‹ Œuvres de M. Le vicomte de Chateaubriand (volume 4)Chapitre 88 sur 201 · CHAPITRE XL · texte numérisé non relu

CHAPITRE XL

Nouveaux troubles à Syracuse. Tiraoléon. Refrailc de Denys.

lENvs ne resta que deux années en possession de son trône. Les intraitables Syracusains se soulevèrent de nouveau. Ils appelèrent à leur secours un tyran voisin nommé Icé-

' Je combats ici avec avantage cette fureur de donner à des peuples des constitutions uniformes, sans s'embarrasser du degré de civilisation où ces peuples sont parvenus. J'ai tenu le même langage à la tribune depuis dix ans , soit comme membre de l'opposition , soit comme ministre, souhaitant à tontes les nations une liberlci mesurée siu- l'étendue de leurs lumières. C'est le seul moyen d élever les hommes à la liberté complète: autrement on échoue dans tout ce (jue l'on prétend faire pour celte liberté. Ma vieille raison approuve donc aujourdhui ce que ma jeune rai'^on dis(jit dans cette i)age il y a trente années: je ferai seulement observer que, raison-

REVOLUTIONS ANCIENNES

f as '. Celui-ci , loin de combattre pour la liberté de la Sicile, ne cherchant qu'à se substituer à Denys, traita sous main avec les Carthaginois. Bientôt la flotte punique parut à la vue du port. L'autre tyran étoit alors enfermé dans la citadelle, où il se défendoit contre le nouveau maître de la ville. Dans cette conjoncture, les citoyens opprimes envoyèrent demander du secours à Corinlhe , leur mère-patrie , et contre Denys , et contre Icétas et ses alliés -. Les Corinthiens , touchés des malheurs de leur ancienne colonie , firent partir Timoléon avec dix vaisseaux ^. Le grand homme aborda en Sicile, et remporta un avantage sur Icétas. Denys , voyant s'évanouir ses espérances , se rendit au général corinthien, qui lit passer en Grèce, sur une seule galère, sans suite, avec une petite somme d'argent , celui qui avoit possédé des flottes , des trésors , des palais , des esclaves , et un des plus beaux royaumes de l'antiquité ''.

Peu de temps après, Timoléon se trouva maître de Syracuse, battit les Carthaginois, et, appelant le peuple à la liberté , fit publier qu'on eiit à démolir les citadelles des tyrans. Les Syracusains se précipitent sur ces monuments de servitude : ils les nivellent à la terre ; et , fouillant jusque dans les sépulcres des despotes , dispersent leurs os dans les campagnes , comme on suspend dans les moissons les carcasses des bêtes de proie pour épouvanter leurs semblables ^ On érigea des tribunaux de justice nationale , sur l'emplacement même de cette forteresse d'où émanoient les ordres arbitraires des rois. Leurs statues furent publiquement jugées, et condamnées à être vendues. Une seule , celle de Gélon , fut acquittée par le peuple ^. Le bon, le patriote Henri IV, qui n'étoit pas comme Gélon un

naiit toujours ici d'après le système des républiques anciennes, et fondant la liberté uniquement sur les mœurs, j'oublie cette autre liberté qu'amènent les progrès (le la civilisation. (N. Eu.)

' DiOD., lib. XVI, pag. «7-470; PniT., ni Timol.

' DiOD., lib. XVI, (lag. 467-470; PLtT., m Timol.

' Plut., in Timol.; DiOD., lib. WI, pag. 462.

•• PLUT., in Timol.

" L'image n'est que lr(ip juste; mais il ne faut pas pousser la haine de la tyrannie jusi|u'à approuver la violation des tombeaux. (N. F,D.)

5 Diou., lib. XVI, pag. 4G2 ; Pli;t., in Timol.

usurpateur , n'a pas échappé aux républicains de la France. Les anciens respectoient la vertu , même dans leurs ennemis ; et ceux qui accordèrent les honneurs de la sépulture à l'étranger Mardonius n'auroient pas laissé les cendres d'un Turenne , leur compatriote , au milieu d'une ostéologie de singes. Nous avons beau nous élever sur la pointe des pieds pour imiter les géants de la Grèce , nous ne serons jamais que de petits hommes \

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