‹ Œuvres de M. Maillet-Lacoste, ancien élève de l'École polytechnique, professeur de rhétorique au Collége royale de Rouen, membre des Académies du Gard et de RouenChapitre 40 sur 47 · DISCOURS · texte numérisé non relu

DISCOURS

Prononcé à la distribution des prix du col-' lége royal de Montpellier , le 28 août 1820»

ESSIEURS,

Plusieurs objections se sont élevées, dans ces derniers temps , contre le système de nos études. 11 en est une qui doit éveiller les scrupules de tout Français attaché à ses rois. c( Ne devez-vous pas craindre , nous disent

des hommes respectables , que ces républi-

ques de l'antiquité , incessamment offertes à l'esprit de vos élèves, n'y laissent enfin des impressions contraires aux doctrines monarchiques ? Ne devez-vous pas craindre dèslors de trahir un de vos premiers devoirs, qui est d'inspirer à la génération naissante des sentimens analogues à la société où elle doit vivre ? » Je puis dire que j'écoute cette objection dans les dispositions que doivent exiger de nous ses auteurs. Je vois les plus augustes victimes immolées sur les débris d'une monarchie de quatorze siècles , au milieu de ces cris de liberté et de patrie , si chers aux anciennes républiques. Poursuivi par d'aussi effroyables images , je me réfugie dans le sein de cette monarchie renaissante, pour me consoler avec ce qui nous reste du sang de nos rois ; et presque dans leur palais je retrouve, je reconnais l'affreux génie des révolutions, qui , faisant encore entendre ce mot de patrie , vient frapper tous les vrais

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Français dans un seul. Et je pleure de nouveau tant de vertus, qui, sur le point de s'envoler vers le ciel, jettent sur la Fiance une si vive lumière. En présence de ces ruines , de ces échafauds et de ce poignard , je prononce, dans toute l'amertume d'un cœur français, que, dès qu'il s'agit du salut de nos Rois, nous devons nous faire un devoir de tout examiner, et une sagesse de tout craindre. Si donc il était possible que la jeunesse sortît de ce commerce avec l'antiquité , moins disposée à chérir ses princes , à s'immoler pour eux; s'il pouvait lui en coûter une seule vertu, nous ne devrions pas balancer un instant. Continuant, si je puis le dire, au nom de Tordre public, les dévastations de ces barbares des siècles d'ignorance , nous devrions mutiler , soustraire à tous les jeux des chefs-d'œuvre littéraires où le génie même serait un malheur de plus pour les nations. Mais le culte de la monar-

( 3*3 ) chie n'exige pas de nous d'aussi douloureux sacrifices. Je dis plus, il en souffrirait. Ce sera la division de ce discours. Mais je crains que ce seul mot de division n'épouvante , qu'il ne fasse présager de longs développemeus. Non , si des juges aussi éclairés me font une loi de la méthode , cette vive jeunesse , si naturellement impatiente dans un pareil moment , me fait une loi de la brièveté. Je sens bien que je ne pourrais jamais procurer à nos jeunes vainqueurs et à leurs heureux pareil* un plaisir égal à celui que je diffère.

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