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( i55) aux avantages de cette méthode , et Boni ar sais , qui paraît trop y croire.
Mais un motif particulier devait me déterminer à insister sur ces productions latines dont l'estimable secrétaire de l'Académie n'a pas dit un seul mot clans son rapport. « Rollin était un rhéteur éloquent, disait Voltaire. » Ces paroles seraient pour nous une énigme ? si nous nous bornions a lire ses ouvrages français. Il faut distinguer dans Rollin deux écrivains, l'écrivain latin et l'écrivain français : l'un a été aussi brillant que l'autre a été utile. Je veux qu'avec ses productions latines seules il n'eût point mérité un éloge académique ; tandis que certainement il l'aurait mérité sans elles. Mais du moment que cet hommage lui avait été décerné ? il fallait ou ne pas considérer en lui le mérite d'écrivain, ou insister suides productions dans lesquelles ce mérite se présente avec le plus d'avantage. Il est
( i56 ) beau que , dans Tordre des choses qui chez Rollin obtiennent nos éloges, les talens de l'orateur et du poète ne viennent qu'au deuxième rang, même aux yeux d'une académie,- mais il serait étrange qu'ils ne fussent pas des titres à ses hommages. Si elle ne les a pas soupçonnés , c'est un avantage de plus pour le panégyriste qui les iui découvre. Eh ï quel vide n'aurais- je pas laissé dans mon ouvrage , si je n'avais pas fait ressortir ces productions latines, lorsque je considère qu'elles ont fait seules les titres littéraires de Rollin jusqu'à soixante ans ; qu'au jugement des critiques contemporains les plus sévères, elles semblaient bien suffisantes pour parer en lui la vertu , si la vertu avait besoin d'une parure; que les harangues surtout ont produit le plus grand effet non-seulement dans l'Université, mais dans le monde ; qu'elles ont incontestablement préparé le succès des productions fran-
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caises; que, le plus souvent, elles nous présentent l'écrivain utile à côté dé l'écrivain brillant; que l'une des dernières nous offre îe germe du Traité des études.
11 est vrai que , dans cette direction imprimée à mes idées, je devais craindre de trop louer l'écrivain latin. Or , va^z mes restrictions, lorsque j'ose le compWer ou à Cicéron , sous le rapport du style , ou à Bossuet, sous le rapport de la pensée. On a pu remarquer que ce n'est pas la seule partie de cet éloge où les restrictions se présentent : elles le tempèrent souvent; elles le commencent même, par la raison que je devais présenter Rollin sous un jour plus brillant que plusieurs ne l'auraient pensé , et que si la première loi du panégyriste est de dire des vérités avantageuses à son héros , sa première adresse est de disposer à y croire. Les promesses de l'exorde, sans les concessions sévères qui les précèdent, au-
raient pu faire soupçonner un enthousiaste ,' qui dénature son sujet pour l'agrandir : précédées de ces concessions 7 elles devaient annoncer un esprit réfléchi, qui , bien loin d'être dominé par des préventions > s'attache à les combattre.
Maigftpx yeux de notre siècle , et surtout de la France , et surtout de l'Académie , le plus grand tort de ces productions latines que je vante, c'est d'être des productions latines d'un moderne. De là ce paradoxe où je prétends que nous pouvons égaler les anciens dans leur propre langue ; paradoxe , dont la preuve ? jetée comme en courant ? occupe si peu de place dans mon discours. Je ne devais point espérer qu'elle parût victorieuse à tous , comme elle me l'a toujours paru à moi-même. Je traitais un de ces points sur lesquels je sens bien que même les bons esprits ne seront jamais d'accord. Il suffit, en pareil cas, à
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l'orateur d'ébranler , en passant , l'opinion du grand nombre , d'offrir à tous l'intérêt du combat, s'il ne peut offrir à tous celui de la victoire ; mais que ceux qui persisteraient à me reprocher ce paradoxe comme erroné, ne me le reprochent pas du moins comme inutile dans mon système. J'en avais besoin pour mon objet , puisque mon objet devait être non-seulement de donner une idée avantageuse du talent de JRoliin dans ses productions latines , mais même de présenter sous un jour attachant cette partie de ses œuvres si peu connue et si peu recherchée ; et qu'il est difficile de voir sous un jour attachant des productions où nous pensons d'avance que l'auteur n'aura pu parvenir qu'à un style médiocre ou barbare.
3°. Si la superbe délicatesse de quelques esprits académiques s'est effarouchée de ce qui pouvait leur rappeler le collège ^ elle
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( 160) ne s'est pas moins effarouchée de ce qui pouvait leur rappeler ces débats du jansénisme. Avec toutes leurs prétentions à une grande force de tête, et, j'aime à le dire , avec des talens distingués , ils ont jugé, comme les esprits faibles, par quelques accessoires. J'ai voulu présenter à leur admiration cette âme forte qui , dans les positions les plus délicates , a montré toute 3a fermeté stoïque , dépouillée de son faste : mais d'abord elle employait cette fermeté à soutenir quelques opinions théologiques; et ils n'ont pas été capables de l'admirer : ensuite elle s'offrait à eux au milieu de ces déplorables folies des convulsionnaires , et ils n'ont plus vu en elle qu'une honteuse faiblesse. Mais avant de leur répondre, j'éprouve le besoin de me justifier devant un autre tribunal , qui , au reste , les a condamnés bien plus qu'il ne me condamne. Des hommes dont le jugement sera toujours
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( i6t ) pour moi du plus grand poids , auraient voulu que , par respect pour la religion je n'eusse point loue cette fermeté avec laquelle Rollin a soutenu des opinions au moins hasardées; que, par respect pour le gouvernement de nos rois \ j'eusse épargné au lecteur le scandale de l'homme de bien persécuté ; ils ont même nié qu'il y ait eu persécution. Je les conjure d'observer que je n'ai loué la fermeté de Rollin qu'en déplorant ses illusions; que cette fermeté ellemême a été bien plutôt de la résignation que de l'audace; qu'elle n'a rien de commun avec cettte humeur superbe , apanage des sectaires ; que c'est enfin à son occasion ou jamais qu'on a pu s'écrier, comme je l'ai fait : « Admirons ici cette religion » sublime , qui , dans les momens même » où elle cesse d'éclairer des esprits trop » curieux ou tropardens, les animant tou- » jours de ses ineffables influences , fait
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)) reconnaître par les plus hautes vertus, » qu'elles sont encore à elle. » Sans doute il est pénible de penser qu'un homme comme Rollin a souffert sous un gouvernement comme celui de nos rois ; mais , dans mon discours , où je crois avoir parlé comme doit parler l'histoire , telles sont les attentions paternelles de ce gouvernement trompé, au moment même où il frappe , qu'il devient un modèle pour tous les autres , lorsqu'ils auront le malheur de croire dangereux un citoyen recommandable par des vertus : et telle est la respectueuse réserve de Rollin , qu'il devient un modèle pour tous les sujets , lorsqu'ils croiront que le gouvernement leur demande plus que leur conscience ne leur permet d'accorder. Et ces deux résultats qui vous consolent, vous semblent encore plus doux par le contraste de ces derniers temps, où l'on a vu tour à tour des résistances si factieuses et des gou-
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( $3 ) veniemens si cruels. ïî vous reste seulement un peu de colère contre ce parti qui, abusant de son ascendant , a pu enlever à la jeunesse un tel instituteur. Et, sans revenir sur des détails qu'il me suffit d'avoir présentés une fois, c'est là surtout que serait la persécution. La plus cruelle manière de persécuter Rollin était de l'empêcher de servir la jeunesse. Il est vrai que les obstacles eux-mêmes ne faisaient que rendre cette âme plus ingénieuse à remplir un si noble besoin. Ainsi la postérité s'est enrichie des pertes du collège de Beau vais. Mais vainement je me suis attaché à louer Rollin janséniste , sans blesser les convenances religieuses , à louer Rollin persécuté , sans blesser les convenances monarchiques : il me restait un troisième écueil insurmontable , c'était de m'occuper de tels objets , sans blesser les convenances philosophiques du siècle aux yeux de quelques esprits ma»
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( '64 ) lades. Je devais désespérer de plaire à des hommes qui déclareraient les Lettres provinciales elles-mêmes l'ouvrage d'un talent égaré ou équivoque , si, restées inconnues jusqu'à nos jours , elles se présentaient à eux sans la recommandation d'un grand nom. Que sais-je même si tous ces ménagemens , que je me suis imposés y ne seraient pas pour eux de nouveaux torts : tant d'hommes , dans cette partie de l'histoire de Rollin , voudraient se ménager le double plaisir de ne voir que tyrannie d'un côté , que ridicule de l'autre.
Ainsi la crainte du ridicule dans ce siècle, et la crainte de l'autorité dans le précédent , auront produit les mêmes résultats , deux ouvrages incomplets sur Rollin : son histoire , par M. de Boze ; et son éloge , par M. de Berville. Cependant, lors même que cette partie de sa vie , qu'on a cru devoir dissimuler de nos jours, n'aurait offert d'ail-
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leurs aucun de ces caractères qui frappent les regards de la multitude , elle aurait été bien digne encore de l'attention du panégyriste. Comment, en effet, ne pas envisager avec intérêt l'homme qui , placé entre les rigueurs de l'autorité et les dérisions d'une philosophie superbe ou d'un monde frivole, ne redoute rien que sa conscience ? J'aurois pu même faire valoir en sa faveur la circonstance que , sans doute , on s'empressera le plus de m'opposer (i). Oui, il m'inspire un nouveau sentiment de vénération et d'amour , lorsqu'avec un esprit si distingué , il se mêle à une multitude , objet de risées, pour prier sur la tombe de l'homme qu'il révère. Philosophes hautains, il se confond alors à vos yeux avec le vulgaire ; il n'ob-
(i) C'est la circonstance de Rollin, priant sur le tombeau du diacre Paris, dans le cimetière de Saint- Médard.
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tient plus de vous que les regards d'une pitié dédaigneuse, tandis qu'il s'élève bien audessus de tant d'àmes fortes, objets de vos hommages. Combien , en effet , de ces hommes qui, sur un brillant théâtre, ne montrent de la grandeur que parce qu'ils voient l'admiration des peuples devenir le prix de leur courage ou de leurs souffrances! Mais lui , dans cette effusion de son âme pieuse, il mériterait surtout votre admiration, parce qu'il a bravé vos mépris; je me trompe : il n'a pas même songé à les braver. Dans le mouvement sublime imprimé à toutes ses pensées , à toutes ses affections , il traversait ce monde comme une demeure étrangère ,' ne voyant plus d'autres spectateurs que son Dieu. Il faut bien peindre de telles âmes , lorsqu'elles se présentent ; il faut bien s'attacher à les caractériser, sous peine de confondre , dans le vague des éloges , et l'énergie des républiques et la
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( l67 J sublimité du christianisme , c'est-à-dire , les vertus qui diffèrent le plus par les motifs lors même qu'elles se rapprochent le plus par les effets, puisque les unes recherchent la louange , comme leur plus doux aliment, et que les autres la dédaignent comme une chimère, ou la redoutent comme un écueil. La circonstance sur laquelle je viens d'insister n'a pas été, il est vrai, désignée dans mon discours : c'est que tant d'autres , si fortement exprimées, devaient suffire. Dans un sujet si riche , j'ai cru devoir ce sacrifice bien moins à la loi des convenances, qu'à celle de la brièveté. Mais il se trouve que l'éclat des situations, que la multiplicité et la nature des incidens concourent avec la noblesse de son âme pour répandre sur cette partie de sa vie le plus vif intérêt aux yeux de la multitude , comme aux yeux du sage. J'aurais donc manqué ou de philosophie , ou de goût, si je l'avais supprimée , comme
déshonorante pour son caractère , ou comme ingrate pour un panégyrique. Naurais-je pas manqué de goût encore, si je n'avais pas senti que c'était cette partie orageuse de son histoire qui devait fournir matière à la partie vraiment éloquente de son éloge ? L'orateur qui ne s'animerait pas en parlant de la vertu malheureuse , ne serait-il pas tout ensemble indigne et incapable de la louer > Et n'est-il pas heureux que la vivacité, que le fracas de cette partie de l'ouvrage viennent contraster avec ce tableau de Roîlin dans son enfance, où il eut si peu besoin de guides; avec ce tableau de Rollin dans ces paisibles magistratures des collèges , où il se montra un guide si admirable de l'enfance des autres; avec tant d'autres morceaux , où je me suis étudié à exprimer, par le caractère même delà composition, les aimables qualités de cette âme livrée à sa douceur habituelle ? Il en résulte une si
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grande variété , que vous croyez voir et un autre personnage et un autre panégyriste. Je ne puis même cacher que j'ai un peu insisté , par calcul , sur beaucoup de ces morceaux, qui exigent , dans le style , de la simplicité et du calme : c'était pour que l'on fût moins disposé à voir en moi de l'exagération y lorsque j'arrivais à ces parties qui exigent de l'élévation et de la chaleur. Je savais bien que j'écrivais à une époque où la littérature souffre des rafïinemens de l'esprit , comme la société peut souffrir quelquefois d'un excès de civilisation ; époque remarquable , où. des écrivains du naturel le plus heureux , en voulant s'interdire l'impétuosité des mouvemens oratoires , comme un ridicule , en voulant reproduire sans cessse la dignité de Montesquieu ou la grâce de Voltaire , perdent , avec la chaleur essentielle à l'éloquence, et cette dignité et cette grâce qui auraient pu naître des libres dé-
vel'oppemens de leur esprit. Ce déplorable re'sultat me semblerait , en grande partie , un contre-coup des triomphes académiques de Thomas, de cet homme de bien, qui prenait trop facilement les élans de sa belle âme pour ceux du génie même. On devait pressentir dès lors que notre premier corps littéraire , honteux un jour d'avoir pris de l'emphase pour de la chaleur, pourrait bien ne se corriger d'un excès que par un autre, en prenant de la chaleur pour de l'emphase. Voilà ce que j'avais à dire sur ce beau sujet et sur la manière dont j'ai cru qu'on devait le traiter. Je dois d'autant plus remercier l'Académie de l'avoir indiqué à nos efforts (1), que j'étais loin d'en pressentir la fécondité. Dans les commencemens, je cherchais péniblement les idées; bientôt les idées m'ont poursuivi. Dans la grande variété d'ob-
(i) C'est M. Gaivt qui a eu cette belle idée.
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jets à travers laqueile il fallait me faire jour, mon travail était comme une abréviation continuelle ; et, lorsqu'en dernier lieu , craignant d'avoir dépassé la mesure prescrite (i), j'ai voulu abréger encore ; à chaque tentative de réduction, je sentais dans le sujet une résistance qui m'annonçait que je touchais au vif. Les mains paternelles tombaient sans cesse. Ce sujet est grand par lui-même, parce que vous y trouvez, contre l'attente commune, ce que j'ai annoncé dèsl'exorde ; et cette circonstance , que vous le trouvez contre l'attente commune , ajoute à l'intérêt : l'éloge se présente comme une découverte. Il s'agrandit encore par les accessoires. Quelque part que vous vous portiez, l'enseignement, l'histoire, la politique , la religion, la- mo-
(i) Mon travail était fini , lorsque j'ai vu dans les journaux que l'éloge de Rollin ne devait point passer une heure de lecture.
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( J72 ) raie vous offrent les plus nobles idées qui puissent occuper le philosophe. Ce serait bien manquer d'imagination que de ne pas les saisir ; mais aussi ce serait bien manquer de goût , que de les faire prédominer > au point d'éclipser cette vénérable image de notre recteur , qu'elles devaient seulement embellir.
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