CHAPITRE LI
La Macédoine. La Prusse.
RÈs de la Thrace se trouvoit le petit royaume de Macédoine, dont la destinée a porté des ressemblances singulières avec la Prusse.
D'abord,' aussi obscur que la patrie des chevaliers teuloniques , il n'éloit connu des Grecs que par la protection qu'ils vouloient bien lui accorder. Peu à peu , agrandi par des conquêtes , sa considération augmenta dans la proportion de celle de l'électorat de Brandebourg. Enfin, sous Philippe, il devint maître de la
* De lioes. Orfhic.; Apl'L., de Mundo.
On peut voir quelques autres fragments dans le? Poelœ Minores Grœci , pag. 439.
2 Herod., lil). VII , cap. ux.
5 Un roi de Thrace se rendit célèbre pour avoir pris le parti des Grecs , et fait crever les yeux.à ses lils , qui avoient suivi Xcrxés.
Grèce , et sous Alexandre , de lunivers. On ne sauroit conjecturer jusqu'à quel degré de puissance la Prusse, en suivant son système actuel, peut atteindre ^
Le même jrénie semble avoir animé les souverains de ces deux états. La guerre , et surtout la politique , furent le trait qui les caractérisa. L'histoire nous peint les rois de Macédoine changeant de parti selon les temps et les circonstances ' ; endormant leurs voisins par des traités et envahissant leur pays le moment d'après-. Je parlerai ailleurs du monarque régnant lors de Texpcdition île Xerxès.
A répo(|ue dont nous retraçons l'histoire , les mœurs , la religion , les usages des Macédoniens, ressemhloient à ceux du reste des Grecs. Seulement plus reculés que ces derniers vers la barbarie, et par conséquent moins près de la corruption , ils n'avoient produit aucun philosophe dont le nom mérite d'être rapporté.
Que la chute d'Hippias à Athènes eut des conséquences sérieuses pour la Macédoine , c'est ce dont on ne sauroit douter. Le politique Alexandre, profitant des calamités des temps , sut se ménager adroitement entre les Perses et les Grecs ; et tandis iju'ils se déchiroient mutuellement , il recevoit l'or de Xerxès ^ , et protestoit amitié à ses ennemis. Maintenant ainsi son pays tranquille , il l'enrichissoit de la dépouille de tous les partis , et durant que ceux-ci s'épuisoient dans une guerre funeste , il jeta les fondements de la grandeur future d'Alexandre. Destinée incompréhensible ! Xerxès fuit à Salamine devant le génie de la liberté ; et son or , resté dans un petit coin de la Grèce , va anéantir cette même liberté, et renverser l'empire de Cyrus !
" Le soldat héritier de la révolution a brisé bien des destinées. (N. Eu.)
* Herod., lib. V, cap. xvn-xxi; /</., lib. VIII, c. cxl; Plut., in AridicL, pag. 327.
Aniyntas, qui eut la bassesse de li\Ter ses femmes aux députés de Darius, permit à son lils Alexandre de faire égorger ces mêmes députés; et ce même Alexandre eut l'adresse de se conserver, malgré cet outrage, dans les bonnes grâces de Xerxôs, successeurde Darius. (Heuod., lilj. V,cap. xvii-xxi.)
> DioD., lib. XVI ; Justin., lib. VII ; PolL/Eh. , Stru- /«{/., lib. IV, cap. XVII.
5 Je ne cite point , parce que je citerai ailleurs.