‹ Œuvres de M. Maillet-Lacoste, ancien élève de l'École polytechnique, professeur de rhétorique au Collége royale de Rouen, membre des Académies du Gard et de RouenChapitre 27 sur 47 · IO · texte numérisé non relu

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eût essentiellement servi la religion par ses travaux dans l'enseignement , qu'il ne possédât qu'une fortune médiocre y cependant , dans ces premiers instans d'une disgrâce , dans ces instans de saisissement et de surprise où il nous est si naturel de chercher partout des appuis à notre faiblesse , il refuse un tel bienfait , parce qu'il ne croit pas l'avoir mérité. Ne perdons pas sitôt de vue ce moment si beau où l'odieux de la proscription s'efface , et où l'éclat de la vertu se ranime. Qu'un tel spectacle soulage un instant nos âmes. Prenons-y des forces , pour en supporter un autre : c'est celui que va nous offrir le désespoir de toute cette jeunesse du collège de Beauvais. Au premier bruit de ce départ , auquel Rollin lui-même , sans rien dire de précis, s'était efforcé de la disposer , avec ces accens que la religion seule peut faire entendre , vous eussiez cru voir la désolation d'une famille qui pleure un père :

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les jeux suspendus, un silence moine, interrompu seulement par des sanglots , et , bientôt après (c'était vers la fin du jour), une retraite faite sans ordre , et avant l'heure \ dans les lieux de repos, pour y pleurer encore. Mais réprimons notre douleur; imitons, s'il est possible , la force d'âme de celui qui en est l'objet. Toujours occupé des autres, il s'est d'abord ménagé, dans l'illustre Goffin à un successeur qui puisse rendre sa perte moins sensible. Pour lui, exilé de cette terre classique, sa véritable patrie, il éprouve , un instant , le supplice de n'être plus utile* mais il s'est bientôt placé sous le charme d'un travail digue de lui. il a jeté les yeux sur ce rhéteur célèbre , qui, dans son grand ouvrage, reproduit Aristote par la finesse, Gicéron par la grâce , et les efface par l'ensemble , en même temps qu'il vous fail sentir , par l'austérité de sa morale , qu'il aurait été digne de trouver cette noble définition

de l'orateur , accueillie y comme par acclamation , de tous les gens de bien. Roilin écarte de ce chef-d'œuvre toutes ces considérations qui fatiguent plus les esprits qu'elles ne les éclairent ; y place des notes aussi élégantes que lumineuses , et annonce avec grandeur tout l'ouvrage par une préface , où il a si bien dérobé à Quintiiien et à Cieéron leur manière , que , lorsqu'il cesse de les imiter pour les copier , vous voyez que c'est plutôt par modestie que par impuissance. Du fond de sa retraite , il fait ce présent à la jeunesse. C'est ainsi qu'il sait la consoler de son absence , ou plutôt , c'est ainsi qu'agrandissant la sphère où il avait été renfermé jusqu'alors, il commence à devenir l'instituteur de la jeunesse de tous les peuples. Après cet ouvrage, cette âme céleste seretirait insensiblement de la littérature profane , et s'absorbait de plus en plus dans la contemplation des divines écritures. En 1719

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l'Université le rappelle , pour ainsi dire f sur la terre. Elle venait d'obtenir ce grand bienfait de l'instruction gratuite. Eîie charge Roliin d'exprimer sa reconnaissance. Roliin s'acquitte de cette noble tâche dans une harangue latine, où il sème de ces idées fécondes qui semblent exiger un grand ouvrage pour arriver à leurs pleins développemens. L'Université le lui demande, priant ainsi l'auteur de suivre l'impulsion de son propre génie. Cette prière, comme il le dit lui-même , était un ordre. A l'honneur d'une telle invitation , elle ajoute celui d'un second rectorat, en 1720. Rien, peut-être, n'est capable de ranimer l'enthousiasme des grandes choses , comme le discours qu'il prononça dans ce moment. Il est vrai que l'intérêt, toujours si puissant, des circonstances enflammait encore son âme. L'Université venait, selon lui 3 de remporter une grande victoire sur un point qui alors était l'objet

des contestations les plus graves. Après avoir déployé devant elle le tableau de sa grandeur passée ; après lui avoir rappelé ces temps où, au sein de la pauvreté et des vertus, elle se voyait consultée par les souverains pontifes , par les conciles généraux , il lui crie avec une vivacité qui vous semble nouvelle dans ce caractère ardent, sans doute, mais grave, qu'elle vient de se montrer digne de ses plus beaux jours. Hélas! lorsque je vous le représente à une si grande hauteur , dans une si vive lumière , je ne fais que vous le montrer dans la position même où la foudre vient encore l'atteindre. Brusquement enlevé, par une tempête nouvelle ^ aux vœux de sa seconde mère , dont la reconnaissance est forcée de rester muette, il se rappelle dans sa solitude , non pas avec orgueil, mais avec tendresse, la grande tache qu'elle a indiquée à son zèle; et en 1728, h soixante-sept ans, il publie son Traité des

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Etudes, premier ouvrage français sorti de sa plume.

Je me représente ces eaux étin celantes qui tombent avec grand bruit d'une source élevée, et qui vont ensuite entraîner dans leur cours des eaux étrangères, poar fertiliser les campagnes. Elles ne brillent plus , elles coulent sans bruit à vos pieds; mais tout s'embellit sur leurs bords ; et si quelquefois elles disparaissent à vos yeux, c'est sous la riante végétation qu'alimente leur douce influence. Telle est l'image que je me forme de ce génie si brillant d'abord, si utile ensuite , dont les idées , dans ses derniers ouvrages , s'associant avec tant de grâce à toutes les heureuses pensées des écrivains qu'il rencontre sur son domaine , iront sans cesse féconder y dans les générations naissantes, les germes des taie ris et des vertus. Plusieurs grands hommes, dirigés par ses préceptes, animés de son esprit, lui devront

( 2i6 ) jusqu'à cet éclat par lequel ils l'auront éclipsé, Outre le déclin des années , différentes causes pourraient expliquer cet intervalle qui sépare ses premières productions des dernières : son peu d'usage de sa propre langue,, où il ne s'était point exercé à exprimer les grandes et vives pensées de sa jeunesse; peut-être le dessein formel de descendre à la portée des intelligences les plus faibles; enfin la précipitation même de son travail. Il se voyait au milieu d'une fermentation générale. Il se hâtait de donner a la jeunesse une armure qui pût la protéger contre les traits d'une philosophie audacieuse. 11 semblait avoir pris pour modèle ce souverain pontife que , dans une de ses harangues , il nous peint avec tant de grandeur , s'excitant à faire le bien, sans délai, par la vue de son tombeau dressé d'avance (i). ;

ii) Ce qui pourrait prouver que le déclin de l'âge

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Dans cette production nouvelle , se découvrent le professeur, le chef d'enseignement, l'historien. Ainsi, la faire connaître, c'est remplir les intervalles que j'ai pu lais-

n'avait que faiblement agi sur son esprit , c'est Fëpître dédicatoire latine adressée à l'Université au commencement de son ouvrage. Il ne pouvait faire à cette langue un plus brillant adieu. Je supplie qu'on me permette de parler encore d'une production latine. Je ne ferai qu'une remarque , et ce sera pour justifier Rollin contre des critiques sévères, qui pourraient s'aveugler eux-mêmes par leur distinction des genres. Cette épître vous présente , dans un degré éminent , cette harmonie soutenue qu'il a portée dans tous ses ouvrages latins, même les moins oratoires. Or, pourvu que l'écrivain sache couper convenablement son style, pourquoi , dans l'ouvrage même le moins oratoire , serait-elle condamnée comme un vain luxe , lorsqu'elle seconde si bien le mouvement de la pensée , lorsqu'elle contribue si puissamment à la faire pénétrer, à la graver dans les âmes. En nous exprimant ainsi sur cette harmonie , trop négligée, osons

ser dans mon récit , et en même temps faire pressentir ce que l'auteur peut devenir encore.

Ici , il vous captive moins par le style , mais il vous attache toujours par l'ordonnance; et comme il la développe et la soutient , dans un ensemble beaucoup plus vaste que celui de ses discours, il vous donne une nouvelle idée de la force de sa tête. Dès l'abord , il indique à vos regards ces trois grands objets, qui dans un enseignement bien dirigé ne peuvent jamais être séparés : la culture de l'esprit , les mœurs , la reli-

le dire , par les historiens anciens , nous avons pour nous et le précepte et l'exemple du plus habile des maîtres , de Cicéron , puisqu'il la regrette si fortement dans les histoires de Thucydide; puisqu'il la laisse éclater, d'une manière si enchanteresse, dans toutes les parties de ses lettres où son expression se ranime et se colore , sans rien perdre toutefois de la simplicité du genre épistolaire.

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( 2I9 ) gion. C'est vous avertir, dès l'entrée de son ouvrage, du point de vue dans lequel vous devez vous placer pour le juger.

Vous le voyez attentif à exercer nos facultés dans l'ordre où elles se développent. Ainsi, la mémoire se présente d'abord, il lui offre les langues ; la raison vient ensuite , il lui offre les sciences ; et non-seulement il a bien saisi l'enchaînement dans lequel les grandes parties de son ouvrage devaient se succéder : les nuances les plus délicates ne lui échappent pasxVoyez avec quelle adresse il place son morceau sur le goût , avant de parier de la littérature ; et son morceau sur la gloire véritable , avant de parler de l'histoire.

Si dans ce système d'enseignement à peu près uniformément établi dans toute l'Europe , il respecte tout ce qui, soumis après lui à un nouvel et sévère examen , a paru irréprochable au grand nombre , il ose ré-

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former certaines parties , qui n'ont rien de respectable que leur antiquité. Ainsi, il voit avec peine que les enfans ne commencent pas par l'étude de la langue maternelle , et que dans l'étude d'une langue étrangère ils commencent par essayer de l'écrire. Il voit avec peine encore que plusieurs, dans un zèle indiscret pour cet enseignement des langues , l'isolent tristement de cette variété de connaissances faciles , qui pourraient tout ensemble délasser et enrichir l'esprit de l'enfance , si elles accompagnaient cette première étude , en attendant ces connaissances plus élevées qui doivent la suivre. Mais pourquoi, infidèle lui-même à ce beau principe, qui semblerait être le sien, d'épargner tous les efforts inutiles , comme de diriger tous les efforts nécessaires y a-t-il pu condamner cette méthode puissante ( i ) qui , dévoi-

(i) Traduction mlerlméaire,

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tant le sens de chaque mot , l'ordre de chaque phrase, réduit presque l'intelligence d'une langue à une simple lecture , et par des restitutions adroites, où elle reproduit pour îa clarté les mots supprimés pour l'élégance, ne prolonge cette lecture que pour abréger ie travail? Cette méthode n'a pas, il est vrai, toute la fécondité que lui supposent ses aveugles admirateurs : elle ne peut pas renfermer tout l'enseignement d'une langue ; mais elle en devrait être la base. Si nous voulons une marche rapide dans les progrès ultérieurs , elle ne peut pas nous dispenser de l'étude des règles ; mais elle devrait nous y disposer. Offrez-les , ces règles , à un élève ainsi préparé , et elles ne se présenteront plus comme un fardeau à sa mémoire , ni comme une énigme à sa raison , mais comme la dernière lumière qui viendra dissiper tous les nuages que le précédent exercice devait laisser encore.

L'introduction de cette méthode dans ïe système de Rollin fournirait à la jeunesse un moyen de mieux suivre et l'esprit de ce système, et la marche de nos connaissances modernes, puisqu'elle se familiariserait davantage en moins de temps avec cette littérature antique, devenue plus que jamais notre point de ralliement, au milieu de cette fermentation qui travaille le monde littéraire, et qu'elle pourrait être initiée plutôt aux mystères de ces sciences, qui, par leurs progrès perpétuels , semblent demander une place toujours plus grande dans l'enseignement de nos écoles. Un plan si fortement combiné pour la splendeur et des sciences et des lettres, trouverait encore de grands obstacles, je le sais, dans un siècle où tant d'hommes calculent ce que chaque effort doit produire pour l'accroissement de leur fortune. Mais qu'alors le législateur intervienne lui-même pour se mon-.

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trer le protecteur immédiat de ces hautes parties de la civilisation, qui pourraient enfin languir, tandis que toutes les autres, que celles du moins qui n'éprouvent pas un besoin sensible de cesbrtllans auxiliaires, prospéreront toujours assez sous la garde de l'intérêt personnel ; qu'il fasse envisager de grands avantages à la jeunesse lettrée et savante : et plusieurs, qui , pour s'élancer plus tôt dans les travaux de la vie civile, auraient satisfait à peine à de faibles études préliminaires , viendront se présenter avidement à ces sources précieuses, d'où l'on croira voir découler, avec l'instruction, les richesses et les honneurs. Alors , dès leur début, des génies distingués , qui, dans les occupations les plus obscures, seraient demeurés inconnus aux autres comme à eux-mêmes , resteront une conquête pour les sciences, pour les lettres, pour les fonctions les plus ém inentes dans l'Etat; tandis que le grand nombre,

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subissant la loi.de sa médiocrité, ou de ses goûts , ou de ses intérêts , emportera , du moins, dans les autres parties de l'ordre social, d'heureux vestiges de ses premiers travaux.

Si Rollin n'a pas réformé, autant que des juges sévères pourraient le désirer, dans les premiers degrés de l'instruction , il n'a rien laissé à faire dans renseignement de l'éloquence et de la poésie. Avec quelle supériorité de raison il écarte et cet amas de règles fastidieuses qui s'accumulaient, chez les Grecs, dans les traités de rhétorique, à mesure que les vraies beautés fuyaient des discours , et ces matières de compositions chimériques, bien dignes de ces règles si compliquées et si vaines ! Retenant les préceptes vraiment utiles , il les place dans un grand jour par des développemens où vous retrouvez toute la lucidité des idées de Quintilien. Quant aux matières des exercices,

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