‹ Œuvres de M. le vicomte de ChateaubriandChapitre 115 sur 149 · LIVRE IX · texte numérisé non relu

LIVRE IX

Ce sacrifice n'éloit plus possible que sur le champ de bataille ; la guerre étoil déclarée , et il ne resloit aux Natchez qu'à la soutenir avec courage. Le Soleil prit le commandement de la tribu de l'Aigle , avec laquelle il fut résolu qu'il envahiroit les terres des Illinois. Adario demeura aux Natchez avec la tribu de la Tortue et du Serpent, pour défendre la patrie. Outougamiz fut nommé-chef des jeunes guerriers qui dévoient garder les cabanes. René , adopté dans la tribu de l'Aigle , devoit être de l'expédition commandée par le vieux Soleil.

Le jour du départ étant fixé , Outougamiz dit au frère d'Amélie : » Tu me quilles-, les Sachems m'obligent à demeurer ici^ tu vas « marcher au combat sans ton compagnon d'armes : c'est bien •< mal à moi de te laisser seul ainsi. Si tu meurs, comment ferai- « je pour l'aller rejoindre? Souviens-toi de nos Manitous dans la u bataille. Voici la chaîne d'or de notre amitié qui m'avertira de «( tout ce que tu feras. J'aurois voulu au moins que tu eusses été « mon frère avant de me quitter. Ma sœur t'aime; tout le monde « le dit j il n'y a que toi qui l'ignores. Tu ne lui parles jamais d'a- « mour. Comment! ne la trouves-tu pas belle? Ton ame est-elle « engagée ailleurs? Je suis Outougamiz, qu'on appelle le Simple, (« parceque je n'ai point d'esprit; mais je serai toujours heureux « de t'aimer, soit que je devienne malheureux ou heureux par «< toi. » Ainsi paria le Sauvage; René le pressa sur son ^ein , et des pleurs d'attendrissement mouillèrent ses yeux.

Bientôt la tribu se mit en marche, ayant le Soleil à sa tôte; toutes les familles étoient accourues sur son passage : les femmes et les enfants pleuroient. Céluta pouvoit à peine contenir les mouvements de sa douleur, et suivoit des regards le frère d'Amélie. Chactas bénit en passant son fils adoptif , et regretta de ne le pouvoir suivre. La petite Mila, à moitié confuse, cria à René : « Ne « va pas mourir! » et rentra, toute rougissante, dans la foule. Le capitaine d'Artaguette salua le frère d'Amélie lorsqu'il passa devant lui, en l'invitant à se souvenir de la gloire de la France. Ondouré fermoit la marche : il devoit commander la tribu ^ dans le cas oà le vieux Soleil succomberoit aux fatigues de la marche ou sous les coups de l'ennemi.

A peine la tribu de l'Aigle s'étoit éloignée des Natchez , que des inquiétudes se répandirent parmi les habitants du fort Rosalie. Les colons découvrirent les traces d'un complot parmi les noirs, et l'on disoit qu'il avoit des ramifications chez les Sauvages. £n efiet, Ondouré entretenoit depuis longtemps des intelligences

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