‹ Œuvres de M. Maillet-Lacoste, ancien élève de l'École polytechnique, professeur de rhétorique au Collége royale de Rouen, membre des Académies du Gard et de RouenChapitre 41 sur 47 · MÈ · texte numérisé non relu

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( 3*3 ) pénétrer dans la substance des choses , sang apprécier les avantages qui en résultent, nous voulions juger uniquement d'après les horreurs qui s'offriraient de toutes parts à nous, tout rentrerait peut-être à nos yeux dans un affreux équilibre; et, au lieu de juger, nous ne pourrions que pleurer et gémir. Ames pieuses, je vous le dirai donc, un peu plus de force dans votre douleur , puisque la douleur peut nous aveugler sur nos devoirs. Ainsi, dans ce moment même où des idées funèbres nous obsèdent , essayons de raisonner malgré nos souffrances, comme le guerrier s'efforce de combattre malgré ses blessures.

Vous craignez que le spectacle de ces anciennes républiques n égare notre jeunesse. Je ferai cette première question. Niez-vous leurs vertus? Mais du moins (et cette considération pourrait suffire pour mon objet) , ce ne sont point des vices que leurs historiens

présentent à notre admiration; ce sont principalement de ces vertus que vous invoquez , avec une si louable persévérance, dans cette dépravation de nos mœurs ; je veux dire , la religion du serment y le respect pour l'autorité des pères et des vieillards , le mépris des richesses et même des honneurs , la noblesse des procédés au milieu de la fureur des guerres, le dévouement pour la patrie ou pour l'autorité légitime. Eh bien! si toutes ces vertus n'avaient existé chez des peuples qui se sont maintenus si long-temps à la tète de l'espèce humaine , il faudrait remercier ces écrivains de les avoir inventées. En voulant honorer leur patrie, ils auraient servi le genre humain ; et ici le roman vaudrait mieux que l'histoire.

Oui , si , comme vous le croyez , cette république romaine, sans parler des autres , n'avait jamais été qu'un assemblage de brigands habilement disciplinés , ce serait une

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vérité terrible qu'il faudrait cacher à la terre. En effet, en présentant une telle république dans sa monstrueuse férocité, vous ne sauveriez pas l'honneur de tant de monarchies qui se sont abaissées devant elle, et vous flétririez l'espèce humaine , puisque la prééminence parmi les peuples se serait trouvée , pendant tant de siècles, le partage du crime. Et dès-lors vous enlèveriez au moraliste ses plus grands avantages, lorsqu'il veut exciter à la vertu cette multitude des âmes faibles. Voilà les conséquences auxquelles vous vous condamnez, lorsque, dans ce tableau qui présente chez le même peuple un si admirable enchaînement, d'abord de vertus et de prospérités , ensuite de corruption et de décadence, vous venez effacer les vertus. Alors une des branches les plus riches de l'histoire est frappée de stérilité entre vos mains ; ou, si elle produit encore des fruits, ils sont empoisonnés. Voyez plutôt les choses

( 326 ) sous un jour qui ne peut humilier que le vice. A l'exemple du plus beau génie ( je ne vous citerai pas une autorité profane), à l'exemple du plus beau génie de l'église naissante, lorsque, dans ce magnifique ouvrage de la Cité divine, il vient à parler des Romains, expliquez plutôt cette grandeur de plusieurs siècles par des vertus , devenues au moins les auxiliaires d'une politique profonde ; et alors vous n'adopterez pas un système particulier a ce sublime interprète de la religion et de la politique ; vous ne ferez que partager l'opinion des siècles qui ont précédé nos déplorables jours. Je vais plus loin. En même temps que vous cesserez d'attaquer les fondemens sur lesquels s'appuie la certitude de toutes les histoires , vous penserez sur les effets généraux des vertus et des vices, et comme les plus fortes têtes qui se soient jamais occupées des gouvernement , et comme la multitude. C'est en effet une opinion heu-

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