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( 333 ) de haïr les Romains que les grandes âmes d'alors apprenaient à chérir l'ordre public ; puisque les vertus romaines ne sont pas moins vantées dans leurs écrits que dans ce discours; que c'est même le plus sublime de nos théologiens comme de nos orateurs qui les a peintes avec le plus de fierté et de grandeur (i). 11 n'était réservé qu'à notre siècle d'en offrir tout ensemble la parodie dans des mœurs féroces , et la satire dans des écrits serviles.
Jusqu'ici, je crois avoir fait sentir que , dans le cas où la supériorité des vertus serait évidemment du côté des anciens , nous n'aurions pas besoin , nous instituteurs de la jeunesse , de refaire , de parer l'histoire de cette France monarchique , pour corriger , dans l'esprit de nos élèves, l'effet qu'auraient produit toutes ces histoires de l'an-
(i) Bossuet , dans son Histoire universelle.
(334) tiquité. Je crois avoir fait sentir que ïe pJus beau moyen , au contraire , de faire cesser cette supériorité, ce serait de la présenter vivement à notre nation, d'en importuner , si je puis le dire, sa fierté. Mais cette supposition, dans laquelle j'ai raisonné en premier lieu, n'est - elle pas aussi fausse qu'elle est pénible pour notre orgueil ? D'abord Rome , dans toute son austérité , a-t-elle jamais eu des vertus plus fortes , plus sévères , que celles qui ont paru, pendant cette longue existence de notre monarchie, dans nos magistrats, dans nos guerriers , sur ce trône lui-même , si follement réputé leur écueil? Que de grands noms , honneur de la France , viennent , dans ce moment, se retracer à nos souvenirs et se disputer nos hommages ï Mais, dans cette première partie du parallèle où je m'engage , un sentiment d'équité m'arrête. Je craindrais qu'on ne reprochât ici
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( 335 ) à mon discours le même défaut d'intérêt qu'à ces épopées où des demi-dieux , protégés par une armure divine , combattent contre des hommes chargés d'une armure vulgaire. INon , sous le point de vue de ces vertus fortes et sévères dont je viens de parler , la lutte ne peut pas être égale , depuis qu'elle a fait son apparition parmi les hommes , cette religion qui est venue obtenir de notre faiblesse des vertus si hautes, que le premier mouvement des âmes pieuses est de s'écrier, avec le plus profond des philosophes et le plus sublime des poètes: ce Ce n'est pas à nous , ô Dieu , c'est à vous » que la gloire en est due. » Je ne parlerai donc pas de ces vertus , véritablement les premières de toutes , dont le caractère le plus frappant est de dédaigner l'admiration du monde, de même que, trop souvent, un des travers du monde est de ne pas savoir les admirer. La victoire est gagnée sur
( 336 ) ce premier champ de bataille ; et je vois quelque chose de plus fort que la modestie , quelque chose que les Romains n'ont jamais nommé , je vois l'humilité la première parure des vainqueurs. Orgueil humain , je redescends sur ton domaine, et je te demande si , du côté de ces vertus brillantes qui obtiennent ton premier hommage, elle peut craindre un parallèle avec qui que ce soit , cette nation qui s'est distinguée entre toutes les autres par le culte de l'honneur. Dans ce combat de gloire , aurions - nous besoin, ou des prodiges incontestables de ces derniers temps pour établir notre grandeur , ou de ces louables illusions du patriotisme pour y croire ? Ah ! je suppose que cette fin du dernier siècle eût vu périr non - seulement les anciennes lois de ce peuple , mais ce peuple tout entier, et que nous fussions nous - mêmes une nation véritablement nouvelle , établie sur son tom-
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(337 ) beau. Je vous le demande, Messieurs, à vous, que je place , un instant, dans cette supposition violente que vous n'êtes plus des Français. Cette nation française ( sans parier de la splendeur de ses arts et des trésors de sa littérature , puisqu'il est ici uniquement question de vertus ), cette antique nation, avec l'impétuosité' de son courage la franchise de son caractère , l'aménité de ses mœurs, l'héroïsme de sa gaieté dans les souffrances , les aimables effusions de sa pitié pour les souffrances d'autrui , ne passerait-elle pas, à nos jeux, dans ces tableaux de l'histoire, à la suite des Grecs et des Romains , comme un troisième ornement de l'espèce humaine ? Et , s'il fallait donner la préférence , serait-elle pour le peuple qui mettait ses complaisances dans les spectacles des gladiateurs? Nous nous écrierions, sans doute, au milieu des grandes choses qui s'offriraient des deux côtes
à nous , que le plus grand fut le plus humain ; et à force d'admirer et d'aimer tout ensemble , à force de nous identifier avec les objets de notre admiration et de notre amour , nous nous trouverions encore Français. Or y comme il est incontestable que tout gouvernement contraire à la nature doit avoir pour effet de dégrader les âmes, ne nous resterait-il pas une impression favorable au gouvernement sous lequel se serait perpétué, à travers tant de siècles, un peuple si énergique et si brillant ? Ne trouverions-nous pas encore , dans son prodigieux amour pour ses Rois , leur éloge comme le sien, puisqu'il ne nous est pas naturel d'aimer qui nous opprime ? Que serait-ce , si nous portions nos regards sur ce trône lui-même ? Nous arrêterions-nous à quelques faiblesses , à quelques excès perdus dans la gloire ? Aurions-nous même besoin d'être séduits par l'éclat des victoires
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( 339 ) pour admirer ? Ce Roi , plus grand encore lorsqu'il est sur le point de recevoir la loi de l'Europe , que lorsqu'il la lui donne , ne s'offrirait-il pas à nous, avec sa magnanime résolution dans ses vieux jours , comme le modèle de tout ce que le courage peut nous présenter de plus auguste dans le malheur ? Et ne nous écrierions-nous pas une seconde fois , avec les larmes de l'admiration ? Heureux le peuple qui , pour être grand , n'avait besoin que de regarder le trône de ses Rois ! Je viens de soulager un besoin immense de mon cœur et des vôtres. J'ai payé, ou plutôt nous avons payé ensemble le tribut que nous devions à notre nation, à la monarchie, à nos Rois. Je reviens à cette antiquité, sans craindre de paraître aveuglé par mon enthousiasme pour elle.
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