CHAPITRE LXVI
Préparrtion à une nouvelle campagne. Poilraits des chefs, — IMardonius, Cobourg; — Pausaaias, Pichegru. Alexandre, roi de Macédoine.
L s'en falloit beaucoup (jue le danger fût passé pour la Grèce et pour la France. Xerxès , en laissant après lui une armée de trois cent mille hommes choisis, avoit plus fait pour sa
IlEitoD., lib. VIU, cap. Lxxxiv.
Id.. ibid., cap. Lxvm.
Id., lib. IX, cap. LXM-LXVU-LXVIH.
Id., lib. VIII, cap. cxv.
Kl'-; vu LUXIONS A.NCII'NNliS.
cause qu'en y trainaat trois millions d'esclaves. — L'échec que les alliés avoient reçu devant les places assiégées n'éloit (ju'un lé2:er revers , qui pouvoit même tourner à leur profit, en leur enseignant une leçon utile. Ainsi on n'attendoit que le retour de la nouvelle année pour recommencer de toiues parts lc>hostilités : avant d'entrer dans le détail de cette campagne, nous dirons un mot des chels qui s'y distinguèrent.
Mardonius , qui commandoit les troupes persanes demeurées en Gnce , étoit nn satrape d'un rann élevé , et allié au sang de ses maîtres'. Son ambition- , trop immense pour son génie , en faisoit un de ces êtres disproportionnés (pii paroissent grands parce qu'ils sont difformes. Vain , impatient, orgueilleux •', il ne possédoit que le courage brutal du grenadier (lui donne la mort sans pitié , et la reçoit sans crainte ' ".
— Placé à la tête des troupes alliées de l'Autriche , le prince de Cobourg , d'une naissance encore plus illustre que ÎNIardonius , le surpassoit de même en qualités personnelles. A la fois brave et prudent , il réunissoit les talents et les vertus militaires , l'art du général et la loyauté du soldat ''.
Pausanias , de la famille royale de Laccdémone, généralissime des armées combinées des Grecs , étoit un homme plein de jactance et de paroles magnifiques ; toujours prêt à faire valoir ses grands services et à trahir son pays \
* Herod., lil). XVI, c;ii). \i,n!.
^ M., il ici., cap. T.
5 Id., lib. IX, cap. M.
* 1(1.. ihid., cap. LWI.
' En parlant de Mardonius, il falloit dire rfH-<o/d«/. et non rf(* grenadier. Au reste, cette di.sproporlio:i ealre la capacité et l'ambition est une chose extrêmement commune, et une des plaies de la société; mais elle ne produit pas toujours une sorte de grandeur comme dans Mardonius : rarot-ilion est souvent placée dans des hommes si inférieurs sous tous les rapports, ((u'ils nont pas même la force d'en porter le poids , et qu'ils en sont écrasés. (X. Ed.)
l> C'est fort bien de faire des portraits , mais encore faut-il qu ils ressemblent. Les lalcnis du prince de Cobourg étolent au-dessous de ses autres qualités.
(X. ÉD
• COR?i. Nep.. in Pau^nn.; Tiilcyd., lib. l.
11 sauva la patrie aux champs de Platée, ei la vendit quehpies mois après au tyran d«* Suze *.
— Picliegru , dont le nom plébéien , l'humble fortune et la modestie contrastent avec l'éclat de sa renonmiée , conduisoit les François aux combats. Cet homme extraordinaire, enfanté parla révolution, sut s'élever, de l'obscurité d'une classe inférieure , à la place la plus brillante de son pays, et redescendre, avec non moins de grandeur, à l'ombre de s;» condition première ".
Enfin , dans l'armée des Perses on remarquoii un homme appelé Alexandre, roi de Macédoine, qui , traître aux deux partis qu'il savoit ménager, trafiquoit de son honneur et de sa conscience avec le plus riche ou le plus fort. Avant le combat des ïhermopyles , il donna avis aux Grecs du danger de leur position à la vallée de Tempe -, et marcha avec Xerxès à Salamine. Après la défaite du monarque de l'Orient , il se dit l'ami des Athéniens , et les invita , par humanité , à se soumettre au tyrati de l'Asie ^. Aux champs de Platée , accompagnant Mardonius , il trahit ce général , pour se ménager une ressource en cas de revers ; et avertit en personne Pausanias qu'il seroit attaqué le lendemain par les Mèdes ''. Les Grecs , malgré leur haine des rois , respectèrent Alexandre par mépris ''. Ils daignèrent peser sur les ressorts du mannequin vénal, tandis qu'il pouvoit leur être bon à quelque chose.
J e ne parlerai point du roi de Prusse.
* Thucïd., lib. I, cap. cxxsiv.
Étant condamné à mort à Sparte , il se retira dan ; un temple. On en mura les portes , et lu roilacédéinonicn y périt.
^ Ce portrait est tracé par u:i émigré en 1793 et I TOo, avant que Picliegru eût embrassé la cause de la monarchie légitime, et plusieurs années avant la morttragiiiue de ce grand et infortuné général. L'impartialité nu l'oyalisle étoit ici une espèce de pressentiment. (\. En. j
^ Herod., lib. VII, cap. clxmi.
» Id., lib. Vlll, cap. CXL.
' PLtT., in Jrhtid., pag. 32g.
5 II falloit s'arrêter à ce trait , et supprimer la mauvaise phrase qui termine ce chapitre. ^X. Éd.)