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reusement dominante parmi les hommes , que les prospérités durables sont le plus souvent le partage des peuples fidèles à la morale; que la misère et la servitude deviennent tôt ou tard le châtiment de la mollesse dans l'opulence et de la tyrannie dans la victoire ; que le crime peut bien obtenir quelques prospérités éclatantes , et faire gémir à ses pieds la vertu,maisquepresque toujours son triomphe passe comme un coup de tonnerre; et ces disgrâces de la vertu sont encore , sous un point de vue , un bonheur , puisque si sa prospérité est un attrait pour la faiblesse , sa misère est une épreuve pour la force , et tout ensemble un avertissement pour tous d'élever plus haut leurs regards. Qui veut réfléchir alors, même indépendamment de toute révélation , doit soupçonner à ce drame de la vie un dernier acte qui ne se passe pas
sur la terre. .
Craignez donc , en voulant flétrir un
( 328 ) peuple, de compromettre 3a morale elle-même aux jeux de ces hommes qui , malheureusement pour notre espèce , formeront toujours la majorité chez tous les peuples. Laissez ce travers à notre moderne despote. Comme ces âmes artificieuses et froides qui calculent tous les avantages qu'elles peuvent recueillir de l'indignation et des illusions de la vertu , il n'a fait qu'entretenir au profit de son despotisme une erreur produite , à force de crimes , dans ces jours où les bourreaux de la France s'offraient souvent à elle avec des noms romains.
Sans doute que la morale a été quelquefois outragée, non-seulement dans les mœurs de ces grands peuples , c'est le sort de la faiblesse humaine, mais même dans les principes de leurs plus grands philosophes, c'est la gloire de la religion qui nous éclaire. Vous n'en devez craindre aucune impression funeste dans les jeunes âmes. Sous l'influence
( 3^9 ) de cette religion divine , l'enfant , vis-à-vis de ces grands génies , devient un juge souverain , aussi ferme que modeste. 11 prononce avec conviction , mais aussi avec regret , et contre Platon , lorsqu'en posant ses lois il oublie celles de la pudeur , et contre Aristote^ lorsqu'il déclare que l'homme peut sans crime asservir son semblable , et contre Caton , lorsqu'au milieu des misères de la vie , il ne sait pas attendre le signal du départ. Et il s'attache à cette religion avec un plus vif amour , lorsqu'il voit les égaremens de ces beaux génies qui ne l'ont pas connue. Ainsi, en fixant ses regards sur ces républiques anciennes , il est confirmé dans la véritable morale , et par les vertus des peuples et par les erreurs des sages .
Craignez-vous l'effet de ces vertus mêmes sur une jeunesse monarchique ? Redoutezvous une comparaison où la monarchie succomberait au fond des cœurs ? Tout-à-1'heure
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je vous reprochais de calomnier la nature humaine. Je pourrais vous reprocher maintenant de calomnier la monarchie ellemême ; je pourrais vous dire : Vous considérez donc ce culte de la royauté comme une superstition qui craindrait un moment d'examen. Vous ne sentez pas dès-lors l'excellence de votre propre cause : c'est vous qui l'outragez. Mais, sans m'élever , au moins pour le moment, à des considérations politiques , que vous seriez peut-être les premiers à condamner en ce lieu , quoiqu'elles naissent de mon sujet, qu'elles soient toutes en faveur du gouvernement de nos rois ; je vous dirai de vous fier davantage à l'effet naturel que les vertus produisent ; surtout lorsque c'est le génie même qui , dans ses immortelles compositions , s'est chargé de les retracer, de les faire revivre à nos yeux. Non-seulement elles laissent dans les âmes un désir , un besoin plus ou moins
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C 33i ) vif de les imiter, elles y laissent encore ces précieuses idées d'ordre qui forment leur essence. L'âme n'est pas moins éclairée qu'échauffée au récit de ces actions qui honorent l'humanité. Des vertus d'une position elle a conclu à l'instant les vertus d'une autre. Ainsi, le dévouement du républicain pour sa patrie produit le dévouement du sujet pour son roi , puisque s'immoler pour son roi c'est s'immoler pour sa patrie encore. Mais ici même je m'abuse avec vous ; je parle comme si , dans ce mouvement , dans ce progrès de nos idées , ce passage d'un gouvernement à un autre offrait un intervalle dangereux à franchir. Ah ! écartons un instant ces tristes idées de notre maturité , surtout d'une maturité flétrie par les révolutions. Tâchons de retrouver les émotions , les souvenirs , du moins, de notre premier âge. Lorsque nous étions sous le charme de ces belles actions de l'antiquité,
( 332 ) cette question de la prééminence des gouvernemens s'offrait-elle à nous? Venait-elle répandre son froid sur notre plaisir ? Je ne dirai pas qu'à cause du petit nombre de nos idées politiques elle était au-dessus de nous. Je dirai que, dans la vivacité de nos émotions, nous étions au-dessus d'elle. Nous faisions bien mieux que d'étudier ce que les gouvernemens peuvent offrir de délicat dans ce balancement des pouvoirs ; nous admirions des vertus qui répareront toujours ce que ce balancement des pouvoirs peut offrir de défectueux; et si nous étions Grecs ou Romains dans notre admiration, ce n'était que pour devenir de meilleurs Français. Le plus beau de nos siècles dépose en ma faveur. Jamais l'antiquité n'a été plus vivement étudiée parmi nous que sous ce Roi qui a si bien mérité le titre de Grand ; et jamais la France n'a été animée d'un esprit plus monarchique. Et ce n'était pas à force
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