SUR LES OUTRAGES
Qu'avait essuyés > dans le palais du Directoire , un journaliste connu par son horreur pour les excès de la révolution.
[Imprimé dans le Censeur des journaux en 1796. )
Il fut un peuple chez lequel toute injure faite à un individu de la part de ses magistrats devenait le signal d'une révolution.
Le fils d'un de ses rois crut pouvoir attenter à l'honneur d'une femme, et la royauté disparut.
Un décemvir farouche voulut renouveler le même crime , et les décemvirs ne furent plus.
Un citoyen se présenta sur la place publique, saignant encore des blessures qu'il
( »6) avait reçues d'un sénateur ; et le sénat faillit périr, et le gouvernement changea de face.
Quels hommes ! chez lesquels on voyait la société frémir et s'ébranler toute entière, à l'aspect d'un de ses membres outragé. De quelle religieuse vénération ils étaient donc pénétrés pour la dignité du citoyen , puisque le gouvernement qui s'oubliait au point d'y porter ou d'y laisser porter atteinte , était anéanti sur l'heure ; et que , dans les irrésistibles accès d'une fureur généreuse , l'État se trouvait tout à coup renouvelé , comme si on eût voulu le purifier d'une profanation !
Il n'est pas dit que chez un tel peuple on parlât beaucoup des droits de V homme ; mais je doute qu'ils aient été mieux respectés , mieux sentis nulle part : je doute que leur violation ait nulle part obtenu d'aussi promptes et d'aussi éclatantes vengeances.
Ce peuple , il est inutile de le dire , fut le plus libre de la terre. Comment en effet y
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( 27 ) dans les jours de son énergie , la .tyrannie aurait-elle pu se perpétuer chez lui? C'est la patience des opprimes qui fait l'audace des oppresseurs.
Des hommes \ que je ne veux pas caractériser, ont voulu, dans ces derniers temps nous le donner pour modèle. Ils ont osé nous parler des Romains. Insensés! Eh! si nous étions des Romains, vous ne seriez plus.
Quoi donc ! veux-je ici , m'appuyant sur des exemples célèbres , provoquer , en présence de tous les partis , la terrible ressource des insurrections ? A Dieu ne plaise ! Je sais que ce serait le comble de la folie de vouloir , dans ce siècle de lumières , reproduire , chez une grande nation , de ces résistances désordonnées et convulsives , qui pouvaient tout au plus convenir à de petits peuples barbares, dans des âges d'ignorance. Qu'ai-je donc voulu ? Quel a donc été mon
( *8) but, en rappelant ces terribles catastrophes? J'ai voulu en prévenir parmi nous de semblables. C'est parce que je redoute , avec tous les amis de l'ordre , une révolution nouvelle, que j'ai cru devoir retracer , aux jeux du gouvernement, les causes légères en apparence qui , chez un peuple célèbre , ont souvent suffi pour déterminer une révolution. Certes, un ennemi de l'autorité établie ne lui tient pas un pareil langage ; au contraire , il voudrait que les salutaires leçons de l'histoire fussent perdues pour elle. Il ne lui montre pas les écueils contre lesquels elle pourrait se briser, il les lui cache; il n'élève pas la voix sur ses moindres écarts , il se tait , afin que , ne trouvant des contradicteurs nulle part , elle se livre avec sécurité à des écarts nouveaux , et prépare elle-même sa ruine, en provoquant, par l'excès delà tyrannie , de ces insurrections fatales qui sont la mort violente des gouvernemens.
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