracié pour avoir révélé à Valentine de Milan une infidélité de son mari. Craon étoit l'ennemi du connétable de Clisson, et parent du duc de Bretagne.

Isabeau commençoit à manifester son penchant au luxe et à la galanterie : la cour d'amour fut instituée sur le modèle des cours de justice. Parmi les officiers de cette cour, on trouve, avec les princes du sang et les plus anciens gentilshommes de la France , des docteurs en théologie, des grands-vicaires , des chapelains, des curés et des chanoines. C'est à celte époque que les romanciers ont placé les aventures du petit Jehan de Saintré. Les plus terribles vérités n'interrompirent point ces fictions ; on voit marcher, tantôt séparés , tantôt confondus dans ce siècle, les forfaits et les

amours , les fêtes elles massacres , l'histoire et le roman , tous les désordres d'un monde réel et d'un monde fictif : l'imagination entroitdans les crimes , les crimes dans l'imagination. Les fureurs du schisme et l'invasion des Anglois cumpliquèrent les querelles des Bourguignons et des Armagnacs.

En i 592 , le duc de Touraine obtint le duché d'Orléans , en échange de celui de Touraine.

Craon assassine le connétable de Clisson , le jour de la fête du Saint-Sacrement, 1592 : Cfisson ne mourut pas de ses blessures. Charles VI voulut tirer vengeance de Craon réfugié auprès du duc de Bretagne. L'armée eut ordre de se mettre en marche. Dans la forêt du Mans , une espèce de fantôme enveloppé d'un linceul, la tête et les pieds nus , se précipite d'entre deux arbres sur la bride du cheval de Charles VI , disant : « Rot , ne chevauche jAiis avant : retourne , car tu es iiahi. » Le spectre rentre dans la forêt sans être poursuivi. Charles frémissant , et les traits altérés , continue sa route. Un page qui portoit la lance du roi la laissa tomber sur le casque d'un autre page : à ce bruit le roi sort de sa stupéfaction , tire son épée , fond sur les pages en s'écriant : « Avant ! avant sur ces traistres ! » Le duc d'Orléans accourt ; Charles se jette sur lui : « Fuyez , beau « neveu d'Orléans , lui crie le duc de Bour- « gogne, monseigneur >'eut vous occire ! haro ! « le grand meschef, monseigneur est tout des- « voyé ! Dieu ! qu'on le prenne ! » Le roi ne tua ni ne blessa personne , quoi qu'en ait dit Monstrelet. Il fut ramené au Mans sur une charrette à bœufs. Les oncles du roi, le duc de Berri et le duc de Bourgogne, prirent en main le gouvernement. La Rivière, Lemercier, Montaiguet Le Bègue de Vilaines , ministre de Charles , eurent ordre de se retirer ; le connétable de Clisson fuit en Bretagne après que le duc de Berry l'eut menacé de lui crever le seul œil qui lui restât. Benoît, le pape de Rome, prétendit que Dieu avoit ôté le jugement au roi parce (ju'il avoit soutenu l'anti-pape d'Avignon ; Clément, le pape d'Avignon, soutenoit que le roi avoit perdu l'esprit parce qu'il n'avoit pas détruit l'antipape de Rome. Le peuple françois plaignit le jeune monarque et pria pour lui , tandis que les grands se réjouissoient de pouvoir conduire à leur gré les affaires de l'étal.

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Georges III , clans une monarchie constitutionnelle , a été privé plusieurs années d'intelligence , et c'est l'époque la plus glorieuse de la monarchie angloise ; Charles VI , dans une monarchie absolue , resta à peu près le même nombre d'années dans un état d'insanité , et c'est l'époque la plus désastreuse de la monarchie Françoise : dans la monarchie constitutionnelle, la raison nationale prend la place de la raison du roi ; dans la monarchie absolue, la folie de la cour succède à la folie royale.

Le parlement , toutes les chambres assemblées { 1592), confirma l'édit de Charles Y, (jui fixe à quatorze ans la majorité des rois. La tutelle des enfants de France fut mise entre les mains de la reine et de Louis de Bavière , frère de la reine ; des lettres de régence furent accordées quelque temps après au duc d'Orléans , frère du roi. Il y avoit un conseil de tutelle de douze personnes; il n'y avoit point de conseil de régence assigné. Charles YI lit son testament , et il vécut , après avoir luimême disposé de tout, comme s'il étoitmort.

Et c'est de ce roi mort que l'on entend parler ensuite comme père d'enfants qui naissent au hasard, comme ayant été sur le point d'être brûlé dans un bal masqué où cet insensé figuroit déguisé en Sauvage ; comme niant qu'il eut été roi ; comme effaçant avec fureur son nom et ses armes ; priant qu'on éloignât de lui tout instrument avec lequel il eût pu blesser (juelqu'un, disant qu'il aimoit mieux mourir que de faire du mal à personne; conjurant au nom de Jésus-Christ ceux qui pouvoient être coupables de ses souffances de ne le plus tourmenter, et de hâter sa fin ; s' écriant à l'aspect de la reine : « Quelle est ceste femme ? Qu'on "m'en délivre! » et recevant dans son lit, trompé , la fille d'un marchand de chevaux que cette rehie lui envoyoit pour la i-emplacer : ombre auguste, malheureuse et plaintive, autour de laquelle s'agitoit un monde réel de sang et de fêtes ! spectre royal dont on empruntoit la main glacée pour signer des ordres de destruction , et (pii , innocent des actes revêtus de son nom à la lumière du soleil , revenoit la nuit parmi les vivants pour gémir sur les maux de son peuple ! Quel témoin nous reste-t-il de celte infirmité d'un monarque que ne purent guérir un mafjicien de Guienne avec son livre Sima-

(jorad , et deux moines qui furent les premiers criminels assistés àla mort par des confesseurs. Quel monument durable atteste , au milieu de nous, les calamités d'un règne qui s'écoula entre l'apparition d'un fantôme et celle d'une bergère? Une amère dérision de la destinée des empires et de la fortune des hommes : un jeu de cartes.

Sous l'année 1393, on remarque l'ordonnance qui donne des confesseurs aux condamnés; mais le sacrement de l'eucharistie leur étoit encore refusé dans le dernier siècle. Plusieurs conciles avoient réprouvé cette rigueur, incompatible, en effet, avec la charité cla-étienne et avec le principe moral d'une religion qui fait du repentir l'innocence.

Les prisonniers envoyés à l'échafaud s'arrètoient deux fois en chemin ; dans la cour des Filles-Dieu, ils baisoient le crucifix , recevoient l'eau bénite , buvoient un peu de vin , et mangeoient trois morceaux de pain : cela s'appeloit le dernier morceau du patient. Sauvai remarque que cet usage ressemble au repas que les Juives faisoient aux personnes condamnées à mort , et au vin de myrrhe que les Juifs présentèrent à Jésus-Christ. Ne seroit-cepas plutôt un souvenir du dernier repas des martyrs, le repaa libre? Les exécutions avoient presque toujours lieu le dimanche et les jours de fêle. Les cordeliers assistèrent d'abord les criminels, et eurent pour successeurs les docteurs en théologie de la maison de Soiboniie : sublime fonction du prêtre , qui commença en 1393 par l'édit d'un roi de France malheureux, et (jui devoit donner, en 1795 , un dernier consolateur à un roi de France encore plus infortuné.

L'usage étoit aussi d'offrir du vin aux juges qui assistoient à la mort du condamné : l'exécuteur des hautes oeuvres faisoit les avances du prix de ce vin. Une somme de douze livres six deniers fut allouée au bourreau en 1477, par le prévôt de Paris , pour avoir fourni du pain , des poires et douze pintes de vin à messieurs du parlement et officiers du roi , étant au grenier de la salle , pendant que le duc de Nemours (Armagnac) se confessoit,

La dernière année du quatorzième siècle vit deux papes renonces , deux rois jugés et éposés par deux assemblées nationales : le

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roi d'Angleterre Richard II, el Venceslas, empereur d'Allemagne. Venceslas, ivrogne et débauché, se soucioit si peu de l'empire, qu'il vendit aux habitants de Nuremberg , après sa déposition , un di'oitde souveraineté qu'il avoit conservé sur eux, pour quelques pipes de vin. Louis d'Anjou manqua son expédition sur Naples. Le duc de Bourl)on voulut surprendre Bordeaux et Bayonne pendant les troubles qu'amena la déposition de Richard II; il ne réussit pas, et la cour de France , ne pouvant dépouiller Henri de Lancaslre , s'arrangea avec lui.

Les querehes des maisons d'Orléans et de Bourgogne éclatent . Il y a quelque chose de plus grand dans la maison de Bourgogne , quelque chose de plus attachant dans celle d'Orléans ; ou se range malgré soi de son parti ; on lui pardonne la foiblesse de ses mœurs en faveur de son govlt pour les arts, de sa fidélité au malheur, et de son héroïsme. Par sa branche illégitime , on passe de Dunois aux Longueville ; par sa branche légitime , on arrive de Valentine de Milan à Louis XII et à François ^^

Le premier attentat vint de la maison de Bourgogne. Jean-sans-Peur, qui avoit succédé à son père Philippe-le-Hardi , fait assassiner le duc d'Orléans le 23 novembre 1407. Les deux princes s'étoient juré dans le conseil du roi une amitié inviolable : ils avaient prix les epices et bu du vin ; ils s'étoient embrassés en se quittant ; ils avoient communié ensemble ; le duc de Bourgogne avoit promis de dîner chez le duc d'Orléans, qui l'avoit invité : il n'alla pourtant point chercher au repas des morts , où il l'envoya le lendemain , son convive de Dieu à la sainte table , et son hôte au festin des hommes.

Le duc de Bourgogne nia d'abord son crime, et s'en vanta ensuite : dernière ressource de ceux qui sont trop coupables pour n'être pas convaincus , et trop puissants pour être punis. Le peuple détestoitle duc d'Orléans, et chansonna sa mort : les forfaits n'inspirent d'horreurs que dans les sociétés en repos ; dans les révolutions , ils font partie de ces révolutions mêmes , desquelles ils sont le drame et le spectacle.

f .e bruit de l'assassinat s' étant répandu dans

Paris , la reine , épouvantée , se fit porter en riiôtei de Saint-Pol ; la femme adultère se mit sous la protection de la royale folie. Bientôt elle est obligée de fuir devant le duc de Bourgogne , et emmène à Tours le roi malade. Valentine de Milan succombe à sa douleur, sans avoir pu obtenir justice. On l'accusa de sortilèges : les sortilèges de Valentine étoient ses grâces. Cette Italienne, apportant dans notre rude climat, dans la France barbare, des mœurs polies et le goût des arts , dut paroître une magicienne; on l'auroit brûlée pour sa beauté , comme on brûla Jeanne d'Arc pour sa gloire.

Le traité de Chartres donna tout pouvoir au duc de Bourgogne ; on trancha la tète au sire de Montaigu, administrateur des finances, ce qui ne remédia à rien : on convoqua une assemblée pour réformer l'état, et l'état ne fut point réformé. Les princes , mécontents , prirent les armes contre le duc de Bourgogne. Le duc d'Orléans , fils du duc assassiné, avoit épousé en secondes noces Bonne d'Armagnac , fille du comte Bernard d'Armagnac , d'où le parti du duc d'Orléans, conduit par le comte Bernard , prit le nom d'Armcujnac. On traite inutilement à Bicêtre ; on se prépare de nouveau à la guerre. Les Armagnacs assiègent Paris; le duc de Bourgogne arrive avec une armée , et en fait lever le siège. A travers tous ces maux, la vieille guerre des Anglois se ranime.

Une sédition éclate dans Paris : les palais du roi et du dauphin sont forcés ; la faction des bouchers prend le chaperon blanc ; le duc de Bourgogne perd son pouvoir et se retire : on négocie à Arras.

Le roi d'Angleterre descend en France. La bataiUed'Azincourt, perdue , renouvelle tous les malheurs de Crécy et de Poitiers. Paris est livré aux Bourguignons , après avoir été gouverné par les Armagnacs ; les prisons sont forcées , les prisonniers massacrés. Les Anglois s'emparent de Rouen , et Henri V prend le titre de l'oi de France.

Un traité de paix est conclu à Ponceau entre le duc de Bourgogne et le dauphin (^4^9). Vaine espérance ! les inimitiés étoient trop vives : Jean-sans-Peur est assassiné sur le pont de Montereau,

DE L'HISTOIRE DE FRANCE

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Le nouveau duc de Bourgogne, Piiilippe-le- Bon , s'allie aux Anglois poiu' venger son père. Henri Y épouse Catherine de France , et Charles YI le reconnoît pour son héritier, au préjudice du dauphin. Deux ans après la signature «lu traité de Troyes , Henri V meurt à Yincennes , et Charles YI à Paris.

Le duc de Bedford , revenant des funérailles de Henri Y, roi d'Angleterre, ordonne celles de Charles YI, roi de France. Cette <'ourse entre deux cercueils , entre le cercueil du plus glorieux comme du plus heureux des monartpies, et le cercueil du plus ohscur comme du plus misérable des souverains , est une leçon aussi sérieuse (pie philosophique. Qui en profitera? personne.

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