‹ Œuvres de M. Maillet-Lacoste, ancien élève de l'École polytechnique, professeur de rhétorique au Collége royale de Rouen, membre des Académies du Gard et de RouenChapitre 31 sur 47 · III.M.I.IJJJJJJJ · texte numérisé non relu

III.M.I.IJJJJJJJ

guste ami : et par cette dernière effusion de son amour , que sa réserve rendait encore plus touchante, il aurait voulu anéantir cette barrière , en opérant une révolution dans l'âme royale à laquelle s'adressait la sienne. Ame divine (et je ne fais ici que te donner un nom qui te fut décerné, dès ton enfance, par celui ( i ) qui devait le mieux te connaître), des marques d'une plus vive tendresse , voilà donc tes derniers moyens pour inspirer ta croyance aux autres hommes!

voilà ton intolérance? Ainsi nous fais -tu sentir que si cette religion , qui te fut toujours si chère , mais qui se montre si mena» çante contre ceux qui n'y croient pas, avait pu faire naufrage en toi , c'est dans ton humanité seule qu'elle aurait trouvé son écueil.

Et je parle d'une victime de l'intolérance!

(i) Hersan.

et, ce qui redouble mon supplice , je prononce encore ce mot , devenu le cri d'alarme de tant de furieux , qui se sont montrés euxmêmes les plus intolérans des hommes! Puisqu'il entre dans ma tâche de vous tracer comme une double histoire, de vous présenter, d'une part, l'homme qui mérite tous les témoignages de vénération , qui les obtient même de l'étranger et de la plupart de ses compatriotes; et de vous le présenter, de l'autre, traité par le gouvernement de son pays, seulement avec ces égards que Ton peut attendre d'un ennemi généreux, je me hâterai du moins dans ce qui me reste à dire de cette douloureuse partie de sa vie , que j'ai voulu me dérober à moi-même en plaçant ses grands ouvrages , ses grandes qualités, tous les hommages des âmes justes entre nous et ses malheurs ; je me hâterai, recherchant toujours quelques vertus sur lesquelles nous puissions reposer nos regards.

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Dès Tannée de son départ du collège de Beauvais , arrive parmi nous cet acte fameux que je ne veux pas nommer par respect pour la paix qu'il n'a pu rétablir. Rollin en appelle à la puissance suprême, avec l'Université, en 1718. Devenu comme le ministre public de cette Société dont il ne reçoit pas un ordre que sa conscience ne lui ait dicté d'avance , il exprime dans une déclaration éloquente les motifs de cet appel en 1719; il le renouvelle en 1 720 , époque où il avait été nommé recteur , principalement pour cette grande cause ; offrant ainsi le spectacle le plus frappant que puisse donner dans un homme le contraste de son caractère et de sa position. En effet , il soupire sans cesse après la paix , et , pour la concilier avec des principes qui lui semblent inviolables, il est presque forcé de pousser des cris de guerre ; il voudrait être confondu dans la foule, et il voit l'Université se ranger autour

( 256 ) de lui, comme une armée fidèle; il redouble à chaque instant de résignation et d'humilité, et à chaque instant son ascendant redouble. Violemment reporté dans sa retraite, il est poursuivi jusques sur son domaine par l'autorité courroucée, puisqu'elle vient lui interdire tout espoir d'une admission dans cette assemblée qui aujourd'hui l'honore. Privé de cette perspective encore plus chère à l'humanité des grandes âmes qu'à la vanité des petites, puisque cette réunion choisie sera toujours, pour les écrivains généreux , l'image de cette société qui doit les unir tous, il n'en trouve pas moins au fond de son cœur d'assez puissans motifs pour se livrer aux plus grands travaux. Au milieu de ces travaux mêmes; dans le sanctuaire qu'il leur a consacré; malgré sa promesse formelle de rester étranger à tous ces excès que les passions humaines mêleront toujours aux plus belles causes, il subit deux fois

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( 2^7 ) l'outrage de ces visites que les criminels seuls devraient redouter. Il s'en plaint avec force et avec décence au ministre qui les avait ordonnées, qui, il est yrai^ avait en même temps commandé toutes ces mesures de bienséance que le caractère de la victime commandait avant lui. C'était ce même ministre qui , éloigné par son naturel de toute tyrannie, devait ensuite lui donner les marques de l'intérêt le plus tendre , à l'occasion de son avant-dernière maladie; devait s'empresser, au nom du Roi et au sien, de lui envoyer, de lui dédier, si je puis le dire, un exemplaire de cette belle édition de l'Orateur Romain, entreprise aux frais de l'État. Mais je poursuis ma triste tâche. J'ai voulu seulement îa rendre moins triste , en parlant de l'humanité de celui qui se voyait condamné, je ne dirai pas par je ne sais quelle fatalité, lorsque les fautes des hommes sont si manifestes, mais par le plus déplorable sys-

tème , à prendre les apparences d'un persécuteur. Toujours forcé de se montrer au premier rang dans l'Université (sans parler de sa grande réputation), comme l'un des principaux membres de la faculté des arts, comme doyen de la tribu de Paris , dans la nation de France , il s'oppose , en 17^9, à la révocation de l'appel. Exclu, dès-lors, avec plusieurs , des assemblées générales et particulières de cette Société, il fait connaître au courageux syndic Gibert, puni de sa résistance par l'exil , qu'il voudrait lui ; donner d'autres marques de ses sentimens que des discours et des larmes , et il trouve dans la sublime réponse de ce collègue , ainsi que dans le reste de sa conduite , un caractère digne du sien. Cet homme auquel, dans ce moment, il offrait sa fortune était celui qui 5 à d'autres époques , avait critiqué ses principes littéraires avec une amertume rendue plus sensible encore par

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( 259 ) l'aménité de la réponse. Mais il était décidé que les traits les plus nobles des grands caractères viendraient de toutes parts embarrasser , surcharger cet éloge. Après cet orage , le dernier de sa vie , il poursuit , sans distraction , son histoire romaine , jusqu'au moment où l'ouvrage échappe à sa main mourante. Il lègue alors ce grand travail , avec tous ses biens, au plus cher de ses disciples, à celui auquel il a payé avec usure tout ce qu'il avait reçu d'Hersan. Mais une part avait été faite d'avance pour cet ancien serviteur , élevé au premier rang de ses amis. Dégagé enfin de tous les soins de la terre , au milieu d'une assemblée en larmes, le front serein , et , si je puis le dire , frappé d'avance d'un rayon de cette immortalité qui fut l'attente et la consolation de toute sa vie , comme un captif qui chante sa délivrance , il fait entendre ces paroles dermères ; « (, est aujourd'hui un jour de fête, »

( a6o ) Ame divine ! qu'il me soit encore permis de ^n'adresser à toi dans ce moment , où ? arrivé sur ta tombe , je sens mes souffrances finir avec les tiennes. Si, au milieu des félicites qui doivent être enfin ton partage , tu peux être sensible aux hommages de la terre , sans doute que l'orateur qui viendrait te louer dans ces solemnités consacrées aux triomphes de la jeunessse de cet empire, ménageràità ton éloge-un appareil plus conforme à tes vœux que toute la pompe académique où doit retentir le discours le plus digne de toi. Te louer devant cette jeunesse , c'est te louer en famille • et te louer dans de tels jours, c'est renouveler pour toi la joie de ces triomphes que tu savais si bien partager

avec elle.

Mais moi-même je serais coupable à mes

«jeux, j'aurais manqué mon but , si je ne me

hâtais de recueillir le fruit salutaire de cette

dernière et douloureuse partie de mon dis-

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cours. En présence de cetteiniage de l'homme vertueux , poursuivi jusqu'à sa tombe au nom même de cette religion qui était venue remplir toute sa vie, embrassons tous ensemble ce système de conciliation et d'amour , que le plus prévoyant des Rois, debout sur des ruines qu'il répare , s'obstine à nous montrer à travers les nuages de nos passions. Eh ! n'est-il pas alors le digne interprète de cette religion, qui foudroie avec tant d'éclat toutes ces haines , que nous sommes convenus d'appeler haines de religion ? comme si le langage de l'homme s'était mis d'accord avec ses passions pour calomnier ce qu'il faut qu'on adore , en présentant le remède comme le mai lui même.

Mais , ne serait-ce que d'aujourd'hui que la France aura vu des honneurs solennels décernés à l'un de ses bienfaiteurs, à l'homme qui a tellement accompli tous les préceptes , tous les conseils de la morale y que le louer

dignement c'est donner des gages à la vertu ? Nos princes , qui savent si bien nous précéder dans ce qui est honnête et grand, se seraient-ils laissé devancer par -l'Europe entière , sans se hâter de consacrer son exemple par le leur ? Non , non , depuis long-temps si nous avions eu besoin d'être avertis, le plus beau signal est parti d'en haut. Ce Monarque , aussi malheureux que bon, Louis XVI , acquittant la dette de son prédécesseur , a voulu ( remarquez cette haute pensée du prince ) qu'une statue fût élevée à Rollin entre Bossuet et Turenne. Ah ! par où puis- je mieux terminer ce discours , comment puis-je mieux suppléer à sa faiblesse que par ce tableau de la vertu sur le trône , couronnant la vertu dans un sujet ? Vous diriez que l'infortuné Monarque, pressentant l'orage , avait voulu désarmer le ciel de ses foudres , demander grâce pour la terre , par cette image de l'homme de bien, élevée au

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( 263 ) milieu de la corruption toujours croissante. L'orage a grondé , et au milieu de l'épouvantable nuit répandue sur la France le crime seul, pendant long-temps, n'a point erré dans sa route. Aujourd'hui que la sérénité succède , pour soulager nos âmes fatiguées de tant de révolutions , contemplons sur un nouveau théâtre cette scène sublime , interrompue sur la terre. Voyons la victime la plus vénérable de nos temps malheureux , qui a repris dans le ciel sa couronne ; voyons-la sourire encore à celui qu'elle a honoré de ses hommages dans sa première et lamentable existence. Heureuse l'assemblée qui , dans son tribut de respect et d'amour, s'associe , ou plutôt associe avec elle la France et le Monde à ce spectacle auguste , devant lequel tous les discours doivent finir !

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