CHAPITRE LU
lies de la Grèce. L'Ionie.
\TRE les côtes de l'Euopeetde l'Asie se trouent une multitude d'ies qui , au temps dont lous parlons , avoient i eou leurs habitants des lifférents peuples de la Grèce. Je n'entreprendrai point de les décrire , puisqu'elles forment elles-mêmes partie de l'empire des Grecs , et sont conséquemment comprises dans ce que je dis de la révolution générale de ces derniers.
Cependant il est nécessaire de faire quelques remarques sur les différences morales et politiques qui pouvoient se trouver entre ces insulaires et leurs compatriotes sur les deux continents d'Europe et d'Asie au moment de l'invasion des Perses.
La Crète étoit la plus considérable , comme la plus renommée de toutes ces îles. On sait que Lycurgue y avoit calqué ses institutions sur celles de Minos; mais les lois de ce mo narque, par diverses causes de décadence, étoient tombées en désuétude'. Une démocratie turbulente avoit pris la place du gouvernement royal mixte 2, et les Cretois passoient, au temps de l'expédition de Xerxès , pour le peuple le plus faux et le plus injuste de la Grèce. Ils refusèrent de secourir les Athéniens contres les Mèdes •^.
Les autres îles , tour à tour soumises à de petits tyrans ou plongées dans la démocratie, flottoient dans un état perpétuel de troubles. Fibodes se distinguoit par son commerce ' , Lesbos par sa corruption "', Samos par ses riches-
• AniST., de Rep. , lib. II , cap. \.
-fd.,ibid.
3 Herod. , lib. VII , cap. CLXix.
* Strae., lit). XIV, pag. 6a4; UiOD., lib. V, pag. 329. 1 ATUEN.jlib. X.
Le savant abbé Ilartbélemy a appliqué la comparai
RLiVOL'LTIONS ANCIEiNISES.
ses '. Quelques-unes joignirent les Perses - ; d'autres furent subjuguées^; un petit nombre adhéra au parti de la liberté ''. Enfin , on peut regarder les insulaires de la Grèce comme tenant le milieu entre la vertu de Sparte et d'Athènes et les vices des villes ioniennes, formant la demi-teinte par oîi Ton passoit des bonnes mœurs des Lacédémoniens à la corruption des Grecs asiatiques.
Quant à ces derniers , nous verrons bientôt comment ils devinrent les causes de la guerre Médique. En ne les considérant ici que du côté moral , la vertu n'étoit plus parmi les peuples ® de rionie ; voluptueux , riches , énervés par les o o délices du climat ^ , on les eût pris pour ces esclaves que Xerxès traînoit à sa suite, si leur langage n'avoit décelé leur origine.