‹ Œuvres de M. Maillet-Lacoste, ancien élève de l'École polytechnique, professeur de rhétorique au Collége royale de Rouen, membre des Académies du Gard et de RouenChapitre 39 sur 47 · L^AA · texte numérisé non relu

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devienne le projet sérieux da conquérant. En£n, voyez-vous se développer , dans toute sa conduite , le plan terrible d'un despotisme sans bornes ? Louez-le hardiment nonseulement du bien qu'il a fait , pour l'engager à en faire davantage, mais même des belles intentions qu'il n'eut jamais , pour les lui inspirer. Jurez que le despotisme est loin de sa pensée ; et , s'il a fait d'ailleurs de grandes choses , s'il paraît chérir la gloire , jurez-le par sa gloire. Voilà la tâche, qui, dans les jours de tyrannie, peut s'offrir aux écrivains. Et elle nest pas sans honneur , puisqu'indépendamment des beaux résultats qu'elle peut produire , elle n'est pas sans danger. En effet, louer ainsi les princes c'est les conseiller. Or, il est mille fois plus périlleux d'en conseiller un mauvais que d'en critiquer, que d'en outrager un bon. Vivez alors dans votre retraite , gardez votre silence , écrivains ,

(3x6) qui en êtes si fiers ; et , le plus souvent , vous laisserez le champ libre à des courtisans ou à des factieux ; et le prince , égaré par des flatteries , ou révolté par des outrages 9 ne croira pas lui-même à sa tyrannie , ou se fera un affreux plaisir de l'aggraver sans cesse. Pour moi , j'ai un plus noble exemple à proposer aux sages ; celui du premier de tous peut-être , de Platon reparaissant à la cour de Denys , avec la morale la plus sévère et les formes les plus aimables > pour le conquérir , comme par séduction , à l'humanité.

Sachons donc distinguer de tous ces flatteurs , responsables de nos calamités, ce petit nombre d'hommes magnanimes , qui , voyant l'orgueil d'un vainqueur dans la férocité d'un despote , n'ont caressé l'orgueil que pour désarmer la férocité , n'ont donné des louanges que pour inspirer des vertus; disons mieux , ont essayé d'apprivoiser le

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( 3î7 ) monstre de la tyrannie , au risque d'être dévorés les premiers. Aussi , ont-ils quelquefois expié, dans de cruelles souffrances, le tort de n'avoir pas assez loué. Vengeonsles par notre reconnaissance ; puisque des critiques , au moins frivoles , ont voulu les flétrir par leur censure. Félicitons-les plutôt d'avoir pensé comme la religion l'ordonne , et d'avoir agi comme la prudence le conseille ; puisqu'ils n'ont point désespéré dç la nature humaine dans le plus violent des caractères , et qu'ils ont employé , avec tant d'art, le seul remède qu'il pût d'abord souffrir. Félicitons-les, ils ont rempli , dans toute sa noblesse , le rôle imposé par la société à cette république des lettres 3 trop souvent dédaignée et des gouvernemens qu'elle peut si bien seconder par ses influences , et des guerriers qu'elle peut si bien payer par la gloire , et des nations

( 3i8 ) auxquelles elle peut s'offrir , dans les jours de leur servitude , comme ces corps de réserve , qui rétablissent les combats , ou du moins protègent les retraites.

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