AU DIRECTOIRE
Qui avait renvoyé V auteur de V École polytechnique , à cause de l'article précédent*
« Les princes équitables n'ont jamais balance à se cou- » damner eux-mêmes dans les discussions douteuses 5 et » la position la plus avantageuse au bon droit est d'avoir » à se défendre contre une partie intégre et éclairée , » juge dans sa propre cause. »
J.-J. Rousseau.
J e m'étais déterminé d'abord à subir en silence votre arrêté qui me renvoie de l'École polytechnique, mais j'ai craint que par là je ne parusse me défier ou de mon innocence ou de votre justice.
Je me suis dit : Il a été évidemment fait une surprise à l'autorité. La détromper , c'est la servir, et sans doute aussi ce sera lui
plaire ; car, que peut-on faire de plus agréable à des magistrats qui se respectent, que de leur offrir l'occasion d'être justes ou de reconnaître qu'ils ne l'ont pas été ?
Je vais donc, citoyens Directeurs, poursuivre, en quelque sorte en votre nom, ceux qui ont abusé de cette inattention que des hommes occupés de grandes affaires doivent naturellement porter dans les petites, pour vous entraîner à l'acte irrégulier contre lequel je réclame.
Il est irrégulier, cet acte. Il condamne et n'est pas motivé (1). Cependant^ si jamais un arrêté a besoin d'être molivé, c'est bien, ce me semble , lorsqu'il condamne.
Je me voyais donc réduit à deviner mes torts. Mais inutilement, pour les découvrir,
(i) L'arrêté portait simplement : « Le Directoire exécutif renvoie le citoyen Maillet-Lacoste de l'Ecole polytechnique. »
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(7 ) j'ai interrogé ma conscience ; je l'ai trouvée muette, comme l'arrêté lui-même.
Enfin, des personnes qui voient autrement que moi, ont indiqué à mes scrupules une lettre publique où je condamnais l'anniversaire du i\ janvier. Eh bien î donc, que ce soit là mon crime ; c'est celui de la presque totalité des Français.
Sans doute que nos adversaires n'exigeront pas de nous un respect aveugle, une vénération superstitieuse pour tous les événemens dont la révolution se compose. De leur propre aveu , nous pouvons , nous devons même en condamner quelques uns. Or, oseront-ils bien fixer le terme où doit s'arrêter notre censure? Ils diront peut-être que présenter la mort du Roi comme un crime , c'est signaler à la France ses premiers magistrats comme des hommes criminels. S'ils pouvaient lire au au fond de mon âme , ils verraient combien une conséquence aussi odieuse répugne à mes
(8) principes. Il est en effet une vérité dont je suis plus frappé que jamais ; c'est que dans les révolutions plus qu'en aucun autre temps, le crime le plus horrible s'offre quelquefois à nous sous les apparences de l'action la plus belle. Dans ces effroyables crises, les âmes énergiques deviennent aisément des âmes atroces. Leur propre vigueur leur est fatale. Elles ne s'en plongent que plus avant dans les excès. On les voit, dans leur délire, prendre l'exagération pour l'héroïsme, la cruauté pour la grandeur. Elles ne sentent plus, ne jugent plus, n'agissent plus comme les autres. Vous diriez que, transformées en de nouveaux êtres, elles ont une autre con^ science, une autre raison, une autre morale. Ces idées 9 dont l'effet naturel , lorsque nous voulons nous en pénétrer, est de nous incliner à la tolérance; de nous disposer à plaindre plutôt qu'à haïr,- à voir des hommes égarés plutôt que des hommes coupables ; à
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