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( ^47 ) pénétrée des sentimens évangéliques , ne sont-ils pas une nouvelle preuve de la force de ce caractère , qui savait concilier tout ce qui est grand , et une victorieuse réponse à ceux qui nous présentent l'humilité chrétienne comme funeste à l'harmonie sociale , parce que le chrétien , dépouillé de l'orgueil , leur semble livré sans défense aux attaques de l'orgueil d'autrui ? C'est en effet une position délicate que celle où l'homme est forcé de combattre la vanité des autres et la sienne. Mais la même religion qui lui défend de s'élever dans l'orgueil de ses pensées , lui ordonne de maintenir avec fermeté toute cette portion de l'ordre social , dont il est le dépositaire ; et en lui montrant ainsi sur tous les joints son devoir toujours présent, elle sait lui trouver des motifs qui n'ont plus rien de commun avec cet ordre social lui-même.
Elle met l'éternité sous ses yeux; et alors, bien loin de se sentir trop faible dans ce
( 248 ) conflit de passions qui l'entourent, il combat, pour ainsi dire, avec une armure divine. Ainsi , dans cet admirable système l'homme du plus haut rang saura le défendre' sans orgueil , comme le vrai soldat sait combattre sans colère.
Restons dans ce dernier point de vue où nous avons à finir le portrait de ^^ lui-même; et observons-le, non plus dans cette sorte de magistrature perpétuelle où nous l'avons admiré jusqu'ici ; mais dans l'inteneur de sa vie privée, dans ses relations avec la société ou avec ses amis.
Et d'abord personne n'a peut-être donné un plus magnifique démenti à une sévère maxime de l'un de nos vrais philosophes pmsqn'il a surtout paru grand aux yeux de' son fidèle serviteur de quarante ans , de cet homme qu'il avait chargé de le représenter auprès des malheureux; de les servir, en quelque sorte, avant lui-même ; de consulter,
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dans des largesses sans Gesse renaissantes { non pas sa fortune, mais leur misère.
Des invitations réitérées l'arrachaient-elles à ses travaux; au milieu de toute la joie d'un repas, ce qu'on pouvait lui offrir de plus agréable, c'était un enfant à encourager, à interroger , à éclairer. Si l'on n'avait point su ménager cet assaisonnement à ses plaisirs, il se retirait avec une sorte de remords; il croyait avoir perdu sa journée. Et, quoiqu'il fût habituellement livré à la retraite ; même dans ces momens où il réalisait, au milieu d'une société , cette scène d'un professeur et de son élève , il était loin de ces formes repoussantes et sauvages, qui, chez un peuple , juge bien plus sévère des manières que des mœurs, seront toujours un si grand tort; puisque dans l'homme d'un grand savoir elles font qu'on ne croit plus , en général, aux avantages du savoir, et que dans l'homme du plus grand talent elles font qu'on ne croit
plus en lui au talent même. L'aménité et la grâce le distinguaient même parmi ceux qui, négligeant le fond pour les formes , ne veulent point un mérite plus substantiel que l'aménité et la grâce. Jamais on ne lui surprit le plus léger effort pour occuper la première place dans la conversation. 11 est vrai que dans la profonde vénération que l'on éprouvait pour lui , tous s'étaient comme rangés d'avance pour la lui céder.
Ce beau caractère qu'il développait dans les sociétés , se retrouve bien dans son commerce épistolaire. Lisez les fragmens précieux qui nous en restent ; vous verrez que toujours une grave pensée l'occupe , mais que toujours aussi il est attentif à suivre les convenances les plus délicates. Ainsi , se trouve-t-il en rapport avec ce grand poète lyrique , en qui le caractère ne paraît pas avoir répondu au talent ; il n'a rien de plus à cœur que de rétablir cet accord , qui est
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pour lui une beauté tout autrement chère que tous les chefs-d'œuvre des arts. Mais quel tempérament , quelle réserve ! comme il est long-temps combattu entre le besoin d'avertir et la crainte d'offenser! et avec quel bonheur enfin , empruntant les insinuantes paroles du plus éloquent des apôtres , il ne laisse plus voir que la religion et l'amitié, qui lui commandent de frapper pour guérir î De cette correspondance passez -vous à celle qui a été suivie depuis 1737 jusqu'à 1740, entre lui et le grand Frédéric; ce même caractère se reproduit devant vous avec un redoublement d'intérêt; c'est, si vous voulez , le même portrait dans un cadre plus brillant. Vous le voyez touché sans doute de l'avantage d'entretenir un prince ; mais c'est parce qu'il croit y découvrir une voie plus abrégée pour servir les hommes. Et tout se met ici dans un beau rapport : ni l'écrivain ne ressent de l'orgueil, parce qu'il
correspond avec un grand prince; nî œ grand prince ne laisse soupçonner nulle part la fierté d'un protecteur. Vous remarquez de part et d'autre le langage d'une amitié qui devient toujours plus tendre ; vous sentez enfin couler vos larmes ; et c'est le vainqueur de Rosback qui, en s'adressant, comme il le dit lui-même, à son cher, à son vénérable Rollin, a, le premier, l'avantage d'agir ainsi sur vous. Hollin, arrivé alors à près de quatre-vingts ans, sentait approcher sa mort. Vers la fin de sa réponse, qui est sa dernière lettre à ce prince, il lui parle d'une amitié qu'il voudrait éternelle ; et vous sentez qu'il fait un effort sur lui-même pour ne rien dire de plus que ces paroles, comme il en avait fait un autre pour ne pas les dire plus tôt. C'est que, l'œil toujours fixé sur une autre existence, il était effrayé plus que jamais de cette différence de religion , qui semblait devoir le séparer pour toujours de son au-