‹ Œuvres de M. Maillet-Lacoste, ancien élève de l'École polytechnique, professeur de rhétorique au Collége royale de Rouen, membre des Académies du Gard et de RouenChapitre 45 sur 47 · X N » VV · texte numérisé non relu

X N » VV

p»».f^m rnïriïiî"

rv -v-v viw V WVVftA<X>vV V vVSA. ^v\

( 35 1 ) au milieu des excès d'une aveugle multitude, ne nous épouvante- t-elle pas quelquefois dans ses vengeances? Ne sentons-nous pas alors le besoin d'une troisième puissance, qui , par une intervention imposante , sépare les combattans , ou réprime du moins les excès de la victoire ? Je demande même si , à la vue de ces agitations sans cesse renaissantes, nous ne sommes pas tentés de nous réfugier jusque dans le despotisme d'un seul, comme l'a fait une des têtes les plus fortes de nos jours (i), qui, il est vrai, sait admirablement réparer les erreurs de sa politique par la sévérité de sa morale et par la hauteur de ses pensées? Or, nous n'avons pas besoin de sortir de ces anciennes histoires , pour reconnaître que ce sublime génie, à force de reculer devant ces gouvernemens populaires , ressemble enfin à ces

(i) M. de Bonald.

hommes qui, poursuivis par l'ennemi, vont toujours, jusqu'à laisser bien loin derrière eux leur plus ferme rempart. En effet , ces histoires nous offrent aussi de ces monarchies informes, où des Rois, se condamnant a vivre sans lois fondamentales, sont comme des sauvages parmi les Rois. Or , que voyonsnous dans ces monarchies ? Si les peuples résistent au joug, les explosions d'une liberté qui, repoussée par le despote, rentre par des tempêtes, et son énergie, qui aurait animé l'état, devenant un feu qui le dévore : si les peuples s'abattent sous le joug, une effroyable dégradation dans les âmes, qui fait le plus souvent qu'un grand empire figure parmi les nations, non plus comme une puissance , mais comme une proie : dans le premier cas, tous les crimes des âmes féroces,dans le second , tous les vices des âmes lâches; et, dans les deux cas, de malheureux princes, livrés au supplice d'une position in-

'^X'^/VX/VCN/^CK^i^v ' v Wx^. "v ■

Certaine, orageuse, puisqu'ils sont presque toujours victimes des intrigues du palais, lorsqu'ils ne le sont pas des fureurs du peuple ou des soldats. Nous ne tardons pas à reconnaître que c'est seulement cette royauté' sans règles que ces grands historiens ont prétendu flétrir, lorsqu'ils ont eu Fair de céder aux préjugés de leurs nations, d'écrire sous la tyrannie de cet aveugle serment de haine à la royauté. Ou, s'il était possible qu'ils eussent condamné, en effet, cette royauté même, limitée ou plutôt consacrée par des lois, nous leur opposerions ces illustres philosophes, leurs contemporains, qui l'ont vantée; et, datas. le conflit de ces grandes autorités, notre raison resterait libre pour juger par elle-même.

Ainsi, de toute cette antiquité, avec la turbulence de ses démocraties et les fureurs de ses despotes, s'élève comme un hymne continuel en faveur de cette monarchie tempérée qui a obtenu une sorte de culte chez

( 354 ) les Français. Vous êtes donc dans une position bien meilleure que vous ne pensiez r 6 vous , âmes respectables par l'austérité de vos principes , vous auxquelles je me suis constamment adressé dans ce discours. Vous n'avez pas besoin de mutiler, de torturer l'histoire , de lui arracher des flatteries pour un gouvernement, lorsqu'elle ne doit que des leçons à tous. Laissez-la parler dans sa franchise , et le gouvernement de nos Rois aura trouvé son plus brillant éloge. C'est vous qui, par l'excès de vos précautions r produiriez , s'il était possible , le mal que vous voulez écarter. Ne devez -vous pas craindre , en effet , que , si nous conspirons pour tenir cette jeunesse dans l'ignorance, elle ne conspire pour en sortir ; que , si elle ne reçoit pas la science comme le bienfait d'un gouvernement paternel , elle ne l'envisage plus tard comme sa conquête sur un gouvernement tyran-nique ; qu'elle ne s'e~

AMJJ.U.lLllirMUJ.>^M.....^w^^àAA^

yVvA, -W^AA/\A>

M.MJALUU^

( 355 ) tlaîre comme ou se révolte? Combattriez- ¥ous , enfin , un excès par un autre ? Parce que des furieux voudraient enlever à la religion et au trône leur majesté, voudriezvous enlever à cette liberté son prestige ? Elle a en elle-même des séductions qui agiront toujours et sur la multitude et sur les esprits cultivés. Vous séparer d'elle , c'est vous priver d'un principe de force et de grandeur; c'est donner d'immenses avantages à vos adversaires. Au nom des grandes choses dont vous êtes les défenseurs, associez-leur encore celle-là ; vous aurez tout pour vous. Je ne vous dirai pas : Acceptez avec résignation; je vous dirai : Embrassez avec amour ce système de gouvernement que nous a donné notre Roi , ou plutôt, que la société elle-même, sur le point d'expirer, a enfanté dans sa douleur. Voyez : à côté de cette liberté, idole des Romains, brillent parmi nous deux admirables élémens de pros*

périté, cette religion que les Romains n'ont pas connue, et cette royauté, qu'ils n'ont pas su comprendre. Espérez que sous la garde sévère de l'autorité de nos Rois, que sous l'influence douce de la religion de nos pères, cette même liberté, si remuante, si corrompue, d'abord, entre les mains des factieux, se réconciliera enfin avec l'ordre et la morale; et nous devrons surtout ce résultat à ce prince qui , placé au centre de toutes les opinions et de tous les intérêts, a tracé à son peuple la route qu'il doit suivre sur cette mer orageuse des gouvernemens libres : prince admirable, qui, prenant de toutes parts ce qu'il y a de noble et d'élevé, s'obstine à nous montrer, à travers les nuages de nos passions , et ces vieux principes d'une sévère morale, le grand objet des institutions scholastiques , et ce système de conciliation devenu un refuge pour les Français, et ce système d'une généreuse liberté devenu un modèle pour l'Europe.

rfcjj^É

TTT ■'■'-'•' •'»'

Page 1