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elle cesse d'éclairer des esprits trop curieux ou trop ardens , les animant toujours de ses ineffables influences , fait reconnaître par les plus hautes vertus qu'ils sont encore à elle. Dès -lors, Rollin se présentera toujours avec intérêt à tous les esprits généreux qui ne partageront pas ses opinions : ils admireront du moins sa réserve à les exprimer , et son courage à souffrir pour elles ; et sous ce point de vue il n'y aura plus qu'un parti. Que penserons-nous donc de ce discours prononcé en son honneur dans le sein de l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, dont il fut un associé si distingué ; de cet éloge incomplet , où le faible orateur, par des réticences multipliées, vous dérobant les causes des incidens les plus douloureux et les moins prévus , vous livre à tous les supplices d'une curiosité impatiente , à tous les écarts d'une imagination qui se rend coupable de mille soupçons exagérés ?
( ao4 ) Ah ! sans doute que l'Académie Française veut aujourd'hui acquitter en entier la dette de l'Académie des Inscriptions et Belles- Lettres ; et ici , pour être juste , faut-il même du courage , lorsque l'exposé de la vérité toute entière serait l'éloge de nos rois, et la punition de ceux qui les ont trompés ? Je vois bien plutôt l'ornement de mon sujet dans ce qui aurait pu en paraître Pécueil. Le plus beau spectacle se découvre à moi dans ces événemens même que l'on aurait voulu dérober à nos jeux. J'aperçois tout ce que peut l'influence d'une dynastie modérée sur les passions féroces qui frémissent autour d'elle. Vainement dans une sphère inférieure s'agitent des esprits animés par la vengeance ; vainement ils font retentir des cris de fureur jusqu'au trône. Ce parti si ardent parvient , je le sais , à, égarer deux de nos Rois ; mais il ne peut en obtenir que ces mesures où, à côté de leur religion alarmée
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et séduite , se découvrent toute leur sollicitude pour des Français , tout leur respect pour ces hautes convenances d'une civilisation perfectionnée ; il ne parvient qu'à leur faire mettre la vertu sous un ostracisme, dirai-je , adouci par tout ce que l'humanité peut j mêler d'égards , et l'on sent alors que les persécutions viennent de ces sujets perfides, et les égards, du trône.
Vous fûtes , dans ces circonstances malheureuses , les dignes ministres de nos Rois , ô vous, d'Argenson, Pelletier, président de Mesme , lorsque vous paraissiez sans cesse en première ligne pour arracher cette noble victime à la rage des persécuteurs , ou pour affaiblir leurs coups !
O spectacle bien différent qui nous a été présenté à la fin de ce dernier siècle ., lorsque le trône ayant disparu , les passions soulevées n'ont plus rencontré de barrières et ne se sont plus signalées que par des combats à mort !
Mais quelle est donc, me direz-vous(i), la source première de ces persécutions 7
(i) VARIANTE.
A la place de cet alinéa , j'avais dit d'abord : « Mais quelle est donc , me direz-vous, la source » première de ces persécutions, image anticipée et » bien faible, il est vrai, de la tempête qui devait » tout bouleverser un jour? Je vais vous le dire. » C'est cette Société fameuse , que la postérité ne » pourra ni trop louer sous un rapport, ni trop » condamner sous un autre , puisque , si elle a paru » dans l'enseignement des lettres , comme un modèle, » elle a osé se montrer, je ne dirai même pas, dans » la religion comme une secte , et dans l'État comme » une puissance , mais dans la morale de toutes les » religions , comme une monstruosité , et à côté de >» toutes les puissances, comme une conspiration. » Mais laissons-la sous l'anathème , sous les foudres » du génie le plus puissant peut-être et le plus reli- » gieux tout ensemble, dont s'honore le plus beau » de nos siècles. Qu'elle reste sa victime. L'âme douce » que je célèbre me désavouerait , si je poussais plus
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( 207 ) image anticipée et bien faible , il est vrai, de la tempête qui devait tout bouleverser un jour? L'âme douce que je célèbre ne m'a permis que de nommer ses défenseurs : elle me désavouerait , si je prétendais la venger davantage; disons mieux, si je prétendais la venger. Elle m'avertit de mettre dans mon récit le calme qu'elle a mis dans ses souffrances.
Je ne puis cependant l'immoler à ses ennemis jusque dans son éloge. Je dirai donc qu'en 1703 , lorsqu'il faisait prospérer ce collège de Beauvais , où des pères venaient , avec tout l'empire de leur tendresse et de leurs larmes , le forcer de trouver une place pour leurs enfans , alors même > parce qu'il
» loin mes plaintes ; si je prétendais la venger dan vantage ; disons mieux, si je prétendais la venger. >> Elle m'avertit de mettre dans mon récit le calme » qu'elle a mis dans ses souffrances. »
avait correspondu avec l'une de ces âmes ardentes en qui l'erreur partait d'un excès de zèle , il s'est rencontré des hommes qui auraient voulu que la première de nos prisons d'état s'ouvrît pour les recevoir. Mais rassurez - vous : protégé par ce bataillon de gens de bien , dont je viens de vous nommer les chefs , il continuera à faire prospérer encore , il soutiendra du moins cet établissement unique , presque créé par ses soins , et déjà ébranlé par la seule idée qu'un directeur si sage peut lui être ravi. Mêmequatre ans après, ce sanctuaire des mœurs et des études prendra un caractère plus auguste encore , s'il est possible, en devenant, sous ses auspices , un asile pour l'infortune , un refuge contre ces mêmes coups d'autorité qu'il ne craindra jamais que pour les autres. Sorti alors vainqueur d'une nouvelle attaque , il succombera enfin ; mais ce sera cinq ans plus tard, et comme pouvait succomber la
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( 2°9 ) vertu sous une dynastie que l'on pourra bien tromper , mais ( et c'est la foi politique des Français , c'est le serment de leur amour) que l'on ne rendra jamais cruelle. Laissons ici dans leurs ténèbres, dans la nuit de leurs complots, les malheureux (i) qui, ayant vécu avec lui, ont pu conspirer contre lui; qui n'ont vu ses vertus de plus près que pour les haïr; qui n'ont senti, avant tous les autres, combien son autorité était salutaire , que pour en être jaloux. A l'éternel honneur d'un gouvernement , qui aurait bien mérité de n'être jamais abusé , au moment où Rollin reçoit l'ordre de sortir du collège de Beauvais, ses amis lui font envisager un bénéfice comme assuré; et quoiqu'il ne fût pas étranger à cette noble milice de l'église (t), qu'il
(>) Les chapelains du collège de Beauvais , qui fi* rent les mstrumens de Letellier.
(a) Il avait été tonsure'.