‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 76 sur 201 · R E V 0 L L TR)> S A > C 1 L N NES · texte numérisé non relu

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voit à moitié chemin la fontaine Gargaphie : de sorte que l'Asopus divisoil les deux armées ennemies.

Il s'y fit deux mouvements avant l'action générale.

Pausanias, manquant d'eau dans son premier emplacement , fit défiler ses troupes par la lisière dont j'ai parlé, et prit une nouvelle position aux environs de la fontaine Gargaphie'. Les Perses exécutèrent une marche parallèle sur le hord opposé du fieuve -. Le général lacédémonien , inquiété par l'ennemi , leva une seconde fois son camp , dans le dessein de se saisir d'une île formée à l'occident par deux branches de l'Asopus ^ ; mais à peine avoit-il atteint Platée, que Mardonius, ayant traversé la rivière, vint fondre sur lui avec toute sa cavalerie ^. Il fallut se former à la hâte ^. Les Lacédémoniens , composant l'aile droite, se trouvèrent opposés aux Perses et aux Saces. Les Athéniens , à l'aile gauche, eurent en tête les Grecs alliés de Xerxès. Le centre de l'armée, se trouvant rompu par des collines , n'avoit pu se développer.

— Charleroi venoit d'èlre emporté par les François , mais on ignoroit encore cette nouvelle dans le camp autrichien. Le prince de Cohourg, déterminé à secourir la place, et ayant reçu la veille un renfort de vingt mille Prussiens, s'avança le 26 juin (8 messidor) à trois heures du matin sur la Sambre. Son armée se montoit à cent mille hommes. La droite se trouvoit commandée par le prince d'Orange ; la gauche, composée de Hollandois et d'émigrés , par Baulieu ; le prince de Lamhesc étoit à la tète de la cavalerie. L'armée françoise se formoit de la réunion de l'armée de la Moselle, des Ardennes et du Nord. Jourdan avoit le commandement en chef •*.

Enfin, le 5 de boédromion ', 2e année de la ~o^ olympiade, et le 12 messidor de

IJEKOD.. lib. IX, cap. XXII; DiOl).. lil

' [d., ibid., cap. xxmi.

[d., ibid., cap. Li.

Id.,ibid., cap. LViii.

Td., ibid., cap. Lvu.

Moniteur du 12 messidor 30 juin .

19 septembre '(79 avant .I.-C

l'an III de la répidjlique ' se levèrent : jours destinés par celui qui dispose des empires à renverser les projets de l'ambition et à étonner les hommes.

Les combats muets des anciens , où de longs hurlements - s'élevoient par intervalles du milieu du silence de la mort , étoient peut-être aussi formidaljles que nos batailles rugissantes des détonations de la foudre. Le paysan du Cithéron, et celui des rives de la Sambre, purent en contem{)ler les diverses horreurs , et bénir en même temps le sort qui les fit naître sous le chaume. Platée et Fleurus brillèrent de toutes les vertus guerrières. Là, le Perse, exposé sous un frêle bouclier aux armes des Lacédémoniens , brise de ses mains , avec le courage le jthis intrépide , la pique dont il est percé -K — Ici le grenadier hongrois assomme avec la crosse de son mousquet les François qui se multiplient autour de lui ''. — Ailleurs les Athéniens peuvent à peine surmonter leurs compatriotes qui combattent dans les rangs ennemis ^. — Les émigrés opposent aux soldats de Robespierre une valeur indomptée. La fortune enfin se déclare. Mardoiiius toml)e au premier rang ". Ses troupes plient , sont enfoncées , poursuivies dans leur camp , où on les égorge ^. — Le prince de Cohourg, se reformant sous le feu de l'ennemi , se dispose à retourner à la charge, lorsqu'il apprend que •Charleroi a capitulé, et il fait sonner la retraite. Deux cent mille ^ Perses tombèrent à

' 20 juin 1794. Je me sers des formes révolutionnaires pour conserver la vérité des couleurs.

2 ElOD., lijj. II; Pllt., in Arist.; HtBOiX, lib. IX cap. Lxii.

' Ph;t., in Arist., pag. 329.

* Ce trait de la bataille de Fleurus. que des officiers présents m'ont conté, s'est renouvelé plusieurs fois dans la guerre présente , entre autres à Gemmapes , où lis grenadiers hongrois, manquant de cartouches, assonimoient avec une espèce de rage les François qui fourmilloient dans les retranchements.

" HEROn., lib. IX, cap. Lxvii.

" Id., ibid.. cap. lxx.

■ Id., ibid., cap. lxvu; DiOD. , lib. II , pag. 25.

» Justin. Lib. 11 , cap. xiv.

Artabaze emmena quarante mille hommes : des cinquante un'lle Grecs auxiliaires , qui tinrent peu , excepte les Béotiens, je suppose que quarante mille échappèrent ; tout le reste de l'armée . à l'exception de trois mille soldats . périt, disent les historiens. Or, cette ra-

iT'j;.

Platée, — une multitude cVAutrichiens et de François à Fleurus ; et les Grecs et les François perdent leurs vertus sur le même champ où ils obtiennent la victoire.

Depuis ce moment , l'ambition des conquêtes et la soif de l'or remplacèrent l'entliousiasme de la liberté. Les Grecs, conduits par d'autres généraux, non moins célèbres que les |)remiers ', parcoururent les rivages de l'Asie, de l'Afrique, de l'Europe, brûlant, pillant, détruisant tout sur leur passage, levant des contributions forcées, et faisant vivre leurs armées à discrétion chez les nations vaincues. — Je n'ai pas besoin de rappeler au lecteur l'incendie de l'Italie, les réquisitions, les spoliations des temples ; les ravages des François dans le Brabant, en Allemagne, en Hollande, etc. .l'ai dit ailleurs quelle fut la conséquence d'une telle conduite pour la Grèce. Le peuple d'Athènes, volage et cruel , qui s'étoit le plus distingué dans ces coupaljles excès, s'attira d'aliord la guerre des alliés , et finit par succomber dans celle du Péloponèse.

Depuis la bataille de Platée jusqu'à la pacification générale , il s'écoula trente années. Mais , dans cet intervalle , les différents coalisés avoient traité partiellement avec le vainqueur. Les Carthaginois conunencèrent -, la Macédoine suivit ; ensuite ^ les îles voisines , et différents états. Les uns se rachetèrent à force d'argent ^, d'autres furent contraints de se tiéclarer contre les Perses ■'. Ceci nous retrace la Prusse, l'Espagne, les petits princes d'Italie et d'Allemagne. Enfin , Artaxerxès ", fa-

mée étoit originairement de trois cent cinquante mille hommes , et même (Je six cent mille hommes , si nous en croyons Diodore. Ainsi mon c.ilcul est modéré. U est certain que les batailles étoient inliniment plus memtriéies avant l'invention de la poudre.

* Ce paragraphe n'étant (ju'une espèce de répétition de ce que j'ai dit ailleurs, je le laisse sans citation. Les autres séiiéraux dont il est parlé ici sont Cimon , qui contiuit la presqu'île de Thrace; et Myronidùs, qui s'empara de la Phocide et de la Béotic , etc.

' An 480 avant J.-C.

' Probablement après la bataille de Platée et la défaite complète des Perses , an 479 avant J.-C.

' Tels que Tliasos , Scyros , etc.

" Les villes de Carie et de Lycie. Vid. Plit , in Cim, ; Tui CYD. , lib. I ; UiOD. , lib. u.)

• Il avoit succédé à Xerxès , assassiné.

tigué d'une guerre inutile, s'abaissa à demander la paix en suppliant. Voici les conditions qu'on daigna lui dicter: lo Que ses galères armées ne pourroient naviguer dans les mers de la Grèce ; 2» que ses troupes ne s'approcheroient jamais à plus de trois jours de marche des côtes de TAsie-Mineure ; 5» qu'enfin , les villes ioniennes seroient déclarées indépendantes '. Puisque les Perses avoient eu la folie d'entreprendre la guerre, ils dévoient la soutenir noblement , n'eût-ce été que pour obtenir des conditions moins honteuses. Ce traité d' Artaxerxès fut le coup mortel qui livra l'empire de Cyrus à Alexandre. Il en arriva au grand roi comme à plusieurs souverains de l'Europe actuelle : il conclut , par lassitude, une paix ignominieuse au moment où il auroit pu en commander une en vainqueur. Les Grecs n'étoient déjà plus les Grecs de Platée. On ne parloit plus à Athènes que de la conquête de l'Egypte , de Carthage, de la Sicile : agrandir la république, amener toutes les piùssances enchaînées à ses pieds, étoit la seule idée qui demeurât en possession des esprits -. — Ainsi . nous avons vu les François ne savoir plus où fixer les limites de leur empire. Le Rhin , durant un moment , leur offroit une frontière trop resserrée. Lorsque Athènes se flatta de conquérir le monde, le jour qui devoit la livrer à Lysander étoit venu ".

Ainsi passa ce tléau terrible, né de la révolution répid)licaine de la Grèce. Depuis la première invasion des Perses •'', sous Darius, l'an 4!)() avant notre ère , jusqu'à l'époque du trailé de paix sous Artaxerxès, l'an 449, même chronologie , il étendit ses ravages dans une période de quarante et une années. Jamais guerre (de même que la présente) ne commença avec de plus llatteuses espérances de succès , et ne finit par de plus grands revers.

'DiOD.,lib. MI, iiag. 7<.

' Isocii. . de Pœ. , pag. 402 ; Pi.lt. , in Ptriil.

" Les tableaux et les rapprochemcnis contenus dans ce chapitre me paroisscnt moins défectueux et plus intéressants que les autres ; ils finissent par un trait ([iii scm bloit prédire Buonaparte et le résultat final de ses conquêtes. (N. KD )

» J'appelle la première invasion ce qui n'étoit effeclivement que la seconde , Mardonius en ayant tenté nue première sans succès avant Datis.

REVOLUTIONS ANCIENNES

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