LIVRE IX
« moment d'expirer, et vous ne prétendez pas qu'on les renou- « vel^le. ToQS savez de quels dangers la cofonîe est menacée : on M soulève les esclaves ; c'est un misérable nègre , voisin du cons- « pirateur Adario et de la demeure du François adopté par Chactas, « c'est Imley que l'on désigne comme le chef de ce complot. « J'apprends avec joie que vous avez donné des ordres , que tout « est en mouvement dans le camp , et que , si les factieux refusent « les concessions demandées , les cadavres des ennemis du rot « deviendront la proie des vautours. »
Parce discours plein de ruse, Fébriano évite de blesser l'orgueil de Chépar, toujours prêt à se révolter contre un conseil direct. Charmé de voir attribuer à sa prudence des choses auxquelles il n'avoit point songé , le commandant répondit à Fébrianot •< Vous m'avez toujours paru doué de pénétration. Oui, je con- « noissois depuis longtemps les machinations des traîtres. Les der- « nières instructions de la Nouvelle-Orléans me laissait libre : je M pense qu'il est temps d'en finir. Allez déclarer aux Sauvages « qu'ils aient à céder les terres, ou qu'ils se disposent à merece- « voir avec les troupes de mon maître. »»
Fébriano, dérobant au commandant un sourire ironique, se hâte d'aller porter aux Natchez la décision de Chépar. Le père Souël , retiré à la mission des Yazous , n'étoit plus au fort Rosalie pour plaider la cause de la justice , et d'Artaguette reçut l'ordre de se préparer aux combats et non aux discours.
Le conseil des Sachems se rassemble : on écoute les paroles éft les menaces du messager françois.
«c Ainsi, lui répond Chactas, vous profitez de l'absence dfe nos « guerriers pour refuser le renouvellement des traités : cela est-H « digne du courage de la noble nation dont vous vous dites Tin- K terprète? Qu'il soit fait selon la volonté du Grand-Esprit! Nous u desirions vivre en paix , mais nous saurons nous immoler à là « patrie. »
Dernier essai de la modération et de la prudence , Chactas veut aller lui-même présenter encore le calumet au fort Rosalie : Tes Sachems comptoienf sur l'autorité de ses années, ils y comptoiènl vainement. Les habitants de la colonie poussoient le commandaùt à la violence -, Fébriano l'obsédoit par le récit de divers complots : dans un camp on désire la guerre , et le soldat est plus sensible à la gloire qu'à la justice. Tout précipitoit donc les partis vers une première action. Non-seulement Chépar refusa la paix, mais, à rinstigation de Fébriano , il retint Chactas au fort Rosalie, « piu9
« ce vieillard est renommé, dit le commandant, plus il est utile «( de priver les rebelles de leur meilleur guide. J'estime Chactas , u à qui le Grand Roi offrit autrefois un rang dans notre armée : •c on ne lui fera aucun mal ^ il sera traité ici avec toutes sortes « d'égards \ mais il n'ira pas donner à des factieux le moyen d'é- « chapper au chAliment. »
— u François , dit Chaclas , vous étiez destinés à violer deux fois a dans ma personne le droit des nations ! Quand je fus arrêté au « Canada , on pouvoit au moins dire que ma main manioit la <« hache; mais que craignez -vous aujourd'hui d'un vieillard M aveugle? » — « Ce ne sont pas tes coups que nous craignons, « s'écrièrent à la fois les colons , mais les conseils. »
Chépar avoit espéré que la captivité de leur premier Sachem , répandant la consternation parmi les Natchez, les amëneroit à se soumettre au partage des terres : il en fut autrement. La rage s'empare de tous les cœurs; on s'assemble en tumulte; on délibère à la hâte. L'Enfer, qui voit ses desseins près d'être renversés, songe à sauver le culte du soleil de Tallaque imprévue des François. Satan appelle à lui les esprits des ténèbres; il leur ordonne de soutenir les Natchez par tous les moyens dont il a plu à Dieu de laisser la puissance au Génie du mal. AHn de donner aux Indiens le temps de se préparer, le Pi-ince des Démons déchaîne un ouragan dans les airs, soulève le Meschacebé, et rend pendant quelques jours les chemins impraticables. Profitant de cette trêve de la tempête, les Natchez envoient des messagers aux nations voisines : la jeunesse s'empresse d'accourir.
Chépar n'attendoit que ta (in de l'orage pour marcher au grand village des Natchez. La sixième aurore ramena la sérénité, et vit les soldats françois porter en avant leurs drapeaux; mais l'inondation de la plaine contraignit l'armée à faire un long détour.
Aussitôt que la Renommée eut annoncé aux Natchez la nouvelle de l'approche de l'ennemi , l'air retentit de gémissements : les femmes fuient emportant leurs enfants sur leurs épaules , et laissant les Manitous suspendus aux portes des cabanes abandonnées. On voit s'agiter les guerriers, qui n'ont eu le temps de se préparer au combat, ni par les jeûnes, ni par les potions sacrées , ni par l'étude des songes. Le cri de guerre , la chanson de mort, le son de la danse d'Areskoni , se mêlent de toutes parts. Le bataillon des Amis, la troupe des jeunes gens se dispose à descendre à la contrée des âmes : Oulougamiz est à la tête de ce