‹ Œuvres de M. Maillet-Lacoste, ancien élève de l'École polytechnique, professeur de rhétorique au Collége royale de Rouen, membre des Académies du Gard et de RouenChapitre 28 sur 47 · II.I.LI.LL>.LJ.mim^B · texte numérisé non relu

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il aime à les choisir dans les grands écrivains, Ecartant tout l'appareil qui embellit une pensée principale , il va la saisir dans sa simplicité ; et ce morceau brillant qu'il a détruit Y il vous aide à le refaire par des gradations ménagées avec tant d'art, que vous croyez être admis à ce sanctuaire , où le génie préside à ses créations. L'élève, ainsi conduit, reste enfin avec le grand orateur , devenu son modèle , et comme son dernier maître.

C'est avec le même talent qu'il dévoile les trésors de la poésie des Grecs et des Romains, qu'il explique ce nouveau langage qui résulte du simple mécanisme de leur versification , sans jamais donner dans les écarts de ces critiques subtiles, admirateurs de sens rassis , qui , laissant échapper des beautés réelles, en poursuivent d'imaginaires. Mais cet esprit si gracieux repousse , avec une sévérité qui vous étonne , tout ce prestige

de l'antique épopée ; et cet arrêt , qu'il lie rend d'abord qu'au nom de la religion , il le rend ensuite au nom du goût. Il déclare qu'une heureuse combinaison d'incidens puisés dans la nature est une source d'intérêt bien plus féconde que ce merveilleux des anciens.

Cette opinion sur la poésie épique , futelle une erreur, vous fait soupçonner en lui une certaine prédilection , un talent marqué pour l'histoire : c'est ce que vous découvrez bientôt dans les essais historiques qu'il vous donne. Son récit, qui coule avec lenteur, vous laisse le loisir de combiner, dans votre esprit, tout cet ensemble d'incidens, que des écrivains supérieurs sacrifient quelquefois à une saillie \ à un trait; et ce grand jour, dans lequel il aime à tout présenter dès le principe , devient bien plus pur , lorsque vous arrivez à ces réflexions qu'il semble avoir détachées avec eifort de son

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récit. Quelques-unes, comme son jugement sur les Gracques , vous laissent dans Fétonnement, parce que vous voyez qu'il a triomphé de certaines préventions auxquelles devait le livrer la beauté même de son caractère , si ami de la paix des Etats. Cet esprit fin et calme , qui lui fait épuiser tous les points de vue sous lesquels on peut envisager les hommes et les choses , vous semble le génie même , lorsqu'il soumet à sa lumière cet ostracisme d'Athènes, solution délicate de cette question pressante : Fautil que le peuple soit victime de l'ambition du grand homme; ou le grand homme, des soupçons du peuple ? Solution si heureuse > dirons-nous , que la loi , par le plus admirable tempérament , a stipulé tout ensemble pour la liberté du peuple et pour la gloire du grand homme ; qu'en paraissant même le frapper, elle le sert, elle le protège, elle le soustrait bien plus qu'elle ne le livre à la

fureur populaire , puisque , se retirant avec ses biens et sa gloire , il ne perd sa patrie que lorsqu'elle n'est plus pour lui qu'un camp ennemi , et que cette disgrâce légère doit hâter la compassion d'un peuple que nous voyons si souvent réparant sa tyrannie par son amour , aux pieds du même héros tour-à-tour sa victime et son idole.

Mais c'est à la fin de son ouvrage qu'il se montre tout ensemble avec le plus de simplicité et de charme, lorsqu'il présente ses idées sur la direction de la jeunesse. Toute sa théorie sur ce grand objet semble être la naïve effusion de son âme. Lorsque son premier soin est d'être ferme y vous voyez que son premier besoin est d'être indulgent. Il veut qu'on établisse d'abord cet ordre rigide dont le chef et les élèves portent également le joug , en sorte que , la première impulsion donnée , ce soient moins les hommes qui mènent l'institution f que l'institu-

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