VOL LIIONS ANCiî-NiNES
Une colonie phocc-'enne, pleine tle l'amour de la liberté qu'elle ne pouvoit conserver sur les rivai5Ts de l'Asie , chercha l'indépendance sous un ciel plus propice, et fonda dans les Gaules ' l'antique Marseille. Bientôt les lumières et le langage de ces étrangers se répandirent parmi les Druides -. Il seroit impossible de suivre dans lobscurité de l'histoire les conséquences de ces innovations . mais elles durent être considérables; nous savons que souvent la momdre altération dans le costume d'un peujtle suffit seule p lur le dénaturer.
Sans recourir aux conjectures , l'établisse ment des Phocéens dans les Gaules devint une des causes secondaires de l'esclavage de ces derniers. Fidèles alliés des Romains . les Mar- .seillois ouvroient une porte aux armées des Césars, et une retraite assurée en cas de revers^. Leur connoissaiice du pays, leur courage, leurs lumières, tout tournoit au désavantage des peuples Galliques ''. C'est ainsi (jue les houimes sont ordonnés les uns aux autres. Les fils de leur destinée viennent a!)oulir dans la main de Dieu; l'im ne sauroit être tiré sans (pie tous les au'.res soient mus. Je finirai cet article par une remarque.
Les Marseillois , différents d'origine des autres peuples de la France , ont aussi un caractère à eux. Ils semblent avoir conservé le génie factieux de leurs fondateurs , leur courage bouillant et éphémère, leur enthousiasme de lilierté. On nie maintenant le pouvoir du sang , parce (pie les principes du jaur s'y opposent; mais il est certain que les races d'hommes se perpétuent comme les races d'animaux \ C'est pourtpioi les anciens législateurs vouloient qu'on n'élevât que les enfanSs forts et
^ L.'and.; Uome 163.
- STiiAB. , lib. IV, pag. (?l.
L'auleur cité pi'otend (|iie les G luluiH fiireiil instruits dans les iuUics par les MarsL'illois. Du ti nij/s de Jules César , les premiers se servoient des caractères grecs dans leurs écrits, ilicll. Call., lib. VI, cap. xiii. )
5 Liv., lib. \XI.
■• Connne au passage d'Aunibal dans les Gaules. (Voy. TiTE-lil\E, à lendioil eiié. ) L'allaclieuient de la n'iiub:i(jiie de ^Marseille |iour les Romains, les différents services qu'elle leur rendit, tout cela est trop connu pour exiger plus de détails. .'](. Voy. Liv., C;ES., Pol^d. , etc.)
" Cela est vrai ; mais aussi ces races s'ap[iauvrissent , i'usint, et déijénèrent comme les races d'animaux. t.N. Ki).)
robustes , connue on prend soin de ne nourrir que des coursiers belliqueux.
CHAPITiŒ XXXIX.
a fois
L'Italie.
0ITAL1E, à l'époque de la révolution républicaine en Grèce , étoit ainsi que de nos jours divisée en plusieurs petits états à peu près semblables] de mœurs et de langage. Kous les conpour éviter les détails
sidérerons à inutiles.
La constitution monarchi(pie régnoit généralement ciiez tous ces peuples'.
Leur religion ressembloit à celle des Grecs ; ils y ajoutèrent l'art des augures-.
Leurs costumes n'étoient pas sans luxe, leurs usages sans corruption ^ ; l'un et l'autre y avoient été introduits [!ar les cités de la Grande- Grèce.
Di^à ces nations compîoient quelques philosophes :
Tagès, le plus ancien d'entre eux, fut un imposteur , ou un insensé , qui inventa la science des présages ''.
t n autre auteur inconnu écrivit sur le système de la nature. Il disoit que le monde visible mit soixante siècles à éc'ore avant d'être haljité , (ju'il en dureroit encore soixante avant (la se dissoudre, iixant à douze miiie ans !a période complète de son existence ^.
* Hv. lib. I, n» 13; Veli.ei , lib.A', n» i; Patebc., lib. I. c. J i; Maccu. , lalor. Fior., lib. II; Deni.^a, Islor. deL Uni.
= OviD., Mclam. ; lib. XV, v. 338.
3 Au siècle le plus vertueux de Rome , le lils du grand (;incinnatus fut accusé de fréquenter le quartier des courtisanes. On connoit le luxe du dernier Tarquin.
( Voy. TiTE-l.IVE.)
* OVID., loc. cit.
' Si II). ; vcib Tijrrhen. , pag. 319. A la longueur des périodes près , ce système rappelle CL-lui de Buffon. (Voy. Theor. de ta Terre.)
AVVNT J.-C. :;()<). = OL.
V.n politique, rvoniiiliis et jNuma avoient Itrillé. Phitaniue a compare celui-là à Tliesée. et celui-ci à Lycurgue '. Le premier parallèle est aussi lieureux (pie le second semble intolérable. Qu'avoient de commun les lois thcocralicpies du roi de Rome avec les institutions sublimes du léjîislateur de Sparte-"? Plusieurs p'iiilosopltes se sont enthousiasmés de Numa sur la seule idée qu'il étudia sous Pytjiaj^ore. La cbronolo?:ie a prouvé un intervalle de plus ^^t^y^'lnn siècle entre lexistence de ces deux sajïes. -'^^•Que devient le mérite du premier? 11 y a beaucoup d'hommes qu'on cesseroit d'estimer, si on pouvoit ainsi relever toutes les erreurs de compte.
CriAPiTRE XL.
Influence (11- la Rf-rolution grecque sur Ro:tic.
l'époque de l'établissement des répu!jlii;ues en Grèce , une grande révolution s'étoit pareillement opérée en Italie.
L année qui vit bannir le tyran de l'Attique vit 3 aussi tomber celui du Latium ^. Que si Ion considère les conséquen- I !s de ces deux événements , cette année pasra pour la plus fameuse de l'histoire.
La réaction du renversement de la monarc!;ie à Athènes fut vi\ ement sentie à Rome. P)rutus avoit été envoyé par Tarquin vers l'oracle de Delphes à l'époque de la chute ^d Ilippias ''•. Je ne puis croire que le cœur du
' In Vil. nomuL , Thés. , elr.
- La preuve du vice de ces lois c'est q'r-^Ics furont renversées cent années après, et que lu sénat, dans la suite, fit brûler les livres de Numa retrouvés dans sou tombeau.
' J'ai considérablement rabattu de mon admiralion pour les lois de Lyciirgue : tout ce cpii blesse les lois ualurell 'S a (jucliiue chose de faux. Quant à Numa, mon pliilosopbisme ne me permeltoit pas alors de le traiter mieux. (N. ED.)
' Pmn. , lil). XXXIV, cap. IV.
'Tite-Live, qui rapporte ce voyage, n'en marque pas la durée; mais il dit que Brutus trouva à son rclourles Komaiiis se préparant à aller assiéijer Ai dé.-. Or ,
patriote ne batiil pas avec plus d'énerg-ie lorsqu'en sortant de son pays esclave, il mit le pied sur cette terre d'indépendance. Le spectacle d'un peiq)Ie en fermentation et prêt à briser ses fers dut porter la flamme dans Je sang du magnanime étranger. Peut-être au récit de la mort d narmodius, racontée par quel(jue prêtre du temple , le front rougissant de Brutus dévoila-t-il toute la gloire future de Rome. Il retoiu-na au bord du H ibre, non vainement inspiré de cet esprit qui agite une foible Pythie, mais plein de ce dieu qui donne la liberté aux empires , et ne se révèle qu'aux grands hommes -^
Rome dans la suite eut encore recours à la Grèce , et les Atliéniens devinrent les législateurs du premier peuple de la terre ^ Ceci tient à l'influence éloignée de la révolution dont je parlerai ailleurs.
Mais la politique verbeuse de l'Attique, qui enlroit en Italie par le canal de la Grande- Grèce, trouva une barrière insurmontable dans 1 heureuse ignorance des peuples de lintérieur. Le citoyen, accoutumé aux exercices du champ de ]\Iars , à l'obéissance des lois et à la crainte des dieux '- , n alloit point dans des écoles de I démagogie apprendre à vociférer sur les droits ! de l'homme et à bouleverser son pays. Les ma- I gistrats \ eilloient à ce que ces lumières inutiles j ne corrompissent pas la jeunesse. Rome enfin opposa à la Grèce , république à répid)li(pie , I lib>erté à liberté , et se défendit des vertus étrangères avec ses propres vertus ''.
Que si l'on s'étonne de ceci : je n'ai pas dit
Tarquin fut cliassé de Home dans les premiers mois de cette entreprise. nip|iias ayant quitté l'Attique l'année même de la mort de Lucrèce, il résulte que Brutus avoit f.iit le voyage de Delphes entre l'assassinat d'Hipparque et la retraite d'Hippias , c'est-à-dire entre la soixante-sixième et la soixante-septième olympiade *.
" Ces sentiments prouvent que ce n'est pas l'esprit d'opposition (pji les fait manifester aujourd'hui.
(N. ÉD
' Liv., li!). III, cap. XXXI.
- Pll'T., in F. Cam., in Num., lib. I.
'' .le distingnois partout , comme je fais encore aujourd'hui, l'esprit démagogique de l'esprit de liberté, les fausses lumières de la lumière véritable. (N. Éd.)
• Je n'ai vu relie observation nulle part : elle valolt la peine trêtre folle; ses développements stroU'iit féconds. (N to.)
Rl'VOLUTIONS ANGIÎ-NINES.
vertu, mais vertus, choses totalement différentes , et que nous confondons sans cesse. La première est immuable , de tous les temps, de toutes les choses , les secondes sont locales , conventionnelles, vices ici, vertus ailleurs. Distinction peu juste, répliquera-t-on, puisqu'alors vous faites de la vertu un sentiment inné, et que cependant les enfants semblent n'en avoir aucune. Et pourquoi demander du C(Eur ses fonctions les plus sublimes , lorsque le merveilleux ouvrage est entre les mains de l'ouvrier ?
Qu'on ne dise pas qu'il soit futile de s'attacher à montrer le peu d'influence que l'établissement des gouvernements populaires , parmi les Grecs , dut avoir à Rome , objectant que celle-ci étant républicaine , des républiques ne pouvoient agir sur elle. La France n'a-t-elle pas détruit Genève et la Hollande, ébranlé Gè- ^y^nes, Venise et la Suisse? N'a-t-elle pas été sur M/'^le point de bouleverser l'Amérique même? ■^^^kK Sans vous, grand homme" qui avez daigné me ^recevoir et dont j'ai visité la demeure avec le respect qu'on [lorte dans un temple , que seroit devenu tout voire beau pays ?