AVANT J.-C. 3Î3. = OL
danger commun , tout resseutmient des injures passées ' .
Dion ne balance [ihis. Il entre dans Syracuse avec sa petite troupe de héros, aux acclamations des citoyens prosternés à ses pieds, qui le regardoient non comme un homme , mais comme un dieu , après leur in2;ratitude. Le philosophe patriote s'avançoit dans les rues à travers mille dangers , sur les cadavres des habitants massacrés , à la réverbération des flammes , entre des murs rouges et crevassés , tantôt plongé dans des tourbillons de fumée et de cendres brûlantes, tantôt exposé à la chute des toits et des charpentes embrasées qui crouloient de toutes parts autour de lui -.
Il parvint enfin à la citadelle , où les troupes du tyran s'étoient rangées en bataille. Il les attaque , les force de se renfermer dans leur repaire , d'où elles ne sortirent plus que pour remettre la place, par capitulation, entre les mains des citoyens de Syracuse ^.
Dion , ayant rétabli le calme dans sa patrie , ne jouit pas longtemps du fruit de ses travaux^. Il périt assassiné 5, après s'être luimême rendu coupable d'un assassinat. Calippe , le meurtrier, fut à son tour chassé par le frère de Denys ; et Denys lui-même, sortant de sa retraite après dix ans d'interrègne, remonta sur le trône ^.
Platon connut mieux que Dion les hommes de son siècle. Il lui prédit qu'il ne causeroit que des maux , sans réussir ''. C'est une grande folie que de vouloir donner la liberté républicaine à un |)euple qui n'a plus de vertu. Vous le traînez de malheur en malheur , de tyran
* Plut., in Dion.
' Id., ibiil.
* Id,.;bid.
* Dion avoit entrepris avec les pliilosophes platoniciens d'établir en Sicile une de ces républitiues idéales (ini font tant de mal aux hommes. C'est peut-être It seule fois ([n'on ait tenté de former le gouvernement d'un peuple sur des principes purement abstraits. Les François ont voulu f.iire la même chose de notre temps. Ni Dion , ni les Ihéorisles de Frauce , n'ont réussi , parce que le \ice étoit dans 1rs mœurs des nations. Il est presque incroyable combien l'âge philosophique d'Alexandre ressemble au nôtre.
' Put., in Dion.
* Dioi)., lib. XVI, pag. 532.
■ Pi,AT., ICjiisl, vn.
en tyran , sans lui procurer l'indépendance. Il me semble qu'il existe un gouvernement particulier, pour ainsi dire naturel à chaque âge d'une nation : la liberté entière aux sauvages , la république royale aux pasteurs , la démocratie dans l'âge des vertus sociales , l'aristocratie dans le relâchement des mœurs , la monarchie dans l'âge du luxe, le despotisme dans la corruption. 11 suit de là que , lorsque vous voulez donner à un peuple la constitution qui ne lui est pas propre , vous l'agitez sans parvenir à votre but , et il retourne tôt ou tanl au réghne qui lui convient , par la seule force des choses ". Voilà potu-quoi tant de prétendues républiques se transforment tout à cou}) en monarchies sans qu'on en sache bien la raison : de tel principe , telle conséquence ; de telles mœurs , tels gouvernements. Si des honuues vicieux bouleversent un état, quels que soient d'ailleurs leurs prétextes, il en résulte le despotisme. Les tyrans sont les remords des révolutions des méchants.