‹ Œuvres de M. le vicomte de ChateaubriandChapitre 120 sur 149 · LIVRE X · texte numérisé non relu

LIVRE X

« destruction qui renverseroit nos projets : vole sur les deux « flancs de l'armée indienne, coupe les bois antiques pour en « faire un rempart aux Natchez; rends inutile la supériorité du « nombre chez les adorateurs de notre implacable ennemi. »

Le Temps obéit : il s'abat dans la forêt, avec le bruit d'un aigle qui engage ses ailes dans les branches des arbres : les deux armées ouïrent sa chute et tournèrent les yeux de ce côté. Aussitôt on entend retentir, dans la profondeur du désert , les coups de la hache de ce bûcheron qui sape également les monuments delà naiure et ceux des hommes. Le père et le destructeur des siècles renverse les pins, les chênes, les cyprès, qui expirent avec de sourds gémissements; les solitudes de la terre et du ciel demeurent nues, en perdant les colonnes qui les unissent.

Le prodige étonne les deux armées : les François le prennent pour le ravage d'un nouvel ouragan , les Natchez y voient la protection de leurs Génies. Adario s'écrie : « Les Manitous se décla- « rent pour les opprimés, marchons.» Tout s'ébranle. Les François formés en bataille s'émerveillent de voir ces hommes demi-nus qui s'avancent en chantant contre le canon et l'étincelante baïonnette. Quel courage n'inspires-tu point , sublime amour de la patrie!

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