IV
avec les esclaves des blancs : il a voit fait entendre à leur oreille le doux nom de liberté pour se servir d'eux , si jamais ils pouvoient devenir utiles à son ambition. Un jeune nègre, nommé Imley , chef de cette association mystérieuse, cultivoit une concession voisine de la cabane de Céluta et d'Outougamiz:
ces récits sont portés à Fébriano. Le renégat, que la soif deTor dévore, voit, dans les circonstances où se trouvent les Natchez, une possibilité de destruction dont profiteroient à la fois son avarice et sa lubricité. Fébriano recevoit des présents d'Ondouré, et rinstruisoit de tout ce qui se passoit au conseil des François; mais, dans l'absence de ce chef, n'ayant plus de guide, il crut trouver l'occasion de s'enrichir de la dépouille des Sauvages.
Comme un dogue que son gardien réveille, Fébriano se lève aux dénonciations de ses agents secrets : il se prépare au dessein qu'il médite par l'accomplissement des rites de son culte abominable.
Enfermé dans sa demeure , il commence, demi -nu , une danse magique représentant le cours des astres ; il fait ensuite si^ prière, le visage tourné vers le temple de l'Arabie, et il lave son corps dans des eaux immondes. Ces cérémonies achevées, le moine mahométan redevient guerrier chrétien : il enveloppe ses jambes grêles du drap funèbre des combats ; il endosse l'habit blanc des soldats de la France. Une touffe de franges d'or, semblable à celle qui pendoit au bouclier de Pallas, embrasse, comme une main , l'épaule gauche de Fébriano : il place sur sa poitrine un croissant d'où jaillissent des éclairs *, il suspend à son baudrier une épée à la poignée d'argent , à la lame azurée , qui enfonce une triple bte»ure dans le flanc de l'ennemi : abaissant sur ses sourcils le chapeau de Mars , le renégat sort et va trouver Chépar.
Pareil à la tunique dévorante qui , sur le mont OEta , fit périr Hercule , l'habit du grenadier françois se colle aux os du Bis des Maures, et fait couler dans ses veines les poisons enflammés de Belkme. Le commandant n'a pas plutôt aperçu Fébriano , qu'il se sent lui-même possédé de la fureur guerrière, comme si le démon des combats secouoit par sa crinière de couleuvres la tête d'une des trois Gorgones.
a Illustre chef, s'écrie Fébriano , c'est avec raison qu*on vous <c donne les louanges de prudence et de courage : vous savez saisir « roccasion ; et tandis que les plus braves d'entre nos ennemis « sont partis pour une guerre lointaine, vous jugez qu'il est à « propos de se saisir des terres des rebelles. Les trêves sont au