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(9) être indulgens pour les personnes, lors même que nous sommes inexorables sur les choses : ces idées, que doit avoir sans cesse présentes k son esprit tout homme qui veut juger les acteurs dune révolution, ont toujours été présentes au mien. Elles ont fait, à mes yeux, la justification d'une foule de personnes, que j'estime en dépit de leurs écarts, et sans doute, citoyens Directeurs,, elles feront ici la mienne.
Voilà mes adversaires désarmés dans une partie à laquelle ils auront cru peut-être que je n'aurais pas même osé toucher. Du respect que nous devons aux hommes ils passeront sans doute à celui que nous devons aux choses; ils diront que flétrir un événement qui a eu une influence immédiate sur l'affermissement de la république , c'est flétrir la république même. Républicains éclairés, j'en appelle à vous : est-il vrai que l'affermissement de cette république,
( lo) qui vous est si chère , ait tenu dans le principe à la mort d'un homme ? Vous rougiriez , vous frémiriez de le penser. Que direz -vous donc de ceux qui veulent lui faire, de cet événement même, un de ses titres de gloire ? Vous ne verrez sans doute en eux que des hommes tout au moins aveugles , qui l'outragent en croyant l'honorer , qui la compromettent en la croyant défendre. Mais je vais plus loin , il serait vrai que cet événement déplorable aurait été nécessaire à raffermissement de la république y que je pourrais encore le condamner hautement sans être pour cela ennemi de la république. Et , en effet , ne puis-je pas désapprouver les excès qui ont accompagné la naissance d'un certain ordre de choses , et néanmoins approuver et chérir cet ordre de choses en lui-même? Pour juger un gouvernement , on le prend , ce me semble , tel qu'il est , et non tel qu'il a pu être d'abord. S'il fait
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le bonheur du peuple (et si notre gouvernement n'a pas encore atteint ce but , il peut l'atteindre) , s'il fait , dis- je, le bonheur du peuple , il a par là même rempli sa destination , et l'on peut bien encore déplorer , mais non plus reprocher le passé. Que penser en effet d'un homme qui viendrait dire à une nation heureuse sous un gouvernement régulier : Il faut détruire l'ordre actuel des choses ; il a commencé par des crimes. Le détruire , dirait - on , ce serait chercher un remède violent pour un mal qui n'est plus ; ce serait immoler le présent au passé; ce serait sacrifier notre bonheur à notre vengeance. Telle serait la réponse que dicterait le simple bon sens ? et telle n'est pas cependant la logique de nos adversaires ; car , selon eux , se déclarer contre la révolution , c'est se déclarer contre le gouvernement ; faire la censure de l'une , c'est vouloir la ruiné de l'autre»
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Il reste donc démontré que j'ai pu désapprouver l'anniversaire du 21 janvier, et être attaché à la république. Bien plus, c'est parce que je suis attaché à la république que j'ai désapprouvé l'anniversaire du 21 janvier. J'ai cru non-seulement exercer un droit, mais même remplir un devoir, en condamnant une fête qui déshonorait à mes yeux le gouvernement de mon pays , et offrait à mon imagination des conséquences beaucoup plus graves qu'on ne serait tenté de le croire d'abord. Il est en effet dans le cœur de l'homme des sentimens qu'on ne heurte pas toujours impunément, surtout lorsqu'ils tiennent à un fond de générosité, à la compassion pour le malheur, à des souvenirs chers; surtout lorsqu'une nation nombreuse et éclairée les éprouve avec énergie et les manifeste avec éclat. Un gouvernement sage doit fléchir alors devant cette redoutable puissance de Topi-
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nion , s'il ne veut pas compromettre la sienne ? Que sera-ce , si dans une solennité publique il met une sorte d'ostentation à la fouler aux pieds ? Une fête nationale , en contradiction avec le vœu national , offrait certainement une absurdité ; mais les esprits accoutumés à réfléchir sur les causes des révolutions pouvaient y voir quelque chose de plus ; ils pouvaient se rappeler que plus d'un gouvernement a péri, pour avoir imprudemment choqué les opinions populaires. Quant à moi , si l'on me demande à quelle époque la république m'a paru le plus près de sa ruine > je dirai : C'est dans le moment même , où > sur la tombe d'un Roi , on lui pronostiquait une durée éternelle; c'est dans cette journée funèbre ^ où je voyais le gouvernement seul d'un côté et la nation de l'autre.
Ah! au lieu de chercher à nous rendre l'image de la révolution sans cesse présente ,
on devrait chercher plutôt à l'écarter pour toujours. Que je voudrais enfin la voir cette liberté' , laissant après elle , dans un éternel oubli , les e'vénemens malheureux qui ont souillé ses premiers jours, s'élancer pure et brillante de son berceau ! Quand un édifice est construit, on élague les échafaudages informes qui ont servi à sa construction, et l'édifice paraît à nu dans son imposante simplicité. La république est fondée. Dérobons, s'il est possible, à notre souvenir l'effroyable révolution par laquelle il nous a fallu passer pour arriver jusqu'à elle. Qu'elle se présente seule aux regards de la postérité. Mais non , il lui restera le magnifique cortège de nos victoires.
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