‹ Œuvres de M. Maillet-Lacoste, ancien élève de l'École polytechnique, professeur de rhétorique au Collége royale de Rouen, membre des Académies du Gard et de RouenChapitre 34 sur 47 · SES · texte numérisé non relu

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( 277 ) vîdetur , celeriùs aluranum ad eas consectandas instruit. Ex hàc tam acri disciplina profectus puer prima obstacula egregiè superabit , nequè , sua ignorantiâ excruciatus , in toto studiorum curricuio pudibundus incedet , ut cœterum hoc vulgus inglorium , verè fugitivi , quos ultimi discentium ordines sibi reposcunt ac vindicant. Deniquè lux pulchrior exoritur. Adhuc discipulus , velut machinatione quâdam , est celeriter in linguam externam immissus.

Ejus leges, semet recolligens, agnovit; eam memoriâ percursavit, judicio obtinuit. Intereà ejus ingeniuni fit et ad excogitandum uberius et ad judicandum acutius. Omnes illae demùni dicendi venustates , primùm obscuriùs perceptse , ejus ante oculos, tanquàm rejectis involucris , enitescunt. In hoc fervore , in hàc , ut ità dicam , adoîescentià ingenii ad noyas voluptates exsurgentîs, cave excogitandi praegrave onus ei violen-

( V* ) que des fugitifs, que les classes inférieures redemandent. Enfin , un plus beau jour se présente. Jusqu'ici, une méthode facile sadréssant à la mémoire de l'enfant, l'a mis rapidement en possession d'une grande partie de la langue étrangère ; sa raison a vu cette langue se ranger sous des lois. Par le double effet d'un tel travail et du progrès des années, son imagination s'enrichit , son goût s'éveille ; lesbeautés dustyle , plus clairement aperçues , plus vivement senties , viennent lui otfrir des jouissances nouvelles. Dans ce charme des premières émotions, dans cette sorte d'adolescence de l'esprit , n'allez pas appliquer violemment votre élève au travail des compositions originales ; vous l'épuiseriez dans d'infructueux efforts. Non , qu'il ne produise point encore , qu'il jouisse plutôt des productions d'autrui ; que son seul travail soit de rendre dans l'une des langues , les idées qu'il sent , qu'il conçoit , qu'il admire dans l'autre. Que

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ter importas. Omnis ille juvenilis ardcr m conatus irritos evanesceret. Ne adhuc sese ad inveniendum accingat ; aliorum potiùs inventis fruatur. Solus ei sit ille labor quae in unâ linguâ sentit , concipit , miratur , in alteram traducere. Ne in hoc ipso pnmis temporibus elaboret, nisi quantum sat est ut se ipse excutiat atque erigat. Tunç locutio illa expetita , animo velut sitieute combibatur. Sic se res habet. Discipulum perculit, in suo auctore , sententiœ alicujus fulgor. Eam in alteram linguam transmittere cupit > conatur . Si prostremo nequit ipse , ab alio transmissam videt. Nonne autem in tali exercitatiooe conspirant omnia , quae requiri possunt ad usum linguœ cujuslibet celeriter comparai! du m ?

cet exercice même , dans les commencemens, ne se prolonge qu'autant qu'il faut pour secouer 9 pour réveiller l'esprit ; qu'alors l'expression cherchée paraisse. Vous le voyez : l'élève est ici préoccupé d'une belle pensét fournie par son auteur ; il éprouve le besoin de l'expression ; il la cherche , et s'il ne la peut trouver lui-même , elle est trouvée pour lui. Or , un tel procédé ne réunit il pas toutes les conditions nécessaires pour accélérer nos progrès dans le bel usage d'une langue ?

A la première partie de ce système d'enseignement, on oppose une objection qui est son plus beau triomphe. Elle ne laisse point faire , dit-on , assez d'efforts pour l'intelligence de la langue ancienne ; et l'on veut voir pour tout résultat une augmentation non de succès y mais de paresse.

Il est utile sans doute que l'esprit fasse des efforts pour la solution d'un problême dans les sciences ; pour la pensée et pour Texpres-

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Hsec docendi ratio in hâc ipsâ parte impugnatur, quâ prsecipuè triumphat. Ad intelligentiam linguse veteris , itinere , inquiunt , nimis libero perducit. Neque indè studiis sed socordiae lucrum fîeri putant.

Prodest equidem ingenio, ut in scientiis verum , in componendâ oratione rem et verba, in auctore interpretando verba ; cùm

sion dans la composition d'un discours; pour l'expression, lorsqu'il possède la pensée, dans l'interprétation d'un auteur : parce que ces deux facultés de notre âme, la raison et l'imagination, s'exercent alors sur des objets dignes d'elles, et que l'esprit comme le corps doit se fortifier par des exercices appropriés à sa nature. Tel est même le beau résultat de ces efforts de l'esprit dans les compositions littéraires, que ce perfectionnement de l'art d'écrire, qui, jusqu'à une certaine époque de la vie , est l'effet combiné du travail et de l'âge , finit par être , dans quelques écrivains laborieux, le triomphe du travail sur l'âge. Bien au-delà de ce terme heureux où l'imagination doit avoir naturellement le plus de flamme , on les voit s'élever à des beautés inattendues, et jeter leur plus grande lumière au moment même où ils vont s'éteindre. Buffon, sur le bord du tombeau, faisant entendre l'éloge du cygne , semble en imiter la voix

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rem tenet, assequi coneiur : quia enim du «Te illœ animi facultates, judicandi scilicet ratio et vis excogitandi , tune in opus hominis excellentiae adeequatum incumbu.nt , ingeniumque , ut corpus , per exerciîationes suœ naturse accommodatas corroborari débet. ïd etiam pulcherrimum lucubrationes assiduœ pariunt , ut illa scribendi ars , quœ , primis vitse temporibus, laboris annorumque cursu conspirante provehitur, veluti demùm reflantibus annis atque adyersantibus , solo laboris inipulsu, ad miraculainsperata procédât. Sic, apud Buffonem nostrum , illud ingenii lumen in flammam grand iorem , jàmjàm occasurum, exardescit, cùm eyeni laudes, velut ejeneâ voce ? concélébrât. Operœ ergo pretium est in lioguâ loquendâ, non verô in intelli^endâ elaborare. Etenim, dùm sic discîpulus in quodque verbum , in quamque verborum comprehensionem miserè impingitur : plerùmque e j us mens tenebris circum-

mourante. J'avouerai donc que les efforts sont utiies à l'esprit, lorsqu'il s'agit de bien parler une langue. Mais ils ne le sont pas,, lorsqu'il s'agit de l'entendre. Et en effet, dans la plus grande partie de ce temps énorme où l'élève est condamné à chercher le sens d'un mot, à chercher le sens d'une phrase,, vous déconcertez sa raison au milieu des ténèbres où vous vouiez qu'elle se traîne; vous réprimez les jeunes saillies de son imagination ; vous n'offrez à sa mémoire aucun aliment dont elle puisse s'emparer avec avidité : c'est-à-dire, que vous le retenez dans un état violent , où ses facultés sont plutôt enchaînées qu'exercées. Il parvient, je le veux, à entendre quelques phrases; mais au moyen de la méthode proposée y il aurait obtenu deux avantages, dont l'un entraîne l'autre : celui de voir plus de phrases, celui de pouvoir plus facilement entendre les phrases qu'il n'aurait pas vues. Pour dissiper ici tous les doutes, et en même temps pour

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fusa stupet ; amabilis ille ardor animi juveniliter exsultantis extinguitur; nihil mémorise occurrit, quod apprehendere aut possit aut velit : adeo ut, in illâ ingenii servitute , grande puerilis œvi spatium, summo labore, nullo exitu , transigatur. Aliquot, voîo, sensus eruit. Propositâ vero ductus via, duo obtinuisset , quorum alterum ex altero consequitur; nempè ut in linguâ veteri spatiaretur latiùs et in partes adhuc intactas invadere posset faciliùs. Ut omnem dubitationem eximam , simùl ut nostrae illius docendi rationis prœstantia penitùs innotescat; hoc primùm peto : cur hic professor maturus annis, excultus doctrinâ , in iisdem persaepè auctorum locis inhœreat quos olim Romse nullâ doctrinâ adolescentes , nullo labore evadebant. Usus ei nimirùm deest , nempè non sat multos in linguâ externâ locos attigit. Hoc iterùm peto : cur hic professor in latine scribendo emendatus , non

( 286 ) faire ressortir toute la supériorité de notre système j je demande d'abord^ pourquoi ce professeur dans toute la maturité de son esprit, dans toute la lumière de ses principes, ne peut souvent saisir le sens de ces mêmes phrases, que dans l'ancienne Rome des jeunes gens sans théorie entendaient sans effort. C'est que l'usage lui manque , c'est-à-dire , qu'il ne s'est point familiarisé avec un assez grand nombre de phrases. Je demande en en outre, pourquoi ce même professeur qui écrit la langue latine avec pureté, ne peut la parler avec aisance ; tandis que ce Romain qui la parlait avec aisance , ne pouvait l'écrire avec pureté? C'est que l'usage manque encore à l'un , tandis que les principes manquaient à l'autre. Or , la méthode combattue, triomphant sur tous ces points , nous mène au complet usage de la langue ancienne, avec une promptitude et une régularité qui surpassent les avantages de la conversation

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(««7 ) sit idem in loquendo facilis ; dùm hic Ro« raanus in loquendo facilis non esset in scribendo emendatus. Alteri usus iterùm deest, dùm alteri déesse t doctrina. Atqui disciplina , quam explosam volunt , ità nos ad usum linguse veteris perducit , ut ipsuni sermonem quotidianum céleri simul et iirmo ingressu praecurrat, quandôquidem ejus ope sustentati , citrà oranem errorem , et sensu m ex oratione elicimus et orationem ex sensu reficimus ; atque unà , dùm nobis insciis tanta obstacula tantillo tempore evanescunt , prœcepta ediscendi cùm necessitatem imminuit , tùm facilitatem auget , prœcepta inquam, quœ demùm discipulus velut ra~ tione libat, usu combibit. In hâc ergo docendi via , et studiorum celeritas et usùs facilitas cum prseceptorum severitate conjunguntur.

elle - même , puisqu'elle en fait évanouir toutes les incertitudes dans ce procédé où elle nous apprend tour-à-tour à entendre et à reproduire chaque phrase; et tout ensemble, par cette marche rapide, où de si grandes difficultés sont emportées à l'insu de l'élève , elle lui rend plus faciles ces mêmes principes qu'elle lui a rendus moins nécessaires ; ces mêmes principes qui lui sont enfin dévoilés par la théorie, inculqués par la pratique. Cette méthode concilie donc , et la rapidité de l'étude, et l'aisance de l'usage , et la pureté des principes.

Lorsque , pénétré des avantages d'un tel système, je vois ces professeurs qui, pour nous apprendre une langue, nous font, pour ainsi dire , acheter le sens de chaque mot , l'intelligence de chaque phrase, par des efforts plus ou moins prolongés, je ne puis m'empècher de les comparer à des hommes qui, voulant nous faire connaître une grande

( 29° ) variété d'objets , s'obstineraient à replacer sans cesse devant nos yeux un bandeau qu'il nous faudrait soulever avec de longs efforts , pour voir chaque objet nouveau.

On me dira que celui qui aura si facilement appris, oubliera de même. Je réponds d'abord , que notre méthode n'exclut point des lectures réitérées et réfléchies de tout ce qu'on a pu voir; en sorte que l'élève, donnant toujours la direction convenable a son esprit , se trouve n'avoir précisément à faire que les efforts nécessaires pour retenir , tandis que la victime de l'autre système en fait si souvent d'infructueux pour apprendre. Je réponds en second lieu , que ces lectures réitérées elles-mêmes, qui peuvent être conseillées comme utiles $ ne doivent pas être prescrites comme nécessaires. Il n'en est point d'une langue comme d'une science. L'homme qui veut parcourir un enchaînement rigoureux de propositions géométriques , est sou-

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longis esset conatibus reraovendum , ut rem quamque novam adspicere possemus.

At enim, qui tàm facile didicerit, eâdem facilitate obliviscetur, inquîunt. Primo, niliil obstat , quin discipulus ad eadem crebro revolvatur , adeo ut nunquàm sit ei suscipiendus labor , nisi ad recordandum necessarius ; dùm in veteri illâ ac horridâ disciplina, tàm seepè susc ipiendus esset ad discendum irritus. Secundo, ipsam hanc vestigia repelendi curam praecipere tanquàm utilem potes, non tanquàm necessariam debes. Linguae enim scientiaeque rationes valdè sunt inter se diverse atque sejunctae. Qui in géométrie progredi vult, persaepè regrediatur necesse est, ut jàm illustratae partes ei tanquàm facem ad novas illustrandas , proférant. ïn linguâ verô perdiscendâ , qui semper progrediens, vetera sibi ex animo eiïluere sen-

( *9* ) Vent forcé de revenir sur ses pas, pour puiser dans les premiers principes cette lumière qui doit l'éclairer sur des principes nouveaux. Mais , dans l'étude d'une langue , que celui qui avançant toujours se trouve oublier successivement les pages qu'il a successivement apprises; que celui-là continue d'avancer encore, et les mêmes mots, les mêmes tournures se reproduisant devant lui, à force de voir des pages nouvelles , il finira par rapprendre les anciennes sans les relire. Mais je me hâte de déclarer , que ce dernier procédé, inférieur en lui-même au système des lectures réitérées, n'est pas en outre applicable à nos écoles , où il faut que le professeur chaque jour, et le public chaque année , puissent aisément connaître les progrès des élèves.

Ainsi , pour tout rassembler sous un seul point de vue , rapide et facile travail dans lequel l'élève est tour-à-tooir conduit de l'une

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lit, dùm nova affluunt, ille tamen progredi perseveret , et iisdem verbis , iisdeni verborum constructionibus , ejus ante oculos , iterùm atque iterùm recurrentibus 3 id demùm assequetur , ut nova comparando , vetera reparet. Citô tamen dixerim hune procedendi modum ,, prœterquàm lectionibus repetitis est minime conferendus , aliquantulùm à nostris scholis abhorrere , ubi quoque die professor , quoque anno civitas discipulorum progressus cognoscant oportet

Sic, ut omnia simul animo subjiciam , velox facilisque cursus in quo discipulus ex unâ linguâ ad alteram vicissim ducitur

( Vt ) des langues à l'autre; étude des règles dont ce premier travail a dû lui faire sentir le besoin et entrevoir l'idée ; exercices analogues à ces règles , dans lesquels il a pour objet la correction; exercices d'un ordre plus relevé , dans lesquels il a pour objet l'élégance; voilà le fond d'un système qui supprime tous les efforts inutiles, qui dirige tous les efforts nécessaires.

Quel sera donc , me dira-t-on , le rôle du professeur ? A Dieu ne plaise que je prétende lui épargner ces explications verbales, qui par les convenances du ton , par la variété des tournures , par ces observations diversifiées suivant la nature des esprits, par tous ces accessoires enfin qui ne sauraient s'écrire, disposent d'abord l'enfance à mieux entendre la langue sévère de ^interprétation écrite , la dispensent même dans la suite d'y recourir, et tout ensemble font ressortir à ses yeux tant de beautés qui, malgré toutes les res-

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