‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 26 sur 201 · A SON AMIE · texte numérisé non relu

A SON AMIE

Heureux qui , près de toi , pour toi seule soupire , Qui jouit du plaisir de t'entendre parler, Qui te voit (luelquefois doucement lui sourire : Les dieux, dans son bonheur, peuvent-ils l'égaler'

Je sens de veine en veine une subtile flamme Courir par tout mon corps, sitôt ([uc je te vols; Et , dans les doux transports où s'égare mon àuie , Je ne saurois trouver de langue ni de voix.

Un nuage confus se répand sur ma vue ,

Je n'entends plus, je tomlie en de douces langueurs ;

Et pfde , sans haleine , interdite, éperdue ,

Un frisson me saisit , je tremble , je me meurs '.

Opposons à ce fragment de la muse deMitylène , un passage du seul [)oëte élégia({ue que la France ait encore produit -^ Les mcrurs des peuples se peignent souvent aussi bien dans des sonnets d'amour que dans de^ livres de philosophie. »

fois, j'ai professé mon respect pour les gens de lettres. Sij'avoiseu l'intention de faire quebiue ap|ilicatloa particulière ( ce qui est bien loin de ma pensée ), je n'eusse pas choisi l'article de M. de Fontanes, ([ui , dans les courts instants où j'ai eu le bonheur de le connoitre, m'a paru avoir un caractère aussi pur (pie ses talents.

' SuiD., in Sappho.

" Despu , tradiid. de Lovgin.

5 Je ne parle ni du chevalier de Berlin , ni de M. Lebrun , les élégies de ce dernier poète n'étant pas encore publiées lorsque je quittai la France '. Je ne sais si elle» l'ont été depuis.

• Lebrun esl morl.cl fcsEléijiej ont Ctt^ l'ubllocs par M. Gluguend. (.N. Ko I

REVOLTJTIONS ANCIENNES

DELIKE.

Il est passé ce moment des i)laisirs Dont la vitesse a trompé mes désirs :

Il est passé 1 Ma jeune et tendre amie , Ta jouissance a doul)lé mon bonheur.

Ouvre tes yeux noyés dans la langueur, Kt qu'un baiser te rappelle à la vie.

Éléonore, amante fortunée,

Iteste à ja:nais dans mes bras enchaînée.

Pardonne tout , et ne refuse rien , ÉléoiKtre , Amour est mon complice.

Mon corps frissonne en s'approcliant du lien. Plus [M'es encor, je sens avec délice Ton sein bnilant palpiter sons le mien. Ah! laisse-moi , dans mes transports avides, Boire l'amour sur tes lèvres humides.

Oui , ton haleine a coulé dans mon creur, Des voluptés elle y porte la llamme ; Objet charmint de ma tendre fureur, Dans ce baiser recois toute mou âme '-.

Je laisse à dôcitler au lecteur , qui , du TibuUe de la France, ou de l'amante de Phaon, a peint la passion avec plus d'ivresse. Les deux poètes semblent avoir fait couler dans leurs vers la lîamme de ces soleils sous lesquels ils prirent naissance ^.

Il ei1t été curieux de voir comment Alcée , chassé de Mitylène par une révolution, clianloit les malheurs de l'exil et de la tyrannie •''. Malher.reusemetit il ne nous reste rien de ce poëte.

Le fabuliste Esope florissoit aussi dans cet âge célèbre. Passant un jour à Athènes et trouvant les citoyens impatients sous le joug de Pisistrate , il leur dit :

« Les grenouilles j s'ennuyant de leur liberté, demandèrent un roi à Jupiter. Celui-ci se moqua de leur folle prière. Elles redoublèrent d'importunité , et le maître de l'Olympe f e vit contraint de céder à leurs clameurs. Il leur jeta doue une poutre qui fit trembler toutle mai-ais dans sa cbute. Les grenouilles, muettes de terreur, gardèrent d'abord un profond silence; ensuite elles osèrent saluer le nouveau prince et s'approcher de lui toutes ti'emblantes. Bientôtelles passèrent de la crainte

' OEuvrcs (lu chevalier de Pavny, tomo I, Poc.sics fi-ot.. liv. ni, pa£;e 8f> • M. de Parny est né à l'ile Bourbun. » HonAT.. lih. H . Ofl. xrn.

à la plus indécente familiarité. Elles sautèrent sur le monarque, insultant à son peu d'esprit et à sa vertu tranquille. ÎNouvelles demandes à Jupiter. Cette fois-ci il leur envoya une cigogne , qui , se promenant dans ses domaines, se mit à croquer tous cens de ses sujets qui se présentèrent. Alors ce furent les plaiatesles plus lamentables. Le souverain des dieux refusa de les entendre:... il voulut que les grenouilles gémissent sous un tyran , puisqu'elles u'avoieiît pu souffrir un bon roi *. »

Oh! comme toute la vérité de cette fable tombe sur le cœiu' d'un François ! comme c'est là notre histoire !

Outre son immortel fabuliste , la France en compte un autre, (\m a vu de près les malheurs de la révolution. M. de Nivernois n'a ni la simplicité d'Ésope, ni la naïveté de La Fontaine ; mais son style est plein de raison et d'élégance; on y retrouve le vieillard et l'homme: de bonne compagnie.

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