‹ Œuvres de M. le vicomte de ChateaubriandChapitre 37 sur 149 · CHASSE · texte numérisé non relu

CHASSE

Quand les vieillards ont décidé la chasse du castor ou de l'ours , un guerrier va de porte en porte dans les villages, disant : « Les « chefs vont partir^ que ceux qui veulent les suivre se peignent « dé noir et jeûnent , pour apprendre de Tesprit des songes où les « ours et les castors se tiennent cette année, n

«Tai puisé la plupart des renseignements curieux que Je Tiens de donner sur U langue huronne, dans une petite grammaire iroquoise manuscrite qu'a bien voulu in'envo)er M. Marcoux, misfionuaire au Saut Saint-Louis, district de<Montréal, dans le Bis-€anada. Au reste, les Jésuites ont laissé des travaux considérables sur les langues sauvages du Canada. Le P. Chaumont, qui avoit passé cinquante ans parmi les Hurons, a composé une grammaipe de leur langue. Nous devons au P. Rasie, enfermé dix ans dans un village d'Abénaiis, de précieux documents. Un dictionnaire françois-iroquois est achevé ; nouveau trésor pour les philologues. On a aussi le manuscrit d'un dictionnaire iroquols ei inglois ; Duaheureusement le premier volume, depuis la lettre A jusqu'à la lettre L, a été perdu

A eet avertiflsemeDt , tous les guerriers se iMurbouiUeDt de noir de fumée détrempé avec de l'huile d'ours ; le jeûna de huit nuits commence : il est si rigoureux , qu'on nedoit pas même avaler une goutte d'eau , et il faut chanter incessamment , aOn d'avoir d'hen* reux songes*

Le jeûne accompli , les guerriers se baignent; on sert un grand festin. Chaque Indien fait le récit de ses songes : si le plus grand nombre de ces songes désigne un même lieu pour la ebasse, c'ert là qu'on se résout d'aller.

On offre un sacrifice expiatoire aux âmes des ours tués dans les chasses précédentes, et on les conjure d'être favorables aux nouveaux chasseurs , c'est-à-dire qu'on prie les ours défunts de laisser assommer les ours vivants. Chaque guerrier chante ses ancienp 'exploits contre les bètes fou ves.

Les chansons finies , on part complètement armé. Arrivés au bord d'un fleuve , les guerriers , tenant une pagaie à la main , s'asseyent deux à deux dans le fond des canots. Au signal donné par le chef, les canots se rangent à la Ole : celui qui tient la tête sert à rompre TefTort de l'eau lorsqu'on navigue contre le cours du fleuve. A ces expéditions, on mène des meutes, et l'on porte des lacets, des pièges, des raquettes à neige.

Lorsqu'on est parvenu au rendez-vous, les canots sont tirés à terre et environnés d'une palissade revêtue de gazon. Le chef divise les Indiens en compagnies composées d'un même nombre d'individus. Après le partage des chasseurs, on procède au partage du pays de chasse. Chaque compagnie bâtit une hutte au centre du lot qui lui est échu.

La neige est déblayée ; des piquets sont enfoncés en terre , et des écorces de bouleau appuyées contre ces piquets : sur ces écorces, qui forment les murs de la hutte , s'élèvent d'autres écorces inclinées l'une vers l'autre ; c'est le toit de l'édifice : un trou , iQénugé dans ce toit, laisse échapper la fumée du foyer. La neige bouche en dehors les vides de la b&tisse et lui sert de ravalement ou de crépi. Un brasier est allumé au milieu de la cabane ; des fourrures couvrent le sol ; les chiens dorment sur les pieds de leurs maîtres ; loin de souffrir du froid , on étouffe. La fumée remplit tout : les chasseurs , assis ou couchés , lâchent de se placer au-dessous de

cette fumée.

On attend que les neiges soient tombées, que le vent du nordouest , en rassérénant le ciel , ait amené un froid sec , pour commencer la chasse du castor. Mais pendant les jours qui précèdent

celte nuaison , on s'occupe de quelques chasses intermédiaires , telles que celles des loutres, des renards et des rats musqués.

Les trappes employées contre ces animaux sont des planches plus ou moins épaisses, plus ou moins larges. On fait un trou dans la neige : une des extrémités des planches est posée à terre, l'autre extrémité est élevée sur trois morceaux de bois agencés dans la forme du chiffre 4. L'amorce s'attache à l'un des jambages de ce chiffre; l'animal. qui la veut saisir s'inti-oduit sous la planche, tire à soi l'appât , abat la trappe , est écrasé.

Les amorces diffèrent selon les animaux auxquels elles sont destinées : au castor, on présente un morceau de bois de tremblé, au renard et au loup un lambeau de chair , au rat musqué des noix et divers firuits secs.

On tend les trappes pour les loups à l'entrée des passes , au débouché d'un fourré; pour les renards, au penchant des collines, à quelque distance des garennes; pour le rat musqué, dans les taillis de frênes ; pour les loutres , dans les fossés des prairies et dans les joncs des étangs.

On visite les trappes le matin : on part de la hutte deux heures avant le jour.

Les chasseurs marchent sur la neige avec des raquettes : ces raquettes ont dix-huit pouces de long sur huit de large ; de forme ovale par devant, elles se terminent en pointe par derrière; la courbe de l'ellipse est de bois de bouleau , plié et durci au feu. Les cordes transversales et longitudinales sont faites de lanières de cuir : elles ont six lignes en tous sens ; on les renforce avec des scions d'osiers. La raquette est assujettie aux pieds au moyen de trois bandelettes. Sans ces machines ingénieuses , il seroit impossible de faire un pas l'hiver dans ces climats; mais elles blessent et fatiguent d'abord, parcequ'elles obligent à tourner les genoux eii dedans et à écarter les jambes.

Lorsqu'on procède à la visite et à la levée des pièges dans le mois de novembre et de décembre, c'est ordinairement au milieu des tourbillons de neige , de grêle et de vent : on voit à peine à un demi-pied devant soi. Les chasseurs marchent en silence ; mais les chiens, qui sentent la proie, poussent des hurlements. Il faut toute la sagacité du Sauvage pour retrou ver les trappes ensevelies, avec les sentiers , sous les frimas.

A un jet de pierre des pièges , le chasseur s'arrête , aGn d'attendre le lever du jour ; il demeure debout , immobile au milieu de la tempête, le dos tourné au vent, les doigts enfoncés dans la

bouche : à chaque poil dés peaux dont il est enveloppé , se forme une aiguille de givre, et la touffe de cheveux qui couronne sa tête devient un panache de glace.

A la première lueur du jour, lorsqu'on aperçoit les trappes tombées, on court aux fins de la bête. Un loup ou un renard, les reins à moitié cassés, montre aux chasseurs ses dents blanches et sa gueule noire : les chiens font raison du blessé.

On balaie la nouvelle neige , on relève la machine ; on y met une pâture fraîche, observant de dresser Tembûche sous le vent. Quelquefois les pièges sont détendus sans que le gibier y soit resté : cet accident est l^effet de la matoiserie des renards ; ils attaquent l'amorce, en avançant la patte par le côté de la planche, au lieu de s'engager sous la trappe ; ils emportent , sains et saufs , la picorée.

Si la première levée des pièges a été bonne , les chasseurs retournent triomphants à la hutte ^ le bruit qu'ils font alors est in-i croyable : ils racontent les captures de la matinée; ils invoquent les Manitous ; ils crient sans s'entendre ; ils déraisonnent de joie, et les chiens ne sont pas muets. De ce premier succès on tire les présages les plus heureux pour l'avenir.

Lorsque les neiges ont cessé de tomber, que le soleil brille sur leur surface durcie , la chasse du castor est proclamée. On fait d'abord au Grand-Castor une prière solennelle , et on lui présente une offrande de polun. Chaque Indien s!arme d'une massue pour briser la glace, d'un filet 'pour envelopper la proie. Mais quelle que soit la rigueur de l'hiver, certains petits étangs ne gèlent jamais dans le Haut-Canada : ce phénomène tient ou k l'abondance de quelques sources chaudes , ou à l'exposition particulière du sol.

Ces réservoirs d'eau non congelable sont souvent formés par les castors eux-mêmes , comme je l'ai dit à l'article de l'histoire naturelle. Voici comment on détruit les paisibles créatures de Dieu :

On pratique à la chaussée de l'étang où vivent les castors un trou assez large pour que l'eau se perde et pour que la ville merveilleuse demeure à sec. Debout sur la chaussée , un assommoir à la main , leurs chiens derrière eux , les chasseurs sont attentifs : ils voient les habitations se découvrir à mesure que l'eau baisse. Alarmé de cet écoulrmcnt rapide, le peuple amphibie jugeant, sans en connoîtrc la cause , qu'une brèche s'est faite à la chaussée , s'occupc'aussitôt de la fermer. Tous nagent à l'envi : les uns s'avancent pour examiner la nature du donrunage ; les autres abordent

aa rivage ponr chercher des matériaux ; d'autres se rendent aux maisons de campagne pour avertir les citoyens. Les infortunés sont environnés de toutes parts : à la chaussée, la massue étend roide mort Tonvrier qo! s'efTorçoit de réparer l'avarie ; l'habitant réfbgié dans sa maison champêtre n'est pas plus en sûreté : le diaâtetfr lai jette une poudre qui l'aveugle , et les dogues l'étranglent. Les cris des vainqueurs font retentir les hors , l'eau s'épuise, et l'on marche i Tassaut de ta cité.

La manière de prendre les castors dans les viviers gelés est différente : des percées sont ménagées dans la glace ; emprisonnés sous leur toute de cristal , les castors s'empressent de venir respirer à ces ouvertures. Les chasseurs ont soin de couvrir l'endroit brisé avec de la bourre de roseau ; sans celte précaution , ks dàstofs découvriroient l'embuseade que leur cache la moelle du jonc répandu sur l'eau. Ils approchent donc du soupirail ; le rémole qu'ils font en nageant les trahit : le chasseur plongeson bras dans l'issue, msît Fanimal par une patte , le jette sur la glace , oà il est entouré d'un cercle d'assassins, dogues et hommes, bientôt attaché à un arbre , un Sauvage Fécorche à moitié vivant , afîn que son poil aille envelopper au delà des mers la tète d'un habitant de Londres Ott de PHris.

L'expédition contre les castors terminée , on revient à la hutte des chasses , en chantant des hymnes au Grand-Castor, au bruit du tambour et du chichikoué.

L'écorchement se fait en commun. On plante des poteaux : deux chasseurs se placent à chaque poteau qui porte deux castors suspendus par les jambes de derrière. Au commandement du chef, on ouvre le ventre des animaux tués et on les dépouille. S'il se trouve une femelle parmi les victimes, la consternation est grande : norn seulement c'est un crime religieux de tuer les femelles de castor, mais c'est encore un délit politique, une cause de guerre entre les tribus. Cependant l'amour du gain, la passion des liqueurs fortes, le besoin d'armes à feu , l'ontemporté sur la force de la superstition et sur le droit établi ; des femelles en grande quantité ont été traquées , ce qui produira , tôt ou tard , l'extinction de leur race.

La chasse finit par un repas composé de la chair des castors. Un orateur prononce l'éloge des défunts comme s'il n'avoit pas contribué à leur mort ; il raconte tout ce que j'ai rapporté de leurs mœurs , il loue leur esprit et leur sagesse : « Vous n'entendez plus, « dit-il , la voix des cheb qui vous commandoient et que vous « aviez choisis entre tous les guerriers castors pour vous donner

«c des lois. Votre langage, que les jongleurs savent parfaitement, « ne sera plus parlé au fond du lac ; tous ne livrerez plus de bâti tailles aux loutres , vos cruels ennemis. Non , castors ! mais vos « peaux serviront à acheter des armes ; nous porterons vos jambons « fumés à nos enfants ; nous empêcherons nos chiens de briser vos « os qui sont si durs. »

Tous les discours, toutes les chansons des Indiens, prouvent qu'ils s'associent aux animaux , qu'ils leur prêtent un caractère et un langage , qu'ils les regardent comme des instituteurs, comme des êtres doués d'une ame intelligente. L'Écriture offre souvent l'instinct des animaux en exemple à l'homme.

La chasse de l'ours est la chasse la plus renommée chez les Sauvages. Elle commence par de longs jeûnes, des purgations sacrées et des festins ^ elle a lieu en hiver. Les chasseurs suivent des chemins affreux , le long des lacs, entre des montagnes dont les précipices sont cachés sous la neige. Dans les défilés dangereux , ils offrent le sacrifice réputé le plus puissant auprès du génie du désert : ils suspendent un chien vivant aux branches d'un arbre, et l'y laissent mourir enragé. Des huttes élevées chaque soir à la hflte ne donnent qu'un mauvais abri : on y est glacé d'un côté et brûlé de l'autre : pour se défendre contre la fumée , on n'a d'autre ressource que de se coucher sur le ventre, le visage enseveli dans des peaux. Les chiens affamés hurlent , passent et repassent sur le corps de leurs maîtres : lorsque ceux-ci croient aller prendre un chétif repas, le dogue , plus alerte , l'engloutit.

Après des fatigues inouïes , on arrive à des plaines couvertes de forêts de pins, retraite des ours. Les fatigues et les périls sont oubliés \ l'action commence.

Les chasseurs se divisent et embrassent , en se plaçant à quelque distance les uns des autres , un grand espace circulaire. Rendus aux différents points du cercle , ils marchent, à l'heure fixée, sur un rayon qui tend au centre, examinant avec soin sur ce rayon les vieux arbres qui recèlent un ours : l'animal se trahit par la marque que son haleine laisse dans la neige.

Aussitôt que l'Indien a découvert les traces qu'il cherche, il appelle ses compagnons, grimpe sur le pin, et, à dix ou douze pieds de terre, trouve l'ouverture par laquelle le solitaire s'est retiré dans sa cellule : si l'ours est endormi, on lui fend la tête; deux autres chasseurs, montant à leur tour sur l'arbre , aident le premier à retirer le mort de sa niche et à le précipiter.

Le guerrier explorateur et vainqueur se hâte alors de descendre :

Ui VOYAGE

il allume sa pipo , la met dans la gueule de l*ours , el , soudlanl dans le fourneau du calumet, remplit de fumée le gosier du quadrupède. Il adresse ensuite des paroles à Tame du trépassé ^ il le prie de lui pardonner sa mort, de ne point lui être contraire dans les chasses qu'il pourroit entreprendre. Après cette harangue, il coupe le filet de la langue de Tours, pour le brûler au village, afin de découvrir, par la manière dont il pétillera dans la flamme, si Tesprit de Tours est ou n'est pas apaisé.

L'ours n'est pas toujours renfermé dans le tronc du pin ; il habite souvent une tanière dont il a bouché l'entrée. Cet ermite est quelquefois si replet qu'il peut à peine marcher, quoiqu'il ait vécu une partie de Thiver sans nourriture.

Les guerriers partis des différents points du cercle , et dirigés vers le centre , s'y rencontrent enfin , apportant , traînant ou chassant leur proie : on voit quelquefois arriver ainsi de jeunes Sauvages qui poussent devant eux avec une baguette un gros ours trottant pesamment sur la neige. Quand ils sont las de ce jeu , ils enfoncent un couteau dans le cœur du pauvre animal.

La chasse de Tours, comme toutes les autres chasses, finit par un repas sacré. L'usage est de faire rôtir un ours tout entier, et de le servir aux convives assis en rond sur la neige , à Tabri des pins dont les branches étagées sont aussi couvertes de neige. La tête de la victime, peinte de rouge et de bleu , est exposée au haut d'un poteau. Des orateurs lui adressent la parole; ils prodiguent les louanges au mort , tandis qu'ils dévorent ses membres. « (}omme M tu montois au haut des arbres ! quelle force dans tes étreintes! « quelle constance dans tes entreprises! quelle sobriété dans tes « jeûnes! Guerrier à l'épaisse fourrure, au printemps les jeunes u ourses brûloient d'amour pour toi. Maintenant tu n'es plus; M mais ta dépouille fait encore les délices de ceux qui la pos- « sèdcnt. >»

On voit souvent, assis pôle-môle avec les Sauvages à ces festins, des dogues , des ours et des loutres apprivoisas.

Les Indiens prennent pendant celte chasse des engagemenls qu'ils ont de la peine à remplir. Ils jurent, par exemple, de ne point manger avant d'avoir porté la patte du premier ours qu'ils tueront à leur mère ou à leur femme, et quelquefois leur mère et leur femme sont à trois ou quatre cents milles de la forêt où ils ont assommé la bète. Dans ces cas on consulte le jongleur, lequel , au moyen d'un présent, accommode l'affaire. Les imprudents faiaipurs de vœux en sont quittes pour brûler en l'honneur du Grand»

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Lièvre la partie de Tanimal qu'ils avoient dévouée à leurs parents.

La chasse de l'ours finit vers la fin de février, et c'est à celte époque que commence celle de l'orignal. On trouve de grandes troupes de ces animaux dans les jeunes semis de sapins.

Pour Jes prendre, on enferme un terrain considérable dans deux triangles de grandeur inégale , et formés de pieux hauts et serrés. Ces deux triangles se communiquent par un de leurs angles, a l'issue duquel on tend des lacets ; la base du plus grand triangle reste ouverte, et les guerriers s'y rangent sur une seule hgne. Bientôt ils s'avancent poussant de grands cris , ft*appant sur une espèce de tambour. Les orignaux prennent la fuite dans l'enclos cerné par les pieux. Ils cherchent en vain un passage, arrivent' au détroit fatal, et demeurent embarrassés dans les filets; ceux qui les franchissent se précipitent dans le petit triangle, où ils sont aisément percés de flèches.

La chasse du bison a lieu pendant l'été dans les savanes qui bordent leMissouri ou ses afiluents. Les Indiens , battant la plaine, poussent les troupeaux vers le courant d'eau. Quand ils refusent de fuir, on embrase les herbes, et les bisons se trouvent resserrés entre l'incendie et le fleuve. Quelques milliers de ces pesants animaux mugissant à la fois, traversant la flamme ou l'onde, tombant atteints par la balle ou percés par l'épieu, offrent un spectacle étonnant.

Les Sauvages emploient encore d'aulres moyens d'attaque contre les bisons : tantôt ils se déguisent en loups, afin de les approcher; tantôt ils attirent les vaches, en imitant le mugissement du taureau. Aux derniers jours de l'automne, lorsque les rivières sont à peine gelées , deux ou trois tribus réunies dirigent les troupeaux vers ces rivières. Un Sioux , revêtu de la peau d'un bison , franchit le fleuve sur la glace mince ; les bisons trompés le suivent ; le pont fragile se rompt sous le lourd bétail que l'on massacre au milieu des débris flottants. Dans ces occasions , les chasseurs emploient la flèche : le coup muet de cette arme n'épouvante point le gibier, et le trait e^t repris par l'archer quand l'animal est abattu. Le mousquet n'a pas cet avantage : il y a perte et bruit dans l'usage du plomb et de la poudre.

On a soin de prendre les bisons sous le vent , parcequ'ils flairent rhomme à une grande distance. Le taureau blessé revient sur le coup ; il défend la génisse , et meurt souvent pour elle.

Les Sioux errant dans les savanes sur la rive droite du Mississipi , depuis les sources de ce fleuve jusqu'au saut Saint- Antoine, élè^

vent des chevaux de race espagnole , avec lesquels ils lancent les bisons.

Ils ont quelquefois de singuliers compagnons dans cette chasse : ce sont les loups. Ceux-ci se mellent à la suite des Indiens afin de profiter de leurs restes, et dans la mêlée ils emportent les veaux égarés.

Souvent aussi ces loups chassent pour leur propre compte. Trois d'entre eux amusent une vache par leurs folâtreries : tandis que , naïvement attentive , elle regarde les jeux de ces traîtres , un loup tapi dansTherbe la saisit aux mamelles; elle tourne la tête pour s'en débarrasser, et les trois complices du brigand lui sautent à la

gorge.

Sur le théfttre de cette chasse s'exécute quelques mois après une chasse non moins cruelle , mais plus paisible , celle des colombes : ou les prend la nuit au flambeau , sur les arbres isolés où elles se reposent pendant leur migration du nord au midi.

Le retour des guerriers au printemps , quand là chasse a été bonne, est une grande fôte. On revient chercher les canots; on les radoube avec de la graisse d'ours et de la résine de térébinthe : les pelleteries , les viandes fumées , les bagages sont embarqués, et l'on s'abandonne au cours des rivières , dont les rapides et les cataractes ont disparu sous la crue des eaux.

En approchant des villages, un Indien, mis à terre, court avertir la nation. Les femmes , les enfants , les vieillards, les guerriers restés aux cabanes , se rendent au fleuve *, ils saluent la flotte par un cri, auquel la flotte répond par un autre cri. Les pirogues rompent leur file , se rangent bord à bord , et présentent la proue. Les chasseurs sautent sur la rive, et rentrent aux villages dans Tordre observé au départ. Chaque Indien chante sa propre louange : « Il faut être homme pour attaquer les ours comme je u l'ai fait; il faut être homme pour apporter de telles fourrures et « des vivres en si grande abondance. » Les tribus applaudissent. Les femmes suivent portant le produit de la chasse.

On partage les peaux et les vianctes sur la place publiqtie ; on allume le feu du retour ; on y jette les filets de langue d'ours : s'ils sont charnus et pétillent bien, c'est l'augure le plus favorable; s'ils sont secs et brûlent sans bruit , la nation est menacée de quelque malheur.

Après la danse du calumet , on sert le dernier repas de la chasse ; il consiste en un ours amené vivant de la forêt : on le met cuire tout entier avec la peau et les entrailles dans une énorme chau-

dière. Il ne faut rien laisser do l'animal, ne point briser ses os, coutume judaïque; il faut boire jusqu'à la dernière goutte de l'eau dans laquelle il a bouilli. Le Sauvage dont l'estomac repousse l'aliment appelle à son secours ses compagnons. Ce repas dure huit ou dix heures : les festoyants en sortent dans un état affreux : quelques-uns paient de leur vie l'horrible plaisir que la superstition impose. Un Sachem clôt la cérémonie :

« Guerriers , le Grand-Lièvre a regardé nos flèches : vous avez « montré la sagesse du castor, la prudence de l'ours, la force du <i bison, la vitesse de l'orignal. Retirez-vous, et passez la lune « de feu à la pèche et aux jeux. » Ce discours se termine par un Oah ! cri religieux trois fois répété.

Les bétes qui fournissent la pelleterie aux Sauvages sont : le blaireau , le renard gris , jaune et rouge, le pécan , le gopher, le racoon, le lièvre gris et blanc, le castor, Thermine, la martre, le rat musqué, le chat-tigre ou carcajou , la loutre, le loup-cervier, la béte puante, l'écureuil noir, gris et rayé , Tours , et le loup de plusieurs espèces.

Les peaux à tanner se tirent de l'orignal , de l'élan , de la brebis de montagne , du chevreuil , du daim , du cerf et du bison.

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