LIVRE Xll
sur le visage d*Outougamiz , comme si le ciel s'étoil enlr'ouvert , et que la clarté divine se fût réfléchie sur le front du frère deDéluta. Avec le plus t>cau sourire que TAnge des amitiés vertueuses ait jamais mis sur les lèvres d*un mortel , l'Indien répondit : « Tu « viens de parler comme un homme -, je sens dans mon sein toutes « les délices de la mort. »
Les deux amis , cessant d'opposer à l'incendie des efforts impuissants et de tenter une retraite impossible , assis l'un prèsde l'autre, attendirent l'accomplissement de leur destinée.
La flamme, se repliant sur elle-même , avoit embrasé les cyprès qui leur servoientd'asile; des brandons commençoientà tomber sur leurs têtes. Tout à coup , a travers les masses de feu et de fumée, on entend un léger bruit dans les eaux. Une espèce de fantôme apparoit : ses cheveux sont consumés sur ses tempe-s -, sa poitrine et ses bras sont à demi brûlés , tandis que le bas de son corps dégoutte d'une eau bourbeuse. « Qui es-tu? lui crie Outougamiz; «» es-tu l'esprit de mon père qui vient nous chercher pour nous u conduire au pays des âmes? »
— « Je suis Venclao, répond le spectre, l'ami de Nassoute, au- «( quel tu as donné la vie, et l'époux de Nélida, cette vierge des « dernières amours que ton ami a respectée. Je viens payer ma (t double dette. La flamme a découvert votre asile; les tribus des t« Illinois environnent le marais ; déjà plusieurs guerriers nagent » pour arriver jusqu'à vous; je les ai devancés. Nassoute nous « attend à l'endroit de la rive que l'on a contié à sa garde. Hâtons- « nous. »
Venclao passe un bras vigoureux sous le bras du frère d'Amélie , et fait signe à Outougamiz de le soutenir du côté opposé. Ainsi entrelacés , tous trois se plongent dans les eaux ; ils s'avancent a travers des champs de cannes embrasées, tantôt menacés par le feu , tantôt prêts à s'engloutir dans l'onde. Chaque instant augmente le danger : des cris, des voix se font entendre de toutes parts. Tels furent les périls d'Ënée lorsque, dans la nuit fatale d'Uion, il alloit, à la lueur des flammes, par des rues solitaires et détournées, cacher sur le mont Ida et les anciens dieux de TanUque Troie et les dieux futurs du Capitule.
Outougamiz , Venclao et René arrivent au'lieu où Nassoute les attendoit. Le frère d'Amélie est à l'instant placé sur un lit de branchages que Venclao, Nassoute et Outougamiz portent tour à tour. Ils s'éloignent à grands pas du fatal marais; toute la nuit ib errent par le silence des bois. Aux premiers rayons de l'aurore ,
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les deux Illinois s'arrêtent, et disent aux deux guerriers ennemis : « Natchez , implorez vos Manitous ^ fuyez. Nous vous avons rendu « vos bienfaits. Quittes envers vous, nous nous devons mainte- « nant à notre pairie. Adieu. »
Venclao et Nassoute posent à terre le lit du blessé , mettent un bâton de houx dansla main gauche du frère d'Amélie, donnent à Outougamiz des plantes médicinales, de la farine de mais, deux peaux d'ours , et se retirent.
Les deux fugitifs continuèrent leur chemin. René marchoit lentement le premier, courbé sur le bâton qu'il soulevoit à peine. Outougamiz le suivoit , répandant des feuilles séchées afin de cacher l'empreinte de son passage : l'hôte des forêts est moins habile â tromper la meute avide, que ne l'étoit l'Indien â mêler les traces de René pour le dérober â la recherche de l'ennemi.
Parvenu sur une bruyère , Outougamiz dit tout â coup : « J'en- « tends des pas précipités \ » et bientôt après une troupe d'IUinois se montre â l'horizon vers le nord. Le couple infortuné eut le temps de gagner un bois étroit qui bordoit l'autre extrémité; il y pénètre, et, l'ayant traversé, il se trouve â l'endroit même où s'étoit donné le combat si fotal au Grand Chef des Natchez et au frère d'Amélie.
A peine les deux amis fou1oient-i}s le champ de la mort, qu'ils ouïrent l'ennemi dans le bois voisin. Outougamiz dit à René : « Couche- toi â terre : je te viendrai bientôt trouver. »
René ne vouloit plus disputer sa vie ^ il ét<Nt las do lutter si longtemps pour quelques misérables jours *, mais il fut encore obligé d'obéir â l'amitié. Son infatigable libérateur le couvre des eflfroyablea débris du combat , et s'enfonce dans l'épaisseur d'une forêt.
Lorsque des enfants ont découvert le lieu où un rossignol a bâti son nid , la mère , poussant des cris plaintifs et laissant pendre ses ailes , voltige , comme blessée , devant les jeunes ravisseurs qui s'égarent à sa poursuite et s'éloignent du gage fragile de ses amours : ainsi le frère de Céluta, jetant des voix dans la solitude, attire les ennemb de ce côté , et les écarte du trésor plus cher à son cœur que l'œuf plein d'espérance ne l'est â l'oiseau amoureux»
Les Illinois ne purent joindre le léger Sauvage à qui l'amitié
avoit pour un moment rendu toute sa vigueur. Ils approchoient
du pays des Natchez , et, n'osant aller plus loin , ils abandonna
rent la poursuite.
Le frère 4e Gétota viotekm .dégager René des ruines bideusee