‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 191 sur 201 · CHARLES VIII · texte numérisé non relu

CHARLES VIII

De 1483 à 1498.

u Haillant ne veut pas que Charles VIII soit fils de Louis XI, ou du [moins qu'il soit fils de fia reine Charlotte de Savoie : il avoit ouï dire cela. A ce compte, une foule de rois n'auroient pas été fils de leur prétendu père, car ces histoires d'enfants supposés sont renouvelées de règne en règne dans tous les pays. Au surplus l'adultère est toujours un crime, et dans la famille particulière des princes , l'infidélité des femmes est affligeante ; mais dans la famille générale des peuples , peu importeroit (n'étoit la violation du droit et le désordre moral) d'où viendroit le royal enfant : s'il devoit à une fiction légale les avantages de l'hérédité et les qualités d'un grand homme , alors , souverain de droit et de fait, il emprunteroit à la naissance et au génie une double légitimité. Mais Charles V^III étoit bien fils de Louis XI.

Ce dernier, par un trait remarquable de sa politique , avoit réglé qu'Aune de France , dame de Beaujeu , sa fille, seroit chargée du gouvernement de la personne du roi. Louis XI s'étoit souvenu des abus de la régence sous

DE I/IIISTOIHK or, l'HANC!:.

Charles VF. Les états de Tours de 1484 confirmèrent Anne dans ce gouvernement , malgré l'opposition du duc d'Orléans, qui s'étoit adressé au parlement de Paris , lequel déclina sa compétence et renvoya l'affaire aux états. Ils nommèrent un conseil de dix personnes où dévoient assister les princes du sang. Le point le plus élevé de la monarchie des états se trouve sous le règne de Charles VIII et de Louis XII.

Charles VIII fait mettre en liberté Charles «l'Armagnac , frère de Jean, tué à Lectoure. Tous les Armagnac sont rendus à la liberté ou rétablis dans leurs biens. Landois , favori de François II, duc de Bretagne, est pendu.

Henri VII d'Angleterre défait et tue Richard ni. Henri VII , de la branche de Lancastre, épousa Elisabeth d'York, et confondit les droits des deux maisons qui s'étoient si longtemps disputé la couronne.

Le duc d'Orléans , mécontent de la cour, s'étoit retiré en Bretagne : il commence , aidé des Bretons et d'une troupe d'Anglois, une courte guerre civile. Il est défait et pris à la bataille de Saint-Aubin , que gagna Louis II , sire de la Trémoille (1488).

Ciiarles VIII épouse, en 4491 , Anne , héritière du duché de Bretagne ; Marguerite, fille de Maximilien , qu'il avoit fiancée et ensuite renvoyée à son père, est mariée à l'infant d'Espagne, .lean d'Aragon dont elle eut Charles-Quint.

L'an 1492 , chute de Grenade , fin de la domination des Maures en Espagne , et découverte de l'Amérique par Christophe Colomb.

Expédition de Charles VIII en Italie. Jusqu'alors l'Italie n'avoit vu les François que comme des espèces d'aventuriers : aussitôt que les rois de France eurent brisé le dernier anneau de la chaîne féodale, ils purent marcher hors de leur pays à la tète de leur nation. Les droits de Charles VIII sur la souveraineté de Naples étoient la cession qui lui en avoit été faite par Charles d'Anjou , héritier de son oncle René. Charles VIII, arrivé à Rome (1494), y trouva un empire aussi chimérique que le royaume qu'il prélendoit conquérir : André Paléologue , héritier de l'empire de Constantinople qu'il n'avoit pas, céda ses prétentions au Roi de France , et le pape Alexandre VI livra à Charles, Ziziin , frère de Baja-

zet , exilé dans les états du saint-siége. Charles VIII entra dans Naples le 21 février 149;> avec les ornements impériaux , soit qu'il les portât comme empereur d'Occident ou comme empereur d'Orient. Une ligue conclue à Venise entre le pape, l'empereur, le roi d'Aragon, Henri VII , roi d'Angleterre, Ludovic Sforceet les Vénitiens , oblige Charles VIII à évacuer l'Italie. Les François repassent les Alpes après avoir vaincu à Fornoue. On admira le service de l'artillerie françoise ; pour la première fois une armée régulière de notre nation se montra dans la belle contrée oii elle devoit un jour acquérir tant de gloire.

Charles VIII expire au château d'Amboise le 7 avril 1498 : son fils le dauphin étoit mort âgé de trois ans. Une branche collatérale monte sur le trône.

« Charles VIII , petit homme de corps et « peu entendu , dit Commines , estoit si bon <' qu'il n'est point possible de veoir meilleure » créature. «

LOUIS XH.

De 1^98 à I5«5.

ouïs XII a obtenu le plus beau surnom des rois de France : il fut tout d'une voix appelé le Père du peuple. Et ici le mot peuple a une grande valeur, et annonce une révolution :

ce n'est point un mol banal appliqué à une foule depuis longtemps gouvernée par un maître : c'est un mot nouvellement introduit d;ins la langue pour désigner une jeune nation affranchie, formée des débris des serfs et des corvéables de la fcodalité. Elle ouvroit les temps modernes, celte nation; elle avoit la force et l'éclat qu'elle eut dans sa première métamorphose, lorsque les Franks , transformés en François , entrèrent dans les siècles du moyen âge.

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ANALVSL; KAlSOiNiNEK

Louis Xir étoit arrière-petit-fils de ce Louis, duc d'Orléans , par qui le sang italien couiinença à couler dans les veines de nos monar- ([ues , et à leur communiquer le goût des arts : race légère et romanesque , mais élégante , brave , intelligente , et qui mêla la civilisation à la chevalerie. On ne sauroit trop rappeler le mot de Louis XII en parvenant au trône : « Le <i roi de France ne venge pas les querelles du « duc d'Orléans (1498). »

Louis Xlï épousa la veuve de Charles VIII. La Bretagne fut le dernier grand fief revenu à la couronne. Ainsi pérh la monarchie féodale : commencée par le démembrement successif des provinces du royaume , elle finit par la réimionsuccessivedecesprovincesauroyaume, comme les fleuves sortis de la mer retournent à la mer. Il restoit encore une soumission pour les comtés de Flandre et d'Artois, possédés par l'archiduc d'Autriche ; mais ce n'étoit plus ([u'ini vain hommage auquel ni celui qui le rendoit , ni celui (jui le recevoit , n'attachoit aucime idée d'obéissance ou de supériorité. Les lambeaux de la monarchie féodale traînèrent assez longtemps dans la monarchie absolue , de même que l'on voit aujourd'hui des débris du despotisme impérial flotter parmi les libertés constitutionnelles. Le passé se prolonge dans l'avenir, et une nation ne peut ni ne doit se séparer de ses tombeaux.

La cour de l'Echiquier eu Normandie fut érigée en parlement : ainsi tomboient tour à tour les pièces de la vieille armure gothique.

Louis XII porta la guerre en ItaUe : aussitôt que nos (pierelles cessèrent an-dedans , elles commencèrent au-dehors ; il falloit une nouvelle issue à l'humeur guerrière de la France. Louis XII prétendoit au duché de Milan par les droits de Valentine de Milan, son aïeule, et au royaume de Naples par les droits de la maison d'Anjou. Dominoient alors à Rome les abominables Borgia : César Borgia, le héros de IMachiavel ; Alexandre VI avec sa fille triplement incestueuse , nommée Lucrèce , comme pour offiir à Rome un contraste fameux avec lantique pudeur romaine Le Milanois fut conquis dans l'espace de vingt jours, le royaume de Naples en moins de quatre mois : ce royaume fut occupé de concert avec Ferdinand-le-Catholique. Bientôt les François

et les Espagnols se brouillent pour le partage de cet état (1500, loOl , Io02). D'Aubigny perd la bataille de Seminare , le vendredi 21 avril , et le vendredi 28 du même mois , le duc de Nemours est vaincu et tué à Cérignole par Gonzalve de Cordoue , dit le grand capitaine. La maison d'Armagnac finit en la personne du duc de Nemours, et ce duc de Nemours n'étoit rien moins que le dernier descendant de Klovigh : reste étrange au commencement du seizième siècle ! Le parlement d'Aix avoit été créé en \ 50 1 .

Cependant Charles-Quint étoit né (1500).

Alexandremeurt (18 août 1503). Après PiellI, qui n'occupa le siège pontifical que vingt-cinq jours , vient Jules II , dont le nom annonce et le règne des arts, et une révolution dans le genre d'influence que la cour de Rome exerça sur le monde chrétien. Celte cour cessa d'être plébéienne , et , par une double erreur, elle s'attacha au pouvoir aristocratique lorsqu'il expiroit. L'ère politique du christianisme déclinoit.

Les états de Tours de 1506 vous montrent ces assemblées parvenues à leur dernier point de perfection , séparées de la magistrature parlementaire et du pouvoir exécutif. LouisXII les ouvre dans une séance royale, environné des princes du sang et de toute sa cour, ayant à sa droite le chancelier de France : c'est la forme même dans laquelle commencent aujourd'hui les sessions législatives , et ce qui montre que les grands de la cour ne faisoient point ou ne faisoient plus partie des états.

La ligue de Cambrai formée contre les Vénitiens se dissipe , comme toutes ces coalitions où des princes ennemis se réunissent dans un intérêt momentané.

HenriVIId'Angleterremeurtet est remplacé sur le trône par lïenri VIII (!509 et 1510).

Jules II se ligue contre les François en Italie avec Ferdinand , Henri VIII et les Suisses. Le dernier des clievaiiers françois , Bayard , digne de clore l'époque de la chevalerie, se signale à Saint-Félix et à la journée de la Bastide (loi I ). Concile général de Pise où Jules II est cité par Louis XII. Concile de Latran en opposition au concile de Pise.

Bataille de Ravenne gagnée le jour de Pâques , 11 avril 1512 , sur les confédérés, par le

I)i: I/lIISTOlliK 1)K F 11 A. N Cl'.

duc de Nemours , le chevalier Bayard , Louis d'Arce et Lautrec. Le duc de Nemours achète la victoire de sa vie ; il est tué âgé seuleuient de vingt-trois ans. Ce jeune prince étoit Gaston de Foix , fils de Marie , sœur de Louis XII , pour lequel le comté de Nemours avoit été érigé en duché -pairie (131)7). 11 ne le faut pas confondre avec Armagnac , duc de Nemours, le dernier des Mérovingiens dont on a parlé.

Le Milanois est perdu pour Louis XIl , qui ne conserve en Italie que quelques places, avec le château de Milan. Le concile de Pise est transféré à Milan, ensuite à Lyon. Jules II frappe d'interdit le royaume de France et la ville de Lyon en particulier : méprise de temps; ces foudres, comme la féodalité, étoient épui- .sés ; les vieilles mœurs n'étoient plus que des usages.

Ferdinand s'empare du royaume de Navarre ; Maximilien Sforce reprend la souveraineté du Milanois , les Médicis celle de Florence. L'empereur Maximilien P'' veut se faire pape. La reine, Anne de Bretagne, meurt, .fuies II la suit dans la tomhe. Léon X lui suc- <'ède. Louis XII reprend le Milanois, et le perd tîiifin à la bataille de Novare. La France est attaquée par Maximilien , Henri VU! et les Suisses. Tout s'arrange au moyen de plusieurs mariages, les uns projetés, les autres accomplis. Louis XII épouse Marie, sœur deHemù VIII, «lans les bras de laquelle il trouva la mort. Le comte d'Angoulême, qui devint François 1^"^ aima Marie, et s'en éloigna de peur de perdre une couronne. Ce calcul n'étoit guère de son âge et de son caractère : aussi ne céda-l-il qu'au conseil de Grignaux, ou deGouffier, ou de Duprat (1312, 1513, 1514, 1313.)

Louis XII décède le 1«'' janvier 1313 à l'hôtel des Tournelles à Paris. Il réduisit les impôts de plus de moitié; il avoit une affection tendre pour ses sujets , qui la lui rendirent , malgré ses fautes dans la politique extérieure; il voulut toutes les franchises dont on pouvoit Jouir sous la monarchie d'alors. Il est convenable de remarquer qu'à cette époque, et jus- ([u'à celle où nous \ ivons , les peuples régloient leur haine ou leur amour sur le plus ou le moins de taxes dont ils se trouvoient chargés. Aujourd'hui que l'espèce humaine a gagné en

intelligence et en civilisation , les nations attachent moins leurs affections à ces intérêts tout matériels : elles accorderoient plus volontiers le nom de père au souverain qui accroîtroit leurs libertés (pià celui qui épargneroit leur argent.

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