‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 192 sur 201 · FRANÇOIS · texte numérisé non relu

FRANÇOIS

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RANçois i'"' étoit arrière-petit-fils de Louis d'Orléans et de Valentiue de Milan. Trois générations avoienl déjà changé le monde; soixante ans de la découverte de la presse, quoique non libre , avoient produit un mouvement considérable dans les esprits. Les controverses de Luther prêta paroi Ire, ou ne se fussent pas propagées avec la mèmerapidité, ou auroient été étouffées, si la presse ne s'étoit trouvée là tout juste à point pour les répandre.

François I^r rentre en Italie (1313). Le 14 de septembre il livre aux Suis.ses, à Marignan, ce combat que Trivulce appela le combat des (jèants : ce fut la première grande victoire remportée par les François depuis leurs défaites à Crécy, Poitiers et Azincourt. Cette bataille n'avoit plus aucun des caractères de ces premières batailles; elle étoit à celles-ci ce que les batailles de la révolution ont été à celle de Marignan. Le sénat de Venise déclara, par un décret , que François I^'' et tous les princes de sa race seroient nobles vénitiens; décret (pie Louis XVIII demanda à effacer de sa main, lorsqu'il reçut l'ordre de quitter Vérone. Commencement de la vénalité des charges, qui amène rinamovibilité des juges.

Ferdinand , roi d'Aragon par lui-même, roi de Caslille par sa femme Isabelle , roi de Grenade par conquête, roi de Navarre par usui-

A^iALYSL UAISONiMiF'

palion , héritier de trois bâtards couronnés , meurt , et Charles-Quint monte sur le trône. Le traité de Fribourg produit entre la France et les Suisses cette paix nommée perpétuelle , qui ne laissa plus à ceux-ci que l'honneur de verser leur sang pour les François (1516).

Concordat entre Léon X et François l^"", auquel s'opposèrent le clergé , l'université et le parlement , comme attentatoire aux libertés de 1 Église nationale. Lutlier, cette même année (4517), s'éleva contre les indulgences préchées en Allemagne. Henri VIH étoit sur le trône; il alloit porter un autre coup à la foi catholique dont il se constitua d'abord le défenseur. En 4521 , Ignace de Loyola fut blessé dans le château de Pampelune que les François tenoient assiégé : Loyola fut pour les réformés ce que saint Dominique avoit été pour les Albigeois ; mais la Saint-Barthélémy ne détruisit point le protestantisme, et les Croisés exterminèrent les Albigeois.

Charles-Quint est élu empereur après la mort de Maximilien : son concurrent étoit François P"" (1519). Alors la L'rance se trouva enveloppée par les possessions de la maison d'Autriche : l'Espagne , conquérante en Amérique et dans les Indes , disoit que le soleil ne se couchoit pas sur ses états. La découverte de l'Amérique produisit une révolution dans le commerce , la propriété et les finances de l'ancien monde. L'introduction de l'or du Mexique et du Pérou baissa le prix des métaux , éleva celui des denrées et de la main-d'œuvre , fit changer de main la propriété foncière , créa une propriété inconnue jusqu'alors , celle des capitalistes, dont les Lombards et les Juifs avoient donné la première idée. Avec les capitalistes naquit la population industrielle et la constitution artificielle des fonds publics. Une fois entrée dans cette route , la société se renouvela sous le rapport des finances , comme elle s'étoit renouvelée sous les rapports moraux et politiques.

Aux aventures des croisades succédèrent des aventures d'outre-mer d'une tout autre importance ; le globe s'agrandit, le système des colonies modernes commença, la marine militaire et marchande s'accrut de toute l'étendue d'un océan sans rivages. La petite mer intérieure de l'ancien monde ne resta plus qu'un

bassin de peu d'importance, depuis que les richesses des Indes arrivoient en Europe par le cap des Tempêtes. A trois années de distance l'heureux Charles-Quint triomphoit de Montezurae à Mexico, et de François I^ à Pavie.

Mais ce qui fit avancer les autres peuples vers l'indépendance et la civilisation enchaîna les nations soumises au sceptre de Philippe II ; les Amériques , l'Espagne et les Pays-Bas perdirent leurs libertés pour des siècles. Ces champs de la Flandre , où les communes avoient si longtemps combattu pour leur émancipation , ne furent plus ensanglantés que par des échafauds ou par les batailles que s'y livrèrent les maisons de France et d'Autriche. L'entrevue de François I""^ et de Henri 'VIII, près de Guines, appelée le camp du drap d'or, fut une dernière parade des temps féodaux , un simulacre des tournois , des cours plénières, de ces anciennes mœurs déjà assez passées pour n'être plus que des spectacles (1520).

Le duc de Bouillon déclara la guerre à l'empereur : celui-ci crut que le duc étoit secrètement appuyé de la France : commencement des guerres entre Charles-Quint et François l^''. Le Milanois est perdu de nouveau ; Léon X, qui adonné son nom à son siècle, meurt. Il écrivoil à Raphaël : « Vous rendrez mon pontificat à (I jamais célèbre, d II prophétisoit. Malheureusement la renaissance des arts tomba presque au moment de la réformation dont la rigidité proscrivoit les arts. Si l'ardeur religieuse des siècles qui élevèrent les monuments gothiques avoit encore existé au temps des Michel-Ange et des Raphaël, de combien d'autres chefsd'œuvre Rome, déjà si riche, seroit ornée !

A Léon X succéda Adrien VII, qui laissa la tiare à Clément VII, autre Médicis (1521). Prise de Rhodes par Soliman II (1522).

Le connétable de Bourbon , que perséculoit la duchesse d'Angoulême, passe au service de Charles-Quint. Le marquis de Villane, sollicité par l'empereur de prêter son palais au connéiable, répondit : « Je ne puis rien re- « fuser à vostre majesté, mais si le duc de " Bourbon loge dans ma maison , j'y mettrai (I le feu aussitost (|u'il en sera sorti, comme lieu « infecté par la trahison , et ne pouvant plus " estre habité d'un homme d'honneur. » Seul

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traître que es Bourbons aient jamais compté dans leur race.

Le capitaine Bayard est tué dans la retraite de Rebecque (^524). « Il fut tiré ung coup de hacquebouze , dont la pierre le vint frapper au travers des reins, et lui rompit tout le grososdereschine. Quand il sentitlecoup, se print à crier Jésus ! Et puis dist : Hélas ! mou Dieu, je suis mort! Si print son espée parla poignée et baisa la croisée , en signe de la croix, et en disant tout liault : Miserere mei. Deux, secundum misericordicnn iuam ; devint incontinent tout l)lesme , comme failly des esperitz , et cuyda tomber : mais il eut encore le cueur de prendre Tarson de la selle ; et demoura en cest estât jusques à ce que ung jeune gentil homme, son maistre d'hostel, lui ayda à descendre , et le mit soubz ung arbre.

Ses povres serviteurs domes-

» tiques estoient tout transsiz , entre lesquelz estoit son povre maistre d'iiostel , qui ne l'abandonna jamais , et se confessa le bon cl.evalier à luy, par faulte de prestre. Le povre gentil homme fondoit en larmes , voyant son bon maistre si mortellement navré , que nul remède en sa vie n'y avoit; mais tant doulceraent le reconfortoit icelluy bon chevalier, en luy disant : Jacques , mon amy, laisse ton deuil; c'est le voitloir de Dieu de m'oster de ce monde ; je y ay la sienne grâce longuement demouré, et y ay receu des biens et des honneurs plus que à moi n'appartient : tout le regret que j'ay à mourir, c'est que je n'ay pas si bienfait mon deb voir que je debvois.» Le connétable de Bourbon , du parti des ennemis , se présenta pour consoler Bayard : " Monseigneur , lui dit le capitaine , ne faut « avoir pitié de moi , mais de vous , qui estes " armé contre voslre roi , vostre pays et vostre " foi. 1) Bourbon insista, et parla de bons chirurgiens ; Bayard répliqua : « Je cognois que (I je suis blessé à mort. Je prends la mort en « gré et n'y ay aucune desplaisance. » Le connétable s'en alla les larmes aux yeux et s'écriant : « Bienheureux le prince qui a ung « tel serviteur , et ne sçait la France qu'elle a « perdu au ourd'huy ! i>

Le marquis de Pescaire ( Fernand-Fran(;ois d'Avaloz) dit : « Plust à Dieu , gentil seigneur V de Bayard, qu'il m'eust couslé une quarte de

(I mon sang , sans mort recevoir, je ne deusse « manger chair de deux ans , et je vous tien- « sisse en santé mon prisonnier ! »

Bataille de Pavle , 14 février 1525. On ne retrouve plus l'original du fameux billet : Tout est perdu furs Vhonneur; mais la France, qui l'auroit écrit , le tient pour authentique. Jean , pris à Poitiers , fut servi à table par son vainqueur, et traité à Londres comme un monarque triompliant; François l*^"" fut transféré rudement dans les prisons de i\îadrid : les chevaliers , que le monarque françois a ouloit faire revivre, n'étoient plus. Au reste , les états de Bourgogne , en 1 520, ne se crurent pas liés par le traité de Madrid, qui détachoit , sans leur consentement , la Bourgo^jne de la France ; les états de Paris , en 1359, refusèrent de ratifier le traité négocié pour la délivrance dti roi Jean : il n'y a de permanent que l'indépendance des peuples, toutes les fois qu'elle est appelée à parler seule.

L'année de la captivité de François I", prisonnier, vit Albert , margrave de Brandebourg, grand-maître de l'ordre ïeutonique , embrasser le luthéranisme et s'emparer des provinces de l'ordre. Les descendants d'Albert sont devenus rois de Prusse.

Le traité de Cambrai , en 1529, termina les guerres d'Italie entre François I*^"^ et Charles- Quint. La Bretagne est réunie à la France par une ordonnance expresse. Avant l'édit du domaine de 156G , nos rois pouvoient librement disposer de leurs biens patrimoniaux; ces biens ne devenoient inaliénables que par leur réunion au domaine; d'où il faut distinguer deux choses dans l'ancien droit commun de la troisième race : la propriété particulière du prince , la propriété générale de la couronne.

François 1" fonde l'infanterie françoise : elle remplaça les fantassins allemands à notre solde. Celte infanterie fut d'abord formée sur le modèle des légions romaines , et divisée en corps de six mille hommes. On en revint à la division par bandes de cinq ou six cents hommes , origine de nos régiments. Henri , frère puîné de François dauphin, épou.sc à Marseille Catherine de Médicis (1532 , 1533) .

Le scliisme d'Angleterre éclate en 153-î , à propos du divorce de Henri VIII , pour épouser Anne de Boulen. Cette année môme, 1554 ,

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ANALYSE IIAISONNEE

les doctrines de Calvin se glissoient en France sous la protection de Marguerite , reine de Navarre , sœur de François 1"" ; et cette année encore Ignace de ï-oyola fonda la société de Jésus : quand les idées des peuples sont mûres pour un changement , il arrive que les princes se trouvent faits pour les développer. Nouvelle guerre entre la France et l'Espagne, à propos de la décapitation , par François Sforce , de l'envoyé de France à Milan. Charles-Quint, revenu triomphant de son expédition d'Afrique , est battu en Provence et en Picardie.

Henri devient dauphin par la mort de François, son frère aîné, empoisonné. Les anabaptistes sont dispersés par le supplice de Jean de Leyde, à Munster (1536). Charles-Quint est ajournée à la cour des pairs de France , comme vas.sal rebelle, ainsi que l'avoit été le prince Noir : ridicule résurrection des droits périmés de la monarchie féodale (1537).

Charles-Quint traverse la France ( 1 539) pour aller apaiser /les troubles survenus dans celte villede Gand , berceau des tribuns et asiledes rois .

L'ordonnance de Villers-Cotterets (1539) commande l'abréviation des procès , le nonempiètement des tribunaux ecclésiastiques sur les justices ordinaires , et la rédaction en françois des actes publics. On s'est étonné que cette ordonnance n'ait pas été rendue plus tôt : il falloit bien attendre la langue ; elle ne commença à être assez débrouillée pour être convenablement intelligible que sous le règne de François l". Si, dès l'an 1281, l'empereur Rodolphe obligea d'écrire les actes impériaux en langue vulgaire, c'est que l'allemand étoit une langue mère parlée de tout temps par un peuple qui l'entendoit. La langue françoise n'étoit qu'un patois né principaiement des langues romane et latine ; des siècles s'écoulèrent avant qu'elle devînt une langue générale dans toute l'étendue de la monarchie. Edouard III put défendre l'usage du jargon normand dans les tribunaux d'Angleterre , parce qu'il trouva derrière ce jargon l'anglois , ou le bas allemand , conservé par les Saxons conquis.

La procédure criminelle, devenue presque publique , cesse de l'être sous le chancelier Poyet.

On commence à voir paroîlre les noms fameux dans les règnes suivants : le cardinal de Lorraine et son frère , le premier duc de Guise,

le connétable Anne de Montmorency et Catherine de Médicis (1540).

François P^ établit de nouvelles relations extérieures; il envoie des ambassadeurs à Soliman II, à Constantinople , et en reçoit de Gustave- Wasa , roi de Suède. Ce prince, célèbre par son courage et ses aventures , rendit la Suède luthérienne, et devint le chef militaire des protestants (1540).

En 1 544 , bataille de Cérisoles , gagnée par les François.

En 1545, premières exterminations des guerres de religion en France ; exécution des villes huguenotes de CabrièresetdeMérindol.

Les deux chefs du scliisme , Luther et Henri YIII , meurent , le premier en 1546 , et le second en 1547. François 1er, qui commença la persécution contre les huguenots, suivit deux mois après dans la tombe le tyran des libertés politiques et le fondateur des libertés religieuses de l'Angleterre (1<" mars 1547).

Charles-Quint se traîna neuf ans sur la terre après son rival : il abdiqua en 1 556 , se retira au monastère de Saint-Just , dans l'Estramadure , et célébra vivant ses propres funérailles. Enveloppé d'un linceul , couché dans une bière, il chanta , du fond de son cercueil , l'oflice des morts , que les religieux célébroient autour de lui. (« C'étoit l'homme pour lequel , dit Monles- " quieu , le monde s'étendit, et l'on vit paroître H un monde nouveau. » Ce monde nouveau donna la mort à François P'". Toute la destinée de Charles-Quint pesa sur celle du monarque françois. Importuné jusque dans ses derniers jours des rivalités de ses maîtresses et de celles des maîtresses de son fils, François P"" mourut en chrétien qui reconnoît sa fragilité ; Cliarles- Quint s'en alla comme un ambitieux qui se revêt du froc et du cercueil , dépilé de n'avoir pu se parer de la dépouille du monde. Les foiblesses du monarque espagnol ne furent pas apparentes comme celles du monarque françois , dont la galanterie étoit aussi éclatante que la valeur. Un inceste mystérieux qui , dans les ombres d'un cloître , doima naissance à un héros, a été reproché à Charles-Quint : ses désordres avoient quelque chose de sérieux , de secret et de profond comme lui.

Il y a des épotjues où la société se renouvelle, où des catastrophes imprévues, des ha-

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